Impact des révisions du SCNC 2012 sur les comptes trimestriels de la productivité du travail

Résumé
Introduction
Changements apportés aux estimations de la production
Changements apportés aux estimations sur la rémunération
Changements apportés aux estimations d'emplois et d'heures travaillées
Changements apportés aux estimations de la productivité et les variables connexes
Comparaison de la productivité du travail entre le Canada et les États-Unis
Conclusion
Appendice I — Bibliographie

Résumé

Le présent document met l'accent sur les révisions apportées aux estimations trimestrielles de la productivité du travail et aux variables associées du secteur des entreprises à la suite de la révision historique du produit intérieur brut des Comptes nationaux des revenus et dépenses (CNRD) diffusée le 1er octobre, 2012.

Introduction

Ce document vise à aider les utilisateurs à comprendre l'impact de la révision historique des CNRD sur les mesures agrégées de la productivité du travail et variables associées du programme trimestriel de la productivité du travail.

Dans ce document, le terme SCNC 12  (Système de comptabilité nationale du Canada 2012) est utilisé pour désigner les mesures révisées de productivité qui sont diffusées le 12 octobre 2012 tandis que le terme SCNC 97 est utilisé pour désigner les mesures antérieures dont la dernière parution date du 7 septembre 2012.

Le cadre d'analyse de la productivité du travail comporte quatre variables fondamentales, soit la production, l'emploi, les heures travaillées et la rémunération. Les variables dérivées sont le produit intérieur brut (PIB) par heure travaillée (productivité du travail), les heures travaillées par emploi, la rémunération horaire et le coût unitaire de main-d'œuvre.

Les révisions du SCNC 12 ont entraîné des modifications à toutes les variables utilisées pour mesurer la productivité et ses variables sous-jacentes. Les sections suivantes résument les principaux changements pour chacune des variables fondamentales. Cela sera suivi par l'impact de ces changements sur les variables dérivées, telles que la productivité du travail. Le document conclut avec une brève présentation de l'impact de ces révisions sur les écarts de croissance entre le Canada et les États-Unis.

De plus, les indices de productivité du travail et des variables connexes sont convertis de l'année de référence 2002 à l'année de référence 2007. Ce changement a une incidence sur les données du premier trimestre de 1981 à aujourd'hui. L'adoption de la nouvelle année de base 2007 ne modifie pas les taux de croissance de la productivité, puisqu'elle représente une mise à l'échelle des indices fondés sur 2002.

Changements apportés aux estimations de la production

Les estimations trimestrielles du PIB réel du secteur des entreprises entrant dans les mesures de productivité sont obtenues par des indices en chaîne de type Fisher du PIB aux prix du marché. Cet indice est obtenu en excluant l'activité économique du secteur des administrations publiques, le nouveau secteur des « institutions à but non-lucratif au service des ménages », de même que le loyer imputé des logements occupés par leur propriétaire.

Les diverses révisions apportées aux estimations du PIB réel par secteur ont eu très peu d'impact sur la croissance à long terme de la production utilisée pour mesurer la productivité du travail et le coût unitaire de main-d'œuvre. Sur l'ensemble de la période de 30 ans, la croissance annuelle moyenne du PIB réel dans les entreprises a été révisée à la baisse de 0,1 point de pourcentage. Cette révision provient, particulièrement, de la période 1981 à 1990 durant laquelle le PIB réel a été révisé à la baisse par 0,3 point de pourcentage.

Tableau 1 Révisions apportées aux mesures du PIB réel pour l'ensemble de l'économie, pour le secteur des entreprises et pour le secteur non-commercialTableau 1 Révisions apportées aux mesures du PIB réel pour l'ensemble de l'économie, pour le secteur des entreprises et pour le secteur non-commercial

La révision du PIB réel du secteur des entreprises des dernières années a changé le profil de la dernière récession. Les nouveaux résultats indiquent une progression du PIB réel de 0,2% en 2008 (révisé à partir d'une baisse de 0,3%), suivie par un recul plus grand de 4,8% en 2009 comparativement à 4,5% auparavant.

