La science, la technologie et l’innovation au service du développement durable
Note biographique
Michael Bordt est le chef de la Section des ressources humaines et de la propriété intellectuelle, Division des sciences, de l’innovation et de l’information électronique, à Statistique Canada, où il est également le rédacteur en chef du Bulletin de l’analyse en innovation. De par ses fonctions actuelles, il doit voir aux enquêtes sur la commercialisation de la propriété intellectuelle (l’une porte sur les universités, l’autre, sur les ministères et organismes fédéraux) et élaborer de nouvelles statistiques sur : les ressources humaines en science et technologie, la commercialisation, les indicateurs infraprovinciaux de S‑T et les stratégies commerciales des entreprises œuvrant dans la technologie. Auparavant, il occupait à Statistique Canada le poste de chef de l’information environnementale et comptes spaciaux des comptes nationaux et de l’environnement.
Johanne Boivin détient un Baccalauréat en économie mathématique et une Maîtrise en économie de l’université Laval où elle a également travaillé comme assistante à la recherche. Elle est entrée à Agriculture et Agroalimentaire Canada comme analyste en développement de marché en 2003. En 2005, Johanne a accepté une affectation à Statistique Canada comme analyste où elle travaille avec les données de l’enquête sur le développement des bioproduits.
Julio M. Rosa détient une maitrîse en sciences économiques de l'UQAM et poursuit actuellement la rédaction de sa thèse de doctorat qui porte sur la complémentarité organisationnelle en recherche et développement. Mr. Rosa travaille à Statistique Canada depuis plus de cinq ans à titre d'analyste spécialisé dans les domaines de l'innovation et de la science et technologie.
Résumé
Il faudra peut-être étendre la portée du cadre international pour la STI si l’on veut arriver à jauger de façon plus efficace comment certaines activités contribuent au développement durable. La situation particulière des pays en développement et des régions reculées (dont le Nord canadien) sera également prise en compte. Les deux aspects — les régions en développement et le développement durable — sont étroitement liés vu que la plupart des questions de développement économique reposent sur des principes de développement durable. Dans les deux cas, il est nécessaire de comprendre les tenants et aboutissants de la R-D, de la technologie ou du produit.
L’intention d’un acteur issu du secteur industriel peut être difficile à cerner. Lorsqu’il est question de développement durable, le Manuel de Frascati recommande de classifier la R-D selon les objectifs socioéconomiques poursuivis; or, l’un de ces objectifs est intitulé « pollution et protection de l’environnement ». Au Canada, cette classification ne s’applique qu’à la R-D du gouvernement fédéral. Aucun objectif socioéconomique n’a été fixé pour les régions en développement.
L’article mettra en relief l’expérience qu’a le Canada en ce qui a trait à la mesure de la R-D des pays en développement et à celle des activités de R-D à l’appui du développement durable. Seront aussi exposés le cas du secteur de la mise au point de bioproduits et les résultats d’un projet visant à ordonner l’ensemble des données relatives à la R-D en matière de développement durable découlant d’une enquête sur la R-D industrielle au Canada.
L’article proposera des indicateurs qui seront obtenus de données existantes par couplages entre, par exemple, des enquêtes sur la technologie ou sur l’industrie avec des enquêtes sur la R-D et l’innovation. Dans cette optique, on pourrait utiliser l’enquête exhaustive sur l’industrie de l’environnement qu’effectue Statistique Canada. De plus, l’article proposera une série d’indicateurs qui nécessiteront des enquêtes ciblées.
Les cadres de travail idoines en matière de S‑T, notamment le domaine scientifique et les classifications de professions, seront passés en revue afin de vérifier jusqu’à quel point ils prennent en compte le « développement durable ».
Quels sont les déterminants de la croissance de la productivité en Tanzanie : la technologie ou les institutions?
Note biographique
Pierre Mohnen est professeur à la faculté d’économie et d’administration des affaires de l’université de Maastricht et Professorial Fellowà l’UNU-MERIT (Maastricht Economic Research on Innovation and Technology). Il est également Associated Fellow au CIRANO, le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations de Montréal. Il est titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise de l’Université Catholique de Louvain, ainsi que d’un Ph. D. en sciences économiques décerné par l’université de New York. De 1984 à 2001, il a enseigné l’économie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
Ses recherches portent sur les aspects économiques de la production, l’économétrie appliquée, la productivité et l’innovation. Ses travaux ont trait à l’efficacité des incitatifs fiscaux en matière de R-D, aux facteurs déterminants en innovation, à la corrélation qui existe entre R-D, innovation et productivité ainsi qu’entre concurrence et productivité, à la complémentarité qui existe entre les politiques en matière d’innovation, aux aspects économiques des droits relatifs à la propriété intellectuelle, ainsi qu’à l’évaluation des rentes informationnelles des contrats publics.
