Mobilité internationale des titulaires de doctorats : premiers résulats et avancées méthodologiques
Note biographique
Laudeline Auriol, administrateur à l’OCDE, a quinze d’expérience dans le domaine des indicateurs de la science et de la technologie, est l’auteur d’articles dans des revues spécialisées ou universitaires.
Elle détient une maîtrise en mathématiques appliquées et un D.E.S.S en démographie.
Résumé
La mesure de la mobilité internationale des personnes hautement qualifiées pose un véritable défi aux statisticiens. A la faiblesse inhérente des statistiques de migrations internationales vient s’ajouter la difficulté de prendre en compte les niveaux de qualification des personnes dans ces statistiques. L’OCDE se penche depuis plusieurs années sur les questions de mobilité internationale des étudiants, chercheurs, scientifiques et autres populations hautement qualifiées tout en s’efforçant dans le même temps d’améliorer l’appareil statistique. Parmi diverses initiatives qui seront passées en revue, l’article se propose d’exposer plus en détail l’une d’entre elles visant à suivre les parcours des titulaires de doctorats, dont les premiers résultats se révèlent prometteurs quant à une meilleure compréhension des mouvements transfrontières de cette catégorie de diplômés.
La première partie de l’article donnera quelques éléments de base permettant de comprendre le paysage statistique dans lequel nous nous plaçons au niveau international. Si les migrations sont par nature internationales, il n’en reste pas moins que leur mesure est fortement soumise à des concepts de nature nationale liés aux politiques de migrations et d’acquisition de nationalité de chaque pays, ce qui a pour conséquence le paradoxe suivant : il n’existe que peu ou prou de statistiques internationalement comparables sur les migrations internationales. Il faut ajouter à cela qu’en dehors du fait que les qualifications sont rarement prises en compte dans ces statistiques, les systèmes d’éducation et de qualifications sont aussi très différents d’un pays à l’autre, ce qui influe sur la nature des statistiques qui les caractérisent. Nous verrons en deuxième lieu sur quelles bases de données récemment mises en place ou améliorées au sein de l’OCDE, nous pouvons nous appuyer pour obtenir des indicateurs de la mobilité internationale des qualifiés.
La troisième partie de l’article s’attachera à présenter et commenter les premiers résultats d’un projet mené conjointement par l’OCDE, Eurostat et l’Institut ststiatique de l’UNESCO visant à mesurer les carrières et la mobilité internationale des titulaires de doctorats. Ces premiers résultats fournissent de nouveaux indicateurs sur la situation professionnelle des populations concernées de cinq pays : l’Allemagne, l’Australie, le Canada, les États-Unis et la Suisse, ainsi que de nouvelles pistes à prendre en considération pour améliorer la mesure de la mobilité et des migrations internationales des personnes hautement qualifiées. Des avances méthodologiques apparaissent en effet possibles au travers d’enquêtes dédiées s’attachant à recueillir des données croisées sur le pays de naissance, la nationalité, les pays successifs de résidence, durées de séjour et autres caractéristiques de l’origine et de la mobilité des personnes concernées. Celles-ci doivent cependant être interprétées en regard des régimes migratoires en vigueur dans les pays d’accueil.
Élaboration d’indicateurs pour l’utilisation efficace des ressources humaines en S-T : le cas de la Corée du Sud
Note biographique
Ki-Wan Kim - Associé de recherche, Équipe de l’infrastructure et de la politique d’innovation Institut coréen d’évaluation et de planification de la science et de la technologie.
Résumé
Dans son processus de développement économique, la Corée a grandement tiré parti de l’existence de ressources humaines très qualifiées. Néanmoins, elle doit maintenant relever le défi, d’une part, d’entretenir ses ressources humaines en S‑T (RHST) de base en vue d’un autre bond économique et de son développement social au XXIe siècle et, d’autre part, d’utiliser plus efficacement ses RHST. Entre autres choses, la discordance quantitative et qualitative entre l’offre et la demande de RHST est considérée comme le problème le plus important.
