Statistique Canada - Statistics Canada
Sauter la barre de navigation principaleSauter la barre de navigation secondaireAccueilEnglishContactez-nousAideRecherche site webSite du Canada
Le quotidienLe Canada en statistiquesProfils des communautésNos produits et servicesAccueil
RecensementLe Canada en statistiquesProfils des communautésNos produits et servicesAutres liens

Avertissement Consulter la version la plus récente.

Information archivée dans le Web

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

11-010-XIB
L'Observateur économique canadien
Mai 2005

Étude spéciale

Les ressources naturelles dans les exportations canadiennes

par Philip Cross et Ziad Ghanem*

Introduction

L’essor récent des marchés des produits de base a fait à nouveau ressortir l’importance des ressources naturelles du Canada qui, pour la plupart, vont à l’exportation. Il est souvent question de cette importance dans l’ensemble de nos exportations et, à ce propos, on cite fréquemment un pourcentage de 40 %.1 Cette proportion des ressources naturelles dans les exportations brutes est passée à 50 % grâce au commerce florissant des produits de base ces deux dernières années. On constate cependant, après déduction du large contenu importé des exportations de produits manufacturés, que la part des ressources naturelles dépasse les 60 % et que notre pays appartient à un peloton unique de grands pays industriels. Il se range aux côtés de la Norvège et de l’Australie, pays où dominent les exportations de ressources. Le Japon se situe aux antipodes, puisqu’il importe la plupart de ses ressources et n’en exporte presque pas.

Les estimations qu’on dégage habituellement sont obtenues en calculant les parts respectives de l’agriculture, de l’énergie, de l’exploitation forestière et des matières industrielles dans les exportations brutes. Avec cette méthode, on ne se trouve cependant pas à tenir compte de la différence entre exportations brutes et exportations à valeur ajoutée. Cette différence est importante puisque, tout comme l’indiquent nos études antérieures2, les entreprises en sont venues à faire une bien plus grande place aux importations dans leurs procédés de production pendant la décennie 1990. Le phénomène est tout à fait marquant dans le cas de l’industrie de l’automobile et du secteur des machines et du matériel, qui importent près de la moitié de leurs produits d’entrée. Il faut aussi dire que les fabricants font un plus grand usage de pièces standard fabriquées souvent chez notre voisin américain ou, dans certains cas, outre-mer.

Le gros de la croissance des exportations brutes qui a été observé au cours de la dernière décennie ne tient donc pas à un gain en valeur ajoutée, mais à une plus grande utilisation de pièces importées dans ce qui est exporté. La valeur ajoutée des exportations, qui comprend uniquement les entrées achetées au Canada est la clé de la production et de l’emploi intérieurs.

Notons en revanche qu’un grand nombre de nos produits primaires de premier plan sont issus d’une production largement extractive pour laquelle on a besoin de peu d’importations si ce n’est pour les machines et le matériel.

La conséquence est claire : l’importance de branches d’activité comme l’industrie de l’automobile qui consomment beaucoup d’importations est surestimée dans les exportations brutes, alors que des branches d’activité qui importent moins, le secteur des ressources naturelles en particulier, ont en réalité un plus grand rôle que ne le suggèrent les exportations brutes. Dans le présent exposé, nous considérerons le véritable rôle des ressources naturelles dans les exportations à valeur ajoutée au Canada.

Si les entreprises ont de plus en plus recouru aux importations, c’est qu’elles étaient inlassablement à la recherche de prix de revient qui soient le plus bas possible pour leurs produits d’entrée. Mentionnons en outre que la valorisation du dollar canadien au début des années 1990 a abaissé les prix à l’importation, d’où une plus grande propension des entreprises à s’approvisionner à l’étranger. La constante dévalorisation du dollar de 1997 à 2003 devait largement atténuer cette propension et, ces dernières années, l’emploi de produits d’entrée importés a plafonné. La reprise récente de notre dollar pourrait encourager les entreprises à utiliser davantage d’entrées importées.

