La qualité des réseaux personnels : vivre seul fait-il une différence?

par Mireille Vézina

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Introduction

Pour chacun de nous, les rôles que jouent la famille, les amis et les connaissances sont primordiaux dans nos vies. Lors des changements qui surviennent1, les membres des réseaux personnels sont une source de soutien tangible et psychologique. Ils fournissent des conseils et parfois de l'aide pour réaliser certaines activités de la vie quotidienne et permettent aussi d'échanger de l'information et certaines ressources2. Dans le cadre du présent article, les réseaux personnels sont définis comme étant l'ensemble des relations sociales construites et entretenues à l'intérieur de contextes donnés comme la famille, le voisinage, le travail, les loisirs ou dans le cadre d'autres activités. On n'y tient pas compte des relations entretenues dans le cadre de réseaux sociaux virtuels.

Plusieurs recherches ont mis en évidence l'incidence positive qu'ont les relations sociales, parfois aussi nommées « le capital social », sur les gens. Des études ont démontré que le fait d'avoir des réseaux d'amis et de proches de qualité est associé à une meilleure santé physique et mentale3. Certaines vont même jusqu'à suggérer une diminution du risque de mortalité à long terme4. D'autres concluent que les réseaux de connaissances peuvent jouer un rôle prédominant pour trouver un emploi ou quitter l'aide sociale5 et favoriser une hausse des gains d'emploi6.

Divers organismes fédéraux et internationaux reconnaissent l'apport que peuvent jouer les réseaux personnels comme outils complémentaires au développement de politiques publiques. Ces réseaux peuvent réduire la pauvreté ou l'exclusion sociale, renforcer la sécurité dans les quartiers, fournir des soins ou de l'aide à des proches malades, favoriser la participation au marché du travail, ou encore, favoriser l'intégration sociale des immigrants7.

Les réseaux personnels peuvent jouer des rôles particulièrement importants pour les personnes qui vivent seules. Généralement, elles doivent assumer elles-mêmes tous les coûts des aléas de la vie. Le simple fait d'avoir un conjoint peut permettre à une personne d'élargir ses réseaux personnels, et par le fait même, d'améliorer son bien-être. Certaines études ont d'ailleurs conclu que les personnes vivant en couple sont plus heureuses et moins enclines à souffrir de problèmes de santé mentale et physique et ont une espérance de vie plus élevée, et cela, plus particulièrement chez les hommes8. Comme les personnes qui vivent seules sont beaucoup plus susceptibles d'être en situation de faible revenu que celles vivant en couple9, l'accès à du soutien venant des réseaux personnels peut souvent s'avérer crucial.

Dans le présent article, on compare les réseaux personnels des adultes âgés de 25 à 64 ans vivant seuls à ceux des personnes vivant en couple, qu'ils aient des enfants ou non. Des analyses préliminaires ont permis de constater que la présence d'enfants avait très peu d'incidence sur la composition des réseaux personnels. Elle ne fait donc pas l'objet d'une catégorie distincte (elle est incluse dans le tableau 1 seulement à titre indicatif). Il en allait de même de l'état matrimonial des personnes vivant seules, les personnes célibataires et jamais mariées ne se distinguant pas sensiblement des personnes divorcées ou séparées du point de vue de la taille de leurs réseaux personnels ou de la satisfaction qu'elles ont de leurs réseaux.

On dresse d'abord un portrait des réseaux des personnes vivant seules ou vivant en couple sous trois aspects, soit 1) la taille ou l'étendue, mesurée par le nombre de parents proches, d'amis et de connaissances; 2) la fréquence des contacts; et 3) le sentiment de solitude sociale, soit la perception d'être bien entouré ou non de personnes en qui l'on a confiance et sur qui l'on peut compter en cas de problèmes.