Les révisions des données de 2009 comprennent l'étalonnage annuel fait à l'aide des tableaux d'entrées-sorties du Canada. Les révisions des taux annuels de croissance du PIB réel dans le secteur des entreprises ont été minimes en 2010 et en 2011 — le taux a été inchangé pour 2010 et a été révisé à la baisse de 0,1 point de pourcentage pour 2011.

Pour des fins de comparaison, les indices des mesures antérieures ont été convertis de l'année de référence 2002 à la nouvelle année de référence 2007 dans tous les graphiques.

Graphique 1 Répercussions des révisions trimestrielles de l'indice du produit intérieur brut reel du secteur des entreprises (avant et après révision)Graphique 1 Répercussions des révisions trimestrielles de l'indice du produit intérieur brut réel du secteur des entreprises (avant et après révision)

Changements apportés aux estimations sur la rémunération

Les données agrégées de la rémunération du travail utilisées dans les mesures de productivité du Canada proviennent des CNRD. La rémunération du travail joue un rôle clé dans la répartition des heures travaillées par secteur. Bien que le SCNC12 n'ait introduit aucun changement conceptuel dans la rémunération des salariés, cette variable a été affectée par un nombre important de révisions de nature statistique.

Le SCNC 12 a entraîné un déplacement important dans la répartition de la rémunération entre le secteur des entreprises et celui des administrations publiques en faveur de ce dernier.

Dans le SCNC 97, les estimations de la rémunération des salariés du secteur des entreprises étaient développées d'abord en dérivant le revenu du travail pour l'ensemble de l'économie à partir des fichiers des données administratives T4. Une fois que le revenu du travail de l'ensemble de l'économie était compilé, une estimation était dérivée pour le secteur des administrations publiques. Les sources de cette information comprenaient les comptes publics des administrations publiques fédérale, provinciales et locales, la rémunération des salariés des hôpitaux telle que rapportée par l'institut Canadien de l'information sur la santé, la rémunération des salariés des centres de santé dans les résidences telle que rapportée par l'enquête sur les centres d'hébergement ainsi que la rémunération des divers niveaux d'éducation publique. La rémunération des salariés pour le secteur des ménages était ensuite obtenue en reliant la liste des gouvernements autochtones et des organismes à but non lucratif au service des ménages (OSBLSM) aux données des fichiers administratifs T4. Les estimations de la rémunération des salariés dans le secteur des administrations publiques, les OSBLSM ainsi que celle des ménages étaient ensuite soustraites de l'ensemble de l'économie pour dériver, de façon résiduelle, la rémunération des salariés du secteur des entreprises.

Lors de la mise en place du SCNC 12, une approche directe a été utilisée pour développer la rémunération des salariés du secteur des entreprises en utilisant l'information sur l'unité institutionnelle du registre des entreprises de Statistique Canada ainsi que d'autres sources administratives (par exemple, les fichiers des organismes de charité de l'Agence de Revenu Canada pour le secteur des OSBLSM).

Ceci a entraîné une révision substantielle à la hausse de la rémunération des salariés dans le secteur non-commercial et une révision à la baisse dans le secteur des entreprises. Mise à part l'utilisation directe du registre des entreprises pour répartir les entreprises commerciales et non-commerciales, un nombre important de révisions de nature statistique ont été apporté à la rémunération totale des salariés.

Des révisions substantielles aux estimations des gouvernements autochtones, aux institutions religieuses et à la rémunération des salariés aux services des ménages privés ont modifié le niveau de la rémunération de l'ensemble de l'économie. Le SCNC 12 a aussi ajusté à la baisse la rémunération des salariés afin d'exclure la rémunération payée aux non-résidents travaillant dans les ambassades et consulats situés à l'intérieur des frontières géographiques du Canada.

Graphique 2 Estimations trimestrielles de la rémunération totale – Avant et après les révisionsGraphique 2 Estimations trimestrielles de la rémunération totale – Avant et après les révisions

En 2007, le cumul de ces révisions a eu pour effet d'augmenter la rémunération du secteur non-commercial par près de 6 milliards de dollars et de réduire celle des entreprises d'environ 8 milliards. En termes de croissance, ces changements n'ont presque pas eu d'impact sur la période de révision de trente ans.

Changements apportés aux estimations d'emplois et d'heures travaillées

Dans le programme de productivité, le nombre d'heures travaillées est obtenu en multipliant le nombre d'emplois par les heures moyennes travaillées estimées à partir des données de l'Enquête sur la population active (EPA).

