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    Direction des études analytiques : documents de recherche

    L’activité féminine dans le pays d’origine et les salaires des immigrantes au Canada

    L'activité féminine dans le pays d'origine et les salaires des immigrantes au Canada

    par Kristyn Frank et Feng Hou
    Division de l'analyse sociale et de la modélisation, Statistique Canada

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    Résumé

    Des études antérieures ont révélé une forte association entre le taux d’activité féminine dans le pays d’origine et l’activité des immigrantes dans le pays hôte. Cette association a été interprétée comme résultant de l’influence durable des attitudes à l’égard des rôles de l’homme et de la femme, ou rôles sexospécifiques, dans le pays d’origine. Cependant, ces études ne mesurent pas directement les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques et examinent les activités des immigrantes sur le marché du travail uniquement en fonction du taux d’activité dans le pays d’origine. La présente analyse, fondée sur des données tirées de l’Enquête sur la population active pour la période de 2006 à 2012 et de l’Enquête mondiale sur les valeurs pour la période de 1994 à 2007, s’appuie à la fois sur le taux d’activité féminine dans le pays d’origine et sur une mesure explicite des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine pour expliquer les différences de résultats des immigrantes sur le marché du travail au Canada, selon le groupe, pour plusieurs mesures de ces résultats. L’analyse indique que l’influence des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine sur l’activité des immigrantes au Canada s’exerce par la voie de leur lien avec le taux d’activité féminine dans le pays d’origine. De surcroît, les taux d’activité féminine dans le pays d’origine sont corrélés positivement aux salaires des immigrantes au Canada, indépendamment des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine. Cette corrélation est surtout attribuable à des différences de profession et d’industrie, car les immigrantes provenant de pays où le taux d’activité féminine est élevé sont, au Canada, plus concentrées dans les industries et les professions où le salaire est élevé que les immigrantes provenant de pays où le taux d’activité féminine est faible.

    Sommaire

    Des études antérieures ont révélé une forte association entre le taux d’activité féminine dans le pays d’origine et l’activité des immigrantes dans le pays hôte. Cette relation est interprétée comme le résultat de l’influence persistante des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine sur l’activité des immigrantes. Toutefois, l’hypothèse selon laquelle les niveaux d’activité féminine dans le pays d’origine traduisent les attitudes culturelles à l’égard des rôles sexospécifiques n’a pas été examinée en profondeur. En outre, on en sait peu sur la façon dont les caractéristiques du pays d’origine pourraient être corrélées avec les résultats des immigrantes après leur entrée sur le marché du travail dans le pays hôte.

    Le présent document étoffe la littérature spécialisée existante en abordant trois questions : Quelle est la relation entre les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine et l’activité féminine dans le pays d’origine? La relation entre le taux d’activité féminine dans le pays d’origine et l’activité des immigrantes dans le pays hôte persiste-t-elle quand l’effet des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine est pris en compte? Le taux d’activité féminine dans le pays d’origine et les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine sont-ils associés aux salaires des immigrantes au Canada?

    Les données utilisées proviennent de l’Enquête sur la population active et de l’Enquête mondiale sur les valeurs. Les fichiers combinés de mai et de novembre de l’Enquête sur la population active réalisée par Statistique Canada, pour la période de 2006 à 2012, fournissent des renseignements sur les résultats sur le marché du travail des femmes qui ont immigré au Canada à l’âge adulte et qui, au moment de l’enquête, étaient âgées de 25 à 64 ans et avaient vécu au Canada pendant au moins un an. Les données sur les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine proviennent de l’Enquête mondiale sur les valeurs et celles sur les taux d’activité dans le pays d’origine proviennent des Indicateurs de données sur le développement social de la Banque mondiale.

    Les résultats indiquent que le taux d’activité féminine dans le pays d’origine et les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine sont moyennement corrélés. En outre, alors que ces deux variables du pays d’origine sont corrélées avec l’activité des immigrantes au Canada quand elles sont entrées séparément dans un modèle de régression, seul l’effet du taux d’activité féminine dans le pays d’origine demeure statistiquement significatif lorsqu’elles sont incluses simultanément. Cela suggère que la relation entre les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine et l’activité des immigrantes dans le pays hôte a pour vecteur la corrélation modérée observée entre les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques et le taux d’activité féminine dans le pays d’origine.

    L’analyse des salaires montre toutefois que les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques et l’activité féminine dans le pays d’origine influencent les résultats des immigrantes sur le marché du travail par des voies différentes. Les immigrantes issues de pays où les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques ont tendance à être égalitaires ont des salaires plus élevés au Canada que celles venant de pays où les attitudes sont moins égalitaires. En outre, une relation positive se dégage entre le taux d’activité féminine dans le pays d’origine et le salaire des immigrantes dans le pays hôte. Cette relation est expliquée en grande partie par la répartition entre les professions et les industries : les femmes provenant de pays où le niveau d’activité féminine est élevé sont plus concentrées dans les professions et les industries où la rémunération est élevée. Cela semble indiquer que les immigrantes provenant de pays où le taux d’activité féminine est élevé pourraient aborder le marché du travail du pays hôte différemment d’autres immigrantes, ce qui se traduirait par un emploi mieux rémunéré. Ces résultats indiquent que la relation entre le taux d’activité féminine dans le pays d’origine et les résultats des immigrantes sur le marché du travail s’étend au-delà des attitudes culturelles à l’égard des rôles sexospécifiques.

    1 Introduction

    Les travaux de recherche sur l’immigration montrent systématiquement que les résultats des immigrants sur le marché du travail diffèrent selon le pays ou la région d’origine (Boyd et Thomas 2002; Picot 2004; Reitz et Sklar 1997; Thompson 2000). Ces études s’appuient souvent sur des variables indicatrices du pays ou de la région d’origine pour mesurer ces effets, ce qui masque les influences variables que pourraient avoir une gamme de caractéristiques nationales (Preston et Giles 2004). La présente étude va au-delà des variables indicatrices du pays d’origine afin d’évaluer des mesures spécifiques des caractéristiques du pays d’origine, ce qui permet d’interpréter de manière plus nuancée l’association entre les caractéristiques nationales et les activités des immigrantes sur le marché du travail au Canada.

