Cadre pour mesurer l'impact des investissements dans la recherche en santé
Note biographique
Alan Bernstein est le premier président des Instituts de recherche en santé du Canada, qui forment collectivement le principal organisme canadien dans le domaine de la recherche en santé. Chercheur de renommée internationale et scientifique d’avant‑plan, il a contribué de façon importante à notre connaissance du développement de l’embryon, de l’hématopoïèse et du cancer.
Résumé
Aujourd’hui plus que jamais, les citoyens et les politiciens du monde entier veulent avoir la preuve que les fonds publics sont investis judicieusement, et que ces investissements donnent des résultats probants. La mesure des résultats, ou, si l’on préfère, du rendement des investissements, dans un domaine comme celui de la recherche représente un défi particulier, que les pays s’efforcent de relever. Il est difficile d’établir des liens directs et objectifs entre des investissements donnés dans la recherche et des résultats à court ou à long terme qui soient identifiables et mesurables. Cette présentation décrira l’approche adoptée par un organisme national canadien de financement de la recherche en santé – les Instituts de recherche en santé du Canada – dans le but de définir un moyen adéquat de mesurer la valeur des investissements dans la recherche en santé. Plus précisément, cette initiative lancée en 2005 a pour but de déterminer des méthodes permettant de mesurer l’incidence des investissements dans la recherche en santé, et de définir des mesures pouvant servir à établir des repères et à évaluer les progrès réalisés en vue de faire fructifier la recherche en santé.
Les Institut de recherche en santé du Canada (IRSC), qui forment collectivement l’organisme fédéral canadien responsable de la recherche en santé, reçoivent chaque année des fonds totalisant 700 millions de dollars pour financer les travaux de chercheurs dans les universités et les hôpitaux de recherche du Canada. En 2005, en dépit des évaluations effectuées de manière courante à l’égard du programme et de renseignements non scientifiques démontrant les effets de projets de recherche particuliers financés par les IRSC, on possédait peu de données systématiques et exhaustives établissant la valeur globale de ces investissements. Il faut donc combler cette lacune en définissant un cadre conceptuel de l’incidence de la recherche en santé ainsi que des mesures connexes, de façon à obtenir un aperçu d’ensemble du rendement de la recherche en santé.
Au début de 2005, les IRSC ont mis sur pied un groupe de spécialistes canadiens et étrangers et lui ont confié le mandat d’étudier l’état actuel des connaissances au sujet de la mesure des effets de la recherche en santé, et de formuler des conseils à propos de la création du cadre conceptuel. Le groupe a observé que, parmi les organismes internationaux étudiés, il existait une concordance des principaux objectifs liés au financement de la recherche en santé. Ces objectifs sont notamment les suivants : promouvoir l’excellence en recherche; bâtir une collectivité solide de chercheurs; et faire en sorte que les résultats de la recherche engendrent des avantages pour le secteur de la santé et pour la société en général. Le groupe est également parvenu à un consensus au sujet des défis liés à la mesure des effets de la recherche et a présenté des recommandations au sujet d’une approche à préconiser à cette fin. Le modèle conceptuel préliminaire élaboré par la suite a été amélioré lors d’un atelier de décideurs clés.
Le cadre conceptuel repose sur les cinq catégorisations dimensionnelles du modèle Buxton Hanney d’analyse des retombées (mis au point par Martin Buxton et ses collègues de l’Université Brunel). Les cinq catégories adaptées sont les suivantes : production de connaissances; ciblage de la recherche et renforcement des capacités; information à l’appui de l’élaboration de politiques; bienfaits pour la santé et le secteur de la santé; avantages économiques.
Grâce à l’amélioration constante du cadre de l’incidence de la recherche en santé et à la poursuite des travaux d’analyse, en vue notamment de la conception d’indicateurs, ce cadre permettra de situer dans une perspective globale le rendement de la recherche en santé et d’améliorer la reddition de comptes des IRSC aux Canadiennes et aux Canadiens. Le cadre sera également utile en vue d’orienter les activités de planification et d’évaluation dans l’avenir.