Le nombre d'emplois pour les entreprises est obtenu d'une façon résiduelle en soustrayant tous les emplois du secteur non-commercial du nombre total d'emplois pour l'ensemble de l'économie. Le repère utilisé pour l'emploi dans les Comptes de productivité est fondé principalement sur les données de l'EPA. Comme cette enquête ne couvre pas entièrement l'ensemble de l'économie canadienne, elle est complétée par d'autres sources de données telles que les militaires, les travailleurs des réserves des Premières Nations, le personnel militaire et civil en poste à l'étranger ainsi que les travailleurs du Nord du pays. Les données de l'EPA font aussi l'objet d'ajustements conceptuels pour transformer leur concept de personnes occupées en nombre d'emplois et pour exclure les personnes absentes du travail qui étaient non rémunérées. (Voir Girard, Maynard et Tanguay, 2006)

Graphique 3Graphique 3 Impact des révisions du volume d'heures travaillées dans le secteur des entreprises par trimestre

Un changement conceptuel a été apporté à la méthode d'estimation des données tirées de l'EPA. Le nombre d'emplois exclut maintenant les canadiens qui travaillent pour des entités non-résidentes, par exemple, les canadiens travaillant au pays pour des entités étrangères comme les consulats et ambassades ou bien les personnes qui résident au Canada, mais qui occupent un emploi à l'étranger. Les données révisées incorporent des révisions à la hausse du nombre d'emplois dans les réserves des Premières Nations. Les données des derniers recensements et de nombreuses enquêtes sur les autochtones effectuées au cours de la dernière décennie ont amélioré la qualité de cette estimation. Les données d'emplois dans les services aux ménages privés et pour les institutions religieuses ont aussi été revues afin de refléter les révisions apportées à la rémunération des salariés.

L'appareil gouvernemental des Premières Nations qui faisait auparavant partie du secteur des entreprises est désormais ajouté au secteur des gouvernements.

Le niveau des heures travaillées est demeuré à peu près inchangé au niveau de l'ensemble de l'économie, tandis que la répartition par secteur a été révisée à la hausse en faveur du secteur non-commercial au détriment du secteur des entreprises. Si on utilise l'année de référence 2007, le niveau des heures n'a augmenté que de 41 millions pour l'ensemble de l'économie, mais le niveau des heures a reculé de 253 millions dans le secteur des entreprises à l'avantage du secteur non-commercial où elles ont été révisées à la hausse de 294 millions. Ces modifications du niveau du volume de travail n'ont toutefois altéré en rien la croissance à long terme au niveau de l'ensemble de l'économie et du secteur des entreprises. Pour l'ensemble de la période de 1981 à 2011, la croissance annuelle moyenne des heures travaillées de l'ensemble et des entreprises canadiennes a continué d'affiché le même rythme de croissance qu'auparavant. Seul le secteur non-commercial a connu de légères révisions de l'ordre de plus ou moins 0,1 point de pourcentage entre les trois dernières décennies.

Changements apportés aux estimations de la productivité et les variables connexes

L'ensemble des révisions apportées au PIB et aux heures travaillées ont eu pour effet de réduire en moyenne par 0,1 point de pourcentage le taux de croissance annuel de la productivité du travail des entreprises au cours des trois décennies allant de 1981 à 2011. La révision à la hausse la plus importante de la croissance de la productivité du travail a eu lieu en 1993 (+0,7) alors que la révision à la baisse la plus importante est survenue en 1997 (-0,8).

Graphique 4 Révisions des indices trimestriels des heures travaillées du secteur des entreprises (avant et après la révision)Graphique 4 Révisions des indices trimestriels des heures travaillées du secteur des entreprises (avant et après la révision)

Le tableau 2 présente l'effet des révisions des estimations de la productivité du travail, du PIB réel, des heures travaillées, des heures moyennes, de la rémunération horaire et du coût unitaire de la main-d'œuvre. La première partie du tableau présente les taux de croissance des estimations publiées précédemment (SCNC 97). La deuxième partie présente les nouvelles estimations (SCNC 12) et la dernière section montre les différences entre les estimations révisées et les estimations précédentes. Il présente l'impact des révisions sur la performance du Canada en matière de productivité du travail sur différentes sous-périodes comprises dans la période de révision historique du SCNC (1981 à 2011). La période récente (2000 à 2011) inclut les années écoulées depuis le dernier sommet de la croissance de la productivité observé en 2000.