    L’importance des caractéristiques nationales est un élément central des études internationales comparatives du travail rémunéré et non rémunéré des femmes. Des études de ce genre ont été menées pour examiner dans divers pays les effets possibles d’attributs nationaux, tels que le niveau de développement économique, la qualité de l’enseignement et différents facteurs culturels sur le travail ménager et le travail rémunéré des femmes, ainsi que sur leur égalité dans le mariage (p. ex. Batalova et Cohen 2002; Fortin 2005; Fuwa 2004; Kan, Sullivan et Gershuny 2011; Knudsen et Wærness 2008; Nieuwenhuis, Need et Van der Kolk 2012; Yodanis 2005). Ces études font penser que les facteurs culturels sont des déterminants importants du travail rémunéré et non rémunéré des femmes.

    Les études portant sur la relation entre les caractéristiques nationales et l’activité des immigrantes arrivent à la conclusion que les niveaux d’activité féminine dans le pays d’origine reflètent fidèlement les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques, et que l’association observée entre l’activité féminine dans le pays d’origine et l’activité subséquente des immigrantes dans le pays hôte traduit principalement l’effet durable des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques qui se forgent tôt dans la vie. Cependant, cette hypothèse n’a pas été examinée en profondeur. Une caractéristique importante de la présente étude est qu’elle tient compte à la fois du taux d’activité féminine dans le pays d’origine et d’une mesure explicite des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine. L’utilisation des deux variables nous permet d’évaluer comment chacune d’elles est corrélée à diverses mesures des résultats subséquents des immigrantes sur le marché du travail au Canada.

    Les résultats indiquent que le taux d’activité féminine dans le pays d’origine et les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine sont moyennement corrélés. En outre, alors que ces deux variables du pays d’origine sont corrélées avec l’activité des immigrantes au Canada quand elles sont entrées séparément dans un modèle de régression, seul l’effet du taux d’activité féminine dans le pays d’origine demeure statistiquement significatif lorsqu’elles sont incluses simultanément. Cela suggère que la relation entre les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine et l’activité des immigrantes dans le pays hôte a pour vecteur la corrélation modérée observée entre les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques et le taux d’activité féminine dans le pays d’origine.

    L’analyse des salaires montre toutefois que les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques et l’activité féminine dans le pays d’origine influencent les résultats des immigrantes sur le marché du travail par des voies différentes. Les immigrantes issues de pays où les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques ont tendance à être égalitaires ont des salaires plus élevés au Canada que celles venant de pays où les attitudes sont moins égalitaires. En outre, une relation positive se dégage entre le taux d’activité féminine dans le pays d’origine et le salaire des immigrantes dans le pays hôte. Cette relation est expliquée en grande partie par la répartition entre les professions et les industries : les femmes provenant de pays où le niveau d’activité féminine est élevé sont plus concentrées dans les professions et les industries où la rémunération est élevée. Cela fait penser que les immigrantes provenant de pays où le taux d’activité féminine est élevé pourraient aborder le marché du travail du pays hôte différemment d’autres immigrantes, ce qui se traduirait par un emploi mieux rémunéré. Ces résultats indiquent que la relation entre le taux d’activité féminine dans le pays d’origine et les résultats des immigrantes sur le marché du travail s’étend au-delà des attitudes culturelles à l’égard des rôles sexospécifiques.

    Le présent document comprend six sections. La section 2 offre une revue des travaux de recherche publiés sur la relation entre les caractéristiques du pays d’origine et les résultats des immigrantes sur le marché du travail. La section 3 traite des données, des mesures et des méthodes. La section 4 présente les résultats des analyses descriptives et multivariées. La section 5 comprend une discussion des résultats et les conclusions.

    2 Caractéristiques du pays d'origine et résultats des immigrantes sur le marché du travail

    Les travaux de recherche portant sur l’intégration des immigrantes indiquent que les caractéristiques sexospécifiques du pays d’origine sont corrélées avec l’activité des immigrantes dans le pays hôte. Les études examinant cette relation arrivent à la conclusion qu’un facteur culturel « permanent, portable » continue d’influencer la décision des femmes d’entrer sur le marché du travail rémunéré après la migration (Antecol 2000, p. 419; Blau, Kahn et Papps 2011; Frank et Hou 2013). Ce fait est attribué à l’influence persistante des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine. Toutefois, l’hypothèse selon laquelle les niveaux d’activité féminine traduisent les attitudes culturelles à l’égard des rôles sexospécifiques n’a pas été examinée en profondeur.

    Ces résultats soulèvent aussi d’autres questions concernant l’incidence des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques et du taux d’activité féminine dans le pays d’origine sur d’autres résultats des immigrantes sur le marché du travail, comme la réussite professionnelle et le salaire dans le pays hôte. Ces résultats sur le marché du travail n’ont pas été examinés dans les travaux de recherche publiés. Si l’activité féminine dans le pays d’origine non seulement reflète les attitudes sexospécifiques, mais contribue aussi à l’accumulation de capital humain et de compétences en recherche d’un emploi, son influence peut s’étendre au-delà de l’entrée sur le marché du travail et avoir aussi une incidence sur la réussite professionnelle et le salaire des immigrantes au Canada.

    Selon des travaux de recherche antérieurs, les femmes qui grandissent dans un pays où le niveau d’activité féminine est élevé ont souvent d’autres attentes quant à leur future participation à la population active que les femmes provenant de pays différents. Les personnes qui s’attendent à avoir un travail rémunéré tout au long de leur vie adulte sont plus susceptibles de « vouloir faire carrière » et d’investir davantage dans la formation et l’acquisition de compétences (Blau, Kahn et Papps 2008, p. 2; Polachek 2004). Les femmes qui ont participé davantage au marché du travail avant la migration peuvent aussi avoir accumulé un plus important capital humain « intangible », comme le leadership, la coopération, la flexibilité et l’« aptitude à se recycler », et une meilleure connaissance des bonnes méthodes de recherche d’emploi, qui facilite l’accès à des emplois mieux rémunérés (Blau, Kahn et Papps 2008; David et Lopez 2001, p. 2).