Vers un cadre statistique pour la nanotechnologie
Note biographique
Kevin Fitzgibbons est Directeur exécutive du Bureau du Conseiller national des sciences auprès du Premier Ministre, un poste créé en avril 2004. Entre 1991 et 2004 Kevin a travaillé comme analyste en planification stratégique et politiques au Conseil national des recherches Canada. Il possède un diplôme de Maîtrise en économie politique de l’Université de Montréal.
Chuck McNiven dirige la Sous-section des sciences de la vie au sein de la Division des sciences, de l’innovation et de l’information électronique à Statistique Canada. Avant d’arriver à Statistique Canada, M. McNiven enseignait à l’Université Western Ontario pendant qu’il terminait ses études supérieures. Il est responsable des enquêtes sur l’utilisation et la mise au point des biotechnologies, sur les bioproduits, les aliments fonctionnels et nutriceutiques, ainsi que des travaux de développement se rapportant aux nanotechnologies. Son expérience professionnelle englobe l’élaboration, l’analyse et la diffusion de statistiques canadiennes sur la biotechnologie, et il a participé à diverses activités internationales relatives à la mise au point de statistiques sur la biotechnologie.
Résumé
Contexte
Au regard de la théorie de l’innovation et de l’évolution technologique, l’un des thèmes qui a fait l’objet de discussions nourries est celui de la mise au point, de la commercialisation et des effets socio‑économiques de technologies émergentes, comme la microélectronique et les technologies de l’information à la fin des années 1970, la biotechnologie et la génomique dans les années 1980, et l’Internet dans les années 1990.
Au cours de la dernière décennie, à la suite des développements survenus dans la nanoscience et la nanotechnologie, les gouvernements, les industries, le milieu universitaire et la population ont pris conscience des avantages industriels que cela pouvait engendrer – des avantages qui, selon certaines estimations (Lux, 2005), pourraient se chiffrer en milliards de dollars au cours des dix prochaines années –, et aussi des risques connexes pour la santé, l’environnement et l’éthique, sans oublier les risques juridiques et sociaux (ETC, 2004).
Tout comme d’autres technologies émergentes, la nanotechnologie soulève d’importantes questions conceptuelles et pratiques dans l’optique des mesures statistiques :
Il n’existe pas de définition officielle de la nanotechnologie ni de cadre statistique reconnu internationalement. Des initiatives sont en cours dans le cadre de tribunes internationales (ISO TC229, OCDE-CPST-GENIST, International Risk Governance Council, UNESCO, etc.) afin d’examiner les répercussions que peut avoir la nanotechnologie sur la politique publique. Ces initiatives doivent miser sur des outils communs reconnus – définitions, cadres et protocoles statistiques – pour éclairer les discussions et contribuer à orienter la prise de décisions.
Objectifs
Se fondant sur l’expérience acquise à l’égard de la biotechnologie, le document proposé :
Indicateurs pour l’étalonnage des politiques d’innovation en biotechnologie
Note biographique
Thomas Reiss est le chef du département des technologies émergentes au Fraunhofer ISI, l’un des instituts de pointe dans le domaine de la dynamique de l’innovation et de la politique d’innovation en Europe.
Iciar Dominquez-Lacasa est chercheur au sein de ce même département.
Résumé
Depuis les années 1980, la politique scientifique et technologique rend compte du fait que les scientifiques et les innovateurs font partie d’un réseau plus vaste d’organisations et d’institutions. C’est pourquoi on observe une demande croissante à l’égard d’outils empiriques permettant de procéder à une analyste comparative des politiques scientifiques et technologiques nationales dans une perspective systémique. Ce document met de l’avant une approche d’étalonnage des politiques en matière de biotechnologie.