Micheline Goedhuys et Norbert Janz (UNU-MERIT)
Résumé
Quellle importance la R-D, la technologie et l’innovation revêtent‑elles pour la croissance d’un pays en développement? Certains auteurs comme Lederman et Saenz (2005) ont démontré que l’innovation a un effet positif sur la croissance économique, bien plus que ne l’ont les institutions. D’autres, dont Banerjee et Duflo (2004), soulignent le rôle joué par les institutions — faible protection offerte aux investisseurs, interventions excessives des gouvernements, arrangements familiaux présidant à la répartition du travail et des revenus — pour expliquer la croissance de la productivité des pays en développement. Nous nous proposons d’examiner les tenants et aboutissants de cette controverse dans le contexte de la Tanzanie, l’un des pays les moins développés au monde.
Pour ce faire, nous utiliserons des données portant sur les microentreprises issues de l’enquête effectuée par la Banque mondiale sur le climat d’investissement pour la période 2000-2002. L’enquête fait ressortir un large éventail d’informations au sujet des établissements individuels échantillonnés : intrants, extrants, structure de la propriété, variables environnementales, telles que les infrastructures, les relations entre les entreprises et le gouvernement, l’environnement juridique, les relations de travail, les politiques en matière de libre-échange, la structure des industries, les droits relatifs à la priorité intellectuelle, ainsi que les conditions financières. L’enquête a en outre permis de faire quelques constatations concernant les efforts en matière de R-D, la formation et les résultats au chapitre de l’innovation. Après avoir consacré beaucoup d’efforts à épurer et à reconstituer certaines variables à partir de diverses bribes d’information, nous avons obtenu un échantillon représentatif comptant 340 enregistrements (qui devront être revérifiés), ainsi que quelques variables déphasées qui pourront servir d’instruments.
Dans un premier temps, nous évaluerons une fonction de production Cobb‑Douglas en effectuant une régression de la production — mesurée par la valeur ajoutée — sur la main‑d’œuvre, le stock de capital, diverses mesures de l’innovation (une valeur nominale pour la formation ou le pourcentage de personnes ayant reçu une formation, une valeur nominale pour la R-D ou le taux R-D/ventes, une variable nominale en fait d’innovation de produits, une valeur nominale pour l’innovation de processus (ou de procédés), le nombre de produits mis au point au cours des trois dernières années, une valeur nominale pour l’octroi de licences), les différents usages des TIC (courriel, Internet, site Web), ainsi que sur d’autres mesures nominales relatives à l’âge de l’entreprise, à l’utilisation du potentiel, à la proportion de propriété étrangère, à la place occupée par les emplois à court terme, à l’accès à l’électricité, au fait d’appartenir ou non à une association de gens d’affaires, à la sous-traitance, à la répartition des compétences au sein du personnel et au niveau de scolarité des employés, et à l’industrie.
Dans un deuxième temps, nous exécuterons des régressions par quantile afin de déterminer si les facteurs de croissance, et, en particulier, l’importance relative des variables innovation et environnement, diffèrent selon les quantiles obtenus par distribution conditionnelle de la variable dépendante. Nous nous proposons également de rechercher l’existence de complémentarités et de faire quelques régressions de variables instrumentales afin de cerner et de résoudre les éventuels problèmes d’endogénéité. Nous effectuerons en outre des tests de sensibilité en tenant compte des autres mesures des variables, ou d’autres spécifications, telles que les régressions conjuguant niveau et croissance.
Les résultats préliminaires semblent indiquer que, dans les meilleurs cas, la R-D revêt une importance indéniable pour les acteurs importants de la R‑D Pour la majorité des autres, le taux de rendement associé à la R-D n’a rien d’exceptionnel. Les variables associées aux produits de l’innovation se sont elles aussi avérées négligeables. Les facteurs importants et persistants sont l’accès au crédit, l’appartenance à une association de gens d’affaires et le fait d’être propriétaire de son propre groupe électrogène. Il semble ressortir de nos premiers résultats que, dans un pays comme la Tanzanie, les paramètres environnementaux du climat commercial ont plus d’effet positif sur la croissance que l’innovation.
