La nécessité d’élaborer des indicateurs pour les politiques des sciences, de la technologie et de l’innovation à une époque de démocratisation de l’innovation
Note biographique
Eric von Hippel gère l’Innovation and Entrepreneurship Group au MIT. Réputé pour ses recherches sur les sources de l’innovation, M. von Hippel conclut qu’à l’époque d’Internet, le développement de produits se déplace rapidement des fabricants vers les « grands utilisateurs ». Cette transition porte à croire qu’il serait utile d’apporter des changements de fond aux indicateurs de l’innovation.
Résumé
L’innovation se démocratise rapidement. Les améliorations apportées aux technologies de l’informatique et des communications permettent de plus en plus aux utilisateurs de développer leurs propres produits et services nouveaux. Les données démontrent que l’innovation par les utilisateurs est fortement concentrée chez les « grands utilisateurs ». Ces grands utilisateurs – tant des particuliers que des entreprises – partagent souvent volontiers leurs innovations avec autrui, créant des collectivités d’innovation par les utilisateurs et un riche patrimoine intellectuel. La tendance à la démocratisation de l’innovation s’observe tant du côté des produits de l’information, comme les logiciels, que du côté des produits matériels. L’innovation par les grands utilisateurs offre aux fabricants un terrain fertile pour l’innovation et enrichit davantage le bien-être collectif que ne le ferait un système d’innovation par les fabricants seulement.
Les innovations librement révélées par les utilisateurs sont à la base d’un système d’innovation centrée sur l’utilisateur si robuste qu’il est en voie d’écarter les fabricants de la conception des produits dans certains secteurs. En même temps, une bonne partie de cette activité d’innovation centrée sur l’utilisateur découle d’un « apprentissage par l’exécution » des utilisateurs plutôt que de la R-D. Par conséquent, les indicateurs actuels rendent difficilement compte de ce type important d’activité, qui pourrait peut-être expliquer la plupart des dépenses que réalisent les particuliers et les entreprises privées au chapitre de l’innovation. J’explique dans la présente communication ce qu’on sait de ce phénomène de l’innovation démocratisée centrée sur l’utilisateur, y compris de source ouverte, afin d’offrir un contexte à quiconque souhaiterait développer de nouveaux indicateurs appropriés pour les politiques des sciences, de la technologie et de l’innovation.
Nouveautés dans la statistique des sciences, de la technologie et de l’innovation au sein de l’Union Européenne : le point sur la situation et cheminement vers une analyse des politiques fondée sur des preuves
Note biographique
Reinhilde Veugelers est professeure d’économie de gestion, de stratégie et d’innovation à l’Université Catholique de Leuven. Elle a été chercheuse invitée à l’École supérieure de gestion Kellogg de l’Université Northwestern, à l’École de gestion Sloan de l’Institut de technologie de Massachusetts, à l’École de commerce Stern (Université de New York), à l’Université Libre de Bruxelles/ECARES, à l’Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne), à l’Université Pompeu Fabra, à l’Université Autonome de Barcelone et à l’Université de Maastricht.
Ses recherches portent surtout sur l’organisation industrielle, l’économie internationale ainsi que la stratégie et l’innovation. Elle est l’auteure de nombreuses publications portant sur les multinationales, la collaboration en R‑D et les alliances, les rapports industrie-sciences et l’intégration du marché qui ont été diffusées dans de grandes revues internationales. Elle a obtenu des subventions de recherche du Bureau belge de politique scientifique fédérale, de la Commission européenne (DG recherche et DG ECFIN) et du gouvernement flamand (VRWB-IWT).
Elle est la coorganisatrice du « Steunpunt » sur les statistiques de R-D du gouvernement flamand, une bourse de recherche du CEPR (Londres) et travaille actuellement comme conseillère économique au Bureau of European Policy Analysis (BEPA) de la Commission européenne, en congé de l’Université Catholique de Leuven (2004-2008).
Résumé
La statistique officielle des sciences, de la technologie et de l’innovation a certes progressé ces dix dernières années au sein de l’Union européenne (UE), mais il lui manque encore les caractéristiques de base d’un cadre systémique pour mesurer l’économie du savoir et permettre d’analyser les politiques sur la foi de preuves. Des expériences ont été tentées au moyen d’« indicateurs de processus » (décrivant les « flux du savoir » ou les « réseaux de recherche ») et d’« indicateurs de micro-niveau » pour corriger ce problème. Ces projets pilotes n’ont toutefois pas encore débouché sur des données et des méthodologies internationalement comparables.
Le présent examen a pour but de cerner les grandes lacunes de la statistique actuelle des sciences, de la technologie et de l’innovation et de proposer des façons d’améliorer la situation actuelle. Il évalue, à partir d’une perspective générale sur l’évaluation, par-delà les intrants de la R.‑D., de la capacité d’innover des pays, la gamme des indicateurs présentement utilisés dans le cadre du processus d’élaboration des politiques de l’UE. Bien que l’ensemble d’indicateurs ait tout l’heur d’être inspiré par les faiblesses particulières de la capacité d’innovation de l’UE et l’approche « systèmes » à l’amélioration de cette capacité, nous sommes encore loin d’un processus fluide d’analyse des politiques fondée sur des preuves. Dans l’avenir, il faudra : i) améliorer les indicateurs de base pour les intrants et les extrants de l’innovation; ii) élaborer de nouveaux indicateurs, surtout dans le domaine des rapports industrie-sciences et celui de la création et de la diffusion du savoir-faire à l’échelle internationale; iii) ventiler la déclaration des données au niveau sectoriel/technologique, géographique et institutionnel.
