Croissance démographique: l'accroissement migratoire l'emporte sur l'accroissement naturel

Mégatendances canadiennes

Croissance démographique = (accroissement naturel = naissances-décès) + (accroissement migratoire = immigration-émigration)

Alors que l'équation mathématique de la croissance démographique est simple, la dynamique entraînant les moteurs des changements démographiques est plus complexe. Au cours de l'histoire de 150 ans du Canada, beaucoup de facteurs ont contribué aux changements démographiques.

Ces dernières années, la croissance démographique liée à l'accroissement naturel a diminué en raison du vieillissement de la population et du faible taux de fécondité. Aujourd'hui, l'accroissement naturel représente moins d'un tiers de la croissance démographique du Canada et n'est plus le principal facteur de l'équation.

Au même moment, l'accroissement migratoire a joué et continue de jouer un rôle grandissant dans la croissance démographique du Canada. L'accroissement migratoire représente environ deux tiers de la croissance démographique du Canada.

Statistique Canada projette que l'immigration, qui est déjà le principal moteur de la croissance de la population au Canada, deviendra de plus en plus importante dans les années à venir. En l'absence d'un niveau d'immigration soutenu, la croissance démographique du Canada pourrait être proche de zéro d'ici 20 ans étant donné que la population continue de vieillir et que la fécondité est projetée de demeurer sous le seuil de remplacement des générations (2,1 enfants par femme).

Taux d'accroissement annuel moyen, accroissement naturel et accroissement migratoire par période intercensitaire, Canada, 1851 à 2061
Description du graphique 1
Tableau des données du graphique 1
Période Accroissement total Accroissement naturel Accroissement migratoire Accroissement lié à l'inclusion de Terre-Neuve-et-Labrador
1851 à 1861 2,86 2,41 0,44  
1861 à 1871 1,34 1,90 -0,55  
1871 à 1881 1,60 1,82 -0,22  
1881 à 1891 1,12 1,57 -0,45  
1891 à 1901 1,06 1,42 -0,35  
1901 à 1911 2,98 1,82 1,14  
1911 à 1921 2,00 1,86 0,14  
1921 à 1931 1,68 1,39 0,29  
1931 à 1941 1,04 1,09 -0,05  
1941 à 1951 1,99 1,53 0,18 0,27
1951 à 1961 2,67 1,87 0,79  
1961 à 1971 1,69 1,28 0,41  
1971 à 1981 1,22 0,79 0,42  
1981 à 1991 1,15 0,74 0,41  
1991 à 2001 0,95 0,55 0,40  
2001 à 2011 1,11 0,39 0,71  
2011 à 2021 1,07 0,42 0,64  
2021 à 2031 0,92 0,30 0,62  
2031 à 2041 0,79 0,14 0,64  
2041 à 2051 0,73 0,08 0,65  
2051 à 2061 0,72 0,07 0,66  

Croissance démographique marquée en trois périodes

Au Canada, trois périodes de l'histoire ont été caractérisées par une croissance démographique soutenue, à savoir de 1851 à 1861, de 1901 à 1911 et de 1941 à 1961.

D'abord, avant la Confédération, la population a connu une forte croissance au cours de la période allant de 1851 à 1861, soit une moyenne de 2,86 % par an, alors que les taux de fécondité étaient élevés et qu'un grand nombre d'immigrants s'installaient dans l'Ouest.

Ensuite, au début du 20e siècle, la fécondité était encore relativement élevée, une femme ayant en moyenne près de cinq enfants. En outre, de 1901 à 1911, plus de 1,2 million d'immigrants venus principalement d'Europe ont engendré un accroissement migratoire jusqu'alors jamais observé. De 1901 à 1911, la population a augmenté de 2,98 % en moyenne par an, soit la croissance la plus élevée jamais vue au Canada.

Finalement, la troisième période de forte croissance démographique s'est produite après la Seconde Guerre mondiale (2,67 % en moyenne par an). Une hausse importante de la fécondité est à l'origine du taux de natalité élevé de l'après-guerre (baby-boom) qui s'est poursuivi jusqu'au milieu des années 1960. De 2,6 enfants par femme en 1937, la fécondité est passée à 3,9 enfants par femme à la fin des années 1950, un niveau qu'on n'avait plus observé depuis le début du siècle. L'immigration a aussi été particulièrement élevée durant les années 1950. En 1957, par exemple, le Canada accueillait plus de 282 000 immigrants dans le contexte de la révolution hongroise et de la crise du canal de Suez.

L'accroissement naturel — autrefois, le principal facteur de la croissance de la population

Durant presque toute l'histoire du Canada, l'accroissement naturel a été le principal facteur stimulant la croissance démographique. En fait, la croissance démographique a été entièrement attribuable à l'accroissement naturel durant les quatre dernières décennies du 19e siècle (1861 à 1901) ainsi que durant les années 1930 (1931 à 1941). Au cours de ces périodes, la population a enregistré des pertes migratoires, c'est-à-dire qu'un plus grand nombre de personnes ont quitté le Canada qu'il n'en est arrivé.

