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Transition de l’état de travailleurs étrangers temporaires à celui de résidents permanents, 1990 à 2014

par Yuqian Lu et Feng Hou
Division de l'analyse sociale et de la modélisation, Statistique Canada

Date de diffusion : le 21 février 2017

Résumé

Le nombre de travailleurs étrangers temporaires au Canada a augmenté de façon considérable depuis le début des années 1990. Les travailleurs étrangers temporaires sont également devenus une source de plus en plus importante de résidents permanents admis au Canada au cours de cette période. À l’aide du fichier des résidents temporaires et du fichier d’établissement des immigrants, le présent article documente les changements aux niveaux et aux types de nouveaux travailleurs étrangers temporaires qui sont arrivés au Canada de 1990 à 2014. Il analyse également les schémas de transition de l’état de travailleurs étrangers temporaires à celui de résidents permanents, ainsi que les catégories d’immigration par lesquelles les travailleurs étrangers temporaires ont reçu leur résidence permanente.

Mots clés : travail étranger temporaire, immigrants

Sommaire

Le nombre de travailleurs étrangers temporaires au Canada a augmenté de façon considérable depuis le début des années 1990. Les travailleurs étrangers temporaires sont également devenus une source de plus en plus importante de résidents permanents admis au Canada au cours de cette période. À l’aide du fichier des résidents temporaires et du fichier d’établissement des immigrants, le présent article documente les changements aux niveaux et aux types de nouveaux travailleurs étrangers temporaires qui sont arrivés au Canada de 1990 à 2014. Il analyse également les schémas de transition de l’état de travailleurs étrangers temporaires à celui de résidents permanents, ainsi que les catégories d’immigration par lesquelles les travailleurs étrangers temporaires ont reçu leur résidence permanente.

Les nouvelles arrivées de travailleurs étrangers temporaires ont doublé entre le début des années 1990 et la fin des années 2000, et la majorité de ces arrivées a eu lieu à la fin des années 2000. Les travailleurs étrangers temporaires sont arrivés au Canada dans le cadre du Programme de mobilité internationale (PMI) ou du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET). Au cours des années 1990 et 2000, les travailleurs du PMI étaient plus nombreux que ceux du PTET, bien que la proportion du PTET ait augmenté rapidement, passant de 29 %, à la fin des années 1990, à 41 % à la fin des années 2000. En ce qui concerne les niveaux de compétence, la proportion de travailleurs temporaires hautement qualifiés a diminué, pour passer de 67 % à la fin des années 1990 à 40 % à la fin des années 2000, même si leur nombre absolu a augmenté. Parallèlement, la proportion de travailleurs étrangers temporaires dont les niveaux de compétence n’étaient pas précisés a augmenté.

De la fin des années 1990 à la fin des années 2000, plus de travailleurs étrangers temporaires ont proportionnellement obtenu leur résidence permanente. Dans les cinq ans après avoir reçu leurs premiers permis de travail, environ 9 % des travailleurs étrangers temporaires qui sont arrivés entre 1995 et 1999 sont devenus résidents permanents. Le niveau a augmenté pour passer à 13 % pour les arrivées de 2000 à 2004 et à 21 % pour les arrivées de 2005 à 2009.

Le taux de transition à la résidence permanente était grandement associé aux types de programmes. Le Programme concernant les aides familiaux résidants et la catégorie des époux ou conjoints de fait présentaient les taux de transition les plus élevés, tandis que les taux de transition pour le Programme des travailleurs agricoles saisonniers et la catégorie « Emploi réciproque » étaient de loin inférieurs à la moyenne.

Même si les travailleurs étrangers temporaires hautement qualifiés disposaient de plus de parcours afin de devenir résidents permanents, le taux de transition n’était pas beaucoup plus élevé que celui des travailleurs moins qualifiés lorsque les différences de types de programmes et de caractéristiques sociodémographiques étaient prises en compte. Qui plus est, les travailleurs étrangers temporaires provenant de pays moins développés économiquement avaient tendance à présenter des taux de transition plus élevés que leurs homologues provenant de pays développés.

Les catégories d’immigration par lesquelles les travailleurs étrangers temporaires ont obtenu leur résidence permanente variaient de façon marquée par type de programme. Ceux du programme pilote des travailleurs peu spécialisés étaient plus susceptibles d’être traités par l’entremise du Programme des candidats des provinces, tandis que les travailleurs étrangers temporaires hautement qualifiés étaient plus susceptibles d’être traités par l’entremise d’autres catégories économiques. Les travailleurs du Programme des travailleurs agricoles saisonniers et de la catégorie « Emploi réciproque » étaient plus susceptibles de faire la transition par l’entremise de la catégorie du regroupement familial après avoir quitté le Canada.

