Prosper Torjman, Département de géographie; Dianne Clipsham, Ann Hamilton, enseignantes-bibliothécaires, École secondaire Merivale, Conseil d'éducation d'Ottawa-Carleton
Joel Yan, Programme de liaison universitaire, Division de la diffusion, Statistique Canada
En Ontario et dans plusieurs autres régions, tous les élèves suivent un cours de neuvième-dixième année portant sur la géographie humaine et physique du Canada. Une unité importante de ce cours traite de la diversité de la population canadienne et de l'évolution récente du profil démographique du Canada. Au cours des huit dernières années, les enseignants de géographie et les enseignants-bibliothécaires de l'école secondaire Merivale ont élaboré et mis en oeuvre un projet de recherche statistique fondé sur le matériel didactique pour tous les élèves de neuvième année. Ce projet permet aux élèves d'utiliser le tout dernier matériel didactique lié à la population provenant de Statistique Canada, entre autres. Les élèves font de la recherche statistique sur un thème démographique de leur choix, préparent des diagrammes statistiques pour une présentation sur carton bristol et s'en servent pour un exposé devant la classe. Le projet a donné de très bons résultats, encourageant les élèves à examiner d'un oeil critique les questions démographiques actuelles au Canada et à cerner les tendances pour l'avenir. Le présent article décrit les stratégies d'enseignement utilisées, ainsi que les résultats obtenus. Cette activité peut être transférée directement à d'autres écoles, en fonction des ressources déjà disponibles dans la plupart des bibliothèques scolaires. Cette activité pédagogique peut également être intégrée à d'autres études sociales.
L'unité sur la population du cours de géographie traite de la diversité de la population canadienne, y compris des questions comme le profil ethnique et linguistique du Canada. D'autres questions démographiques comme le nombre et l'emplacement des peuples autochtones du Canada, les groupes d'immigrants et la population selon l'âge et le sexe sont également abordées. Cette unité pourrait être, aux yeux de quelques élèves, une série monotone de statistiques, ou bien, grâce aux méthodes d'enseignement imaginatives axées sur les élèves qui sont décrites ci-dessous, une occasion stimulante d'apprentissage coopératif fondé sur le matériel didactique.
Le projet de recherche statistique portant sur l'évolution démographique du Canada a été élaboré et mis à jour conjointement dans le cadre d'une planification de programme coopératif par des enseignants de géographie et des enseignants-bibliothécaires de l'école secondaire Merivale. Cette stratégie a donné de bons résultats; elle intègre le savoir-faire et l'accès aux ressources documentaires de l'enseignant-bibliothécaire et la connaissance du programme d'études des titulaires de classe.
Lorsque le projet de recherche statistique a été lancé à l'école secondaire Merivale à la fin des années 1980, pour l'enseignement de l'unité sur la population, il s'agissait d'une démarche relativement normative. Les élèves, répartis en groupes de deux, devaient examiner une question particulière. Pour chaque question, on énumérait des ressources documentaires très précises. Les élèves utilisaient ces ressources particulières pour répondre à la question qu'ils devaient approfondir. Les élèves préparaient une présentation sur carton bristol qui comportait un ou plusieurs diagrammes statistiques, ainsi qu'un exposé de 10 minutes pour le reste de la classe. Les présentateurs répondaient ensuite aux questions des autres élèves. Les discussions étaient souvent très animées. On trouvera dans les tableaux 1 et 2 le sujet du travail et des exemples de questions.
Le projet a été mis à jour régulièrement en fonction des changements apportés au programme d'études, des nouvelles questions démographiques et des toutes dernières ressources documentaires disponibles sur ces questions. Le travail comme tel a très peu changé au cours des années (voir les tableaux 1 et 3). Toutefois, la mise en oeuvre concrète de la stratégie de recherche est devenue plus souple et plus ouverte. Cette année, le projet s'adresse à onze classes comptant plus de 220 élèves anglophones et francophones.