Par la suite, ces trois aspects sont combinés pour former un indicateur global de la qualité des réseaux personnels. À l'aide de l'analyse de régression, on examine dans quelle mesure les réseaux personnels des personnes vivant seules diffèrent de ceux des personnes en couple, lorsqu'on tient compte de divers facteurs pouvant aussi entrer en ligne de compte, tels que l'âge, le sexe, la scolarité, le revenu, le mode d'occupation du logement, l'emploi, le lieu de résidence, le lieu de naissance et la pratique d'activités dans un cadre organisé.

 

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Ce qu'il faut savoir au sujet de la présente étude

Source des données
Les analyses contenues dans le présent article ont été réalisées à partir des données de l'Enquête sociale générale (ESG) effectuée par Statistique Canada en 2008 sur les réseaux personnels. Environ 20 000 Canadiens âgés de 15 ans et plus vivant dans des résidences privées des dix provinces ont participé à l'enquête.

Population à l'étude
La population à l'étude inclut les personnes âgées de 25 à 64 ans, vivant seules ou en couple, ayant ou non des enfants. L'échantillon est composé de 15 600 personnes représentant 15,8 millions de Canadiens.

L'âge de la population à l'étude se justifie par le fait qu'avant l'âge de 25 ans, plusieurs jeunes adultes n'ont pas terminé leurs études et ont un profil de sociabilité différent que lorsqu'ils entrent sur le marché du travail. Plusieurs personnes de 65 ans et plus sont, quant à elles, à la retraite, ou encore, vivent seules pour des raisons différentes qu'en plus bas âge (veuvage). Limiter le groupe d'âge permet d'étudier une population plus homogène. Les réseaux personnels des personnes âgées ont été abordés dans le chapitre « Les femmes âgées » de la publication Portrait des Femmes au Canada, 2010-2011, produit no 89-503-XWP au catalogue de Statistique Canada.

Définitions
Les réseaux personnels comportent divers aspects. Dans la présente étude, on examine la taille ou l'étendue des réseaux personnels, c'est-à-dire le nombre de personnes qui les composent; la fréquence des contacts, en l'occurrence, les rencontres et les contacts téléphoniques; et le sentiment de solitude sociale, soit la perception d'être bien entouré ou non de personnes en qui l'on a confiance et sur qui l'on peut compter en cas de problèmes.

La taille ou l'étendue des réseaux personnels : À partir des renseignements sur le nombre de parents proches, d'amis proches et de connaissances, on a créé une échelle, puis on a réparti les répondants en quatre groupes de tailles similaires (quartiles). Cette échelle mesure l'étendue des réseaux. On a considéré que les personnes avec les réseaux de plus petite taille étaient celles qui se situaient au quartile inférieur de l'échelle.

La fréquence des contacts : La fréquence des contacts renvoie à une échelle combinant les contacts en personne et au téléphone avec, d'une part, les parents, et d'autre part, les amis proches et les connaissances.

Indicateur de solitude sociale : La solitude sociale renvoie à une échelle qui combine les résultats à trois questions de l'Enquête sociale générale que voici : « Il y a beaucoup de gens sur qui je peux compter en cas de problèmes »; « Il y a beaucoup de gens en qui j'ai parfaitement confiance »; « Il y a suffisamment de gens dont je me sens proche ». Spécifiquement, on demandait aux répondants d'y répondre par non (0 point), plus ou moins (0,5 point), ou oui (1 point). Pour créer l'échelle de solitude sociale, on a fait la somme des points alloués à chacun des trois énoncés (0, 0,5 ou 1). Les personnes considérées comme ayant un niveau élevé de solitude sociale étaient celles qui avaient obtenu 1.5 point ou moins. Celles-ci avaient répondu « plus ou moins » ou « non » à chacun des trois énoncés. Des analyses ont démontré la validité et la fiabilité de l'échelle de solitude sociale telle que créée à partir de ces trois variables1.