Nous résumons d’abord le statu quo et les problèmes associés à la politique sur les RHST en Corée, après quoi nous passons en revue les récents efforts menés pour élaborer des indicateurs des RHST plus convenables et plus pertinents sur le plan des politiques en lançant de nouvelles enquêtes sur l’état des RHST sur le marché du travail, telles que l’enquête auprès des diplômés de niveau collégial en sciences et en génie et l’enquête sur le cheminement de carrière des « principales RHST » en Corée, de même que l’effort visant à comprendre la mobilité des RHST entre les secteurs de recherche coréens, ainsi que la « mobilité internationale » des titulaires de doctorat entre la Corée et des pays étrangers.
Bien qu’il s’agisse d’enquêtes continues, nous tâcherons dans la mesure du possible d’en présenter les premiers résultats et leurs incidences sur la politique coréenne en matière de RHST et les récents efforts internationaux visant à élaborer des statistiques et des indicateurs sur les RHST et à les améliorer.
Mobilité et travailleurs plus qualifiés dans le système d’innovation suédois – Un indicateur des flux de connaissances
Note biographique
Patrik Sandgren est analyste à VINNOVA et le correspondant suédois de l’« European TrendChart on Innovation », le réseau de la Commission européenne sur la politique d’innovation. Sandgren a participé au projet MONIT de l’OCDE et a apporté une contribution tant aux perspectives de l’OCDE sur les TIC qu’à celles sur la STI.
Eugenia Perez est analyste à VINNOVA et l’auteur du travail d’analyse pour la stratégie du secteur de la sécurité de la Suède et le programme du secteur industriel des métaux. En collaboration avec l’Académie suédoise royale des sciences du génie, Perez travaille actuellement à une stratégie relative à la nanotechnologie suédoise.
Résumé
Introduction
Le savoir est une condition préalable centrale de l’innovation et de la croissance. L’information atteint les organisations par les gens et elle est ultérieurement transformée en connaissances qui s’étendent et se peaufinent de manière explicite et tacite. La mobilité du capital humain est liée aux connaissances tacites, puisque les connaissances de ce genre se diffusent uniquement par les gens ou les organisations.
Aujourd’hui, les processus d’innovation sont davantage axés sur le savoir, ce qui accroît la complexité des questions relatives au capital de connaissances. Le niveau de scolarité des gens augmente la qualité de cette forme de capital de connaissances. Ainsi, la demande de travailleurs plus qualifiés augmente et la mobilité des travailleurs très qualifiés, tels les titulaires de doctorat, devient particulièrement intéressante.
Objet
L’objet de cette étude est de fournir des indicateurs quantitatifs des flux de connaissances dans le système d’innovation national suédois. Nous examinons les données d’une cohorte d’environ 14 000 titulaires de doctorat employés en Suède au cours de la période 1993‑2003 pour étudier les flux de connaissances entre trois secteurs, à savoir les universités et collèges universitaires, les administrations publiques et l’industrie, représentant la triple hélice(1). Les responsables de l’élaboration des politiques réclament ce genre d’études sur la mobilité, mais peu ont été réalisées jusqu’à maintenant(2).
Les études antérieures sur la mobilité étaient souvent axées sur les arrivées et les départs dans un secteur ou un groupe particulier. Dans la présente étude, nous adoptons une approche différente en établissant les profils de mobilité des membres d’une cohorte. En limitant le travail à une cohorte fixe, nous pouvons nous employer davantage à étudier comment les particuliers se déplacent, et ce qui les caractérise, et pas seulement si ces particuliers se déplacent.
Indicateurs étudiés
Trois aspects principaux de la mobilité sont étudiés au moyen de trois indicateurs. Le premier a trait à la mobilité entre les secteurs en tant que pourcentage de la population qui change de secteur entre deux années. Les deux autres indicateurs ont trait au profil de mobilité de la population sur la période de 10 ans, l’un montrant la répartition de la population au fil des changements, et l’autre montrant les flux entre différents secteurs. Un certain nombre de variables sont ensuite liées aux indicateurs, comme l’âge, l’orientation scolaire, le sexe, le pays d’origine et la rémunération.