Compte tenu de la transition vers un enseignement axé sur les résultats, nous avons cerné les grands résultats d'apprentissage ci-dessous dans le cadre du projet :
En 1995, le travail a été modifié de façon à permettre aux élèves de choisir les questions qui les intéressaient (voir le travail au tableau 3). Une liste générale de thèmes et de sous-thèmes (tableau 4) préparée par l'enseignant de géographie et l'enseignant-bibliothécaire a été distribuée et expliquée à l'avance. Les élèves avaient quelques jours pour choisir un thème général et une question particulière qui les intéressait. Les enseignants ont expliqué qu'il s'agissait d'une unité qu'ils allaient enseigner en classe. Les élèves pouvaient consulter la liste ou proposer leur propre thème. Lorsque les élèves suggéraient leur propre thème, les partenaires d'enseignement devaient confirmer qu'ils seraient en mesure de trouver des données pertinentes. À titre d'exemple, même si le thème des « sans abris » est intéressant, il est difficile de trouver des données appropriées.
Ensuite, les élèves avaient deux périodes de 50 minutes pour effectuer la recherche dans le centre de ressources de l'école. Au cours de la première période, l'enseignant-bibliothécaire a expliqué le choix de documents disponibles de Statistique Canada et d'autres sources, et les élèves ont pu observer des travaux présentés sur carton bristol au cours des années précédentes. On trouvera au tableau 5 une liste de ressources documentaires utilisées pour ces projets. Au cours de la deuxième période à la bibliothèque, les élèves ont rassemblé, lu et analysé les données nécessaires pour leurs diagrammes parmi les ressources documentaires de la bibliothèque. Les élèves ont consulté les partenaires d'enseignement au cours de ces périodes à la bibliothèque lorsqu'ils avaient besoin d'encouragement ou d'assistance.
Les élèves ont pu terminer leur présentation avec leur partenaire à la maison. Des concepts clés ont été expliqués ou répétés en classe par l'enseignant, par exemple les notions de recensement, de pyramide des âges et de taux de natalité. Une semaine plus tard, les présentations des élèves ont commencé dans la salle de classe de géographie. Normalement, deux présentations de 10 minutes chacune avaient lieu au cours d'une période de géographie de 50 minutes. Une période de questions de 15 minutes était prévue, les élèves présentateurs répondant aux questions, et ce n'était pas toujours suffisant car le débat pouvait être très animé. L'enseignant intervenait occasionnellement si le débat s'écartait de la question.
Quel a été le résultat? Les élèves ont même cherché à étudier des questions comme l'emploi selon le sexe. Dans une classe de 24 élèves travaillant en groupes de deux, il faut probablement prévoir six périodes pour toutes les présentations. On demande aux élèves de prendre des notes car un test sur la matière présentée est prévu. En fin de compte, toute l'unité sur la population a été abordée assez complètement.
Pour marquer la conclusion de l'unité un peu plus concrètement, chaque groupe de deux élèves a préparé trois questions sur son thème pour un jeu-concours en classe. L'enseignant de géographie a choisi les 15-20 meilleures questions pour un test en classe traitant de l'unité sur la population. L'examen final suivant le projet comportait également une question se rapportant aux résultats démographiques.
Un résultat positif du partage des connaissances a été une meilleure coordination de l'enseignement de la mise en graphique des données statistiques par les départements de mathématiques et de géographie. Les élèves de neuvième année apprennent la mise en graphique dans le cadre du programme d'études de mathématiques de neuvième année; auparavant, ces aptitudes étaient apprises plus tard au cours de l'année, souvent après le travail de mise en graphique de la population (géographie). En 1995, les directeurs des départements de géographie et de mathématiques et de la bibliothèque ont convenu que l'enseignement de la mise en graphique dans la classe de mathématiques devrait être devancé, de façon que le travail de géographie sur la population puisse servir à approfondir et à appliquer les méthodes de mise en graphique apprises dans la classe de mathématiques.
Une version simplifiée plus structurée du projet de mise en graphique de la population a été élaborée à l'aide de « Profile of Canadian Families » de l'Institut Vanier comme option pour les élèves. Une série de feuillets de travail de 2 à 3 pages a été préparée, avec des titres du genre « De nombreux adolescents travaillent eux aussi », « Les enfants coûtent cher », « Quatre-vingt-seize pour cent des Canadiens proviennent d'ailleurs ». La première page décrit la tâche particulière, en fonction de l'analyse des données, avec préparation d'un ou de plusieurs diagrammes (voir l'exemple au tableau 6). Les autres pages contiennent des données brutes ou des diagrammes à analyser.
