Utiliser les recensements passés pour étudier les familles canadiennes avec Lisa Dillon, de l’Université de Montréal

25 septembre 2017

Le Recensement de la population a, depuis 1666, permis de tracer le portrait statistique du Canada et de sa population, en offrant un large éventail de données et d’analyses qui racontent l’histoire continue de notre pays et des familles qui le composent. Alors que les utilisateurs de données se servent souvent des renseignements les plus récents dans le cadre de leurs recherches et de leurs analyses, les recensements passés remplissent également une fonction exceptionnelle en offrant un regard fascinant sur le passé, plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’étudier les familles canadiennes. C’est la raison pour laquelle de nombreux historiens, généalogistes et autres recherchistes en sociologie ont recours aux dossiers du recensement en tant que point de départ fondamental pour étudier les familles canadiennes d’aujourd’hui et celles d’antan.

L’une de ces démographes-historiennes est Lisa Dillon, professeure de démographie à l’Université de Montréal, qui a fait une présentation lors d’un événement organisé par Statistique Canada et intitulé Un regard sur le passé : utiliser les recensements passés pour étudier les familles canadiennes. Tenu le 21 septembre 2017, cet événement spécial, qui s’inscrit dans le cadre du programme Canada 150, a permis de rassembler des experts du milieu universitaire, des historiens, des représentants d’organismes communautaires, des archivistes et des généalogistes au cœur d’une discussion centrée sur le rôle crucial des dossiers du recensement dans les recherches généalogiques afin de raconter l’histoire des familles canadiennes.

Ayant travaillé à l’aide des données historiques sur la population pendant plus de 20 ans, Mme Dillon a consacré l’ensemble de sa carrière à étudier la vie des Canadiens au fil des siècles. À cette fin, elle utilise des données provenant de plusieurs sources englobant divers sujets, allant des environnements familiaux et de la situation des particuliers dans les ménages des 18e et 19e siècles à l’autonomie résidentielle des célibataires de 1921 à 1951. Ses travaux, publiés dans des revues telles que Annales de démographie historique, The History of the Family: An International Quarterly et Historical Methods: A Journal of Quantitative and Interdisciplinary History, sont subventionnés par la Fondation canadienne pour l’innovation et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

« La particularité du recensement pour les historiens vient du fait qu’il classe les personnes par groupes de ménages. Cela signifie qu’il est possible d’étudier tant les milieux familiaux que les dynamiques familiales — un domaine qui complète d’autres sources de données telles que les registres paroissiaux du Québec. En intégrant ces diverses données, les historiens obtiennent le meilleur des deux mondes et cela nous aide à mieux comprendre à quoi ressemblait l’existence des familles qui vivaient aux débuts du Canada », a déclaré Mme Dillon.

Les familles canadiennes d’antan

Mme Dillon est aussi la directrice de l’éminent Programme de recherche en démographie historique (PRDH) de l’Université de Montréal dans le cadre duquel le vaste projet de reconstituer la population du Québec à partir du 17e siècle a été commencé en 1966. Au cours des 50 années qui ont suivi, le PRDH a mis au point un registre informatisé de population, nommé le Registre de la population du Québec ancien (1621 à 1799). Le PRDH est devenu une base de données polyvalente utilisée par des chercheurs de diverses disciplines regroupant notamment des historiens, des généticiens, des généalogistes et des linguistes. Cette base de données contient maintenant l’histoire personnelle d’un grand nombre d’ancêtres du Québec, ce qui la rend d’un grand intérêt pour le public de la province, et plus particulièrement pour les généalogistes.