Constatations
Nous avons constaté que la répartition des titulaires de doctorat dans les différents secteurs au cours des 10 dernières années est relativement stable et s’établit à environ 40 % dans les universités et collèges universitaires, à 5 % dans les administrations publiques et à 55 % dans l’industrie. La mobilité entre deux années contiguës de la période de 10 ans varie entre 4 % et 16 %. De plus, 62 % de la population reste stable tout au long de la période, tandis que la plupart des particuliers mobiles changent deux fois en retournant à leur secteur d’origine. Le mouvement total le plus important de titulaires de doctorat s’effectue entre les universités et collèges universitaires et l’industrie, ce qui est à prévoir compte tenu de la taille relative de ces secteurs. Les particuliers les plus stables tendent à être ceux de l’industrie, suivis de ceux des universités et collèges universitaires. Les variations entre les profils de mobilité des hommes et des femmes et entre les pays d’origine sont négligeables, si ce n’est un taux de mobilité légèrement supérieur chez les femmes.
Établissement de liens entre les ressources humaines en science et technologie et le rendement scientifique : utilisation des données existantes pour élaborer de nouveaux indicateurs pour l’analyse de la base scientifique des industries manufacturières de haute et moyenne haute technologie
Note biographique
Wendy Hansen, chercheure principale au MERIT, a réalisé de nombreux travaux axés sur les ressources humaines en S‑T pour l’UE et l’Amérique du Nord. Elle s’intéresse aux questions de ressources humaines et à l’élaboration d’indicateurs, en mettant l’accent sur les indicateurs de l’économie du savoir et les incidences sur les politiques.
Résumé
Des études démontrent que les liens scientifiques et technologiques varient entre les industries manufacturières de haute et de moyenne haute technologie et entre les pays. La lente croissance de ces industries est associée à de faibles liens scientifiques et technologiques qui peuvent s’expliquer, en partie, par l’absence d’une base scientifique solide. Des études bibliométriques, des études sur l’innovation et des études de cas permettent d’élaborer des indicateurs qui relient les connaissances scientifiques aux innovations technologiques. Les études scientométriques traitent du lien qui existe entre la base scientifique d’un pays et son système technologique et industriel. Ces industries fonctionnent dans une économie du savoir, une économie où l’une des principales difficultés que posent la mesure et l’élaboration d’indicateurs est la prise en compte du capital de connaissances et l’établissement de liens avec les indicateurs scientifiques et technologiques traditionnels. Peu de chercheurs ont tenté d’établir des liens entre la base scientifique et les disciplines scientifiques des industries. Il existe peu d’indicateurs qui permettent d’utiliser les disciplines scientifiques pour étendre l’élaboration d’indicateurs afin d’établir les liens scientifiques et technologiques pour ces industries.
Une étude visant à caractériser la base scientifique des industries manufacturières de haute et de moyenne haute technologie a récemment été réalisée sous les auspices de la Direction générale de la recherche de la Commission européenne. On a produit deux tables de concordance permettant de relier les données de citation autres que sur les brevets et le domaine scientifique et technologique de l’OCDE et la base scientifique et la discipline ou le domaine de spécialisation selon la CITE 1997 de l’UNESCO. La base scientifique des industries de haute et de moyenne haute technologie de quatre pays (la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni) est caractérisée d’après le domaine de spécialisation de la base scientifique. On élabore des indicateurs pour établir des liens entre les statistiques sur les dépenses en R‑D et les flux de diplômés en S‑T. Nous serons en mesure de produire des indicateurs des dépenses en R‑D et des flux de connaissances tels qu’ils sont mesurés par des publications scientifiques en fonction des disciplines scientifiques et technologiques. Nous pouvons proposer des indicateurs composites de la technologie et de l’innovation et des ressources humaines (selon la mesure du domaine de spécialisation de la base scientifique). Cela signifie que nous pouvons considérer la base scientifique et les domaines de spécialisation en tant que moteurs de la croissance. Par exemple, nous pouvons relier des mesures des activités de R‑D en tenant compte du domaine de spécialisation de la base scientifique pour étudier l’effet sur la croissance. L’examen de la base scientifique de ces industries selon le domaine de spécialisation et les liens avec les mesures de la R‑D peuvent aider à expliquer différents taux de croissance d’un pays à l’autre. Ce nouvel indicateur représente un ajout utile à la famille des indicateurs reliant la technologie, l’innovation, les ressources humaines et le rendement industriel. En utilisant les données existantes (et les systèmes de classification de l’OCDE et de l’UNESCO) et en empruntant les indicateurs d’autres mesures bien établies du savoir scientifique (p. ex., les données sur les dépenses, les données relatives aux diplômés), nous pouvons produire de nouveaux indicateurs composites permettant d’expliquer la technologie, l’innovation et la croissance des industries de haute et de moyenne haute technologie au niveau national et entre les pays. Ce travail peut s’étendre à d’autres industries et aux comparaisons internationales de la croissance industrielle et des incidences sur les politiques.