    Un examen plus approfondi de la relation entre les attitudes sexospécifiques dans le pays d’origine et les résultats des immigrantes sur le marché du travail dans le pays hôte est également nécessaire. Les travaux de recherche portant sur l’association entre les attitudes sexospécifiques et la rémunération des femmes sont habituellement axés sur l’écart salarial entre les hommes et les femmes, et attribuent les différences à des choix professionnels sexospécifiques (England 1992; Reskin et Roos 1990). Cependant, certains chercheurs ont constaté que cette relation persiste lorsque l’on neutralise l’effet de la profession, et signalent que des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques plus « traditionnelles » (c.-à-d. l’homme est le soutien de famille, la femme prend soin des autres) sont associées à une rémunération plus faible après que l’on ait tenu compte de l’effet des différences professionnelles. Selon ces chercheurs, les femmes qui manifestent des attitudes plus traditionnelles à l’égard des rôles sexospécifiques pourraient avoir moins d’assurance ou de motivation pour rechercher les augmentations et les promotions (Christie-Mizell 2006; Firestone, Harris et Lambert 1999; Judge et Livingston 2008; Stickney et Konrad 2007), et consacrer moins de temps ou d’effort à leur travail rémunéré afin de « conserver leur énergie » pour l’éducation des enfants et les tâches ménagères (Stickney and Konrad 2007, p. 803). Cela pourrait réduire leur productivité en milieu de travail ainsi que leurs possibilités de promotion à des postes mieux rémunérés, d’où entraîner des salaires plus faibles. En outre, selon Judge et Livingston (2008), les femmes qui accordent une plus grande valeur aux responsabilités ménagères qu’à leur rôle financier dans la famille pourraient se sentir plus satisfaites d’une faible rémunération que celles ayant des attitudes plus égalitaires à l’égard des hommes et des femmes. Donc, des différences de rémunération des femmes pourraient exister malgré des choix professionnels similaires.

    3 Données, mesures et méthodes

    3.1 Données

    La présente étude s’appuie sur les données combinées de mai et de novembre tirées des fichiers pour la période de 2006 à 2012 de l’Enquête sur la population active (EPA) réalisée par Statistique Canada. L’EPA est la source officielle des estimations mensuelles de l’emploi total et du chômage au Canada. Elle vise à recueillir des renseignements concernant les activités sur le marché du travail de la population âgée de 15 ans et plus, sauf les habitants des logements collectifs et des établissements autochtones, ainsi que les membres à temps plein des Forces canadiennes. Elle fournit aussi des données mensuelles sur la rémunération des salariés depuis 1997 et sur le statut d’immigration depuis 2006. L’enquête mensuelle fournit des renseignements sur plus de 120 000 personnes, soit près de la moitié de 1 % de la population canadienne âgée de 15 ans et plus. Au cours de tout mois donné, l’échantillon de l’EPA est divisé en six panels ou groupes de renouvellement dont les membres ont été recrutés pour participer à l’enquête à un mois d’intervalle. Chaque groupe de renouvellement fait partie de l’échantillon de l’enquête pendant six mois consécutifs, de sorte qu’il y ait chevauchement de jusqu’à cinq sixièmes des répondants de l’échantillon pendant deux mois consécutifs. Ce n’est que quand l’intervalle entre deux enquêtes mensuelles est de six mois qu’il n’existe aucun chevauchement des répondants de l’échantillon. Par conséquent, les données combinées de mai et de novembre utilisées dans la présente étude ne correspondent qu’à des répondants uniques durant une année donnée.

    L’échantillon sélectionné pour l’étude comprend des personnes qui ont immigré au Canada à l’âge adulte (âgées de 20 ans et plus l’année de l’établissement) pour s’assurer qu’elles aient été exposées à la culture et au marché du travail de leur pays d’origine pendant une longue période avant l’émigration. Les immigrants arrivés avant les années 1990 ont été exclus de l’échantillon parce que la plupart d’entre eux n’étaient plus en âge d’activité maximale à la fin des années 2000. Les immigrants qui vivaient au Canada depuis moins d’un an ont également été exclus afin de s’assurer que les répondants qui étaient immigrants avaient eu au moins une année pour s’adapter au marché du travail canadien. D’autres critères de sélection de l’échantillon étaient que les immigrants soient âgés de 25 à 64 ans au moment de l’enquête et qu’ils ne soient pas inaptes au travail de manière permanente. Enfin, pour fusionner les données de niveau individuel aux données sur les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine tirées de l’Enquête mondiale sur les valeurs (EMV), les immigrants dont le pays d’origine n’avait pas participé à l’EMV durant la période allant de 1994 à 2007 ont été exclus (voir la sous-section 4.2 pour des renseignements détaillés). Cette exclusion a réduit la taille de l’échantillon d’immigrantes de l’EPA d’environ 4 900, soit 14 %Note 1. L’échantillon final d’immigrantes sur lequel porte l’étude comprend 29 811 femmes. Cet échantillon est utilisé pour étudier l’activité des immigrantes. Un sous-échantillon de 17 089 immigrantes qui avaient travaillé comme salariées et avaient eu un salaire positif durant la semaine de référence de l’EPA est utilisé pour modéliser les salaires des immigrantes.

    Les attributs du pays d’origine ont été annexés aux données de niveau individuel pour l’échantillon d’immigrantes sélectionné à partir de l’EPA en utilisant les données détaillées sur le pays de naissanceNote 2. Par conséquent, un ensemble d’attributs du pays d’origine mesurés l’année de l’arrivée au Canada a été attribué à chacune des immigrantes de l’EPA.

    3.2 Mesures

    Deux variables de résultat sont examinées dans la présente étude : la première est l’activité. Elle reçoit le code 1 si le répondant est occupé ou chômeur, ou 0 si le répondant ne fait pas partie de la population active. Les études antérieures se basaient généralement sur cette variable de résultat pour examiner l’association entre les rôles sexospécifiques dans le pays d’origine et l’activité des immigrantes dans le pays hôte. Bien qu’une relation significative ait été constatée systématiquement entre ces variables, nous réexaminons ce résultat pour nous assurer qu’il est reproduit par nos donnéesNote 3. La deuxième variable de résultat est le logarithme du salaire horaire que touchent habituellement les travailleurs dans leur emploi principal. Les salaires horaires sont calculés d’après l’information sur les salaires ou traitements hebdomadaires et le nombre habituel d’heures de travail par semaine.

    La variable explicative principale est le taux d’activité féminine dans le pays d’origine. Ce taux est calculé pour les personnes de 15 ans et plusNote 4. Une autre mesure est le ratio du taux d’activité féminine au taux d’activité masculine. Cette mesure relative peut atténuer l’effet de différences éventuelles entre les pays en ce qui concerne la définition et la mesure de l’activité, car ces problèmes influencent les taux d’activité des hommes et des femmes de la même façon (Antecol, 2000; Blau, Kahn et Papps, 2011). La mesure relative peut aussi atténuer les effets des différences entre les pays en ce qui a trait aux caractéristiques sociodémographiques et institutionnelles du marché du travail qui influent sur les taux d’activité féminine et masculine. Cependant, les estimations des modèles fondés sur ces deux mesures produisent les mêmes résultats. Puisque le coefficient du taux d’activité féminine peut être interprété de manière plus intuitive que le coefficient de l’autre variable, seuls les résultats obtenus en utilisant la première mesure sont présentés ici.