De 1861 à 1901, le Canada a connu plusieurs vagues d'immigration, principalement d'Europe. À partir de 1880, de nombreux immigrants, dont certains d'Asie, sont venus au Canada afin de travailler à la construction du Chemin de fer Canadien Pacifique. Cependant, davantage de personnes, surtout celles vivant dans l'est du Canada, quittaient le pays principalement à destination des États-Unis en raison, entre autres, des effets de la Longue Dépression (1873 à 1896), du manque de terres agricoles et de l'attrait économique que représentaient les usines américaines. Durant cette période, l'accroissement naturel a été l'unique moteur de la croissance démographique.

Dans les années 1930, l'accroissement migratoire était légèrement négatif alors que l'immigration au Canada affichait un ralentissement, notamment en raison des circonstances économiques et sociales découlant de la Grande Crise débutant en 1929. Le nombre d'immigrants admis au Canada a alors considérablement diminué, passant d'en moyenne 123 000 par année durant les années 1920 à moins de 16 000 durant les années 1930. Au cours de cette décennie, l'accroissement naturel était également à son plus bas niveau jusqu'alors, la fécondité s'abaissant à moins de trois enfants par femme en moyenne, soit un niveau jamais observé auparavant.

L'accroissement migratoire — principal moteur de la croissance démographique depuis 1999

La croissance démographique attribuable à l'accroissement naturel a commencé à diminuer à la fin des années 1960. Cette baisse est liée à deux facteurs. Le premier facteur est la diminution rapide de la fécondité à la fin des années 1960 et durant les années 1970 ainsi que sa relative stabilité depuis. En 1976, la fécondité avait chuté à moins de 1,8 enfant par femme.

Graphique 2 — L'immigration est la plus importante source d'accroissement démographique depuis 1991
Description du graphique 2
Tableau des données du graphique 2
  Accroissement naturel Accroissement migratoire
1991 206 964 119 652
1992 202 108 150 017
1993 183 482 118 688
1994 178 037 128 093
1995 167 283 137 672
1996 153 320 151 359
1997 132 929 144 041
1998 124 327 107 284
1999 117 719 148 036
2000 109 820 188 749
2001 114 206 232 490
2002 105 199 203 690
2003 109 033 186 383
2004 110 488 189 336
2005 112 044 207 240
2006 126 538 195 469
2007 132 647 200 557
2008 139 269 238 255
2009 142 445 237 938
2010 137 138 221 107
2011 135 562 241 198
2012 132 382 265 920
2013 129 802 274 185

Le deuxième facteur est la hausse continue du nombre de décès, en partie sous l'effet du vieillissement démographique. Par conséquent, l'accroissement migratoire a pris une place de plus en plus importante dans la croissance démographique récente.

La fin des années 1990 a été une période de transition, quelques années étant caractérisés par un accroissement naturel élevé, tandis que les autres années, l'accroissement migratoire était plus important.

Depuis 1999 toutefois, la croissance démographique au Canada a été essentiellement stimulée par l'accroissement migratoire (principalement par l'immigration étant donné que les niveaux de l'émigration sont faibles). Environ les deux tiers de la croissance démographique actuelle résultent de l'accroissement migratoire, l'accroissement naturel représentant l'autre tiers.

À l'avenir, la croissance démographique pourrait dépendre encore plus de l'accroissement migratoire

Selon tous les scénarios des plus récentes projections démographiques de Statistique Canada, il est attendu que l'accroissement naturel continue de diminuer dans les prochaines décennies. Cela s'explique en grande partie par la hausse projetée du nombre de décès alors que le nombre projeté de naissances demeurerait relativement constant.

Le vieillissement de la population s'accélérera de 2011 à 2031. En 2026, les premiers baby-boomers atteindront 80 ans, âge où la mortalité est généralement élevée, ce qui entraînera une accélération de la hausse du nombre de décès.

Selon le scénario de croissance moyenne, l'accroissement migratoire pourrait représenter plus de 80 % de la croissance démographique canadienne à partir de 2031. En l'absence d'un niveau d'immigration soutenu ou d'une hausse importante de la fécondité, la croissance démographique du Canada pourrait être proche de zéro d'ici 20 ans.


Définitions

Accroissement naturel : Modification de la taille d'une population en raison de la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès au cours d'une période donnée.

Accroissement migratoire : Changement dans la taille d'une population en raison de l'écart entre le nombre d'immigrants qui s'installent dans une zone géographique et le nombre d'émigrants qui quittent cette même zone au cours d'une période donnée.

Plus de renseignements

Projections démographiques pour le Canada (2013 à 2063), les provinces et les territoires (2013 à 2038), produit n° 91-520-X au catalogue de Statistique Canada.

Contactez-nous

Pour en savoir davantage sur les concepts, les méthodes et la qualité des données, communiquez avec Laurent Martel (613-951-2352), Division de la démographie.

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