L’approche en question combine des portefeuilles descriptifs de politiques nationales et un ensemble d’indicateurs servant à évaluer les résultats dans chaque pays. Les portefeuilles de politiques nationales englobent l’ensemble des politiques qui peuvent en principe être mises en application pour renforcer un système national d’innovation biotechnologique. Quant aux indicateurs quantitatifs, ils ont pour objet de mesurer l’efficacité des portefeuilles. En vue d’élaborer les portefeuilles de politiques et les indicateurs de résultats, on a mis en lumière quatre subdivisions au niveau du système d’innovation biotechnologique :
(1) établissement et tenue à jour d’une base de connaissances adéquate;
(2) transmission des connaissances en vue de leur application éventuelle;
(3) intégration de la biotechnologie aux secteurs économiques;
(4) essor industriel du secteur de la biotechnologie.
À partir de ces subdivisions, 14 objectifs stratégiques liés à la création ou à l’amélioration d’un système d’innovation en biotechnologie ont été définis. Les portefeuilles de politiques nationales en matière de biotechnologie ont été schématisés au moyen d’un questionnaire destiné aux décideurs politiques. Afin d’évaluer ces portefeuilles et, par le fait même, le degré d’atteinte des objectifs stratégiques, 13 indicateurs de résultats ont été établis; ces indicateurs sont directement liés aux quatre subdivisions du système d’innovation mentionnées précédemment. La comparaison des résultats en biotechnologie au niveau des pays et du contexte stratégique connexe qui y existait par le passé permet de commenter l’efficacité des différentes approches stratégiques. Les résultats empiriques portent sur les politiques mises en œuvre dans 14 États membres de l’UE, aux États‑Unis et au Canada au milieu des années 1990 ainsi que de leurs résultats au cours de la période allant de 1994 à 2002.
L’analyse montre qu’un engagement financier ferme à l’appui d’une base de connaissances en biotechnologie est une condition préalable importante, mais qui ne suffit pas en soi à assurer l’efficacité des politiques. Le lien entre les politiques en matière de biotechnologie et les politiques génériques est tout aussi important. Les politiques visant expressément la biotechnologie sont utiles dans les débuts du secteur. Selon l’évaluation des politiques favorisant la transmission des connaissances, les pays qui obtenaient des bons résultats sont ceux qui ont pris à la fois des mesures spécifiques à la biotechnologie et des mesures génériques. En ce qui touche les politiques d’amélioration de l’accès au marché pour les biotechnologies, la plupart des pays qui ont eu des résultats probants avaient mis en place des outils appuyant les activités d’innovation des grandes entreprises. Une telle approche contribue à la naissance d‘un important « marché technologique » national, reposant sur la demande, par les grandes entreprises, de technologies et de services offerts par les entreprises de biotechnologie.
L’analyse sert à la validation de principe de l’approche d’étalonnage et montre que les indicateurs de résultats proposés fournissent des renseignements pertinents sur l’atteinte de certains objectifs stratégiques fixés dans le passé. La comparaison entre les résultats des pays en matière de biotechnologique et les politiques qui y existent permet de discuter de l’efficacité des différentes approches en la matière. Il convient de noter à cet égard que l’on ne peut se contenter de simples corrélations entre intrants stratégiques et résultats nationaux, étant donné que les politiques ne sont que l’un des divers facteurs ayant une incidence sur les résultats.
Indicateurs des répercussions de la biotechnologie : des mesures des activités, des liens et des résultats aux indicateurs des répercussions
Note bibliographique
Antoine Rose a mis sur pied le programme de la statistique de la biotechnologie à Statistique Canada et dirige les travaux visant à concevoir des normes statistiques en matière de biotechnologie à l’OCDE. Il a un baccalauréat en sciences, technologie et société ainsi qu’une maîtrise en économie de l’Université du Québec à Montréal.
Chuck McNiven dirige la Sous-section des sciences de la vie au sein de la Division des sciences, de l’innovation et de l’information électronique à Statistique Canada. Avant d’arriver à Statistique Canada, M. McNiven enseignait à l’Université Western Ontario pendant qu’il terminait ses études supérieures. Il est responsable des enquêtes sur l’utilisation et la mise au point des biotechnologies, sur les bioproduits, les aliments fonctionnels et nutriceutiques, ainsi que des travaux de développement se rapportant aux nanotechnologies. Son expérience professionnelle englobe l’élaboration, l’analyse et la diffusion de statistiques canadiennes sur la biotechnologie, et il a participé à diverses activités internationales relatives à la mise au point de statistiques sur la biotechnologie.
