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    Aperçus économiques

    Études postsecondaires chez les immigrants : comparaison entre le Canada et la Suisse

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    Études postsecondaires chez les immigrants : comparaison entre le Canada et la Suisse

    Par Garnett Picot et Feng Hou

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    Début de l'encadré

    Cet article de la série Aperçus économiques traite des différences entre les taux de participation aux études postsecondaires des élèves issus de familles d'immigrants et des élèves issus de familles non immigrantes en Suisse et au Canada. La comparaison, qui se fonde sur des données comparables pour les deux pays, met en lumière les tendances générales en ce qui a trait aux résultats scolaires des jeunes immigrants en Amérique du Nord et en Europe. Cet article est fondé sur le document de travail intitulé Statut d'immigrant, développement des compétences à un jeune âge et participation aux études postsecondaires : comparaison entre le Canada et la Suisse.

    Fin de l'encadré

    En 2000, la première cohorte du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) a été suivie par l'OCDE1. Dans le cadre du PISA de 2000, on a évalué les compétences en lecture, mathématiques et sciences des jeunes de 15 ans, en mettant l'accent principalement sur les connaissances en lecture. On a aussi recueilli des données sur les facteurs sociaux, culturels, économiques et scolaires que l'on croit être associés aux résultats des élèves. Par la suite, tant le Canada que la Suisse ont mis en oeuvre des enquêtes pour faire le suivi des participants du PISA sur une base régulière jusqu'à ce qu'ils soient âgés de 23 ans, ce qui a rendu possible l'établissement de liens entre les caractéristiques observées à un plus jeune âge, comme les résultats obtenus dans le cadre du PISA et les aspirations liées aux études, et les situations vécues à un âge plus avancé, comme l'inscription à des études postsecondaires.

    Au Canada, les élèves dont les parents sont immigrants étaient beaucoup plus susceptibles de poursuivre des études postsecondaires que les élèves dont les parents étaient nés au Canada. En Suisse, c'est le contraire qui était vrai.

    Les caractéristiques fondamentales des systèmes d'immigration et d'éducation au Canada et en Suisse sont importantes contextuellement à cet égard. Le système d'immigration au Canada met principalement l'accent sur la sélection d'immigrants ayant des niveaux élevés de scolarité et qui sont qualifiés et, par conséquent, la réussite scolaire est plus élevée, en moyenne, chez les immigrants que dans la population des personnes nées au Canada. À l'opposé, le système d'immigration suisse a toujours accueilli des immigrants moins qualifiés, bien que cela ait changé au cours des dernières années. Les différences entre les systèmes d'immigration se reflètent dans les antécédents socioéconomiques des jeunes immigrants. Par exemple, au Canada, 49 % des jeunes de la première génération dont il est question dans l'étude — c'est-à-dire, les jeunes qui ont immigré avant l'âge de 15 ans — avaient deux parents possédant des attestations d'études postsecondaires, comparativement à 17 % en Suisse.

    Les systèmes d'éducation canadien et suisse sont également fort différents. Le système suisse se caractérise par des volets de formation distincts dans lesquels les élèves sont répartis. Cela a des répercussions sur la participation aux études postsecondaires puisque seulement 3 % des élèves issus du volet de formation de base avaient entamé des études postsecondaires à l'âge de 23 ans comparativement à 30 % pour les élèves du volet de formation supérieur. Les élèves immigrants se retrouvent de façon disproportionnée dans le volet de base. Toutefois, les élèves suisses ont accès à une formation professionnelle solide au niveau de l'école secondaire, ce qui rend moins nécessaire l'inscription à des études postsecondaires pour plusieurs élèves qui ont décidé d'épouser ce genre de carrière. Au Canada, il y a peu ou pas de répartition en classes homogènes aux niveaux primaire ou secondaire dans la plupart des provinces, bien que les élèves aient une liberté considérable quant au choix de leurs cours. En outre, la plupart des formations professionnelles orientées vers la carrière sont offertes dans le système collégial.