Qualité globale des réseaux personnels : Pour examiner le profil de la population ayant des réseaux personnels de qualité faible ou élevée, on a cumulé les trois indicateurs précédents, soit l'étendue des réseaux personnels, la fréquence des contacts, et le niveau de solitude sociale. À partir de la combinaison de ces variables, on a créé une échelle globale de qualité des réseaux personnels. Les personnes ont été classées en quartiles. On considérait que celles appartenant au quartile inférieur avaient des réseaux personnels de faible qualité et celles appartenant au quartile supérieur, des réseaux de qualité élevée.

Modèles statistiques
On a réalisé deux modèles de régression logistique, afin de déterminer dans quelle mesure les personnes vivant seules sont plus susceptibles que celles en couple d'avoir des réseaux personnels de faible qualité ou de qualité élevée, tout en tenant compte de l'influence possible d'autres facteurs.

Dans le premier modèle, la variable dépendante correspondait au risque d'avoir des réseaux personnels de faible qualité et dans le second, aux chances d'avoir des réseaux de qualité élevée.

L'analyse des résultats de ces modèles s'effectue à l'aide des rapports de cotes. Ceux-ci permettent d'évaluer dans quelle mesure le fait de vivre seul ou non est associé au fait d'avoir des réseaux personnels dont la qualité est faible ou élevée lorsqu'on maintient les autres facteurs constants (autrement dit, lorsqu'on neutralise l'effet des autres variables dont on suppose qu'elles sont associées au risque d'avoir des réseaux de qualité faible ou élevée).

Limites des données
Les réseaux personnels évoluent et se transforment au fil du temps, en fonction des étapes du cycle de vie et des transitions vécues. Les renseignements recueillis par l'ESG établissent un portrait de ces réseaux à un moment donné dans la vie des répondants. Il est donc impossible de déterminer l'incidence du passage d'un état à un autre, par exemple, vivre en couple pour ensuite vivre seul, sur la composition des réseaux personnels. De plus, les données ne permettent pas de déterminer l'incidence de la durée de vie seule ou en couple sur la composition des réseaux personnels. Les personnes vivant seules depuis de nombreuses années peuvent avoir des réseaux personnels plus étendus que celles qui le sont depuis une plus courte période en raison d'un évènement transitoire comme une rupture amoureuse.


Note

  1. DE JONG GIERVELD, Jenny, et Theo VAN TILBURG. 2006. « A 6-item scale for overall emotional and social loneliness confirmatory tests on survey data », Research on Aging, vol. 28, no 5.

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Des réseaux de parents moins étendus pour les personnes vivant seules

La famille est la première source des liens sociaux. Bien que les liens familiaux soient « hérités », ils constituent le point d'ancrage des relations sociales et des activités de solidarité et d'entraide.

Selon les données de l'Enquête sociale générale (ESG) de 2008, les personnes qui habitent seules étaient moins sujettes que les personnes vivant en couple à déclarer, parmi leurs parents, un nombre assez élevé de personnes dont elles se sentaient proches, c'est-à-dire avec qui elles se sentaient à l'aise, à qui elles pouvaient dire ce qu'elles pensaient et demander de l'aide. En 2008, 70 % des personnes de 25 à 64 ans vivant seules ont déclaré être proches de trois parents ou plus, comparativement à 81 % des personnes vivant en couple (tableau 1). Les personnes vivant seules étaient aussi plus susceptibles d'avoir un nombre restreint de parents dont elles se sentaient proches, soit deux personnes ou moins (30 % d'entre elles, comparativement à 19 % des personnes en couple).

En plus d'avoir leur propre réseau de parents, les personnes vivant en couple ont généralement accès à celui de leur conjoint, ce qui augmente le nombre d'occasions qu'elles ont de développer des liens forts. De ce point de vue, les personnes vivant en couple sont en quelque sorte « avantagées » en ce qui a trait à la possibilité de développer des liens significatifs avec des personnes apparentées10.