1. Introduction

De nombreuses économies développées utilisent les travailleurs étrangers temporaires pour gérer les fluctuations du marché du travail et répondre aux demandes à court terme de travailleurs hautement et peu qualifiés. En 2012, les arrivées massives de travailleurs migrants temporaires dans les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) se chiffraient à 1,9 million, ce qui correspond à trois fois le nombre de travailleurs migrants permanents (OCDE 2014). En Australie, un pays semblable au Canada en ce qui a trait à la taille de la population et à l’historique d’immigration, on accordait plus du triple de visas temporaires avec permis de travail que de visas permanents au début des années 2010 (Gregory 2014). Au Canada, on a dénombré 221 000 admissions initiales et réadmissions de travailleurs étrangers temporaires en 2013, et 386 000 travailleurs étrangers temporaires étaient présents au 1er décembre 2013 (gouvernement du Canada s.d.b.). Au cours de la même année, le Canada a admis 259 000 résidents permanents, dont 25 % (ou 65 000) étaient des demandeurs principaux immigrants économiques (CIC 2014).

Les travailleurs migrants temporaires dans les pays de l’Ouest sont aussi devenus un bassin important à partir duquel les immigrants permanents sont sélectionnés. Par exemple, au début des années 2010, 60 % des immigrants qualifiés admis en Australie étaient auparavant des travailleurs étrangers temporaires commandités par des employeurs ou d’anciens étudiants internationaux qui avaient trouvé du travail après avoir obtenu leur diplôme d’établissements d’enseignement australiens (Gregory 2014). Aux États-Unis, de nombreux immigrants économiques hautement qualifiés étaient à l’origine employés en vertu de visas de travail temporaires, pour être ensuite commandités par leurs employeurs en vue d’obtenir leur résidence permanente (Hao 2013; Lowell et Avato 2014).

Au Canada, un nombre considérable de travailleurs étrangers temporaires sont devenus résidents permanents dans les années 1980 et 1990, même si la majorité des programmes de travailleurs étrangers temporaires ne comportaient aucune disposition sur la transition à la résidence permanente (Hou et Bonikowska 2015). Depuis ce temps, de nouveaux parcours pour de telles transitions ont été créés, tels que le Programme des candidats des provinces, introduit à la fin des années 1990, et la catégorie de l’expérience canadienne, introduite en 2008 (CIC 2013). Qui plus est, l’accent qui est mis sur les offres d’emploi préarrangées, l’expérience de travail canadienne et la capacité de parler anglais ou français dans le cadre du système d’entrée express mis en œuvre récemment pour sélectionner les immigrants économiques profite également aux travailleurs étrangers temporaires qui souhaitent obtenir leur résidence permanente. Au cours des années 2000, un nombre croissant de nouveaux immigrants avaient travaillé au Canada avant d’y être admis. À titre d’exemple, parmi les immigrants en âge d’activité maximale qui sont arrivés en 2010, 29 % des hommes et 31 % des femmes avaient une expérience de travail canadienne avant leur arrivée, comparativement à 16 % et à 15 % des immigrants arrivés en 1999 (Hou et Picot 2016).

Le présent article a pour objectif de présenter un aperçu de la transition au statut de résident permanent au Canada des personnes qui avaient à l’origine été admises au pays à titre de travailleurs étrangers temporaires. L’article décrit d’abord les changements aux niveaux et aux types de nouveaux travailleurs étrangers temporaires qui sont arrivés au Canada entre 1990 et 2014. On présente ensuite de l’information sur les taux de transition à la résidence permanente parmi les travailleurs étrangers temporaires. Dans cet article, les nouveaux travailleurs étrangers temporaires désignent les ressortissants étrangers dont le premier permis de résidence temporaire au Canada était un permis de travail en vertu du Programme des travailleurs étrangers temporaires ou du Programme de mobilité internationale. L’analyse se limite aux nouveaux travailleurs étrangers temporaires qui sont arrivés au Canada à l’âge de 18 à 64 ans; ils représentent 99 % de tous les nouveaux travailleurs étrangers temporaires.

L’étude est fondée sur deux fichiers de données administratives. Le premier est le fichier des résidents temporaires (RT). Le fichier des RT est créé par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (anciennement Citoyenneté et Immigration Canada [CIC]). Ce fichier comporte des renseignements sociodémographiques et administratifs sur tous les résidents non permanents au Canada.

La seconde source de données est le fichier d’établissement des immigrants (FEI), qui comporte les caractéristiques sociodémographiques à l’arrivée des immigrants au Canada depuis 1980. Cette étude utilise le FEI pour identifier les travailleurs étrangers temporaires qui ont fait la transition pour devenir résidents permanents et leur catégorie d’immigration.

2. Catégories des travailleurs étrangers temporaires

Les travailleurs étrangers temporaires forment un groupe varié, tant en ce qui a trait aux catégories qu’aux compétences. Il existe deux catégories principales de ressortissants étrangers qui possèdent des permis de travail au Canada : ceux qui participent au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) et ceux qui participent au Programme de mobilité internationale (PMI) (gouvernement du Canada s.d.b.)Note 1.