Mais s’il est important de « créer » de meilleures statistiques, il l’est aussi d’améliorer la « diffusion » et l’exploitation des statistiques sur les sciences et la technologie. Le processus de création, de diffusion et d’exploitation de telles statistiques devrait être moins linéaire et comporter davantage d’interactions entre les analystes des politiques, les chercheurs et les statisticiens.
Pour comprendre les répercussions des activités de science, technologie et innovation
Note biographique
Heidi Ertl est chef de la Sous-section de la recherche et de l'analyse sur la société de l'information de Statistique Canada, qui élabore des indicateurs socioéconomiques de la connectivité et effectue de la recherche et des travaux d’analyse dans les domaines de la technologie de l’information et des communications et de la fracture numérique. Mme Ertl est également chargée de la mesure et de l’analyse du secteur de la technologie de l’information et des communications (TIC) du Canada. Elle a rédigé et révisé plusieurs études portant sur la société de l’information et elle participe à un certain nombre d’activités liées au développement international et au renforcement des capacités. Mme Ertl s’est jointe à Statistique Canada il y a huit ans après avoir obtenu une maîtrise en économie de l’Université McMaster à Hamilton (Canada).
Anik Lacroix est Chef de la Section sur la société de l’information à Statistique Canada, section responsable de la collecte, de l’intégration et de l’analyse de renseignements sur la demande et l’offre des technologies d’information et de communication, et sur les impacts de ces technologies sur l’économie et la société. Madame Lacroix est à Statistique Canada depuis 15 ans. Elle y a acquis une expertise importante dans des domaines aussi variés que la santé, l’environnement et la société de l’information. Elle possède une maîtrise en sciences économique de l’Université de Montréal, Montréal, Canada.
Résumé
Les mesures de base des sciences, de la technologie et de l’innovation (STI) ont beaucoup progressé au Canada. Mais l’attention se tourne maintenant vers des mesures plus pointues de la valeur ajoutée potentielle et des coûts de telles activités. La présente communication présentera des initiatives canadiennes entreprises pour en arriver à mieux comprendre les résultats sociaux et économiques, les couplages et les impacts à long terme associés aux activités des STI. On y traitera plus particulièrement des méthodes et des mesures employées actuellement à Statistique Canada et ailleurs, tracera d’éventuelles pistes d’avenir et fera valoir l’importance de ce travail pour les responsables des politiques publiques et pour l’application de normes internationales.
Deux questions charnières y seront examinées dans le but de comprendre les impacts d’activités diverses en matière de STI.
1. Comment les méthodes ou les mesures existantes peuvent-elles servir à comprendre les répercussions de telles activités?
Un certain nombre d’initiatives en cours s’appuient sur des mesures existantes de l’état de préparation et de l’intensité pour nous éclairer sur les répercussions de ces activités. Par exemple, des liens ont été établis entre le recours aux STI et un certain nombre de résultats sociaux et économiques, dont le revenu, la littératie et l’obésité. L’impact des STI sur les habitudes de communication et de dépense de même que sur les heures de travail et de loisir des gens sont aussi des sujets d’étude. On utilise par ailleurs des mesures du « fossé numérique » pour chercher à comprendre la disparité des utilisations (et des utilisateurs) des technologies. Les mesures de la valeur ajoutée, de la R.-D. et de l’innovation par le secteur des STI peuvent également être utilisées pour examiner les conséquences sur l’économie canadienne des activités des STI. On étudie également les impacts des technologies avancées en couplant des enquêtes sur l’utilisation des technologies de pointe à des enquêtes sur la production. Ces couplages de données démontrent que les établissements manufacturiers qui utilisent des technologies de pointe surclassent les autres. Il est aussi prouvé que l’on gagne davantage sur le plan de l’emploi, des salaires et des traitements à adopter qu’à ne pas adopter des technologies de pointe dans le secteur manufacturier. Les entreprises qui adoptent de telles technologies voient aussi leur part de marché s’élargir aux dépens de celles qui ne le font pas et la productivité de leur travail augmenter. Une section de la communication sera aussi consacrée aux mesures des activités biotechnologiques qui commencent à se pencher sur les avantages et les désavantages sociaux des activités des STI.
2. De quelles nouvelles méthodes ou mesures a-t-on besoin pour en arriver à mieux comprendre les répercussions des activités des STI?
Malgré les progrès accomplis, les efforts pour comprendre les impacts des activités des STI en sont encore à leurs premiers balbutiements. Bon nombre d’impacts des activités des STI évoluent encore et nous n’en saisissons pas encore pleinement les implications à long terme. Cela rend d’autant plus difficile l’évaluation des activités des STI et de leurs répercussions générales sur l’économie et la société.
Les responsables des politiques publiques demandent, par exemple, des mesures sur le rendement des investissements dans les sciences et la technologie, mais sans qu’on ne sache encore très bien de quel genre de mesures il s’agit. On se penchera dans la présente communication sur les méthodes et les mesures requises pour déterminer les résultats de ces investissements. Les travaux sur la gestion de la propriété intellectuelle dans le secteur public et les résultats d’une nouvelle enquête sur les incubateurs d’entreprises déboucheront aussi sur de nouvelles méthodes et mesures des impacts des répercussions des STI.
La présente communication s’intéresse également aux caractéristiques des entreprises qui font de la R.-D. par rapport aux caractéristiques de celles qui n’en font pas en plus de se demander si celles qui adoptent des technologies innovent davantage que les autres, de se pencher sur les comportements changeants associés à l’utilisation des technologies et d’évaluer les impacts de la commercialisation. Enfin, elle fera état de lacunes dans la mesure des impacts et proposera des moyens de les combler. On s’y attardera aussi à l’importance d’arrimer les mesures aux politiques.