    Au Canada, la probabilité de fréquenter un établissement postsecondaire était de 12 points de pourcentage plus élevée pour les élèves de la première génération à l'âge de 23 ans que les élèves de la troisième génération et des générations subséquentes (c'est-à-dire, les élèves dont les parents sont nés au Canada); les élèves de la deuxième génération — ceux qui sont nés au Canada de parents immigrants — étaient plus susceptibles dans une proportion d'environ 18 points de pourcentage de fréquenter un établissement postsecondaire (graphique 1).

    Graphique 1 Pourcentage d'élèves ayant poursuivi des études postsecondaires à l'âge de 23 ans

    Plusieurs facteurs sont à l'origine de ces différences. Le plus important était la différence entre les aspirations concernant la participation à des études postsecondaires, les familles immigrantes étant plus susceptibles de s'attendre à ce que leurs enfants poursuivent des études postsecondaires que les familles ayant à leur tête des parents nés au Canada. De plus, les élèves issus de familles d'immigrants étaient plus susceptibles d'avoir des parents possédant des attestations d'études postsecondaires — soit un facteur corrélé positivement au fait que les enfants fréquentent une institution postsecondaire - et étaient également plus susceptibles de vivre dans une des trois grandes régions métropolitaines du Canada (Vancouver, Toronto et Montréal), régions dans lesquelles les taux de fréquentation universitaire sont élevés. De telles caractéristiques expliquaient environ la moitié de la différence entre les taux de participation aux études postsecondaires des jeunes immigrants et des jeunes non immigrants. Les résultats à l'école secondaire, tels qu'ils sont reflétés dans les scores en lecture obtenus dans le cadre du PISA à l'âge de 15 ans, étaient à l'origine d'une faible part de la différence. Si on les compare à ceux des élèves de la troisième génération et des générations subséquentes, les scores obtenus dans le cadre du PISA étaient légèrement moins élevés pour les élèves de la première génération et environ les mêmes pour les élèves de la deuxième génération.

    En ce qui concerne la Suisse, les choses étaient différentes. Il existait un écart de 18 points de pourcentage entre les taux de participation aux études postsecondaires des élèves de la première génération et des élèves de la troisième génération et des générations subséquentes, et un écart de 9 points de pourcentage entre les élèves de la deuxième génération et les élèves de la troisième génération et des générations subséquentes. Dans les deux cas, les résultats à l'école secondaire se sont avérés être le facteur déterminant principal, expliquant pratiquement toute la différence. Les élèves de la première génération et de la deuxième génération en Suisse ont obtenu des scores en lecture beaucoup plus bas dans le cadre du PISA (404 et 452, respectivement) que ceux de la troisième génération et des générations subséquentes (517). Ces différences reflétaient, en partie, les faibles niveaux de réussite scolaire chez les parents immigrants.

    Les taux agrégés de participation aux études postsecondaires présentés dans le graphique 1 révèlent une variation considérable parmi les pays et les régions d'origine des immigrants. Au Canada, environ 44 % des jeunes issus de familles d'immigrants en 2000 étaient d'origine asiatique, notamment d'origine chinoise et indienne. Entre 70 % à 80 % de ces jeunes ont poursuivi leurs études jusqu'au niveau postsecondaire — soit des taux plus élevés de 19 à 28 points de pourcentage que ceux des élèves de la troisième génération et des générations subséquentes. Environ un cinquième des élèves immigrants venaient, ou avaient des parents qui venaient des états-Unis, du Royaume Uni ou du nord et de l'ouest de l'Europe; leurs taux de participation aux études postsecondaires n'étaient pas très différents de ceux des élèves de la troisième génération et des générations subséquentes.

    En Suisse, environ 10 % des élèves issus de familles d'immigrants venaient, ou avaient des parents qui venaient soit de l'Allemagne ou de l'Autriche, soit de la France ou de la Belgique. Les taux de participation aux études postsecondaires parmi ces élèves étaient de 17 à 27 points de pourcentage plus élevés que ceux des élèves dont les parents étaient nés en Suisse. Les taux de participation aux études postsecondaires étaient plus faibles parmi les élèves de tous les autres horizons; certaines différences étaient considérables. Par exemple, parmi les élèves issus de familles d'immigrants en provenance de l'ancienne Yougoslavie, de l'Albanie, du Kosovo ou de la Turquie, les taux de participation aux études postsecondaires étaient de 16 à 24 points de pourcentage plus bas que ceux de leurs homologues dont les parents étaient nés en Suisse.

