Objectif zéro papier

20 août 2014

Lorsque Jean Talon a mené le premier recensement de la Nouvelle-France pendant l'hiver 1665‑1666, il serait, dit‑on, allé lui-même frapper à toutes les portes. Talon a mené son recensement selon le principe de jure, c'est-à-dire qu'il a dénombré les personnes à leur lieu habituel de résidence.

Heureusement, il n'avait que 3 215 personnes à dénombrer.

La population a grandi, mais le principe de jure demeure.

Heureusement, aujourd'hui vous pouvez vous asseoir sur votre patio et répondre aux questions du recensement sur votre tablette, votre téléphone ou votre ordinateur portatif. Pour le Recensement de 2011, près de 55 % des ménages canadiens ont choisi les questionnaires électroniques pour inscrire et envoyer les renseignements demandés dans le cadre du recensement. On s'attend à ce que ce chiffre atteigne 65 % au Recensement de 2016.

Voilà une bonne nouvelle pour Statistique Canada. Le questionnaire électronique est un moyen efficace de recueillir les données. Il est rapide, précis, confidentiel et respectueux de l'environnement. Il permet aussi une connexion automatique aux imposantes opérations de calcul qui suivent chaque recensement ou enquête.

Lise Rivais, directrice de la planification et de la recherche en matière de collecte à Statistique Canada, consacre beaucoup de temps à chercher des moyens d'alléger le fardeau qui pèse sur les Canadiens lorsqu'ils ont à remplir des questionnaires d'enquête. Au cours des trois prochaines années, son équipe orientera l'organisme vers un système essentiellement sans papier qui allégera le fardeau des répondants et fera appel à la technologie pour produire des données de manière plus efficace.

« Nous menons des centaines d'enquêtes chaque année. Manifestement, la recherche de moyens de collecte plus efficaces est le principal moteur du questionnaire électronique. De même, pour certaines questions qui sont délicates de par leur nature, le répondant peut préférer y répondre tout seul, dans l'intimité de son foyer », dit Madame Rivais.

Quatre modes

Outre le questionnaire électronique, Statistique Canada utilise trois autres modes de collecte de base : le questionnaire papier traditionnel qui est envoyé par la poste; le questionnaire rempli lors de l'enquête par téléphone assistée par ordinateur, où un intervieweur appelle le répondant, lui pose des questions et inscrit ses réponses; enfin, le questionnaire rempli par un intervieweur sur le terrain, qui se déplace au domicile des répondants muni d'un ordinateur portatif.

Il existe aussi une autre source importante de données, à savoir les données administratives. Dans ce cas, Statistique Canada peut obtenir les données que les Canadiens fournissent à d'autres organismes ou ministères, dans le cadre d'autres programmes. Par exemple, Statistique Canada a un accord de partage de données avec l'Agence du revenu du Canada pour obtenir certains renseignements fiscaux — lesquels sont assujettis aux mêmes exigences strictes en matière de confidentialité qui s'appliquent à toutes les données de Statistique Canada. Cela signifie qu'un agriculteur ou un propriétaire d'entreprise très occupé n'a plus besoin de fournir les mêmes renseignements à deux organismes gouvernementaux.

Tous les modes permettent d'obtenir des données de bonne qualité.

Changement des attitudes

L'an dernier, un service de recherche a été créé dans le groupe de la collecte pour déterminer les meilleures façons de recueillir les données. L'organisme doit toujours être à l'affût des changements d'attitude, ensuite il doit trouver le moyen de s'y adapter.

Par exemple, il semble y avoir un clivage intergénérationnel entre ceux qui préfèrent le questionnaire papier et ceux qui préfèrent le questionnaire électronique. Cet écart semble cependant diminuer à mesure que de plus en plus de Canadiens deviennent habiles en informatique. Mais ce n'est pas le seul écart. Comme l'ont découvert tous les organismes statistiques, l'échange des téléphones conventionnels contre des cellulaires complique le contact avec les répondants. De même, l'étiquette de la téléphonie cellulaire n'est pas la même que celle de la téléphonie traditionnelle. Les utilisateurs du cellulaire ont tendance à traiter leur téléphone comme privé et sont moins enclins à répondre à un appel provenant d'un numéro inconnu. Par contre, l'envoi de messages textes, qui est aussi très répandu, est une option encore plus commode. Statistique Canada devrait‑il se mettre à envoyer des messages textes?

Les gens ont aussi une certaine méfiance lorsqu'on leur pose des questions par téléphone. Malgré leur ouverture sur Facebook et Twitter, les jeunes répondants se soucient autant que la population générale de la protection de leur vie privée et de la confidentialité de leurs renseignements.

« La principale plainte est que les gens sont occupés et que cela leur paraît un fardeau. Nous ne sommes pas les seuls à téléphoner pour demander des renseignements », dit Madame Rivais. Les intervieweurs doivent être bien préparés pour répondre à des questions difficiles sur les méthodes et les objectifs d'une enquête ainsi que sur les moyens de protéger la confidentialité.

Innovations technologiques

Pour le prochain recensement, l'organisme rationalisera ses activités de collecte en regroupant ses systèmes d'exploitation pour la collecte dans un même environnement informatique, le Système intégré de collecte et des opérations. Pour les statisticiens, la nouvelle est des plus intéressantes parce que le système rend la collecte de données plus efficace. En commençant par le recensement, toutes les enquêtes-entreprises et les enquêtes sociales passeront peu à peu à ce système centralisé.

Les temps ont changé, mais les questionnaires électroniques s'inscrivent tout à fait dans la tradition de Jean Talon. Talon a fait un inventaire physique de la population, des entreprises et de l'économie : aujourd'hui, Statistique Canada peut en faire plus — et davantage de tâches peuvent être réalisées grâce aux technologies numériques.

« Les enquêtes nous renseignent sur la santé de l'économie. Elles alimentent le Système de comptabilité nationale. Elles nous aident à comprendre notre économie selon le secteur et à dégager les tendances dans le temps », dit Madame Rivais.

Depuis plus de 20 ans, les produits de Statistique Canada sont accompagnés de la note de reconnaissance suivante : « Le succès du système statistique du Canada repose sur un partenariat bien établi entre Statistique Canada et la population du Canada, ses entreprises, ses administrations et les autres établissements. Sans cette collaboration et cette bonne volonté, il serait impossible de produire des statistiques exactes et actuelles. »

Tout partenariat de longue date passe par des changements et des bouleversements, et le nôtre n'est pas différent. Tout comme les rencontres en ligne et Facebook ont changé la nature des relations amoureuses, le monde sans papier transforme la relation de Statistique Canada avec les Canadiens. Il s'agit dorénavant de trouver des moyens de maintenir un partenariat solide.

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