    La variable de contrôle principale est une mesure explicite des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine calculée d’après les données de l’Enquête mondiale sur les valeurs (EMV). L’EMV est conçue pour recueillir des mesures des opinions, des valeurs et des attitudes des gens auprès d’échantillons représentatifs des populations nationales. Les résultats pour les questions ayant trait aux attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques sont disponibles pour 83 pays qui ont participé à au moins une des vagues 3 à 5 de l’EMV au cours de la période allant de 1994 à 2007Note 5. Trois questions sont utilisées pour dériver l’échelle des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiquesNote 6 :

    1. Êtes-vous d’accord ou en désaccord avec l’énoncé suivant?
      Quand les emplois sont rares, les hommes devraient avoir la priorité sur les femmes pour obtenir un emploi.
    2. Êtes-vous tout à fait d’accord, d’accord, en désaccord ou tout à fait en désaccord avec l’énoncé suivant?
      Des études universitaires sont plus importantes pour un garçon que pour une fille.
    3. Êtes-vous tout à fait d’accord, d’accord, en désaccord ou tout à fait en désaccord avec l’énoncé suivant?
      Dans l’ensemble, les hommes sont de meilleurs leaders politiques que les femmesNote 7.

    Ces énoncés reflètent les opinions quant à la question de savoir si les femmes devraient avoir le même accès que les hommes aux emplois et aux études supérieures, et si elles ont la capacité de remplir un rôle de leader. Les valeurs de l’échelle des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques varient de 1,83 à 3,59, avec une moyenne de 2,70. Une cote unique des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques est attribuée à chaque pays d’origineNote 8. Cette échelle a une bonne fiabilité, avec un coefficient alpha de Cronbach de 0,65.

    Trois caractéristiques supplémentaires du pays d’origine sont incluses comme variables de contrôle de facteurs susceptibles d’être associés à l’inclination des immigrantes à entrer sur le marché du travail dans le pays hôte. Le premier est le produit intérieur brut (PIB) par habitant (en dollars américains de 2005) l’année de l’établissement de l’immigrante au Canada. Il est utilisé comme indicateur du niveau global de développement économique du pays d’origineNote 9. Les immigrantes provenant de pays développés sont plus susceptibles d’être actives sur le marché du travail au Canada en raison des similarités entre les structures économiques de leur pays d’origine et du Canada. La deuxième est une variable indicatrice indiquant si l’anglais ou le français est une langue officielle dans le pays d’origineNote 10. La troisième variable est une variable indicatrice indiquant si le pays d’origine est un pays occidental. Ces trois variables sont vraisemblablement corrélées au taux d’activité féminine dans le pays d’origine des immigrantes et à l’état de préparation au travail de ces dernières dans le pays hôte.

    Au niveau individuel, les variables démographiques incluses sont le niveau d’études, l’âge au moment de l’immigration, le nombre d’années écoulées depuis l’établissement et le carré de ce terme, la région géographique de résidence et les années de l’enquête. Le niveau d’études est codé sous forme de quatre variables indicatrices : pas de diplôme d’études secondaires, diplôme d’études secondaires, études postsecondaires partielles et diplôme d’études supérieures, en prenant le baccalauréat comme groupe de référence. La variable de région géographique fait la distinction entre les huit plus grandes régions métropolitaines au Canada (Toronto, Montréal, Vancouver, et les cinq plus grandes régions métropolitaines suivantes combinées, c’est-à-dire Ottawa, Calgary, Edmonton, Winnipeg et Hamilton); la région de l’Atlantique; le Québec, sauf Montréal; l’Ontario, sauf Toronto, Ottawa et Hamilton; la Saskatchewan et le Manitoba regroupés, sauf Winnipeg; l’Alberta, sauf Calgary et Edmonton; et la Colombie-Britannique, sauf Vancouver. Toronto est la catégorie de référence commune. Les années d’enquête sont codées comme une série de variables indicatrices pour les années de l’EPA utilisées dans l’étude. L’état matrimonial, la situation d’emploi du conjoint si la personne est mariée, et le nombre d’enfants de moins de 6 ans sont également inclus dans le modèle prédisant l’activité. Le statut d’emploi à temps plein ou à temps partiel (1 = temps plein; 0 = temps partiel) et la durée de l’emploi (en années) pour l’employeur actuel sont des variables supplémentaires dans les modèles des salaires.

    En plus des variables susmentionnées, les répartitions selon l’industrie et selon la profession sont incluses en tant que variables clés dans les modèles des salaires pour tester si l’association entre le niveau d’activité féminine dans le pays d’origine et les salaires des immigrantes se manifeste en partie par la voie des aptitudes des immigrantes à s’orienter sur le marché de l’emploi dans une économie moderne. La répartition selon l’industrie, basée sur le Système de classification des industries de l’Amérique du Nord, comprend cinq catégories, à savoir l’agriculture; les industries primaires, les services publics, la construction et la fabrication; le commerce et le transport; les services financiers, les services professionnels et les services aux entreprises; et les autres services. La répartition selon la profession est fondée sur les deux premiers chiffres de la Classification nationale des professions pour statistiques (CNP-S) de 2006 après avoir fusionné quelques groupes pour lesquels la taille de l’échantillon d’immigrantes était très petite dans les donnéesNote 11. La variable de répartition selon la profession utilisée dans le modèle compte 41 catégories.

    3.3 Méthodes

    Pour toutes les immigrantes en âge de travailler, nous estimons trois modèles probit pour prédire la vraisemblance de l’activité. Les spécifications des modèles sont les suivantes :