    Graphique 2 Pourcentage d'élèves de 15 ans qui ont obtenu de faibles résultats et qui avaient poursuivi des études postsecondaires à l'âge de 23 ans

    Il est intéressant de savoir s'il est réaliste pour les élèves qui ont obtenu de faibles résultats à l'école secondaire de désirer poursuivre des études postsecondaires, ou si le fait d'avoir de faibles résultats empêche à toute fin pratique ces étudiants d'envisager ce parcours. Et est-ce que la situation est différente pour les élèves issus de familles d'immigrants et les élèves issus de familles non immigrantes? Les résultats obtenus dans le cadre du PISA à l'âge de 15 ans offrent une occasion d'examiner ces questions. Les élèves obtenant de faibles résultats sont ceux qui ont obtenu des scores en lecture inférieurs à 480 dans le cadre du PISA — un critère qui est communément accepté dans les études du PISA de l'OCDE.

    Au Canada, les élèves issus de familles d'immigrants qui ont obtenu de faibles résultats à l'école secondaire étaient beaucoup plus susceptibles de continuer leurs études jusqu'au niveau postsecondaire que leurs homologues de la troisième génération et des générations subséquentes. En fait, environ la moitié des élèves de la première génération et la deuxième génération ayant obtenu de faibles résultats ont poursuivi leurs études jusqu'au niveau postsecondaire, surtout jusqu'à l'université, malgré leurs faibles scores, comparativement à un tiers des élèves de la troisième génération et des générations subséquentes ayant obtenu de faibles résultats. Entre environ 40 % à 50 % de l'écart entre ces groupes peut s'expliquer par des différences entre les caractéristiques familiales et individuelles, principalement les aspirations des élèves et des parents concernant les études, la situation géographique et le temps consacré aux devoirs. En Suisse, les élèves de la première génération qui ont obtenu de faibles résultats à l'école secondaire étaient moins susceptibles dans une proportion de 50 % de poursuivre leurs études jusqu'au niveau postsecondaire que leurs homologues de la troisième génération et des générations subséquentes.

    Sommaire

    Au Canada, les élèves dont les parents étaient immigrants, incluant aussi bien la première génération que la deuxième génération, avaient des taux beaucoup plus élevés de participation aux études postsecondaires que leurs homologues dont les parents étaient nés au Canada. En Suisse, le contraire était vrai. Au Canada, la réussite scolaire des immigrants est plus élevée que celle de la population née au pays dans une large mesure. Quoique les différences entre les niveaux de scolarité des parents n'expliquent pas directement la plus grande part des résultats des enfants, la différence semble se vérifier dans d'autres variables, par exemple les aspirations des parents pour leurs enfants.

    Jusqu'à récemment, la Suisse accueillait généralement des immigrants peu qualifiés en provenance de pays moins développés. Par conséquent, les parents immigrants en Suisse ont, en règle générale, des niveaux de scolarité beaucoup plus bas que les parents nés en Suisse. Les différences entre les antécédents familiaux touchent dans une certaine mesure le développement des compétences à un jeune âge des élèves, comme cela se reflète dans les scores en lecture obtenus dans le cadre du PISA à l'âge de 15 ans. En fait, l'écart entre la participation aux études postsecondaires des élèves dont les parents sont immigrants et les élèves dont les parents sont nés en Suisse s'expliquait presque entièrement par des résultats plus faibles à l'école secondaire, et au moins la moitié de ces résultats plus faibles était attribuable aux antécédents socioéconomiques.

    Bibliographie

    Cet article de la série Aperçus  économiques s'appuie sur une étude réalisée par la Division de l'analyse économique. Pour plus de renseignements, veuillez consulter l'ouvrage suivant :

    Picot, G., et F. Hou. Statut d'immigrant, développement des compétences à un jeune âge et participation aux études postsecondaires : comparaison entre le Canada et la Suisse. Produit no11F0019M au catalogue de Statistique Canada. Ottawa, Ontario. Direction des études analytiques : documents de recherche. No 344.


    Notes

    1. Organisation de coopération et de développement économiques.
    Date de modification :