Programme des travailleurs étrangers temporaires

Le PTET est conçu afin d’admettre les travailleurs étrangers temporaires au Canada pour combler des pénuries de main-d’œuvre particulières dans des emplois et des endroits où les travailleurs canadiens qualifiés ne sont pas disponibles. En vertu du PTET, un ressortissant étranger peut présenter une demande de permis de travail uniquement après que son employeur canadien potentiel a reçu une étude d’impact sur le marché du travail (EIMT, anciennement appelée un avis relatif au marché du travail) positive d’Emploi et Développement social Canada (EDSC). À l’aide du processus de l’EIMT, EDSC évalue si l’offre d’emploi d’un employeur à des ressortissants étrangers potentiels aura des répercussions négatives sur le marché du travail canadien. Pour obtenir une EIMT positive, l’employeur doit démontrer que les résidents permanents ou nés au Canada et qualifiés ne sont pas disponibles pour occuper l’emploi en question, « que l’offre d’emploi est authentique, et que l’employeur a rencontré les engagements d’offres d’emplois aux travailleurs étrangers qu’ils ont embauché dans le passé [sic] » (CIC 2014, p. 65). Les permis de travail délivrés en vertu du PTET sont habituellement limités à un employeur en particulier.

Par ailleurs, 27 % de tous les nouveaux résidents temporaires admis au Canada à des fins d’emploi entre 2010 et 2014Note 2 ont été admis par l'intermédiaire du PTET, en baisse comparativement à 41 % des travailleurs étrangers temporaires admis entre 2005 et 2009 (tableau 1). En ce qui a trait aux catégories particulières du PTET, le changement le plus important depuis 2000 a été l’introduction en 2002 du Projet pilote relatif aux professions exigeant un niveau réduit de formation officielle (communément appelé le Projet pilote concernant les travailleurs peu qualifiés) et sa modification en 2007 (Pang 2013). Au sein des cohortes arrivées de 2005 à 2009 et de 2010 à 2014, le Projet pilote concernant les travailleurs peu qualifiés représentait de 9 % à 10 % de tous les nouveaux résidents temporaires admis à des fins d’emploi. Les aides familiaux résidants représentaient environ de 4 % à 9 % du total, tandis que les travailleurs agricoles saisonniers représentaient environ de 2 % à 3 %. La proportion de nouveaux résidents temporaires admis aux fins d’emploi dans la catégorie « Autres » du PTET, qui comprenait principalement des travailleurs hautement qualifiés dans des postes de gestion, des postes professionnels, scientifiques ou en commerce, a diminué pendant les années 2000.

Programme de mobilité internationale

Le principal objectif du Programme de mobilité internationale (PMI) est de faire avancer les vastes intérêts économiques et culturels du Canada. Le PMI est conçu afin d’admettre des travailleurs étrangers qui peuvent fournir d’importants avantages sur le plan économique, social ou culturel au Canada, afin de renforcer sa compétitivité ou lui permettre de respecter ses accords commerciaux bilatéraux ou multilatéraux (CIC 2014). Les travailleurs étrangers temporaires du PMI possèdent habituellement des permis de travail « ouverts » qui leur permettent de travailler pour tout employeur, peu importe l’industrie et le lieu, ou des permis « ouverts restreints » qui limitent la profession ou le lieu, mais pas l’employeurNote 3.

La proportion de tous les nouveaux résidents temporaires admis au Canada à des fins d’emploi qui participent au PMI est passée d’environ 60 % à 73 % depuis le début des années 1990. Par ailleurs, 73 % de tous les nouveaux résidents temporaires admis à des fins d’emploi entre 2010 et 2014 participaient au PMI . La catégorie « Emploi réciproque » constituait la composante la plus importante du PMI , représentant 37 % de tous les nouveaux travailleurs étrangers temporaires arrivés pendant la période de 2010 à 2014, en hausse comparativement à environ 23 % pendant la période de 1995 à 1999. La réciprocité en matière d’emploi comprend principalement les jeunes étrangers en vertu du programme Expérience internationale Canada.

Les autres composantes du PMI représentaient de 7 % à 11 % de tous les nouveaux travailleurs étrangers temporaires au cours de la période de 2010 à 2014. Environ 10 % de ces travailleurs ont été admis en vertu d’un accord international tel que l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) ou d’autres accords de libre-échange (ALE), ainsi qu’en vertu d’accords provinciaux ou territoriaux. Environ 7 % à 8 % des travailleurs ont été admis dans la catégorie « Avantage important », à titre d’époux ou de conjoints de fait ou dans la catégorie « Recherche et études ». La catégorie « Avantage important » comprend les entrepreneurs ou les ressortissants étrangers qui sont travailleurs autonomes et qui souhaitent exploiter une entreprise au Canada, ainsi que les employés transférés qui travaillent dans les succursales canadiennes d’entreprises internationales. La catégorie des époux ou conjoints de fait comprend les permis de travail délivrés à l’époux ou au conjoint de fait d’un travailleur étranger ou d’un étudiant international.

La catégorie « Recherche et études » couvre une vaste gamme de permis de travail, tels que le travail lié aux études postsecondaires, aux boursiers de recherches postdoctorales, aux scientifiques de renom et aux détenteurs de chaire de recherche dans une université canadienne.