Résumé
Il existe une ample rhétorique vantant les avantages qu’apportera la biotechnologie dans l’avenir. On pourrait en gros résumer ainsi tout ce discours : la biotechnologie sera à l’origine de la prochaine vague technologique qui va transformer en profondeur l’économie et la société en débouchant sur des produits et des procédés qui résoudront les problèmes de santé, nourriront la planète avec des produits agricoles nouveaux, assainiront l’environnement et seront sources de viabilité. Mais par delà ces arguments, les indicateurs de l’activité biotechnologique révèlent l’émergence d’un phénomène qui demeure relativement peu répandu pour le moment. De nombreux intervenants appartenant au secteur privé, à des administrations publiques ou au milieu universitaire, misent sur l’essor futur de la biotechnologie. Cela soulève de façon récurrente la question stratégique suivante : quels sont les éléments de preuve pouvant étayer ou justifier les investissements publics dans la biotechnologie?
Il y a eu au cours de la dernière décennie une somme considérable de données et de statistiques dont l’objet était de représenter le développement de la biotechnologie. Ces travaux sont récapitulés pour une bonne part dans le Cadre pour les statistiques de biotechnologie de l’OCDE (2005), qui fournit une orientation et des normes en vue de la mesure de l’activité biotechnologique. Il convient de souligner que les données recueillies jusqu’ici portent pour la plupart sur les opérations, les liens et les résultats des entreprises qui mènent des activités d’innovation en ayant recours à la biotechnologie.
Les indicateurs d’activité s’appliquent principalement aux données recueillies au sujet des intervenants (qui) menant des activités (quoi) dans un lieu donné (où) dans le but d’atteindre un objectif (pourquoi). Aux fins des indicateurs de liens, des données sont recueillies à propos de la somme de ressources affectées et de la manière dont les intervenants sont liés à d’autres organisations et institutions sociales ou économiques. Les indicateurs de résultats servent à mesurer les résultats obtenus. Au Canada, il est possible d’utiliser la plupart de ces indicateurs grâce à toute l’information recueillie dans le cadre des nombreuses enquêtes menées par Statistique Canada sur l’utilisation et le développement de la biotechnologie.
Les indicateurs portant de façon spécifique sur les répercussions des biotechnologies doivent mesurer les changements induits au niveau des indicateurs socio‑économiques. La plupart du temps, les indicateurs de répercussions sont des ratios et servent à faire le suivi d’un changement. Par exemple, X % du marché des vaccins consiste en produits mis au point à l’aide de la biotechnologie, comparativement à Y % lors de la période précédente; la biotechnologie entre dans X % des activités de R‑D; la fréquence d’une maladie, exprimée en proportion de la population, a diminué de Y % par suite de la mise au point d’une thérapie génétique; etc.
Il existe deux problèmes généralement associés aux indicateurs des répercussions d’une technologie émergente. Comparativement aux tendances à long terme observées relativement aux principaux indicateurs de répercussions socio‑économiques, la magnitude des indicateurs applicables à la biotechnologie est relativement faible, voire négligeable. Ce type d’indicateur met en évidence un effet net sur la richesse, soit la différence entre les activités économiques nouvelles engendrées par la nouvelle technologie et les activités économiques qui ont cessé en raison de cette même technologie. L’argument avancé dans le document est qu’une partie importante des répercussions liées à la biotechnologie est attribuable à un effet de substitution, par exemple des changements au niveau de la production (innovations touchant les procédés) et de la chaîne d’approvisionnement. La mesure de ces répercussions demeure un défi pour les statisticiens.
Le document porte d’abord sur les indicateurs de résultats pouvant être utiles aux analystes stratégiques et aux décideurs; on y commente également les transformations à apporter aux mesures des activités, des liens et des résultats ainsi que les nouvelles mesures requises afin qu’il soit possible de mettre au point des indicateurs des répercussions de l’activité biotechnologique.