À première vue peut-être, le déroulement d’une enquête consisterait simplement à poser des questions et à compiler les réponses pour obtenir des statistiques. Il faut cependant suivre des étapes précises afin que les résultats de l’enquête fournissent de l’information fiable et utile.
Au départ, on devrait se poser les questions suivantes :
Pour réaliser un plan d’enquête, on doit prendre une foule de décisions sur les sujets suivants :
On commence par établir les objectifs qui décrivent pourquoi et pour qui on fait l’enquête. Les objectifs de l’enquête en disent long sur les données qu’on aura besoin de recueillir. Elles aident aussi à cibler la population qu’on interrogera.
Par exemple, imaginons que le conseil étudiant de l’École secondaire St-Sauveur décide d’enquêter auprès des élèves afin d’obtenir de l’information pour les aider à planifier le bal des finissants. À partir de ce but général, on peut définir des objectifs plus raffinés. Disons que les objectifs sont les suivants :
Le plan d’une enquête démontre comment les objectifs seront atteints : il décrit clairement la population cible, les besoins en donnée et les variables qui seront mesurées, et prévoit les questions et réponses possibles, ainsi que le traitement et l’analyse des données obtenues.
Si l’objectif d’une enquête est d’obtenir de l’information auprès des élèves, par exemple, il faudra se demandera « de quels élèves s’agit-il? » afin de définir la population cible.
Il arrive quelquefois que la population cible (la population faisant l'objet de l'information à recueillir) et la population visée par l'enquête (celle qui répond à l'enquête) sont souvent différentes pour des raisons pratiques, et ce, même si elles devraient, en réalité, être identiques.
De plus, il est possible que certains concepts ou méthodes d'enquête ne soient pas appropriés pour certains segments de la population. Prenons par exemple une enquête sur les diplômés d'études postsecondaires dont l'objectif est de déterminer s’ils ont trouvé un emploi et, le cas échéant, quel genre d'emploi ils ont décroché. Dans un tel cas, on pourrait exclure de la population cible les diplômés qui ont étudié dans des écoles spécialisées telles que les écoles de théologie ou les collèges militaires. Ces types de diplômés seraient presque certains d'obtenir un emploi dans leur domaine respectif. Ainsi, la population cible pourrait comprendre seulement ceux qui ont obtenu un diplôme d'une université, d'un collège ou d'une école professionnelle.
Il peut aussi s’avérer nécessaire d'imposer des limites géographiques en omettant certaines parties de la population cible. Certaines régions pourraient être inaccessibles en raison des coûts de déplacement élevés ou autres difficultés. On peut imaginer, par exemple, qu’une entreprise faisant une enquête au moyen d’interviews personnelles voudrait tirer un échantillon dans des régions densément peuplées afin de minimiser les déplacements.
Afin de définir les besoins en données, il faut se poser les questions « Que veut-on savoir au juste ? » et « Comment se servira-t-on de l’information recueillie? ».
Dans notre exemple, voici quelques questions que le comité organisateur pourrait considérer :
Lorsqu’on planifie le contenu d’une enquête, il est tentant de vouloir recueillir le plus d’information possible. Cependant, plus il y a de questions, plus l’enquête prendra du temps et plus elle coûtera cher. Il faut se demander « A-t-on vraiment besoin de cette information? » tout en tenant compte du temps et des ressources nécessaires pour tester le questionnaire, traiter les données et analyser les résultats.
En plus, il faut tenir compte du fardeau de réponse afin de ne pas trop incommoder les répondants. Dans les enquêtes, le fardeau de réponse est affecté par
Le degré d’exactitude de l’information que l’on vise ainsi que les ressources dont on dispose influencent le choix que l’on fait parmi les trois principaux types de collecte de données.
Chacun présente à la fois des avantages et des inconvénients. Le choix du type de collecte dépendra de divers facteurs. Voir Types de collecte de données.
On détermine souvent le type de collecte selon le budget alloué pour le mener. Les coûts représentent une des principales raisons de mener une enquête-échantillon au lieu d'un recensement. Grâce à l’échantillonnage, on peut obtenir des résultats valables au moyen d'un échantillon relativement petit de la population cible. Par exemple, s'il faut obtenir des données sur tous les citoyens canadiens de 15 ans et plus, une enquête menée auprès d'un petit nombre de ces derniers (1 000 ou 2 000 personnes selon les besoins en données) pourrait fournir des résultats satisfaisants.
Un autre avantage de l'enquête-échantillon est qu'il permet aux enquêteurs de produire des données peu de temps après qu’ils en ont établi le besoin, selon un échéancier rapide. Par exemple, si un organisme veut mesurer le degré de sensibilisation du public suite à sa campagne publicitaire il doit mener une enquête peu de temps après la réalisation de sa campagne. En utilisant un échantillon de la population cible, on peut diminuer la durée de la collecte et du traitement des données tout en allouant plus de temps pour la planification de l’enquête.
Lorsqu’on planifie une enquête, il faut prévoir les sources potentielles d’erreurs afin de les réduire le plus possible.
Dans une enquête-échantillon, la variation qui existe parmi différents échantillons cause un certain biais qu’on appelle « l’erreur due à l’échantillonnage ». Par exemple, disons que vous estimez la distance moyenne entre la maison et l'école des élèves d’une classe qui en compte 25, à partir d'un échantillon de 5. Votre estimation dépendra de l'identité des 5 élèves échantillonnés. Si ceux-ci vivent tous très près de l'école, les résultats ne seront pas représentatifs de l’ensemble de la classe. C’est la variation d'un échantillon à l'autre qui cause l'erreur d'échantillonnage.