3. Caractéristiques des travailleurs étrangers temporaires au Canada

Le nombre de nouveaux travailleurs étrangers temporaires au Canada a augmenté de façon marquée au cours des années 1990 et 2000 (tableau 2). Au cours des cinq années de 1990 à 1994, le Canada a délivré des permis de travail à environ 267 000 ressortissants étrangers qui sont venus au pays pour la première fois. Entre 2000 et 2004, ce nombre s’est élevé à 357 000 et a dépassé 578 000 au cours des cinq années de 2010 à 2014 (tableau 1)Note 4.

En plus d’augmenter en nombre, certaines caractéristiques sociodémographiques des nouveaux travailleurs étrangers temporaires ont aussi changé au cours des années 1990 et 2000. La majorité des travailleurs étrangers temporaires au Canada sont des hommes; cependant, la proportion de travailleuses a augmenté depuis la fin des années 1990, pour atteindre 41 % à la fin des années 2000 (tableau 2). Sur le plan de l’âge, plus de 60 % des nouveaux travailleurs étrangers temporaires étaient âgés de 18 à 34 ans dans les années 1990 et 2000; cependant, la proportion était relativement plus élevée (à près de 72 %) dans la cohorte arrivée de 2010 à 2014. À l’inverse, il y a eu une baisse correspondante de 9 % de la proportion de nouveaux travailleurs étrangers temporaires âgés de 35 à 64 ans.

La composition de la région d’origine des nouveaux travailleurs étrangers temporaires était relativement stable pendant les années 1990, mais elle a changé au cours des années 2000. En comparant la cohorte arrivée de 2000 à 2004 à celle arrivée de 2010 à 2014, on constate que la proportion de nouveaux travailleurs étrangers temporaires de l’Amérique du Nord (principalement des États-Unis) a baissé de près de 15 points de pourcentage, de 31,7 % à 17,2 %, même si le nombre absolu provenant de cette région a augmenté légèrement. En revanche, les proportions de nouveaux travailleurs étrangers temporaires provenant de l’Europe de l’Ouest et du Nord, de l’Europe du Sud et de l’Est, de l’Asie du Sud et de l’Asie du Sud-Est ont toutes augmenté d’environ 3 points de pourcentage.

En ce qui concerne les niveaux de compétence, la proportion de travailleurs temporaires hautement qualifiésNote 5 a diminué, pour passer de 67 % à la fin des années 1990 à 36 % au début des années 2010. Les proportions de travailleurs étrangers temporaires peu spécialisés s’étendaient en général de 15 % à 25 %, sans tendances détectables au fil du temps, tandis que les proportions de travailleurs étrangers temporaires dont les compétences n’étaient pas précisées ont augmenté de façon considérable. La majorité des personnes participant au programme Expérience internationale Canada et de la catégorie des époux ou conjoints de fait détenaient des permis de travail ouverts sans profession particulière; leurs niveaux de compétences professionnels ne sont donc pas précisés. L’élargissement de ces programmes a fait en sorte d’augmenter la proportion de nouveaux travailleurs étrangers temporaires sans niveau de compétence précisé.

La plus grande proportion de nouveaux travailleurs étrangers temporaires se dirigeaient vers l’Ontario, mais cette proportion a diminué, pour passer de 44 % au début des années 1990 à 31 % au début des années 2010. En revanche, la proportion de nouveaux travailleurs étrangers temporaires à destination de la Colombie-Britannique et des provinces des Prairies a augmenté pour passer environ du tiers à environ la moitié. La forte demande en main-d’œuvre dans l’ouest du Canada et l’utilisation du Programme des candidats des provinces dans les années 2000 ont été deux facteurs à l’origine de ces conclusions (Bonikowska, Hou et Picot 2015).

4. Taux de transition vers la résidence permanente

Bien que l’on s’attende à ce que la majorité des travailleurs étrangers temporaires quittent le Canada à la fin de la période d’emploi autorisée, ils ont le droit de présenter une demande de résident permanent pendant cette période ou après avoir quitté le Canada. La transition du statut temporaire au statut permanent prend du temps, et pour cette raison le taux de transition augmentera avec le temps après la première arrivée. Cette progression peut s’exprimer sous forme de taux de transition cumulatif, soit la proportion de travailleurs étrangers temporaires qui sont devenus immigrants reçus après un certain nombre d’années suivant l’obtention de leur premier permis de travail. À titre d’exemple, environ 13 % des travailleurs étrangers temporaires qui ont obtenu leur premier permis de travail entre 2000 et 2004 sont devenus résidents permanents au cours des cinq années suivantes. Lorsque la période d’observation est prolongée à 10 ans suivant la réception du premier permis de travail, le taux cumulatif augmente pour atteindre 16 % (graphique 1).