Indicateurs sur la carrière des chercheurs et leur mobilité en Europe : une approche de la modélisation
Note biographique
Philippe Moguérou est titulaire d’un doctorat en économique. Comme chercheur, il s’intéresse surtout à l’économique du travail, à l’économique de l’innovation et à l’économétrie, appliquées à l’analyse des marchés du travail scientifiques. Il travaille actuellement à l’Institut de prospective technologique (IPTS), où il participe principalement à un projet qui vise à mettre sur pied un système d’information sur les chercheurs européens.
Olivier Da Costa, Maria Paola di Pietrogiacomo & Patrice Laget Institut de prospective technologique (IPTS), Commission européenne.
Résumé
L’Espace européen de la recherche (EER) vise à créer une base scientifique et technologique commune dans l’Union européenne et à renforcer l’excellence, la compétitivité et l’innovation sur le plan scientifique en favorisant une meilleure coopération et coordination entre les intervenants en R‑D et, en particulier, entre les chercheurs qui sont au cœur du système. Dans ce contexte, il importe de plus en plus de créer les conditions voulues pour attirer et garder des chercheurs qualifiés et motivés. Un élément clé de la stratégie de l’EER consiste à rehausser l’attrait des carrières en recherche par la création d’un marché du travail européen de chercheurs. Par conséquent, la mobilité des chercheurs est fortement encouragée par la Commission européenne.
Toutefois, le manque de statistiques sur les chercheurs et, en général, sur les ressources humaines en science et en technologie en Europe nous empêche de comprendre la nature, l’étendue ou l’effet net du phénomène du mouvement des cerveaux entre les pays, les régions, les secteurs et les professions. Il n’existe pas de base de données idéale comprenant des données complètes, harmonisées et comparables sur les chercheurs.
L’Institut de prospective technologique (IPTS) du Centre commun de recherche (CCR) de la Commission européenne a entrepris d’élaborer un système d’information sur les chercheurs, leur mobilité et leur carrière, à l’appui de l’élaboration de politiques judicieuses en la matière en Europe et dans les États membres. L’approche suivie par l’IPTS consiste à élaborer des indicateurs particuliers sur la mobilité et la carrière des chercheurs. Par définition, ils combinent plusieurs facteurs pour donner un aperçu, une simplification unidimensionnelle d’une réalité multidimensionnelle complexe. Pour estimer et modéliser ces indicateurs, il faudra combler les lacunes dans les données nationales et de l’UE, établir des approximations en l’absence de données robustes et procéder à l’estimation et à l’extrapolation des résultats au besoin et dans la mesure du possible.
Le présent document résumera en trois points la méthodologie et les résultats.
La détermination des sources de données est fondée sur un inventaire et une analyse d’une centaine de sources de données dans neuf pays européens. Ces sources peuvent être classées en six grandes catégories :
L’approche de la « modélisation » repose sur les étapes suivantes :
L’élaboration d’indicateurs sur la carrière et la mobilité des étudiants et des titulaires de doctorat et des chercheurs de niveau postdoctoral en sciences de la vie en Europe sera donnée comme exemple. En effet, l’élaboration de ces indicateurs est fondée sur une combinaison de données d’Eurostat, de données nationales et de données provenant de l’enquête NetReAct (sur le rôle du réseautage dans les activités de recherche) commandée par l’IPTS.