Les personnes vivant seules ont un nombre à peu près équivalent d'amis proches…

Les relations d'amitié n'ont pas toutes la même intensité. Les données recueillies par l'ESG distinguent les amis proches des connaissances. Les amis proches sont ceux avec qui l'on est le plus à l'aise, ceux à qui l'on peut dire ce qu'on pense et à qui l'on peut demander de l'aide. En bref, ce sont les amis en qui l'on a le plus confiance et de qui l'on est plus susceptible d'obtenir du soutien personnel et affectif en cas de besoin. Comme on le constate au tableau 1, les différences entre les personnes vivant seules ou en couple étaient relativement faibles en ce qui a trait à la taille de ces réseaux d'amis proches. Chez les personnes vivant seules comme chez celles vivant en couple, un peu plus de la majorité disait avoir de 3 à 8 amis proches (55 % dans les deux cas). Les personnes en couple étaient malgré tout légèrement plus susceptibles que celles vivant seules de déclarer avoir 9 amis proches ou plus (respectivement 19 % et 15 %).

… mais ont un moins grand nombre de connaissances

Les connaissances sont elles aussi importantes, puisqu'elles contribuent à réduire l'isolement social et peuvent constituer une source d'aide plus ciblée ou spécialisée. Les personnes vivant seules étaient moins susceptibles que celles vivant en couple d'avoir un grand nombre de connaissances, c'est-à-dire qui ne font pas partie des amis proches. Spécifiquement, 44 % des personnes vivant seules avaient 20 connaissances ou plus, comparativement à 52 % des personnes vivant en couple. Parmi celles qui comptaient relativement peu de connaissances, les personnes vivant seules étaient aussi légèrement surreprésentées. Lorsqu'une personne vit en couple, le fait d'avoir un conjoint pourrait aussi faire augmenter ses chances de se faire de nouvelles connaissances.

Afin de mesurer l'étendue générale des réseaux personnels, on a créé une échelle combinant les renseignements relatifs au nombre de parents proches, d'amis proches et de connaissances qu'on a répartie en quartiles11. Les résultats montrent que 31 % des personnes vivant seules avaient un ensemble de réseaux de petite taille, comparativement à 21 % des personnes vivant en couple. À l'inverse, 25 % des personnes en couple avaient un ensemble de réseaux de très grande taille, par rapport à 16 % des personnes vivant seules.

 

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Les voisins

Les renseignements recueillis par l'ESG dressent un portrait général des réseaux personnels et ne permettent pas de connaître de manière plus détaillée la nature des liens de chacune des personnes comprises dans les réseaux personnels, excepté pour les voisins.

Pour certains types d'aide pratique et occasionnelle, les voisins jouent un rôle que ne peuvent combler les membres de la parenté ou les amis — entre autres parce que ces derniers ne résident pas nécessairement dans le même quartier. Connaître ses voisins peut aussi contribuer au sentiment d'appartenance à la communauté. Les personnes vivant seules étaient plus susceptibles que celles en couple de dire qu'il n'y avait aucune personne dans le voisinage qu'elles connaissaient assez pour leur demander un service (20 % contre 11 %). Chez celles ayant dit pouvoir demander un service à 6 personnes ou plus dans leur voisinage, les personnes vivant seules étaient aussi proportionnellement moins nombreuses que celles vivant en couple. Cela peut s'expliquer, en partie, par le fait que les personnes vivant seules ont plus tendance à résider au centre des grandes régions métropolitaines de recensement, où le voisinage est plus mouvant1.