Dans la perspective de la conférence Ciel bleu sur les indicateurs et du projet NPDA, cet article souligne l’utilité que revêtent d’autres sources de données — telles que l’enquête effectuée par la Banque mondiale sur le climat d’investissement — pour la plupart des pays africains qui n’ont pas encore fait d’enquête sur l’innovation. Les résultats préliminaires indiquent également qu’il est peut-être tout aussi important de recueillir des données sur les conditions du milieu dans lequel les entreprises évoluent que des données sur l’innovation.
Enquêtes spécialisées sur la R-D : conception et exécution
Note biographique
Peter Mortensen et Carter Bloch travaillent au Danish Centre for Studies in Research and Research Policy; le premier y est chef de département et le second, professeur adjoint. Tous deux s’intéressent à la prise de mesure et à la conception d’enquêtes en matière de S‑T, et ont participé, à titre de rédacteurs d’ébauches, à la récente refonte du Manuel d’Oslo.
Résumé
Ces dernières années, l’OCDE a soutenu la tenue d’enquêtes spécialisées sur la biotechnologie afin de combler le besoin accru de renseignements et d’indicateurs plus détaillés dans ce domaine. Le même besoin se fait sentir dans d’autres domaines, et on peut s’attendre à ce que la demande pour des indicateurs plus détaillés et plus spécialisés que les indicateurs actuels augmente au fil des ans.
Bien que les enquêtes spécialisées puissent, dans bien des cas, être effectuées par des universités et d’autres organismes, il peut être très instructif de recouper leurs résultats avec les statistiques nationales en matière de R-D Par exemple, les enquêtes portant sur la R-D peuvent être utilisées pour déterminer sur quels groupes doivent porter les enquêtes spécialisées. En outre, il est possible d’intégrer ces enquêtes à des enquêtes générales, soit directement soit par le biais d’un couplage ultérieur des données.
L’article traite de deux enquêtes spécialisées effectuées au Danemark, l’une portant sur la R-D en matière de technologies de l’information et des communications, et l’autre, sur les activités en R-D ayant trait au Groenland. Sur le plan de la méthode, les deux enquêtes permettent de faire un certain nombre de constatations pouvant s’appliquer à d’autres domaines. Qui plus est, les données obtenues peuvent se traduire par un certain nombre d’indicateurs spécialisés qui s’avéreront utiles pour la recherche et pour les questions relatives aux politiques.
L’article souligne avec force la place prépondérante qu’occupent les technologies de l’information et des communications (TIC) au chapitre de l’innovation et de la croissance. Un très grand nombre d’enquêtes ont été effectuées en recourant à ces technologies dans des entreprises et des ménages afin de mesurer le rôle joué par les TIC. On n’a cependant à peu près jamais tenté de mesurer les activités de R-D en matière de TIC pour les entreprises commerciales. La R-D touchant aux TIC est vitale pour la croissance et l’innovation — aussi bien pour les secteurs liés aux TIC que pour les autres secteurs —, et constitue un des vecteurs importants de la diffusion d’ensemble des TIC dans l’économie.
L’enquête sur la R-D axée sur les TIC portera sur les activités des secteurs public et privé en la matière, afin de permettre un appariement de la R-D des entreprises avec celle des institutions publiques de recherche, un exercice qui donnera lieu à un certain nombre de constatations aptes à étayer l’élaboration de politiques. Dans le secteur des entreprises commerciales, on enquêtera également sur des secteurs non liés aux TIC, afin de recueillir des informations sur quelles entreprises non liées aux TIC font de la R-D en matière de TIC et dans quels domaines des TIC.
Entre autres sujets abordés par l’enquête, il y a la classification bidimensionnelle des types d’activité de R-D en matière de TIC, la coopération en R-D, les activités de commercialisation, ainsi que les obstacles à la R-D axée sur les TIC et à la coopération des secteurs privé et public. De plus, l’enquête sera couplée à l’enquête générale sur la R-D, ce qui permettra d’élaborer un certain nombre d’autres indicateurs relativement aux TIC.