Ce travail continue d'être populaire auprès des élèves, du personnel enseignant et des enseignants-bibliothécaires.
Qu'est-ce que les élèves pensent de ce travail? Un groupe d'élèves doués a tellement aimé cette stratégie d'apprentissage fondée sur le matériel didactique qu'ils ont demandé de faire le même genre de projet pour les leçons sur l'agriculture canadienne fondées sur l'ouvrage « Un coup d'oeil sur l'agriculture canadienne ». Le personnel enseignant de l'école secondaire Merivale a été d'accord; les titres des chapitres de cet ouvrage ont été offerts comme thèmes, et les élèves ont choisi volontiers un thème qui les intéressait. Parmi les chapitres les plus populaires, mentionnons ceux qui traitent de la production laitière des années 90, de l'élevage des cochons, de la pomme de terre au Canada et de la pomiculture. Nous avons reçu de Statistique Canada la permission de photocopier les chapitres. Chaque élève devait lire son chapitre, en rédiger un compte rendu, préparer une présentation sur carton bristol illustrant les points saillants du chapitre sous forme de diagramme, puis donner un exposé devant la classe. Les résultats ont été très bons et les présentations sur carton bristol étaient de haute qualité.
Évaluation du travail par les enseignants : Les élèves participent davantage aux discussions lorsqu'un thème est présenté par leurs pairs. Les élèves sont souvent très motivés par ce genre de travail, surtout lorsqu'ils ont choisi eux-mêmes le thème et qu'ils sont devenus en quelque sorte « l'expert » en la matière. Les élèves tentent aussi de trouver des questions auxquelles leurs pairs auront du mal à répondre. Ce projet permet aux enseignants de faire autre chose que de s'adresser à toute la classe, et d'aider par exemple l'un ou l'autre groupe de deux élèves (motivation et orientation de l'apprentissage).
Les élèves de neuvième année intègrent désormais leurs rapports de projet dans leur « portefeuille de succès » personnel, en gage de leurs aptitudes à l'éducation continue, qu'ils pourront montrer à leurs parents et à d'éventuels employeurs.
Quelques élèves de l'école secondaire Merivale ont pu montrer leur projet et leur présentation sur carton bristol à des représentants de Statistique Canada au siège social. Ainsi, les élèves ont pu de nouveau manifester leur compréhension de la matière; ils ont aussi formulé des projections rationnelles quant aux tendances probables des données, et ils ont répondu à des questions.
L'école secondaire Merivale estime que ce projet d'apprentissage fondé sur le matériel didactique fonctionne très bien et offre aux élèves un éventail d'aptitudes fort utiles, y compris l'apprentissage coopératif, un esprit critique, le sens de l'analyse statistique et la communication verbale. Les élèves aiment se sentir des experts en statistique pour des thèmes qui les intéressent et prennent plaisir à gérer des données statistiques en toute confiance.
Ce projet a très bien stimulé les élèves à juger d'un oeil critique des questions démographiques touchant la situation actuelle et l'avenir du Canada. Le présent article a souligné les stratégies d'enseignement utilisées ainsi que les résultats positifs qui ont été obtenus. Il est possible d'appliquer cette activité à d'autres écoles en fonction des ressources qui se trouvent déjà dans la bibliothèque scolaire. De plus, c'est une activité qui se prête facilement à d'autres études sociales.
Statistique Canada s'efforce d'élaborer et de diffuser un choix de ressources didactiques conviviales pour l'enseignement des études sociales, avec des applications interdisciplinaires. Les élèves ont manifesté beaucoup d'enthousiasme dans leur utilisation de nos données canadiennes lorsque cette stratégie d'enseignement a été adoptée à l'école secondaire Merivale. Nous espérons que nos ressources statistiques et des stratégies d'enseignement dynamique axées sur les élèves, comme cette activité élaborée par des enseignants de l'école secondaire Merivale, aideront à atteindre les objectifs actuels d'apprentissage du personnel enseignant et des élèves du Canada.
Haycock C., « Cooperative Program Planning: A Model that Works », The Emergency Librarian, Vol. 16, Number 2, Nov-Dec., 1988.