Blogue de recherche : Commerce et productivité

15 février 2017

Le Blogue de StatCan présente une nouveauté : chaque trimestre, le blogue publiera un article sur la recherche à Statistique Canada, lequel sera rédigé par un auteur invité. Notre premier article a été écrit par Beiling Yan, analyste principale à la Division de l'analyse économique de Statistique Canada.

 

Le mouvement vers un commerce plus libre entre le Canada et les autres pays a ouvert l'économie canadienne à de nouvelles possibilités d'échange.

La science économique nous enseigne qu'il devrait y avoir une relation étroite entre l'ouverture d'un pays au commerce international et son rendement en matière de productivité.

La preuve canadienne

Quelle est la preuve qu'un commerce plus libre a eu des répercussions sur la productivité et le rendement économique du Canada?

La Division de l'analyse économique de Statistique Canada a publié de nombreuses études qui indiquent que les changements à l'environnement commercial ont contribué à la croissance de la productivité.

Les résultats des études révèlent un lien étroit entre l'intensité du commerce et la productivité agrégée au Canada; dans les années 1990, les deux ont connu une croissance rapide. Cette période coïncide avec un dollar canadien plus faible, ce qui a fait en sorte d'augmenter la compétitivité du secteur canadien de la fabrication, et la mise en œuvre de l'Accord de libre-échange nord-américain en 1994.

En revanche, pendant la période après les années 2000, lorsque l'environnement commercial entre le Canada et son principal partenaire commercial, les États-Unis, a changé à la suite du resserrement de la frontière Canada‒États-Unis après le 11 septembre (Brown, 2015; Globerman et Storer, 2008; Moens et Gabler, 2012) et de la forte appréciation du dollar canadien par rapport au dollar américain, l'intensité et la productivité du commerce ont toutes deux ralenti.

Augmentation des exportations et des importations

Grâce à la libéralisation des échanges, les producteurs canadiens ont augmenté leurs exportations vers d'autres pays ainsi que leurs importations provenant d'autres pays.

Des études menées par Statistique Canada ont permis de découvrir que l'augmentation des exportations et des importations a amélioré le rendement de la productivité du secteur canadien de la fabrication.

Les exportateurs ont grandement contribué à l'activité économique : en moyenne, pendant la période de 1974 à 2010, 35 % des entreprises manufacturières canadiennes étaient exportatrices, mais elles ont contribué à plus de 72 % au total de l'emploi dans le secteur de la fabrication et à 79 % au total des livraisons. Les exportateurs constituaient la principale source de croissance de la productivité agrégée, représentant près de 75 % de la croissance de la productivité agrégée du travail dans le secteur de la fabrication au cours des années 1990 (Baldwin et Gu, 2003).

De plus, les importations ont été une importante source de gains de productivité pour l'économie canadienne. Des intrants intermédiaires importés de plus en plus sophistiqués ont facilité la production de produits canadiens plus sophistiqués qui intègrent ces intrants sous forme de produits intermédiaires. De ce fait, les deux tiers de la croissance effective de la productivité du Canada de 2000 à 2007 peuvent être attribués aux intrants intermédiaires produits à l'étranger et importés afin d'appuyer la production des entreprises canadiennes (Gu et Yan, 2014).

Croissance de la productivité des entreprises

Un meilleur accès aux marchés étrangers grâce à la libéralisation des échanges permet aux entreprises d'augmenter leur productivité de trois manières :