Tableau Pourcentage de personnes de 25 à 64 ans vivant seules ou en couple, selon le nombre de personnes dans le voisinage à qui elles pourraient demander un serviceTableau Pourcentage de personnes de 25 à 64 ans vivant seules ou en couple, selon le nombre de personnes dans le voisinage à qui elles pourraient demander un service


Note

  1. En effet, les municipalités centrales des régions métropolitaines de recensement (RMR) présentaient, en 2006, des proportions de familles monoparentales plus élevées (18,5 %) que les municipalités périphériques (14,0 %). Concernant les personnes vivant seules, on observe la même tendance (Statistique Canada, Recensement de la population, 2006). Pour ce qui est de la mobilité  intra-métropolitaine, elle se réalise principalement des municipalités centrales vers les municipalités périphériques.

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Les personnes qui vivent seules fréquentent leurs amis plus souvent

Peu importe la taille des réseaux personnels, les contraintes de temps peuvent restreindre la fréquence des contacts. Ainsi, une personne ayant des enfants et un conjoint à la maison aura un emploi du temps et des responsabilités différents de ceux d'une personne seule. Les personnes qui habitent seules sont en contact de manière un peu plus fréquente avec leurs amis et connaissances que les personnes en couple. En effet, 81 % des personnes vivant seules ont affirmé avoir rencontré leurs amis et connaissances une fois par semaine ou plus ou leur avoir parlé au téléphone, alors que chez les personnes vivant en couple, ce pourcentage était de 77 %. L'écart était plus marqué en ce qui a trait aux contacts quotidiens : 30 % des personnes vivant seules rencontraient leurs amis et connaissances ou leur parlaient tous les jours, comparativement à 21 % des personnes en couple.

Les personnes en couple, malgré qu'elles soient plus portées à avoir des réseaux de parenté étendus, n'étaient cependant pas très différentes des personnes vivant seules en ce qui a trait à la fréquence des contacts avec les parents considérés comme proches. Elles étaient, en effet, à peu près aussi susceptibles de les voir ou de leur parler au moins une fois par semaine (tableau 1).

Tableau 1 Pourcentage de personnes de 25 à 64 ans, selon les caractéristiques de leurs réseaux personnels et la situation familiale, Canada, 2008Tableau 1 Pourcentage de personnes de 25 à 64 ans, selon les caractéristiques de leurs réseaux personnels et la situation familiale, Canada, 2008

En ce qui a trait à la satisfaction par rapport à la fréquence des contacts, il existait peu de différences selon la situation familiale : environ 85 % des personnes seules et en couple se disaient satisfaites de la fréquence de leurs contacts avec leurs parents, amis et connaissances.

Les personnes qui habitent seules ressentent plus de solitude sociale

L'étendue des réseaux personnels n'a possiblement pas la même signification pour tous. En effet, certaines personnes peuvent avoir des réseaux plus petits que la moyenne, mais être entièrement satisfaites du nombre de gens qu'ils contiennent. À l'opposé, d'autres personnes peuvent avoir beaucoup d'amis et de connaissances et les fréquenter souvent, mais quand même éprouver de la solitude sociale12.

En général, les personnes vivant seules sont moins portées à considérer que l'étendue de leurs réseaux est satis­faisante. Ainsi, 79 % d'entre elles considéraient qu'elles avaient un nombre suffisant de gens dont elles se sentaient proches, comparativement à 86 % des personnes vivant en couple. Aussi, 74 % des personnes vivant seules ont dit qu'elles avaient beaucoup de personnes sur qui elles pouvaient compter en cas de problèmes, comparativement à 80 % des personnes vivant en couple. Enfin, les personnes vivant seules avaient moins tendance à dire qu'elles avaient beaucoup de gens en qui elles avaient parfaitement confiance (58 %) comparativement aux personnes vivant en couple (68 %). En combinant ces 3 derniers aspects de la perception des réseaux personnels, on obtient un indicateur de solitude sociale. Les résultats obtenus montrent que 21 % des personnes vivant seules avaient un sentiment de solitude sociale élevé, comparativement à 14 % des personnes vivant en couple (tableau 1) (pour plus de renseignements à propos de l'indicateur de solitude sociale, voir « Ce qu'il faut savoir au sujet de la présente étude »).