Comme c’est le cas pour les trois cohortes d’arrivée de cinq ans dans les années 1990 et le début des années 2000, la majorité des transitions se sont produites dans les cinq années suivant la réception du premier permis de travail. Le taux a encore augmenté de 1 point de pourcentage à 2 points de pourcentage après 10 ans, alors que peu d’augmentation a été observée par la suite. Il reste à voir si la cohorte de 2005 à 2009 vivra une trajectoire semblable à mesure que plus d’années de données deviennent disponibles. Aux fins de la présente analyse, l’accent a été mis sur le taux de transition cumulatif à la cinquième année. Ce taux cumulatif sur cinq ans ne peut être calculé pour les nouveaux travailleurs étrangers temporaires qui sont arrivés au cours de la période de 2010 à 2014; ce groupe est donc exclu de cette partie de l’analyse.

Il y a eu une augmentation marquée du taux de transition cumulatif sur cinq ans chez les cohortes qui sont arrivées à partir de la fin des années 1990 jusqu’à la fin des années 2000 (graphique 1). La cohorte de 1995 à 1999 présentait un taux de transition de 9 % à l’an cinq, comparativement à 13 % pour la cohorte de 2000 à 2004, et 21 % pour la cohorte de 2005 à 2009. Cette tendance à la hausse correspondait aux divers changements politiques qui ont facilité la transition vers la résidence permanente, y compris l’introduction du Programme des candidats des provinces et la catégorie de l’expérience canadienne. Le taux de transition relativement élevé chez la cohorte du début des années 1990 coïncidait avec la mise en œuvre du Programme d’élimination de l’arriéréNote 6, unique à cette période (Hou et Bonikowska 2015).

Le tableau 3 présente les taux de transition cumulatifs sur cinq ans selon le type de programme et les caractéristiques démographiques. En plus des taux observés, des taux de transition cumulatifs sur cinq ans « corrigés » sont présentés. Pour dériver les taux corrigés, un modèle de régression des probits a été estimé pour chacune des cohortes d’arrivée de cinq ans. La variable résultante était une variable dichotomique indiquant si un travailleur étranger temporaire était devenu immigrant reçu à la fin de la cinquième année après avoir reçu le permis de travail initial. Les variables explicatives du modèle comprennent la catégorie de permis de travail, le sexe et l’âge à la réception du premier permis de travail, la région de naissance, le niveau de compétence du premier permis de travail et la région géographique de destination. Ainsi, le taux corrigé pour chaque caractéristique est « libre » des effets des autres caractéristiques dans le tableau.

Parmi les catégories principales du PTET, les aides familiaux résidants présentaient le taux de transition le plus élevé observé. Aussi, 83 % des participants au programme qui sont arrivés à la fin des années 1990 et au début des années 2000 sont devenus résidents permanents à la fin de leur cinquième année. Le taux de transition sur cinq ans a chuté pour passer à 56 % à la fin des années 2000, probablement en raison du temps de traitement plus long occasionné par les retards de traitement des demandes (Atanackovic et Bourgeault 2014). Contrairement aux autres programmes, le Programme concernant les aides familiaux résidants permet aux participants de présenter une demande de résidence permanente dès qu’ils ont travaillé comme aides auprès d’enfants, de personnes handicapées ou de personnes âgées dans la résidence de leur client au Canada pendant deux ans.

Parmi les autres catégories du PTET, les arrivants de 2005 à 2009 dans le cadre du Programme pilote des travailleurs peu spécialisés présentaient un taux de transition après cinq ans de 31 %, tandis que le taux de transition était inférieur à 3 % parmi les travailleurs agricoles saisonniers. Le taux de transition pour les personnes de la catégorie « Autres » du PTET, principalement dans les professions hautement spécialisées, était de 23 %.

Parmi les principales catégories du PMI , la catégorie des époux ou conjoints de fait présentait le taux de transition le plus élevé après cinq ans, alors que la moitié des arrivants de la cohorte de 2005 à 2009 étaient devenus résidents permanents. Le taux de transition parmi les autres groupes du PMI de la cohorte de 2005 à 2009 variait de 6 % à 16 %. L’étendue des taux de transition cumulatifs après cinq ans d’un programme à l’autre est relativement moins prononcée lorsque d’autres caractéristiques sont prises en considération. Cela est attribuable au fait que les taux de transition diffèrent selon le sexe, le groupe d’âge ou les niveaux de compétence (plus à ce sujet ci-dessous) et que la composition des participants aux programmes varie systématiquement à ces égards. Cependant, les schémas généraux évidents dans les taux observés (c.-à-d., non corrigés) demeurent.

En plus de la variation d’un programme à l’autre, les taux de transition variaient également selon les caractéristiques sociodémographiques (tableau 3). Pendant les années 2000, le taux de transition cumulatif après cinq ans parmi les travailleurs étrangers temporaires de sexe masculin a doublé, pour passer de 8 % à 16 %. Néanmoins, les taux de transition étaient encore supérieurs parmi les travailleuses étrangères temporaires, qui variaient d’environ 25 % à 29 % au cours de la même période. Cet écart entre les sexes dans les taux de transition disparaît presque totalement lorsque les catégories de programmes et autres caractéristiques sociodémographiques sont prises en considération. Il y avait plus de femmes dans le Programme concernant les aides familiaux résidants et la catégorie des époux ou conjoints de fait, présentant tous deux des taux de transition élevés.

