Modéliser le Canada de demain

19 mars 2014

Vous êtes‑vous déjà demandé comment les statisticiens calculent le nombre de retraités qui vivront à Vancouver en 2030 ou le nombre de personnes qui travailleront en 2050? Comment peuvent-ils prévoir les possibles répercussions d’une hausse d’impôt ou d’une modification apportée à une politique?

La réponse est simple : nous créons des modèles de microsimulation au moyen de données existantes afin de reproduire des collectivités composées de personnes virtuelles.

Statistique Canada crée des modèles qui simulent la vie de vraies personnes, tout comme le fait le jeu de simulation SimCity, qui apprend aux joueurs les relations entre les différentes ressources. En effet, dans ce jeu, les joueurs gèrent diverses ressources, chacune ayant des conséquences sur l’apport collectif. Dans notre travail, nous introduisons nos avatars dans le cours réel de la vie. Nous les situons dans des contextes particuliers comme la scolarité, les enfants, l’emploi. Nous obtenons ainsi des résultats parfois heureux, parfois malheureux.

Une trentaine d’employés de Statistique Canada sont spécialisés en techniques de microsimulation. Ils créent des modèles fondés sur les vies simulées de personnes et de leurs familles, puis les utilisent à différentes fins, comme des projections démographiques à long terme, des analyses de la santé et des politiques sociales.

Les modèles intègrent une grande variété de données pour créer des personnes virtuelles, mais réalistes. Puisqu’ils sont fondés sur les caractéristiques de Canadiens virtuels plutôt que sur celles de Canadiens réels, les modèles peuvent être utilisés, pour la plupart, sans souci de confidentialité.

Nos citoyens modèles en action

L’exploration de scénarios hypothétiques est l’une des raisons pour lesquelles nous avons recours à la microsimulation. Quelle est la probabilité d’un déménagement? D’un mariage? De fonder une famille? Quelles sont les possibilités de changer d’emploi? », précise Chantal Hicks, directrice par intérim de la Division de la modélisation de Statistique Canada.

Il est important de répondre à ce type de questions, car les réponses aident les décideurs à bien répartir les ressources. Leur ville aura‑t‑elle besoin de plus d’écoles, de résidences pour personnes âgées ou de services destinés aux immigrants? Les gens auront-ils les moyens de payer pour des soins à domicile et des soins de longue durée?

« Bien entendu, les modèles peuvent contenir des erreurs. Ce sont des projections, et non des prédictions, mais l’idée est d’avoir la possibilité d’examiner l’ensemble des résultats auxquels on pourrait s’attendre », ajoute Madame Hicks.

La modélisation par microsimulation a été mise de l’avant pour la première fois dans les années 1950 par l’économiste américain Guy Orcutt. Ce dernier encourageait l’utilisation des microdonnées pour expliquer ou prévoir le comportement économique. Les techniques ont gagné en popularité dans les années 1980, lorsque les ordinateurs sont devenus plus rapides et plus abordables. En 2009, Statistique Canada a accueilli la deuxième Conférence générale de l’Association internationale de microsimulation. Des spécialistes du monde entier se sont réunis à cette occasion pour mettre en commun des techniques rendues possibles grâce à la croissance exponentielle de la puissance informatique.

Statistique Canada dispose actuellement de quatre principaux modèles conçus pour les politiques.

La Base de données et Modèle de simulation de politiques sociales, que l’on utilise depuis 1988, étudie les conséquences possibles des changements apportés aux impôts et aux transferts au Canada en analysant les interactions financières entre les gouvernements et les personnes. Que se passe‑t‑il lorsque la TPS augmente? Qu’arrive‑t‑il si l’impôt sur le revenu diminue? Quelle est l’incidence du budget fédéral sur un ménage monoparental ou un étudiant? Statistique Canada n’analyse pas les politiques, mais il fournit l’outil d’analyse nécessaire pour que d’autres puissent examiner les résultats de la modification d’un programme d’impôt ou de transfert existant ou de la mise en œuvre de propositions pour de nouveaux programmes.

Le Modèle de simulation de politiques sociales explore un moment précis, alors que d’autres modèles suivent des gens dans le temps.

LifePaths propose d’observer des personnes de leur naissance jusqu’à leur mort. Il permet aux utilisateurs d’analyser, d’élaborer et d’évaluer le coût des programmes gouvernementaux ayant un volet à long terme, surtout ceux qui exigent une évaluation à l’échelle de la personne ou de la famille. LifePaths peut également servir à analyser des questions de société de nature longitudinale, comme l’équité intergénérationnelle ou la répartition du temps dans une vie entière. Par exemple, des chercheurs ont utilisé LifePaths afin de modéliser la réforme des pensions ainsi que l’épargne-retraite.

Demosim est utilisé pour effectuer des projections démographiques. Trouvant ses sources dans le fichier de microdonnées du Recensement de la population du Canada, Demosim effectue des projections dynamiques de la population à l’échelon des provinces, des territoires, des régions métropolitaines de recensement et de régions géographiques sélectionnées plus petites.

Les projections démographiques peuvent viser plusieurs caractéristiques comme l’âge, le sexe, le groupe de minorités visibles, le lieu de naissance, le statut générationnel, l’identité autochtone, le plus haut niveau de scolarité atteint et la participation au marché du travail. Demosim y parvient en simulant des événements comme des naissances, des décès, des migrations et des changements du niveau de scolarité, et ce, en fonction de divers scénarios de croissance démographique.

Les modèles de santé sont des outils novateurs de la Division de l’analyse de la santé de Statistique Canada. Ils servent à évaluer les répercussions des interventions et des politiques en matière de santé sur la population ou à examiner les changements liés aux facteurs de risque. Que se produirait‑il si les gens faisaient plus d’exercice? Si le dépistage du cancer colorectal augmentait? Si l’on faisait un choix de traitement plutôt qu’un autre? Quel coût associé à la maladie d’Alzheimer pourrait-on prévoir dans 20 ans si les tendances actuelles se poursuivent?

En s’appuyant sur les riches bases de données de Statistique Canada, ces modèles de microsimulation représentent la population canadienne au moyen d’attributs comme l’exposition aux facteurs de risque, les antécédents médicaux et les caractéristiques démographiques types. Les modèles simulent les antécédents des personnes pour une période continue, puis regroupent les données afin d’obtenir des résultats pour l’ensemble de la population.

Bien entendu, les résultats passés ne sont pas garants des résultats à venir. La microsimulation est un outil parmi d’autres qui sert à mesurer la vie au Canada. Néanmoins, nos modèles sont des yeux et des oreilles qui permettent de suivre la dynamique de la vie au Canada, et ils aident les décideurs à établir des liens utiles entre les politiques et les données.

Le mois prochain : Produire des données de qualité

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