    P( Y ij =  1|x ) = Φ( α g X j g  + β X j c  + γ X i )     (1) MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaaeiuamaabm aabaacbiGaa8xwamaaBaaaleaacaWFPbGaa8NAaiaa=bcaaeqaaOGa eyypa0JaaiiOaiaabccacaqGXaGaaiiFaiaa=HhaaiaawIcacaGLPa aacaqGGaGaeyypa0JaaeiiaiabfA6agnaabmaabaGaeqySde2aaSba aSqaaiaa=DgaaeqaaOGaa8hwamaaDaaaleaadaahaaadbeqaaiaa=P gaaaaaleaacaWFNbaaaOGaaeiiaiabgUcaRiaabccacqaHYoGycaWF ybWaa0baaSqaamaaCaaameqabaGaa8NAaaaaaSqaaiaa=ngaaaGcca qGGaGaey4kaSIaaeiiaiabeo7aNjaa=HfadaWgaaWcbaGaa8xAaaqa baaakiaawIcacaGLPaaacaqGGaaaaa@59D1@ P( Y ij =  1|x ) = Φ( α l X j 1  + β X j c  + γ X i )     (2) MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaaeiuamaabm aabaacbiGaa8xwamaaBaaaleaacaWFPbGaa8NAaiaa=bcaaeqaaOGa eyypa0JaaiiOaiaabccacaqGXaGaaiiFaiaa=HhaaiaawIcacaGLPa aacaqGGaGaeyypa0JaaeiiaiabfA6agnaabmaabaGaeqySde2aaSba aSqaaiaabYgaaeqaaOGaa8hwamaaDaaaleaacaWFQbaabaacbaGaa4 xmaaaakiaabccacqGHRaWkcaqGGaGaeqOSdiMaa8hwamaaDaaaleaa caWFQbaabaGaa83yaaaakiaabccacqGHRaWkcaqGGaGaeq4SdCMaa8 hwamaaBaaaleaacaWFPbaabeaaaOGaayjkaiaawMcaaiaabccacaqG GaGaaeiiaiaabccacaqGGaGaaeikaiaabkdacaqGPaaaaa@5DD0@ P( Y ij =  1|x ) = Φ( α l X j 1  +  α g X j g + β X j c + γ X i )    (3) MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaaeiuamaabm aabaacbiGaa8xwamaaBaaaleaacaWFPbGaa8NAaiaa=bcaaeqaaOGa eyypa0JaaiiOaiaabccacaqGXaGaaiiFaiaa=HhaaiaawIcacaGLPa aacaqGGaGaeyypa0JaaeiiaGGaaiab+z6agnaabmaabaGaeqySde2a aSbaaSqaaiaabYgaaeqaaOGaa8hwamaaDaaaleaacaWGQbaabaGaaG ymaaaakiaabccacqGHRaWkcaqGGaGaeqySde2aaSbaaSqaaiaa=Dga aeqaaOGaa8hwamaaDaaaleaacaWGQbaabaGaam4zaaaakiabgUcaRi aabccacqaHYoGycaWFybWaa0baaSqaaiaadQgaaeaacaWGJbaaaOGa ey4kaSIaaeiiaiabeo7aNjaa=HfadaWgaaWcbaGaa8xAaiaa=bcaae qaaaGccaGLOaGaayzkaaGaaeiiaiaabccacaqGGaGaaeiiaiaabIca caqGZaGaaeykaaaa@6469@

    P( Y ij =1|x ) MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aqatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaaeiuamaabm aabaacbiGaa8xwamaaBaaaleaacaWFPbGaa8NAaiaa=bcaaeqaaOGa eyypa0JaaeymaiaacYhacaWF4baacaGLOaGaayzkaaaaaa@3F97@  est la probabilité que l'immigrante i MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aqatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaamyAaaaa@36E5@  provenant du pays d'origine j MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aqatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaamOAaaaa@36E6@  soit active sur le marché du travail étant donné un ensemble de caractéristiques ( X ) MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaWaaeWaaeaaie GacaWFybaacaGLOaGaayzkaaaaaa@3863@ ; Φ MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aqatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaeuOPdyeaaa@3771@  désigne la fonction de répartition normale centrée réduite. X j g MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaacbiGaa8hwam aaDaaaleaadaahaaadbeqaaiaa=PgaaaaaleaacaWFNbaaaaaa@3913@  désigne les attitudes à l'égard des rôles sexospécifiques dans le pays d'origine, X j 1 MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaacbiGaa8hwam aaDaaaleaadaahaaadbeqaaiaa=PgaaaaaleaaieaacaGFXaaaaaaa @38E5@  désigne le taux d'activité féminine dans le pays d'origine et X j c MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaacbiGaa8hwam aaDaaaleaacaWGQbaabaGaam4yaaaaaaa@38DE@  désigne les trois autres variables de contrôle du pays d'origine.Note 12 X i MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aqatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaacbiGaa8hwam aaBaaaleaacaWFPbaabeaaaaa@37F1@  désigne les variables sociodémographiques au niveau individuel et les effets fixes de l'année d'enquête, comme il est discuté à la section précédente. Le modèle 1 examine les effets des attitudes à l'égard des rôles sexospécifiques dans le pays d'origine en l'absence du taux d'activité féminine dans le pays d'origine; le modèle 2 examine l'effet du taux d'activité féminine dans le pays d'origine en l'absence des attitudes à l'égard des rôles sexospécifiques dans le pays d'origine; le modèle 3 examine les effets des deux facteurs en présence l'un de l'autre.

    Des modèles similaires sont estimés pour les immigrantes salariées en utilisant le logarithme du salaire horaire comme variable dépendante. Nous examinons aussi pour ce groupe un autre modèle dans lequel sont incluses des variables de répartition selon la profession et l’industrie en même temps que le taux d’activité féminine, les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques et d’autres variables de contrôle du pays d’origine. L’objectif de ce modèle supplémentaire est de vérifier si l’effet observé de l’activité féminine dans le pays d’origine diminue considérablement lorsqu’on tient compte des différences de répartition selon l’industrie et la profession. Une diminution importante du coefficient de la variable d’activité féminine dans le pays d’origine impliquerait que tout avantage salarial des immigrantes provenant de pays d’origine où le taux d’activité féminine est élevé est attribuable, du moins en partie, à leur répartition favorable dans les structures industrielle et professionnelle.

    Puisque les attributs du pays d’origine sont mesurés au niveau du groupe, nous estimons des modèles de régression avec erreurs-types robustes à la mise en grappe afin de corriger la corrélation intragrappe et l’hétéroscédasticité (Angrist et Pischke 2009; Wooldridge 2003). Cette méthode diffère de l’approche du modèle hiérarchique linéaire (MHL), qui suppose que les erreurs sont homoscédastiques au niveau individuel ainsi qu’au niveau des grappes. Les erreurs-types robustes à la mise en grappe reposent sur l’hypothèse qu’il n’existe aucune forme particulière de corrélation intragrappe et d’hétéroscédasticité. Dans la présente étude, la grappe est fondée sur la combinaison du pays d’origine (83 pays) et de l’année de l’établissement au Canada (un total de 22 années). Il existe 1 459 grappes dans les données, car certaines combinaisons année-pays n’offrent aucune observation.