Sur le plan des groupes d’âge, les taux de transition étaient plus élevés parmi les travailleurs étrangers temporaires âgés de 25 à 44 ans. Tous les groupes d’âge ont connu une augmentation de leur taux de transition à partir de la fin des années 1990 jusqu’à la fin des années 2000.

Les travailleurs étrangers temporaires peu spécialisés présentaient un taux de transition cumulatif après cinq ans beaucoup plus élevé que ceux qui occupaient des postes hautement spécialisés ou ceux dont les professions n’étaient pas précisées. Cette différence disparaît presque totalement lorsque les catégories de programmes et autres caractéristiques sont prises en considération. Les travailleurs peu spécialisés étaient concentrés dans le Programme concernant les aides familiaux résidants et le Programme pilote des travailleurs peu spécialisés, qui présentaient tous deux des taux de transition élevés.

Sur le plan de la région de destination, l’importante augmentation de la part des travailleurs étrangers temporaires à destination de l’Alberta, du Manitoba et de la Saskatchewan a été notée ci-dessus. De plus, les personnes dans les provinces des Prairies présentaient également le taux le plus élevé de transition cumulatif après cinq ans, atteignant 31 % à la fin des années 2000. Encore une fois, ce résultat était probablement le reflet d’une forte demande de main-d’œuvre régionale et de l’utilisation accrue du Programme des candidats des provinces. À partir de la fin des années 1990 jusqu’à la fin des années 2000, le taux de transition a augmenté dans toutes les régions géographiques.

La région d’origine des travailleurs étrangers temporaires était aussi associée à une très grande variation du taux de transition. Les travailleurs étrangers temporaires de l’Asie du Sud-Est (principalement des Philippines) sont ressortis tout au long de la période d’étude, reflétant en grande partie la concentration élevée de femmes de cette région qui ont participé au Programme concernant les aides familiaux résidants. Lorsque le type de programme et d’autres facteurs sociodémographiques sont pris en considération, le taux de transition corrigé pour l’Asie du Sud-Est ressemble beaucoup plus aux taux pour les travailleurs étrangers temporaires des autres régions. À compter de la fin des années 1990, les travailleurs étrangers temporaires de l’Afrique présentaient le deuxième taux de transition en importance et le taux de transition corrigé le plus élevé parmi toutes les régions d’origine. Parmi les arrivants à la fin des années 2000, environ 40 % des travailleurs étrangers temporaires de l’Afrique ont obtenu leur résidence permanente avant la fin de la cinquième année après avoir reçu leur premier permis de travailNote 7 comparativement à 6 % parmi les arrivants de l’Amérique du Nord (les États-Unis et le Mexique), à 7 % parmi ceux de l’Océanie (principalement de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande) et à 17 % parmi ceux de l’Asie de l’Est.

La variation des taux de transition parmi les régions d’origine est peut-être liée non seulement aux différences dans les types de programme et de caractéristiques sociodémographiques individuelles, mais également aux attributs du pays d’origine, qui ont des incidences sur le désir et la motivation des personnes à demeurer au Canada en permanence. À titre d’exemple, les travailleurs étrangers temporaires provenant des pays moins développés pourraient être plus susceptibles de préférer la résidence permanente au Canada, compte tenu de l’amélioration attendue de leur qualité de vie comparativement à leur pays d’origine. Ce fait est appuyé par une forte corrélation négative entre les taux de transition cumulatifs après cinq ans et le logarithme du produit intérieur brut (PIB) corrigé selon la parité de pouvoir d’achat par habitant (en dollars américains constants de 2005) des pays d’origine (graphiques 2 et 3). Dans les graphiques 2 et 3, chaque bulle représente un pays d’origine, et la taille de la bulle correspond au nombre de nouveaux détenteurs de permis de travail de ce pays. Le graphique 2 illustre les taux de transition observés par logarithme du PIB du pays d’origine, tandis que le graphique 3 illustre les taux corrigés pour les différences de types de programme et de caractéristiques sociodémographiques des travailleurs étrangers temporaires par pays d’origine.

Dans les deux graphiques, les travailleurs étrangers temporaires des pays ayant les PIB les plus élevés par habitant, tels que les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et le Japon, présentaient des taux de transition beaucoup plus bas que ceux des pays d’origine moins développés tels que les Philippines, l’Inde et la Chine. L’association négative entre les taux de transition et le logarithme du PIB du pays d’origine était plus faible dans le graphique 3 que dans le graphique 2, surtout en raison du contrôle des types de programmes. Cela laisse supposer que la différence dans les types de programmes par pays d’origine était en partie à l’origine de la forte association négative dans le graphique 2, mais pas en totalité. En d’autres termes, les travailleurs étrangers temporaires des pays moins développés étaient proportionnellement plus reçus dans des programmes qui avaient tendance à présenter des taux de transition élevés, tels que le Programme concernant les aides familiaux résidants et le Programme pilote des travailleurs peu spécialisés.