En général, plus il y a de personnes faisant partie de l’échantillon, moins il y aura d'erreur due à l’échantillonnage. Aussi, le fait de choisir l’échantillon de façon aléatoire tend à réduire la variation. Il est possible d’estimer l'erreur d'échantillonnage associée à différentes méthodes d’échantillonnage pour ensuite tenter de la réduire. Voir Erreur d’échantillonnage.
En choisissant de faire un recensement, on évite l’erreur liée à la variation dans l’échantillon. Mais toute enquête risque aussi d’avoir des erreurs qu’on désigne « non dues à l’échantillonnage ». Par exemple, on pourrait poser une question de façon à encourager une certaine réponse ou bien on pourrait faire une erreur en traitant les données ou en calculant un pourcentage pour un tableau de données. On peut éviter le plus possible ce type d’erreurs en portant attention au contrôle de qualité durant toutes les étapes de l’enquête. Voir Erreur non-due à l’échantillonnage.
Puisque les enquêtes-échantillons sont toutes différentes, il n'existe pas de règles rigoureuses pour déterminer la taille d’un échantillon. Les facteurs décisifs sont les suivants : l’échéancier, les coûts, les contraintes opérationnelles et la précision désirée des résultats. En évaluant chacun de ces facteurs, on pourra prendre une décision plus facilement par rapport à la taille de l'échantillon. De plus, on examinera le niveau acceptable d'erreur d'échantillonnage. S'il existe des variations considérables au sein de la population, la taille de l'échantillon devra être plus grande afin d'obtenir un degré de fiabilité précis. Voir Taille de l’échantillon.
Après avoir identifié tous les éléments (les variables) qu’on veut mesurer et préparé le plan d’échantillonnage, la prochaine étape consiste à élaborer le plan d'analyse, c.-à-d. à prévoir les résultats des tableaux de sortie.
Il s’agit de concevoir les tableaux qu’il sera possible de produire à partir des variables de l’enquête. Ces tableaux ne contiendront pas encore de données, mais on y verra facilement les croisements proposés.
Ces tableaux « vides » vous aideront à vérifier si les types de questions prévues permettront de répondre aux objectifs de l’enquête. Ils illustreront de façon concrète comment l'information recueillie pourra être utilisée et si elle constituera une mesure adéquate des besoins en données.
C’est à partir des besoins en données et du plan d’analyse qu’on développera le questionnaire. En formulant les questions, il est utile de consulter les gens qui utiliseront les données. On pourrait aussi consulter des experts en la matière ou examiner les questions d'autres enquêtes portant sur le même sujet ou sur des thèmes semblables.
On doit veiller à ce que les questions correspondent aux objectifs de l'enquête et aux besoins en données et à ce que chaque question soit pertinente. Voir Conception des questionnaires.
L’élaboration de la méthode de collecte de données est une étape importante : on doit évaluer les coûts, les ressources matérielles et le temps requis pour mener l’enquête.
Choisissez la meilleure méthode pour recueillir les données requises. Fait à retenir : la méthode choisie aura des conséquences directes sur les coûts de l’enquête et la qualité des données. Il y a plusieurs options : l’interview personnel (sur place ou téléphonique, ces deux méthodes pouvant aussi être assisté d’un ordinateur) ou le questionnaire à remplir soi-même.
L’interview personnelle, mise en œuvre par un intervieweur qualifié, peut comporter des techniques de questionnement structuré ou non structuré. Lorsque l’interview se passe au téléphone, les questions sont structurées au moyen d'un protocole d'interview formel.
Le questionnaire à remplir soi-même doit être très structuré puisque le répondant ne pourra pas obtenir l'aide d'un intervieweur. Il retournera le questionnaire par la poste ou selon un autre mode de livraison ou encore le complètera en ligne. Voir Méthodes de collecte de données.
Il s'agit du processus servant à convertir les réponses du questionnaire en données de sortie. Les tâches à accomplir durant l'étape de traitement des données sont les suivantes : le codage, la saisie de données, la mise en forme des données, le processus de traitement des données erronées ou manquantes et, si nécessaire, l'élaboration de variables calculées. Bref, l'objectif de cette étape est de produire un fichier de données exempt d'erreurs. Voir Traitement des données.
Ce processus sert à repérer les erreurs et à vérifier les résultats. Malgré une planification et des essais rigoureux, il est impossible de prévoir toutes les difficultés d'une enquête. C’est pourquoi aucune enquête n’est parfaite. Les tâches de contrôle de la qualité sont donc nécessaires afin de réduire les erreurs non dues à l'échantillonnage qui se sont glissées à chaque étape de l'enquête. Ces tâches de contrôle incluent : la formation des intervieweurs, la mise en forme des données, l'essai des programmes d'ordinateur, le suivi auprès des non-répondants et la vérification des données recueillies ainsi que des données de sortie. Les programmes de contrôle statistique de la qualité visent à ce que le taux d'erreur soit réduit au minimum.
Après la collecte et le traitement des données, il faut prévoir les étapes de l’analyse et de la diffusion des résultats de l’enquête :