Au cours de la dernière décennie, le Groenland — un territoire autonome faisant partie du Danemark — a commencé à se constituer une base en matière de R-D avec, entre autres, l’inauguration de l’Université du Groenland et une intensification de la R.‑D commerciale. Il y a par conséquent un besoin grandissant pour des données sur les activités de R‑D axées sur le Groenland — qu’elles soient le fait d’institutions et d’entreprises danoises ou groenlandaises — et sur les corrélations entre ces activités.
Intégrée à l’enquête générale sur la R-D en sol danois, l’enquête sur la R‑D axée sur le Groenland se déroule deux fois l’an et isole les données relatives aux activités de R-D ayant trait au Groenland, en tenant compte du lieu où se déroulent ces activités.
Mesure des dépenses en services de R-D – idée irréaliste ou activité de fond?
Note biographique
Michael Kahn est le directeur général du programme de recherche Knowledge Systems du Human Sciences Research Council (HSRC). Il est responsable du Centre for Science, Technology and Innovation Indicators (CeSTII), ainsi que des unités chargées du SIG et des enquêtes.
Résumé
Le PIB de tous les pays industrialisés et, même, de ceux qui sont en voie de le devenir, repose désormais sur l’apport prépondérant des services. Les secteurs des services sont dynamiques, novateurs et affichent souvent des taux de croissance supérieurs à celui du secteur de la fabrication. Les services comprennent les « activités de service fortement axées sur le savoir » ou KISA (pour knowledge intensive service activities), qui, à la fois, font partie du cycle de l’innovation et constituent des innovations intrinsèquement parlant. Toutefois, comme elles comptent parmi les aspects intangibles des actifs de l’entreprise, les KISA — et tout particulièrement celles liées aux dépenses en R-D — ont la réputation de ne pas se prêter facilement à la comptabilisation, et encore moins à la production d’indicateurs pertinents et fiables en matière de S‑T.
L’article fait valoir que le problème lié au calcul des dépenses de R-D attribuables aux services (SERVERD) est peut-être exagéré. En partant de la définition donnée par Frascati du concept de R-D, l’article passe en revue une série d’études de cas d’entreprises afin de démêler les différentes composantes de SERVERD qui se retrouvent à la fois dans les « services afférents aux entreprises fortement axées sur le savoir » ou KIBS (pour knowledge intensive business services) et dans les firmes évoluant à l’extérieur du secteur des services. Les études de cas répertoriées portent sur les banques, l’assurance, les essais cliniques, les loisirs et l’exploitation minière. L’article explique que la solution au problème posé par la comptabilisation des SERVERD repose à la fois sur l’établissement d’une définition partagée par le mesureur et le répondant quant à ce qui doit être perçu comme SERVERD, et sur une compréhension claire de la chaîne de valeur dont fait partie le projet de R‑D examiné. En vue d’approfondir le sujet, on a établi une série de questions de base pouvant servir de point de départ à des entrevues partiellement structurées.
Pour colliger efficacement les données relatives aux SERVERD, il est proposé que les firmes chargées de l’enquête recensent une ou deux entreprises exemplaires par sous-secteur, se familiarisent avec l’entreprise/les entreprises identifiée(s), établissent l’ampleur des SERVERD en se basant sur une mesure fiable utilisée en comptabilité d’entreprise (revenus, excédent brut d’exploitation, CPV) et utilisent ce « taux » pour attribuer à d’autres entreprises du même type des valeurs de teneur semblable.
Le corollaire de cette approche est que la technique habituelle de faire enquête (distribution d’un questionnaire à remplir par le répondant) ne convient pas pour arriver à mesurer les SERVERD. Les autorités nationales compétentes qui effectueront ces mesures devront disposer de ressources d’une plus grande ampleur qu’à l’habitude afin de pouvoir se rapprocher davantage des entités répondantes. La solution au problème de mesure mise de l’avant dans l’article n’est pas, à proprement parler, définitionnelle, mais doit plutôt être perçue comme étant instrumentale. En recueillant une grande quantité d’études de cas effectuées pour divers sous‑secteurs et dans différents pays, il sera peut-être possible d’en arriver à une approche commune en ce qui a trait à la mesure des SERVERD pour les KIBS et, dans une perspective plus large, pour les activités de services axées sur le savoir.