Qualité des réseaux personnels plus faible pour les personnes seules

Pour former un indicateur global de la qualité des réseaux personnels, on a combiné les trois aspects des réseaux personnels décrits plus haut, soit la taille des réseaux (parents proches, amis et connaissances), la fréquence des contacts et le sentiment de solitude sociale. Plus le score sur cette échelle est élevé, plus on considère la qualité des réseaux personnels comme étant grande.

Une proportion plus élevée de personnes vivant seules que de personnes vivant en couple se retrouvent dans le quartile des personnes ayant déclaré des réseaux personnels de faible qualité (32 %, comparati­vement à 23 % des personnes en couple) (Graphique 1 et tableau 2). À l'opposé, les personnes seules étaient proportionnellement moins nombreuses que celles en couple à déclarer des réseaux personnels de qualité élevée, soit respectivement 24 % et 31 %. Pour ce qui est des réseaux personnels de qualité passable et moyenne, on observe des différences mineures entre les personnes vivant seules ou en couple.

Graphique 1 Les personnes vivant seules sont plus à risque d'avoir des réseaux personnels de faible qualitéGraphique 1 Les personnes vivant seules sont plus à risque d'avoir des réseaux personnels de faible qualité

Tableau 2 Qualité des réseaux personnels, selon diverses caractéristiques des personnes de 25 à 64 ans, Canada, 2008Tableau 2 Qualité des réseaux personnels, selon diverses caractéristiques des personnes de 25 à 64 ans, Canada, 2008

Plusieurs facteurs, autres que le fait de vivre seul ou en couple, sont associés au fait d'avoir un réseau personnel de faible qualité, par exemple, avoir un revenu plus faible, être locataire et vivre dans une région métropolitaine de recensement. Cependant, lorsqu'on maintenait ces autres caractéristiques constantes dans un modèle de régression logistique, les personnes vivant seules demeuraient plus à risque que celles vivant en couple d'avoir des réseaux personnels de faible qualité (un rapport de cote de 1,46) (tableau 2).

De plus, toutes autres caractéris­tiques étant égales par ailleurs, le fait de vivre seul diminuait significativement les chances d'avoir des réseaux personnels de qualité élevée (tableau 2).

L'analyse de régression a par ailleurs montré qu'être un homme, être âgé de plus de 35 ans, ou avoir un revenu plus faible augmentait les risques d'avoir des réseaux de faible qualité.

Inversement, le fait d'être proprié­taire de son logement, d'être né au Canada, d'occuper un emploi, de vivre dans une région moins popu­leuse ou de pratiquer des activités dans un cadre organisé augmentait les chances d'avoir des réseaux de qualité élevé.

Résumé

Les personnes vivant seules ont des réseaux personnels qui diffèrent de ceux des personnes vivant en couple. D'abord, les personnes vivant seules ont un nombre moindre de liens proches avec leurs parents et leurs connaissances. Cette différence peut en partie s'expliquer par le fait que, pour une personne vivant en couple, la présence d'un conjoint multiplie les occasions d'élargir les liens de parenté et le réseau de connaissances.

Toutefois, la contribution du réseau du conjoint ne semble pas déterminante en ce qui a trait aux relations d'amitié proche. En fait, les personnes vivant seules ont un nombre d'amis proches à qui elles peuvent se confier à peu près équivalent à celui des personnes vivant en couple. Les personnes vivant seules sont un peu plus portées à être en contact avec leurs amis et connaissances de manière fréquente. Néanmoins, elles sont aussi plus susceptibles de ressentir un sentiment de solitude sociale élevé que les personnes vivant en couple.

Lorsque les renseignements sur l'étendue des réseaux personnels, la fréquence des contacts et le sentiment de solitude sociale sont combinés, on constate que les personnes vivant seules sont plus susceptibles d'avoir des réseaux personnels de faible qualité.