    Un problème méthodologique qui peut se poser lorsqu’on estime les modèles des salaires est lié à la sélectivité de l’emploi chez les immigrantes. Une forte proportion d’immigrantes ne sont pas actives (environ 28 % de l’échantillon sélectionné). Si la décision de prendre part au marché du travail est corrélée aux déterminants des salaires, les estimations des coefficients de régression dans le modèle des salaires seront biaisées. Ces estimations seraient en effet fondées sur un échantillon non aléatoire et, par conséquent, ne pourraient pas être généralisées à l’ensemble de la population (Greene 2012). Afin de vérifier cette possibilité, nous avons appliqué la procédure de correction de la sélection de Heckman. Dans l’équation de sélection, nous avons inclus les variables démographiques utilisées dans l’équation des salaires, ainsi que l’état matrimonial, la situation d’emploi du conjoint si la personne est mariée et le nombre d’enfants de 0 à 5 ansNote 13. Comme le montre le tableau A.1, la corrélation des termes d’erreur du modèle des salaires et du modèle de sélection n’est pas significative, si bien que les estimations des coefficients de régression du modèle des salaires sont vraisemblablement sans biaisNote 14. Les coefficients des modèles des salaires avec correction de la sélection sont presque identiques à ceux estimés par les moindres carrés ordinaires. Pour simplifier, seuls les résultats sans la correction de Heckman sont expliqués dans le texte.

    4 Résultats

    4.1 Activité féminine et attitudes à l'égard des rôles sexospécifiques dans le pays d'origine

    Pour les 83 pays d’origine pour lesquels des données sur les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques sont disponibles, il existe une corrélation modérée entre l’activité féminine et les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques au niveau du pays (coefficient de Pearson r = 0,42; p < 0,001). Le graphique 1 représente l’association entre l’activité féminine et les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine. Il montre pourquoi les deux mesures ne sont que modérément corrélées. D’une part, la plupart des pays dont la cote des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques est faible affichent aussi de très faibles niveaux d’activité féminine. Ces pays comprennent, par ordre croissant des cotes d’attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques, l’Irak, le Pakistan, l’Arabie saoudite, la Jordanie, l’Égypte et le Maroc. Par ailleurs, les pays où les taux d’activité féminine sont très élevés ne se situent que dans la partie médiane de la distribution des cotes d’attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques. Les cinq pays où les taux d’activité féminine sont les plus élevés sont situés en Afrique subsaharienne, à savoir le Ghana, l’Éthiopie, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie. Dans ces pays, les femmes fournissent traditionnellement la majorité de la main-d’œuvre dans le secteur de la production et du traitement des produits agricoles; les hommes quant à eux ont généralement un travail qui génère un revenu monétaire. Le taux élevé d’activité féminine dans ces pays n’est pas associé étroitement à l’égalité entre les hommes et les femmes en ce qui a trait à des aspects socioéconomiques généraux; la répartition du travail non domestique est plutôt fondée sur des normes patriarcales (Doss 1999). En outre, les pays obtenant les cotes d’attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques les plus élevées (comme la Norvège, la Suède, la France et les Pays-Bas) n’affichent que des niveaux modérés d’activité féminineNote 15. Brièvement, de très faibles cotes d’attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques et de très faibles niveaux d’activité féminine vont de pair, mais une grande égalité entre les hommes et les femmes en ce qui concerne les caractéristiques socioéconomiques générales d’une société ne signifie pas nécessairement que les femmes participent au marché du travail dans la même mesure que les hommes. Dans les pays où les femmes participent à la vie active à des niveaux comparables à ceux des hommes, elles le font souvent par nécessité plutôt que par choix (Lim 2002).

    Description du graphique 1

    En plus d’être modérément corrélé aux attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine, le taux d’activité féminine dans le pays d’origine est corrélé à d’autres caractéristiques qui pourraient jouer un rôle dans les résultats des immigrantes sur le marché du travail. Le tableau 1 donne les statistiques descriptives pour les principales variables utilisées dans les modèles multivariés subséquents en fonction du niveau d’activité féminine dans le pays d’origine. Dans ce tableau, les pays d’origine sont groupés selon que le taux d’activité féminine y est « élevé » ou « faible ». Un taux élevé d’activité féminine est défini comme étant égal ou supérieur à 0,50 (ou 50 %), tandis qu’un faible taux est défini comme étant moins de 0,50. Notons que, dans les modèles multivariés, la valeur de cette variable demeure unique pour chaque pays d’origine durant une année donnée d’arrivée des immigrantes, les valeurs variant de 0,11 à 0,87, avec une moyenne de 0,49.

    Comme le montre le tableau 1, environ 55 % des immigrantes dans l’échantillon étudié, ou 16 263 sur 29 811, proviennent de pays d’origine où le taux d’activité féminine est inférieur à 50 % (avec une moyenne de 38,2 %). Les pays d’origine où le niveau d’activité féminine est faible ont aussi tendance à avoir un plus faible niveau de développement économique mesuré par le PIB par habitant, sont plus susceptibles d’utiliser l’anglais ou le français comme langue officielle, et sont moins susceptibles d’être un pays occidental.

    Les immigrantes en provenance de pays où l’activité féminine est faible ont tendance à avoir un taux d’activité et un salaire horaire plus faibles au Canada que celles provenant de pays où le niveau d’activité féminine est élevé. Cependant, les deux groupes d’immigrantes sont assez semblables en ce qui concerne les caractéristiques démographiques, dont le niveau d’études, l’âge au moment de l’immigration, le nombre d’années écoulées depuis l’établissement, la situation de travail à temps plein et la durée d’occupation de l’emploi.

    4.2 Association entre l'activité féminine dans le pays d'origine et l'activité des immigrantes au Canada

    Le graphique 2 représente les taux moyens d’activité des immigrantes en fonction des taux d’activité féminine dans leurs pays d’origine respectifs. Le graphique montre que le taux d’activité féminine varie considérablement d’un groupe d’immigrantes à l’autre au Canada. Alors que le taux d’activité féminine est de l’ordre de 60 % à 80 % pour la plupart des groupes d’immigrantes, certains groupes affichent des taux inférieurs à 50 % (p. ex. les immigrantes en provenance du Pakistan, de l’Irak, de la Jordanie, de l’Arabie saoudite et de Taïwan) et certains autres, des taux supérieurs à 85 % (p. ex. celles en provenance des Philippines, du Bélarus, de la Roumanie, de l’Albanie et du Zimbabwe). Le graphique montre aussi que la variation du taux d’activité des immigrantes au Canada est associée positivement au taux d’activité féminine dans le pays d’origine.