  • Premièrement, les entreprises jouissent d'une gamme de produits plus spécialisés et profitent d'économies d'échelle. Tandis que les gammes de produits sont rationalisées et que les usines prennent de l'expansion, les coûts unitaires sont réduits et la compétitivité des entreprises canadiennes augmente. De nombreuses études prouvent que la mise en œuvre de l'Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis a entraîné une importante réduction de la diversité des produits fabriqués par des usines de fabrication canadiennes ainsi qu'une production en série beaucoup plus grande pour le plus petit ensemble de produits (Baldwin et coll., 2002, 2005, 2006).
  • Deuxièmement, le commerce facilite le transfert de connaissances des sources étrangères aux entreprises canadiennes. Les preuves semblent indiquer que les nouveaux exportateurs sont 37 % plus susceptibles d'utiliser des technologies étrangères que les non-exportateurs. De plus, l'exportation est liée à une augmentation du nombre d'ententes de collaboration en recherche-développement (R-D) avec des acheteurs étrangers. Les entreprises qui commencent à exporter sont également plus susceptibles d'entreprendre des activités de R-D (Baldwin et Yan, 2016). L'importation peut également améliorer la productivité des entreprises, en permettant aux entreprises canadiennes d'accéder à des technologies et à des intrants étrangers qui ne sont pas disponibles ou qui coûtent plus cher au pays.
  • Troisièmement, les marchés internationaux sont souvent plus compétitifs que les marchés nationaux protégés et, à ce titre, exercent plus de pression sur les producteurs canadiens à accroître leur efficacité et à devenir plus productifs.

Bien que les avantages au chapitre de la productivité qui découlent d'un accès à de nouveaux marchés soient impressionnants, ils ne se font pas automatiquement.

  • Les entreprises doivent innover et dépenser plus de capitaux par travailleur en procédant à de nouveaux investissements afin de s'adapter aux marchés internationaux.
  • Les entreprises qui ont du succès à l'étranger s'adaptent mieux, sont plus innovatrices et introduisent de nouveaux produits et processus (Baldwin et Gu, 2004a; Lileeva et Trefler, 2010).
  • Les entreprises qui ont du succès à l'étranger investissent aussi dans les technologies de pointe, la R-D et la formation — toutes des activités qui améliorent leur capacité à apprendre des pratiques exemplaires en vigueur à l'étranger et à les adopter (Baldwin et Gu, 2004a).

Le macro-environnement

Les conditions dans le macro-environnement qui sont indépendantes de la volonté directe des entreprises canadiennes ont également des répercussions sur la capacité des entreprises à exploiter les avantages qu'offre la libéralisation des échanges. Les changements dans le macro-environnement, tels que les tarifs et la fluctuation des taux de change, ont eu des répercussions non seulement sur le degré d'expérimentation, mais également sur l'ampleur des gains de parts de marché dans les marchés étrangers et les gains de productivité connexes.

  • La dépréciation du dollar canadien dans les années 1990 a permis de renforcer le rendement positif des exportateurs canadiens au cours de cette décennie.
  • En revanche, les avantages au chapitre de la productivité dont les nouveaux exportateurs ont normalement profité ont grandement diminué après 2002, alors que le dollar canadien a connu une forte appréciation (Baldwin et Yan, 2015a, 2012a, 2012b, 2011; Baldwin, Gu et Yan, 2013).

Restructuration au niveau des industries

La libéralisation des échanges augmente aussi la productivité par l'entremise de la restructuration au niveau des industries. Les tarifs étant réduits, les entreprises moins productives ferment et les entreprises plus productives prennent de l'expansion. La productivité agrégée s'améliore en raison de cette restructuration, qui voit les entreprises moins efficaces reculer et les plus productives prendre de l'expansion. On estime que cette réaffectation de la production entre les usines représentait entre 50 % et 60 % des gains de productivité dans le secteur canadien de la fabrication associé aux réductions tarifaires qui ont eu lieu entre le Canada et les États-Unis au cours des années 1990 (Baldwin et Gu, 2004b; Trefler et Melitz, 2012).

Les interprétations clés des recherches empiriques menées au Canada au niveau des entreprises sont que l'adaptation à des marchés nouveaux et plus vastes favorise la croissance de la productivité et que les plus vastes conditions macroéconomiques, ainsi que les facteurs au niveau des entreprises (tels que la capacité de s'adapter, d'investir et d'innover), ont un effet sur l'expansion des entreprises dans les nouveaux marchés.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur les principales constatations des recherches de Statistique Canada sur le commerce et la productivité, veuillez consulter l'article « Indications empiriques du rapport entre le commerce et la productivité basées sur des données au niveau des entreprises canadiennes » par John Baldwin et Beiling Yan, Série de documents de recherche sur l'analyse économique, produit no 11F0027M au catalogue de Statistique Canada, no 97, 2015. Ce document est également publié par l'Institut de recherche en politiques publiques.

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