Des analyses plus poussées, à l'aide de régressions logistiques, ont montré que même en tenant compte de plusieurs facteurs de risque, les personnes vivant seules demeuraient plus sujettes d'avoir des réseaux personnels de faible qualité. Par ailleurs, le fait de vivre en couple menait à une plus grande probabilité d'avoir des réseaux personnels de qualité élevée.

Ces résultats revêtent une importance particulière dans le contexte actuel où le nombre de personnes vivant seules est à la hausse et où leur situation économique est plus précaire que celle des personnes vivant en couple.

Mireille Vézina est analyste à la Division de la statistique sociale et autochtone de Statistique Canada.


Notes

  1. Pour plus de renseignements sur le rôle des réseaux personnels lors des changements vécus tout au long de la vie, voir : KEOWN, Leslie-Anne. 2009. « Rapport de l'Enquête sociale générale de 2008 : les réseaux sociaux aident les Canadiens à faire face au changement », Tendances sociales canadiennes, no 88, produit no 11-008-X au catalogue Statistique Canada.
  2. DEGENNE, Alain, et Michel FORSE. 1994. Les réseaux sociaux. Paris, Armand Colin.
  3. BERKMAN, L.F., T. GLASS, I. BRISSETTE et T.E. SEEMAN. 2000. « From social integration to health: Durkheim in the new millennium », Social Science and Medicine, vol. 51, no 6.
  4. HOUSE, J.S., K.R. LANDIS et D. UMBERSON. 1988. « Social relation­ships and health », Science, vol. 241, no 4865.
  5. GRANOVETTER, M.S. 1973. « The strength of weak ties », American Journal of Sociology, vol. 78, no 6;
    LÉVESQUE, Maurice, et WHITE, Deena. 2001. « Capital social, capital humain et sortie de l'aide sociale pour des prestataires de longue durée », Canadian Journal of Sociology/Cahiers canadiens de sociologie, vol. 26, no 2.
  6. LIN, N. 1999. « Social networks and status attainment », Annual Review of Sociology, vol. 25;
    THOMAS, Derrick. 2011 « Personal networks and the economic adjustment of immigrants », Tendances sociales canadiennes, no 11-008-X au catalogue de Statistique Canada.
  7. FRANKE, Sandra. 2005. La mesure du capital social. Document de référence pour la recherche, l'élaboration et l'évaluation de politiques publiques, Projet de recherche sur les politiques : Le capital social comme instrument de politique publique;
    STIGLITZ, Joseph E., Amartya SEN et Jean-Paul FITOUSSI. 2009. Rapport de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social,  www.stiglitz-sen-fitoussi.fr (site consulté le 17 novembre 2011).
  8. WAITE, Linda J., et Maggie GALLAGHER. 2000. The Case for Marriage: Why Married People are Happier, Healthier, and Better Off Financially. New York, Doubleday.
  9. En 2009, chez les personnes vivant seules âgées de moins de 65 ans, 30 % des hommes et 33 % des femmes étaient en situation de faible revenu. En comparaison, c'était le cas de 5 % des personnes dans les couples mariés sans enfants (Enquête sur les finances des consommateurs, no 3502; Enquête sur la dynamique du travail et du revenu, no 3889; Personnes à faible revenu, selon le type de famille économique, annuel, tableau CANSIM 202-0804).
  10. Les données de l'Enquête sociale générale ne permettent pas de déterminer la nature des liens et des circonstances de rencontre des membres du réseau personnel. Ainsi, on ne peut établir le nombre de liens qui ont été créés à partir du réseau personnel du conjoint.
  11. Les renseignements sur les voisins n'ont pas été pris en compte parce que certains d'entre eux peuvent être des amis et seraient, de ce fait, comptés deux fois.
  12. GREEN, B.L., et A. RODGERS. 2001. « Determinants of social support among low-income mothers: a longitudinal analysis », American Journal of Community Psychology, vol. 29, no 3.
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