    Les associations bivariées présentées au graphique 2 ne tiennent pas compte des différences d’attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine entre les groupes, d’autres attributs du pays d’origine ni des variations de la composition sociodémographique de la population d’immigrantes. Ces aspects sont pris en considération dans les modèles probit présentés au tableau 2. Ce dernier donne les effets marginaux moyens des variables explicatives donnés par les modèles probit. Pour les variables indicatrices, l’effet marginal est la différence de probabilité moyenne d’activité prédite entre la catégorie prise en considération et la catégorie de référence. Par exemple, dans le modèle 1, l’effet marginal associé au fait de ne pas posséder de diplôme d’études secondaires implique que la probabilité prédite d’activité des immigrantes sur le marché du travail si elles n’ont pas de diplôme d’études secondaires est de -0,243, ou 24,3 points de pourcentage plus faible que celle des immigrantes titulaires d’un diplôme universitaire. Pour les variables continues, l’effet marginal reflète les variations de la probabilité prédite associée à une variation d’une unité de la variable explicative.

    Description du graphique 2

    Les résultats des modèles 1 et 2 présentés au tableau 2 montrent que, après avoir neutralisé les effets des autres attributs du pays d’origine et des caractéristiques individuelles, les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine et l’activité féminine dans le pays d’origine sont toutes deux associés positivement à l’activité des immigrantes au Canada. Cependant, lorsque ces facteurs sont inclus dans le même modèle (modèle 3), le coefficient des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine cesse d’être significatif, tandis que l’effet du taux d’activité féminine dans le pays d’origine devient un peu plus prononcé. Donc, l’association entre les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine et l’activité des immigrantes est expliquée par le niveau d’activité féminine dans le pays d’origine. Autrement dit, l’effet des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine s’opère par la voie d’une corrélation modérée avec le taux d’activité féminine dans le pays d’origine. Le coefficient du taux d’activité féminine dans le pays d’origine (modèle 3, tableau 2) indique qu’une augmentation de 0,5 point de ce taux, ce qui est proche de l’écart entre le Pakistan (17 %) et le Liban (20 %) à l’extrémité inférieure, et entre la Chine (70 %) et le Vietnam (71 %) à l’extrémité moyenne supérieure, est associée à une augmentation de 0,177 point (ou 17,7 points de pourcentage) du taux d’activité des immigrantes (c.-à-d. la moitié du coefficient).

    En ce qui a trait aux trois autres attributs du pays d’origine, les immigrantes en provenance d’un pays où l’anglais ou le français est la langue officielle ont un plus haut niveau d’activité (modèle 3, tableau 2). Le fait d’arriver d’un pays occidental est associé à un plus haut niveau d’activité des immigrantes au Canada; par contre, le niveau de développement économique du pays d’origine n’est pas associé de manière significative à l’activité.

    Parmi les caractéristiques individuelles, le niveau d’études et le nombre d’années écoulées depuis l’établissement au Canada sont des facteurs associés fortement et positivement à l’activité des immigrantes, tandis qu’un âge avancé au moment de l’immigration et le nombre de jeunes enfants sont des facteurs qui y sont associés négativement. Les immigrantes mariées à un conjoint qui ne travaille pas ont tendance à avoir un plus faible niveau d’activité que celles dont le conjoint travaille, ce qui résulte vraisemblablement de l’appariement assortatif (assortative mating) en fonction des comportements sur le marché du travail (Ultee, Dessens et Jansen 1988).

    4.3 Association entre l'activité féminine dans le pays d'origine et le salaire des immigrantes

    Le graphique 3 représente le logarithme moyen du salaire horaire des immigrantes en fonction du taux d’activité féminine dans leur pays d’origine. Une variation importante du logarithme du salaire horaire entre les groupes d’immigrantes est clairement évidente. Si la plupart d’entre elles ont un salaire horaire compris entre 15 $ (logarithme du salaire horaire de 2,7) et 22 $ (logarithme du salaire horaire de 3,1), neuf groupes d’immigrantes se situent au-delà de cet intervalle et cinq groupes, en dessousNote 16. La variation du logarithme du salaire horaire des immigrantes est associée positivement au taux d’activité féminine dans le pays d’origine.

    Les modèles de régression du logarithme du salaire horaire des immigrantes sont présentés au tableau 3. Les résultats pour les modèles 1 et 2 révèlent qu’après l’ajout de variables de contrôle pour les autres attributs du pays d’origine et les caractéristiques individuelles, les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine et le taux d’activité féminine dans le pays d’origine sont, en l’absence l’un de l’autre, fortement associés au salaire horaire des immigrantes. Lorsque ces deux attributs du pays d’origine sont inclus dans le même modèle (modèle 3), leurs coefficients respectifs diminuent de grandeur, mais restent significatifs. Ces résultats donnent à penser que les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine et le niveau d’activité féminine dans le pays d’origine sont associés indépendamment aux salaires des immigrantes, même après que l’on ait tenu compte de leurs effets chevauchants. Le coefficient du taux d’activité féminine dans le pays d’origine indique qu’une augmentation de 0,5 point de ce taux correspond à une augmentation de 8,5 % du salaire (c.-à-d. la moitié de la valeur du coefficient).

    Pour ce qui est des autres attributs du pays d’origine, le PIB par habitant est associé positivement au salaire horaire des immigrantes (modèle 3, tableau 3). Provenir d’un pays occidental est également un facteur fortement associé à l’augmentation du salaire. Cette variable traduit vraisemblablement les écarts salariaux entre les personnes de race blanche et les groupes de minorités visibles, car les effets du développement économique du pays d’origine et des variables démographiques individuelles sont pris en compte dans le modèle. Malheureusement, cette hypothèse ne peut pas être vérifiée ici, car l’EPA ne recueille pas d’information sur le statut de minorité visible.

    Description du graphique 3

    Lorsqu’on inclut les répartitions par industrie et par profession, le coefficient du taux d’activité féminine dans le pays d’origine diminue de trois quarts et cesse d’être significatif (modèle 4, tableau 3). Ce résultat implique que les salaires plus élevés des immigrantes provenant de pays d’origine où l’activité féminine est élevée sont principalement attribuables à leur plus forte concentration dans les industries et les professions mieux rémunérées. Autrement dit, la répartition différentielle entre les industries et les professions explique l’association entre l’activité féminine dans le pays d’origine et les salaires des immigrantes. Comparativement, le coefficient des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine diminue d’environ un quart, et demeure statistiquement significatif après neutralisation de l’effet de l’industrie et de la profession (modèle 4, tableau 3). La relation entre les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine et les salaires des immigrantes ne semble pas s’opérer principalement par la voie de la répartition entre les industries et les professions, mais plutôt par celle de l’avancement professionnel au sein d’une industrie et d’une profession.