Répartition sectorielle des exportations

En importance relative dans les exportations brutes, l’industrie de l’automobile et le secteur des machines et du matériel ont prédominé avec des valeurs approximatives de 22 % en 2004. Malgré ce bond récent, les quatre secteurs de ressources les ont suivis, notamment les biens industriels3 (plus particulièrement les produits métalliques) et l’énergie avec des valeurs respectives de 19 % et 17 %. L’exploitation forestière et l’agriculture venaient ensuite avec des valeurs de 9 % et 7 %. Collectivement, ces quatre secteurs ont figuré pour un peu moins de moitié dans l’ensemble des exportations. Les biens de consommation fermaient la marche avec 4 %; ils avaient pourtant connu la croissance la plus rapide, doublant leur part depuis 1989 surtout grâce aux produits pharmaceutiques.

Figure 1

Ce classement change radicalement lorsqu’on enlève le contenu importé des exportations (tableau 1). Dans l’ensemble des exportations à valeur ajoutée, les ressources naturelles dominent avec une part globale de 20,9 %. L’énergie devient le chef de file. Les biens industriels la suivent de près, derrière les machines et le matériel et devant les automobiles. L’ordre des trois derniers secteurs est inchangé. La part de l’exploitation forestière est de 11 %, tandis que celles de l’agriculture et des biens de consommation sont de moins de 10 %.

Figure 2

L’énergie passe ainsi au premier plan au tableau des exportations à valeur ajoutée, puisque c’est le secteur dont les exportations ont le moins de contenu importé (12 %). À l’intérieur de ce secteur, la proportion correspondante des importations dans la production de pétrole brut et de gaz naturel est la plus faible; c’est la production d’électricité qui suit. En dehors de l’investissement initial en machines et en matériel, ce secteur a peu l’occasion d’utiliser des pièces importées.

La production bitumineuse en est un bon exemple. À l’issue d’un grand investissement initial en préparation de terrains et en construction, on extrait et transporte le bitume brut, souvent par gros matériel de terrassement et de transport routier, en vue de sa transformation en usine de traitement avant l’acheminement par pipeline. Il y a des produits importés qui entrent dans les installations de traitement, mais pour le reste on en emploie peu.

En aval, les raffineries haussent à 41 % la proportion des importations en production énergétique. C’est en partie que ces établissements importent des machines et du matériel. Plus important encore, le pétrole brut transformé est souvent importé, soit qu’il en coûte moins cher pour s’approvisionner à l’étranger (surtout sur la côte est), soit que certains types de pétrole sont plus faciles à transformer à des fins particulières (essence, carburant d’aviation ou carburant diesel, par exemple)4.

Tableau 1: Répartition sectorielle des exportations en 2004

  Exportations brutes Exportations à valeur ajoutée (Contenu importé)
       
Énergie 16,6 20,9 12,0
Biens industriels 18,6 19,2 28,1
Machines et matériel 22,1 20,2 36,0
Automobiles 21,7 15,2 51,0
Produits forestiers 9,4 10,9 19,3
Produits agricoles 7,4 9,3 22,0
Bien de consommation 4,2 4,3 28,3

Les biens industriels passent au troisième rang (18,6 %) au tableau des exportations à valeur ajoutée avec un contenu importé relativement modeste de 28 %. Pour la plupart des métaux et des minéraux non métalliques, on importe moins de 20 % des produits d’entrée. Pour les engrais, ce même contenu est particulièrement mince (10 % environ), car l’approvisionnement intérieur en potasse est abondant. L’industrie des minéraux non métalliques emploie elle aussi relativement peu de produits importés. La basse valeur ajoutée de produits comme le ciment et le béton a plus de poids que le coût du transport à distance de ces marchandises lourdes (on constate que même leur commerce interprovincial est restreint). L’exception à la règle est l’aluminium avec un contenu importé de 40 %. Il s’agit le plus souvent de bauxite brute à transformer grâce à l’électricité relativement bon marché dont dispose le Canada. On observe enfin que, pour les métaux non ferreux hors aluminium, le contenu importé ne constitue que le quart des entrées.