Les deux premières décennies (1981 à 2000) couvrent essentiellement deux cycles économiques.

Tableau 2 Croissance annuelle moyenne de la productivité du travail et variables associées dans le secteur des entreprises avant et après révisionTableau 2 Croissance annuelle moyenne de la productivité du travail et variables associées dans le secteur des entreprises avant et après révision

De façon générale, la croissance de la productivité du travail a fait l'objet d'une révision à la baisse qui s'est limitée essentiellement à la première décennie. Entre 1981 à 1990, la croissance annuelle moyenne de la productivité du travail est révisée à la baisse par 0,3 point de pourcentage : passant de 1,3% à 1,0%. Cependant, les révisions de croissance de productivité au cours des deux décennies suivantes (1990 à 2000 et 2000 à 2011) n'ont eu aucun effet sur les chiffres publiés précédemment.

Comparaison de la productivité du travail entre le Canada et les États-Unis

Les données révisées montrent une hausse de 0,1 point de pourcentage de l'écart de croissance de productivité entre le Canada et les États-Unis. Sur une base annuelle moyenne, la croissance de la productivité du travail dans les entreprises américaines est maintenant de 0,8 point de pourcentage supérieure à celle des entreprises canadiennes. Avec la version du SCNC 97, cet écart était de 0,7 point de pourcentage. Sur l'ensemble de la période, ce léger accroissement de l'écart Canada-États-Unis reflète la révision à la baisse du PIB du secteur des entreprises au Canada.

Tableau 3 Croissance annuelle moyenne de la productivité du travail dans le secteur des entreprises avant et après révision, Canada et États-UnisTableau 3 Croissance annuelle moyenne de la productivité du travail dans le secteur des entreprises avant et après révision, Canada et États-Unis

Lorsqu'on examine chacune des trois dernières décennies séparément, on constate que les révisions ont eu pour effet d'accroître l'écart de croissance de productivité, essentiellement au cours de la première décennie (1981-1990). L'écart de croissance de productivité entre les deux pays est passé de 0,4 à 0,7 point de pourcentage entre 1981 et 1990. Il est resté pratiquement le même durant les deux dernières décennies.

Conclusion

Les révisions des CNRD de 1981 à 2011 ont eu peu d impact sur les données trimestrielles de la productivité du travail et variables associées dans le secteur des entreprises.

Les révisions ont eu pour effet de réduire légèrement la croissance de la productivité durant la première décennie (1981 à 1990) ; elle a été inchangée durant les deux dernières décennies (1990 à 2011). Pour un examen plus approfondi de la signification de l'écart et de ses causes, voir Statistique Canada (2007) et Baldwin et Gu (2009). En comparaison avec les États-Unis, cela a eu pour effet d'augmenter de 0,1 point de pourcentage par an l'écart de croissance de productivité du travail sur l'ensemble de la période de 1981 à 2011.

Les révisions historiques n'ont pas été appliquées aux estimations de la productivité par industrie du secteur des entreprises diffusées aujourd'hui. Les révisions au niveau industriel seront plutôt appliquées en février 2013 lorsque les estimations révisées historiquement du PIB par industrie seront publiées.

Appendice I — Bibliographie

Baldwin, John R., et Wulong Gu. 2009. La productivité du Canada de 1961 à 2008 : mise à jour des tendances à long terme. La revue canadienne de productivité. No 15-206-XIF2009025 au catalogue. Ottawa : Statistique Canada.

Girard, Andrée, Jean-Pierre Maynard et Marc Tanguay. 2006. « Produire des heures travaillées pour le SCN afin de mesurer la productivité : l'expérience canadienne». La revue canadienne de productivité. No 15-206-XIF2009025 au catalogue. Ottawa : Statistique Canada.

Statistique Canada. 2007. Croissance de la productivité à long terme au Canada et aux États-Unis, 1961 à 2006. La revue canadienne de productivité. No 15-206-XIF2007013 au catalogue. Ottawa : Statistique Canada.

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