    La comparaison des 10 professions principales (en se basant sur les deux premiers chiffres des codes de la CNP-S de 2006) chez les immigrantes provenant de pays où le taux d’activité féminine est faible et de ceux où le taux est élevé brosse un tableau plus détaillé des différences de leur répartition entre les professions, et de la façon dont ces différences sont reliées à leurs salaires (tableau 4). Des variations concernant les types de professions sont manifestes. Les commis et le personnel élémentaire du domaine des ventes et des services représentent les deux principales catégories professionnelles chez les femmes de deux groupes de pays d’origine; cependant, une part plus importante de femmes provenant de pays où le taux d’activité féminine est faible que de femmes provenant de pays où le taux d’activité féminine est élevé occupait ces emplois. En outre, des différences existent entre ces deux groupes pour plusieurs catégories professionnelles. Principalement, alors que 7 % de femmes provenant de pays où le taux d’activité féminine est élevé font partie de la catégorie du personnel professionnel des sciences naturelles et appliquées — des professions hautement rémunérées —, ce groupe ne figure pas parmi les 10 professions principales occupées par les femmes provenant de pays où le taux d’activité féminine est faible. En outre, deux catégories faiblement rémunérées seulement figurent parmi les principales professions des immigrantes provenant de pays où le taux d’activité féminine est faible, à savoir le personnel de soutien familial et de garderie, et les caissières. Dans une même profession, les femmes issues de pays où l’activité féminine est élevée ont tendance à avoir de plus hauts salaires que celles provenant de pays où l’activité féminine est faible; cependant, l’écart est généralement petit. Par exemple, l’écart salarial entre les deux principales professions est de l’ordre de 4 % à 6 %. Dans l’ensemble, ces résultats laissent entendre que le salaire moyen plus faible des femmes provenant de pays où l’activité féminine est faible est attribuable à leur concentration relative dans les professions peu rémunérées.

    La répartition entre les industries et les professions est aussi un mécanisme important par lequel plusieurs autres variables influent sur le salaire des immigrantes, comme en témoignent les diminutions importantes des coefficients de ces variables (modèle 4, tableau 3). En particulier, l’ajout des répartitions par industrie et par profession dans les modèles réduit la taille des coefficients associés au PIB par habitant, à la provenance d’un pays occidental, au niveau de scolarité, à l’âge au moment de l’immigration et au nombre d’années écoulées depuis l’établissement. Ces résultats portent à croire que les immigrantes qui proviennent de pays développés et de pays occidentaux, ont un plus haut niveau d’études, sont arrivées à un plus jeune âge et ont résidé au Canada plus longtemps sont plus susceptibles de travailler dans des industries et des professions où la rémunération est plus élevée.

    5 Conclusion

    La contribution de la présente étude est double. Premièrement, nous examinons en détail l’association entre l’activité féminine dans le pays d’origine (qui est censée représenter les attitudes d’un pays concernant la sexospécificité) et une mesure explicite des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine. Deuxièmement, nous étudions les relations entre l’activité féminine dans le pays d’origine, d’une part, et l’activité des immigrantes et leur salaire au Canada, d’autre part. En particulier, la présente étude vise à déterminer si la relation entre les taux d’activité féminine dans le pays d’origine et les résultats des immigrantes sur le marché du travail est limitée uniquement à l’influence des attitudes culturelles à l’égard des rôles sexospécifiques sur la participation des femmes au marché du travail du pays hôte, ou si cette caractéristique est également associée à leur salaire.

    Selon les résultats de l’étude, de hauts niveaux d’attitudes favorisant l’égalité entre les hommes et les femmes ne se traduisent pas forcément en hauts niveaux d’activité féminine. Une corrélation modérée seulement se dégage entre le taux d’activité féminine et les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine. Et quand ces deux variables sont incluses simultanément dans un modèle de l’activité au Canada, seul le taux d’activité féminine dans le pays d’origine a un effet statistiquement significatif. Ce résultat donne à penser que l’effet des attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine s’exerce par la voie de la relation avec le taux d’activité féminine dans le pays d’origine. Ces constatations sont en harmonie avec celles d’études antérieures révélant une relation positive entre le taux d’activité féminine dans le pays d’origine et l’offre de main-d’œuvre des immigrantes dans le pays hôte (p. ex. Antecol 2000; Blau, Kahn et Papps 2011; Frank et Hou 2013).

    L’analyse des salaires des immigrantes montre que celles provenant de pays où le niveau d’activité féminine est élevé obtiennent de plus hauts salaires que celles provenant d’autres pays. Cette situation est attribuable en grande partie à leur concentration dans des industries et des professions où la rémunération est plus élevée. Une des interprétations est qu’un taux d’activité féminine élevé dans le pays d’origine peut contribuer à l’acquisition de compétences spécialisées, d’une connaissance du marché du travail ou d’autres éléments non observés de capital humain qui s’avèrent utiles pour obtenir un emploi mieux rémunéré dans le pays hôte (p. ex., une plus grande expérience professionnelle, une plus grande familiarisation avec les entreprises ou les industries offrant des salaires élevés, une meilleure compréhension des qualifications nécessaires pour entrer dans les professions hautement rémunérées). Ces facteurs pourraient être particulièrement avantageux pour les immigrantes provenant de pays où le marché du travail est similaire à celui du pays hôte.

    Contrairement aux résultats observés pour la variable d’activité féminine dans le pays d’origine, la relation statistiquement significative et positive entre les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques dans le pays d’origine et les salaires des immigrantes persiste après que l’on ait tenu compte de l’effet de la profession et de l’industrie. Cette constatation signifie que les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques influent sur les salaires des immigrantes selon un mécanisme différent, et corrobore les travaux de recherche antérieurs indiquant qu’il existe une relation directe entre les attitudes à l’égard des rôles sexospécifiques et les salaires des femmes. Les données sur lesquelles s’appuie la présente étude ne permettent pas de déterminer si cela est attribuable à des attentes salariales plus élevées, à une plus grande confiance en soi ou à une plus forte motivation à obtenir des promotions et des augmentations chez les femmes provenant de pays où les attitudes à l’égard des hommes et des femmes sont plus égalitaires.

    6 Annexe

    Notes

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