Les machines et le matériel ainsi que les automobiles passent des premier et deuxième rangs aux deuxième et quatrième à l’échelle des exportations à valeur ajoutée, puisque les industries en question importent une grande partie de leurs produits d’entrée. Le secteur automobile a le plus baissé, alors que plus de la moitié de l’ensemble des apports en construction automobile ont été importés en 2001. Les apports importés consistaient en véhicules et en pièces dans une proportion de près de 70 %. L’industrie de l’automobile a longtemps eu le contenu importé le plus considérable, ayant frayé la voie dans ce domaine depuis l’adoption du Pacte de l’automobile dans les années 1960. Les constructeurs sont concentrés dans le sud de l’Ontario, ce qui leur assure un accès immédiat aux fabricants de pièces du nord-est des États-Unis. La multiplication des productions transplantées de l’étranger a accentué la tendance à l’utilisation de produits importés. Le contenu importé est bien plus grand pour la construction de véhicules que pour la fabrication de pièces (59 % contre 38 %).

Dans les années 1990, le secteur des machines et du matériel a rapidement accru son utilisation de produits importés. En fait, la progression de sa part des exportations brutes dans la décennie 1990 s’explique en majeure partie par cette évolution de sa production plutôt que par un gain en valeur ajoutée au Canada. Presque toutes les branches d’activité en cause ont un grand contenu importé qui varie de plus du tiers pour l’aérospatiale et la fabrication d’appareils électroménagers et d’instruments aratoires à près de la moitié pour la fabrication de produits TIC. Plus des deux tiers de toutes les importations du secteur consistent en machines et en matériel (des pièces, peut-on penser); même dans des secteurs capitalistiques comme ceux des forêts et des mines, les machines et le matériel représentent moins du tiers de toutes les importations.

Figure 3

Les produits forestiers, qui étaient premiers à l’exportation il y a des décennies, tombent au cinquième rang avec une part de 10,9 %. Dans le secteur forestier, le contenu importé est très faible (19 % seulement), ce qui tient au caractère relativement simple et local de l’exploitation de la forêt et de la fabrication de produits du bois, de pâtes et de papiers. À l’instar des secteurs cousins de l’agriculture et de l’extraction minière, le secteur forestier se sert d’outillage et d’autres produits miniers.

L’agriculture contribue à 9,3 % des revenus tirés des exportations à valeur ajoutée. Elle importe 22 % de ses produits d’entrée. Les produits chimiques dominent à cet égard, les engrais surtout. Comme les producteurs du domaine de l’énergie, les producteurs primaires de céréales, de bétail et de poisson laissent le moins de place aux produits importés. Quant aux producteurs alimentaires, ils vont chercher à l’importation (plus particulièrement sous forme de denrées alimentaires de transformation) plus du quart de tous leurs produits d’entrée. On peut voir comment les procédés de fabrication, même dans le secteur alimentaire, font que les entreprises se mettent en quête de sources d’approvisionnement meilleures ou bon marché aussi bien au Canada qu’à l’étranger. C’est dans les industries du poisson, des fruits, des légumes et du raffinage du sucre que le contenu importé est le plus élevé, ce qui s’explique par les limites des approvisionnements intérieurs. Pour les produits laitiers et céréaliers et les produits de la viande, on dépend moins des importations.

Dans le secteur des biens de consommation, les industries du vêtement et du textile présentent un contenu importé relativement appréciable qui correspond à près du tiers de tous les produits d’entrée utilisés. Plus de la moitié des produits importés sont des textiles et des vêtements destinés à la surtransformation. Les branches d’activité en question font de plus en plus de leur production à l’étranger, soucieuses de demeurer concurrentielles devant la montée de l’offre en provenance des pays en développement. Dans l’industrie pharmaceutique qui est un des moteurs de la croissance des exportations de biens de consommation, le contenu importé est aussi relativement élevé (32 %).