5. Parcours de transition vers la résidence permanente

La transition vers la résidence permanente peut avoir lieu au moment où les travailleurs étrangers temporaires sont employés au Canada en vertu des permis de travail valides ou après qu’ils ont terminé leurs mandats autorisés et ont quitté le pays. La transition peut s’effectuer au moyen de divers programmes d’immigration, tels que le Programme des candidats des provinces (PCP), la catégorie de l’expérience canadienne, le Programme des travailleurs qualifiés (fédéral), etc. Cette section analyse le rôle de ces parcours sur la résidence permanente. Comme il est expliqué ci-dessus, 13 % des nouveaux travailleurs étrangers temporaires de la cohorte d’arrivants de 2000 à 2004 et 21 % de ceux de la cohorte de 2005 à 2009 sont devenus résidents permanents dans les cinq ans suivant l’obtention de leur premier permis de travail. Ces cohortes ont été combinées pour cette portion de l’analyse.

La vaste majorité (plus de 85 %) des travailleurs étrangers temporaires qui sont devenus résidents permanents ont fait la transition alors qu’ils détenaient toujours un permis valide (tableau 4). Parmi les arrivants des années 2000, environ 97 % du groupe des aides familiaux résidants ont fait la transition à partir du Canada; ils pouvaient renouveler leur permis de travail et présenter une demande de résidence permanente après avoir travaillé deux ans au Canada. En revanche, le groupe des travailleurs agricoles saisonniers et le groupe Emploi réciproque étaient beaucoup moins susceptibles de faire la transition à partir du Canada. Pour ces deux groupes, la durée des permis de travail avait tendance à être courte, normalement de huit mois pour les travailleurs agricoles saisonniers et de six mois à deux ans pour la majorité des sous-catégories d’emploi réciproque.

Par ailleurs, 16 % des « autres » participants au PMI qui sont arrivés au cours des années 2000 et ont fait la transition au statut de résident permanent l’ont fait dans les deux ans suivant l’expiration de leur dernier permis de travail et moins de 10 % ont fait la transition plus de deux ans après l’expiration du permis.

Finalement, le tableau 5 montre les catégories d’immigration par lesquelles les travailleurs étrangers temporaires sont devenus résidents permanents. Dans l’ensemble, la majorité des transitions à la résidence permanente l’ont été par le biais de la catégorie économique, y compris le PCP et les autres catégories d’immigration économique. Le PCP a été introduit pour la première fois à la fin des années 1990 et est devenu plus populaire après le début des années 2000. Cette période explique l’importante augmentation de la part des transitions par le biais du PCP, de 0,8 % dans les années 1990 à 23,4 % dans les années 2000, de même que la diminution correspondante de la part des transitions par l'entremise des autres catégories économiques. Parallèlement, la part des transitions par l'intermédiaire de la catégorie du regroupement familial a diminué de 5 points de pourcentage, pour passer de 17 % dans les années 1990 à 12 % dans les années 2000. Moins de 3 % des travailleurs étrangers temporaires sont devenus résidents permanents par l’entremise des autres catégories d’immigrants (principalement dans le cadre des programmes pour les réfugiés et des programmes humanitaires).

Il y a une importante variation dans les catégories d’immigration par lesquelles les travailleurs étrangers temporaires dans les différents programmes ont fait la transition. Parmi les arrivants des années 2000, 80 % des travailleurs de la catégorie du Programme pilote des travailleurs peu spécialisés ont obtenu leur résidence permanente par l'entremise du PCP. En comparaison, 95 % des aides familiaux résidants ont fait la transition par le biais d’une catégorie à laquelle eux seuls avaient accès (faisant partie d’autres catégories d’immigration économiques). Pour le nombre limité de travailleurs agricoles saisonniers qui ont obtenu leur résidence permanente, la transition s’est faite presque entièrement par le biais de la catégorie du regroupement familial et pour des motifs humanitaires. Pour les « autres » personnes du PTET, dont la majorité exerçaient des professions hautement spécialisées, 38 % ont été reçus par l'entremise du PCP et 50 % par l'intermédiaire d’autres catégories d’immigration économiques (principalement celle des travailleurs qualifiés).

Parmi les travailleurs étrangers temporaires du PMI qui sont arrivés pour la première fois entre les années 2000 et 2009, le groupe Emploi réciproque présentait un taux de transition beaucoup plus élevé par le biais de la catégorie du regroupement familial (42 %) que les autres programmes. Environ 80 % ou plus des transitions dans les autres programmes PMI l’ont été par l'entremise du PCP ou d’autres catégories d’immigration économiques.

6. Conclusion

Le nombre de travailleurs étrangers temporaires au Canada a augmenté de façon considérable de 1990 à 2014. Les travailleurs étrangers temporaires sont également devenus une source de plus en plus importante de résidents permanents admis au Canada. À l’aide du fichier des résidents temporaires (RT) et du fichier d’établissement des immigrants, le présent article documente les changements aux niveaux et aux types de nouveaux travailleurs étrangers temporaires qui sont arrivés au Canada dans les années 1990 et les années 2000. Il analyse également les schémas de transition de l’état de travailleurs étrangers temporaires à celui de résidents permanents, ainsi que les catégories d’immigration par lesquelles les travailleurs étrangers temporaires ont reçu leur résidence permanente.