Toutefois, ces travaux de recherche n’auraient pas été possibles sans le dépouillement exhaustif des registres paroissiaux du Québec ancien. En fait, l’équipe du PRDH travaille actuellement au couplage d’une base de données du recensement du Québec de 1831 avec des données de registres paroissiaux du Québec, un projet financé par la Fondation canadienne pour l’innovation. « Même si les données longitudinales des registres paroissiaux fournissent aux historiens des résultats démographiques sur les tendances relatives à la fertilité, à la mortalité, à la migration et au mariage, elles ne nous révèlent pas si les gens étaient riches ou pauvres — c’est le recensement qui nous l’indique. C’est la raison pour laquelle nous commençons à coupler les données des registres paroissiaux à celles des recensements passés afin d’obtenir une analyse plus complète. »

Mme Dillon compare ces travaux au type de recherches que font les généalogistes, étant donné qu’elle-même et l’équipe du PRDH peuvent suivre le parcours de vie d’une personne à partir de plusieurs sources, mais uniquement à grande échelle avec des centaines de milliers de cas. Les Canadiens ont eux aussi la possibilité d’utiliser ces données pour entreprendre des recherches sur leurs propres antécédents familiaux qui, dit‑elle, vont parfois à l’encontre des mythes familiaux. « Les Canadiens peuvent utiliser ces données afin de confirmer des légendes familiales ou apprendre des choses dont personne ne se souvient, comme le métier exercé par leurs ancêtres, leur date de naissance, ou même leur lieu de naissance et leur année d’immigration. Les personnes peuvent valider un certain nombre de ces renseignements en examinant le recensement », ajoute‑t‑elle.

Sujets de recherche

Mme Dillon utilise le recensement comme principal outil de ses propres recherches, notamment pour décrire le mode de vie des personnes âgées dans son livre publié en 2008 et intitulé The Shady Side of Fifty: Age and Old Age in Late Victorian Canada and the United States. En utilisant les données du recensement et en puisant dans des journaux personnels et des lettres, elle a fait des recherches, pris des notes et mis en évidence la façon dont les transformations du mode de vie, l’avènement de la retraite et l’absence d’enfants adultes à la maison ont modifié la trajectoire de la vieillesse à la fin des années 1800.

En collaboration avec l’Institut national de la recherche scientifique, Mme Dillon s’est servie du recensement afin d’étudier l’autonomie résidentielle des célibataires au début du 20e siècle au Canada, un sujet digne d’intérêt cette année, étant donné que le pourcentage de ménages composés d’une personne s’établit à un sommet sans précédent dans l’histoire des 150 ans du Canada. En outre, dans le cadre d’un projet visant à apparier les recensements de 1871 à 1881, elle a tiré d’intéressantes conclusions sur les jeunes quittant le foyer pour la première fois.

« J’ai trouvé une tendance intéressante selon laquelle les jeunes femmes avaient une propension plus grande à quitter le domicile hâtivement si elles avaient grandi dans un ménage dominé par des frères plutôt que par des sœurs. Cela pourrait venir du fait que les sœurs devaient jouer un rôle de servante au sein du ménage, alors qu’avec des sœurs, elles pouvaient se partager la charge de travail. Selon les indications disponibles, les jeunes femmes étaient motivées à quitter le domicile en raison de ces difficultés fondées sur le sexe. »

Continuités et évolutions touchant le recensement

Alors que Statistique Canada continue de célébrer le 150e anniversaire de la Confédération, Mme Dillon a attiré l’attention sur un certain nombre de continuités et d’évolutions qui touchent le Recensement de la population, comme les nouvelles options liées aux familles reconstituées, aux unions de fait et à la diversité des origines ethniques.

Bien qu’elle affirme que les questions sont restées fondamentalement les mêmes, Mme Dillon précise que le recensement a évolué et continuera de le faire afin de tenir compte des valeurs sociétales de l’époque. Ces changements subtils mais révélateurs aident les chercheurs tels que Mme Dillon à étudier et à analyser les valeurs sociétales qui illustrent le passé et qui, surtout, sont le reflet de la diversité des familles canadiennes de demain.

Pour en savoir plus sur le programme d’activités de Statistique Canada visant à souligner Canada 150, visitez L’histoire du Canada racontée en chiffres.

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