On n’importe pas que des biens. Le mouvement de mondialisation permet à la plupart des industries d’utiliser en quantité des services importés pour la production d’exportations. Mentionnons en particulier les services financiers et les services aux entreprises. Les industries canadiennes de prestation de ces services importent elles-mêmes près du quart de leurs apports des industries sœurs à l’étranger. Même dans la plupart des activités du secteur des ressources naturelles, les services financiers et les services aux entreprises importés représentent de 6 % à 10 % de tous les apports. C’est un peu plus que dans l’industrie de l’automobile et le secteur des machines et du matériel qui, pourtant, s’approvisionnent depuis plus longtemps à l’étranger.

Conclusion

Ces dernières années, on a observé un déplacement des exportations canadiennes hors de produits manufacturés comme les automobiles et les machines et le matériel vers des produits primaires traditionnels comme l’énergie. Le faible contenu importé qui caractérise un secteur des ressources naturelles en plein essor est une des raisons pour lesquelles notre excédent commercial a battu tous les records malgré une croissance globale plus lente à l’exportation depuis l’an 2000.

Ce déplacement signifie qu’une partie croissante de notre économie est à l’abri de la farouche concurrence internationale à laquelle se heurtent un grand nombre de fabricants. C’est peut-être la garantie que le Canada pourra maintenir sa part de marché à l’exportation, mais c’est peut-être aussi un frein à notre quête de productivité et d’innovation.

La dernière décennie montre sous deux aspects comment le mouvement de mondialisation influe sur nos échanges commerciaux. Les années 1990 ont été marquées par un recours accru à des produits d’entrée importés, en particulier dans le secteur de la fabrication. Ces dernières années cependant, le mouvement s’est enlisé, voire renversé en partie. Aujourd’hui, la croissance des exportations de ressources naturelles est la mesure la plus révélatrice de l’intégration de notre pays à l’économie mondiale.


Notes

* (613) 951-9162 ou oec@statcan.ca.
1. Voir l’exemple que donnent F. Novin et G. Stuber : « L’évolution récente des cours mondiaux des produits de base et son incidence sur l’économie canadienne ». Revue de la banque du Canada, été 1999.
2. Les données sur le contenu importé des exportations viennent des tableaux d’entrées-sorties de la comptabilité nationale. La méthode employée est la même que dans l’étude qui a précédé. On soustrait de la production brute les achats à d’autres branches d’activité et on dégage ainsi des mesures des importations et de la production à valeur ajoutée pour plus de 300 branches d’activité. Voir P. Cross et Z. Ghanem « Implications cyclique de la hausse du contenu importé des exportations » dans le numéro de décembre 2002 de l’Observateur économique canadien, no 11-010 au catalogue. On reforme ensuite les grands groupes d’industries par destination économique aux fins de cette étude mais on exclut les transactions spéciales que comprennent les exportations totales sur base de la balance des paiements. Les données d’entrées-sorties les plus récentes se rapportent à 2001 et les données sur le commerce, à 2004. On suppose que les rapports de contenu importé de 2001 peuvent s’appliquer aux données de 2004 sur le commerce. Cela reste une approximation, mais c’est une hypothèse étayée par la constatation de la stabilité de ces rapports ces dernières années pour de courtes périodes.
3. Maints analystes mettent en vrac tous les biens industriels dans les ressources naturelles. Ce traitement convient à la majorité des matières industrielles : minerais et alliages métalliques, produits chimiques (engrais comme la potasse en particulier), etc.
4. Des types « doux » de pétrole brut comme celui de la mer du Nord se prêtent plus à la transformation en essence que les types « durs » de l’Ouest canadien ou du Moyen-Orient.


Page d'accueil | Recherche | Contactez-nous | English Haut de la page
Date de modification : 2008-11-21 Avis importants
Contenu Tableaux Graphiques Conditions économiques actuelles Événements économiques Étude spéciale Informations aux utilisateurs Version PDF