Les nouvelles arrivées de travailleurs étrangers temporaires ont doublé entre le début des années 1990 et la fin des années 2000 et la majorité de ces arrivées a eu lieu à la fin des années 2000. Les travailleurs étrangers temporaires sont arrivés au Canada dans le cadre du Programme de mobilité internationale (PMI) ou du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET). Au cours des années 1990 et 2000, les travailleurs du PMI étaient plus nombreux que ceux du PTET, bien que la proportion du PTET ait augmenté rapidement, passant de 29 % à la fin des années 1990 à 41 % à la fin des années 2000. En ce qui concerne les niveaux de compétence, la proportion de travailleurs temporaires hautement qualifiés a diminué, pour passer de 67 % à la fin des années 1990 à 40 % à la fin des années 2000, même si leur nombre absolu a augmenté. Parallèlement, la proportion de travailleurs étrangers temporaires dont les niveaux de compétence n’étaient pas précisés a augmenté.

De la fin des années 1990 à la fin des années 2000, plus de travailleurs étrangers temporaires ont proportionnellement obtenu leur résidence permanente. Dans les cinq ans après avoir reçu leurs premiers permis de travail, environ 9 % des travailleurs étrangers temporaires qui sont arrivés entre 1995 et 1999 sont devenus résidents permanents. Le niveau a augmenté pour passer à 13 % pour les arrivées de 2000 à 2004 et à 21 % pour les arrivées de 2005 à 2009.

Le taux de transition à la résidence permanente était grandement associé aux types de programmes. Le Programme concernant les aides familiaux résidants et la catégorie des époux ou conjoints de fait au Canada présentaient les taux de transition les plus élevés, tandis que les taux de transition pour le Programme des travailleurs agricoles saisonniers et la catégorie « Emploi réciproque » étaient de loin inférieurs à la moyenne.

Le taux de transition était également touché par le désir des travailleurs étrangers temporaires de demeurer au Canada en permanence et par les caractéristiques de leur pays d’origine. Même si les travailleurs étrangers temporaires hautement qualifiés disposaient de plus de parcours afin de devenir résidents permanents, le taux de transition n’était pas beaucoup plus élevé que celui des travailleurs moins qualifiés lorsque les différences de types de programmes et de caractéristiques sociodémographiques étaient prises en compte. Qui plus est, les travailleurs étrangers temporaires provenant de pays moins développés économiquement avaient tendance à présenter des taux de transition plus élevés que leurs homologues provenant de pays développés.

Lorsque les travailleurs étrangers temporaires sont devenus résidents permanents, la majorité des transitions ont eu lieu à partir du Canada alors que leurs permis de travail étaient encore valides. La majorité des transitions ont été traitées par l'intermédiaire de la catégorie économique. Cependant, les parcours de transition variaient considérablement par type de programme. Par rapport aux autres programmes, les travailleurs du Programme des travailleurs agricoles saisonniers et de la catégorie « Emploi réciproque » étaient plus susceptibles de faire la transition par l'intermédiaire de la catégorie du regroupement familial après avoir quitté le Canada. Ceux du Programme pilote des travailleurs peu spécialisés étaient plus susceptibles d’être traités par l'entremise du Programme des candidats des provinces, tandis que les travailleurs étrangers temporaires hautement qualifiés étaient plus susceptibles d’être traités par l'intermédiaire d’autres catégories économiques.

La variation d’un programme à l’autre des taux de transition corrigés était plus petite que dans les taux observés, même si les schémas généraux demeuraient semblables. D’un côté, ce résultat laisse supposer que les règlements gouvernementaux pour chacun des programmes et les intentions des travailleurs étrangers temporaires dans ces programmes de faire la transition ont joué un rôle majeur dans la détermination des taux de transition par type de programme. De l’autre côté, la faible variation des taux corrigés laisse supposer que les différences dans l’âge d’arrivée, le sexe, la région d’origine, le niveau de compétence du permis et la destination souhaitée étaient à l’origine d’une partie des écarts dans les taux de transition par type de programme. Par exemple, le taux corrigé pour les aides familiaux résidants arrivés entre 2005 et 2009 était inférieur d’environ 13 points de pourcentage au taux observé. Cette différence était surtout attribuable au contrôle de la région d’origine. Les aides familiaux résidants provenaient principalement de l’Asie du Sud-Est, une région d’origine qui était généralement associée à un taux de transition élevé.

Le présent article dresse un vaste portrait uniquement des tendances et des schémas de transition du statut de travailleur étranger temporaire à celui de résident permanent. De plus amples études devraient examiner les schémas de transition des différentes catégories de travailleurs étrangers temporaires et entre les travailleurs étrangers temporaires et les autres types de résidents temporaires tels que les étudiants internationaux. En combinant le fichier des RT aux données administratives sur l’impôt, les recherches futures pourront examiner le rendement économique des travailleurs étrangers temporaires, leur mobilité géographique dans l'ensemble des régions du Canada et leurs effets sur le marché du travail local.

7. Appendix

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