Ratio du service de la dette des ménages – Intérêt et principal

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Introduction

La dette des ménages canadiens et le montant de cette dette par rapport au revenu disponible augmentent graduellement depuis le début des années 1990 et atteignent aujourd’hui des niveaux records. Ce phénomène est généralement influencé par les taux d’intérêt faibles et en baisse et par l’accès accru des ménages au crédit. Comme nous avons pu le voir dans certains pays lors de la dernière crise financière et récession mondiale, les niveaux d’endettement élevés des ménages, conjugués à une sensibilité accrue aux fluctuations des prix des actifs, peuvent avoir d’importantes incidences sur la santé globale de l’économie. En conséquence, la surveillance du fardeau de la dette des ménages canadiens a beaucoup augmenté au fil du temps.

Un des indicateurs de la capacité des ménages à rembourser leurs dettes est le ratio du service de la dette (RSD). Ce ratio mesure la proportion du revenu disponible dont le ménage a besoin pour régler ses dettes. Il donne une idée de la capacité des ménages à honorer leurs dettes actuelles et futures étant donné leur revenu disponible. De plus, les niveaux du ratio du service de la dette ont des incidences directes sur les décisions d’épargne et de consommation des ménages qui, à leur tour, aident à déterminer la trajectoire de croissance future de l’économie. Une analyse des tendances à plus long terme du ratio du service de la dette peut aider à expliquer l’augmentation observée du niveau d’endettement des ménages canadiens.

Statistique Canada diffuse actuellement un RSD qui inclut seulement l’intérêt payé. Ce ratio ne trace toutefois pas un tableau complet des dettes des ménages canadiens, qui inclurait le principal ainsi que l’intérêt payé. Statistique Canada a donc élargi les estimations existantes du RSD de façon à y inclure les paiements de principal. Ces données portent sur la période débutant en 1990 et sont publiées tous les trois mois. L’inclusion de l’intérêt et du principal facilitera les comparaisons avec le ratio du service de la dette des ménages américains, qui comprend ces deux composantesNote 1.

Définitions du RSD des ménages

Le RSD des ménages mesure la proportion du revenu disponible des ménages qui est consacrée aux paiements d’intérêts et de principal devant être effectués relativement au total des passifs de ce secteur. Dans le Système canadien des comptes macroéconomiques, le secteur des ménages se compose de deux ensembles d’agents : les ménages et les entreprises non constituées (y compris les entreprises agricoles non constituées). Dans le bilan national, le total des passifs du secteur des ménages est réparti entre les catégories suivantes : crédit à la consommation, prêts non hypothécaires, hypothèques et effets commerciaux à payer. Aux fins du RSD, le crédit à la consommation, les prêts non hypothécaires et les effets commerciaux à payer sont collectivement désignés sous le nom de prêts non hypothécaires.

Le RSD est la somme des paiements liés aux prêts hypothécaires et non hypothécaires en cours, divisée par le revenu disponible total du ménage :

RSD= k=1 n ML k + k=1 n NML k k=1 n DI k MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aqatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiFu0Je9IqqrpepC0xbbL8F4rqqr=hbbG8pue9Fbe9q8 qqvqFr0dXdbrVc=b0P0xb9peuD0xXddrpe0=1qpeea0=yrVue9Fve9 Fve8meaabaqaciGacaGaaeqabaWaaeaaeaaakeaaqaaaaaaaaaWdbi aabkfacaqGtbGaaeiraiabg2da9maalaaapaqaa8qadaqfWaqabSWd aeaapeGaam4Aaiabg2da9iaaigdaa8aabaWdbiaad6gaa0Wdaeaape GaeyyeIuoaaOGaaeytaiaabYeapaWaaSbaaSqaa8qacaWGRbaapaqa baGcpeGaey4kaSYaaubmaeqal8aabaWdbiaadUgacqGH9aqpcaaIXa aapaqaa8qacaWGUbaan8aabaWdbiabggHiLdaakiaab6eacaqGnbGa aeita8aadaWgaaWcbaWdbiaadUgaa8aabeaaaOqaa8qadaqfWaqabS WdaeaapeGaam4Aaiabg2da9iaaigdaa8aabaWdbiaad6gaa0Wdaeaa peGaeyyeIuoaaOGaaeiraiaabMeapaWaaSbaaSqaa8qacaWGRbaapa qabaaaaaaa@5736@

où DI correspond au revenu disponible, ML aux paiements des prêts hypothécaires, NML aux paiements des prêts non hypothécaires et k au détenteur de la dette. Afin de mieux refléter les fonds dont disposent les ménages pour payer les frais de service de la dette, nous avons ajouté à nouveau les paiements d’intérêts à la mesure actuellement publiée du revenu disponible des ménages. Ce traitement est nécessaire, car les paiements d’intérêts (à l’exclusion du coût des services d’intermédiation financière indirectement mesurés) sont déduits de la mesure publiée du revenu disponible des ménages, qui est conforme aux normes comptables nationales en vigueur.

Tendances des remboursements de dettes et du ratio du service de la dette – Aperçu

Reflétant la vigueur du marché canadien du logement et la croissance corrélative du crédit hypothécaire, les paiements sur les dettes hypothécaires des ménages ont connu une tendance à la hausse au cours des 15 dernières années (graphique 1). L’accélération enregistrée autour de l’an 2000 coïncide avec une période de croissance continue des titres hypothécaires émis en vertu de la Loi nationale sur l’habitation (TH LNH), qui sont garantis par l’État (graphique 2). Étant donné les taux d’intérêt historiquement faibles des dernières années, le montant des intérêts payés est resté stable tandis que le montant du principal des prêts hypothécaires a augmenté.

Graphique 1 Prêts hypothécaires - total des paiements

Description du graphique 1


Graphique 2 TH LNH en cours

Description du graphique 2

Dans l’ensemble, comme les paiements hypothécaires, les paiements non hypothécaires obligatoires ont tendance à augmenter avec le temps (graphique 3). Les taux d’intérêt historiquement faibles ont également contribué à la stabilité des intérêts non hypothécaires payés ainsi qu’à l’augmentation du principal. Au cours de la dernière décennie, le montant absolu des paiements non hypothécaires a été supérieur à celui des paiements hypothécaires. Cette différence pourrait s’expliquer par l’émergence des marges de crédit hypothécaires, qui ont de plus en plus tendance à remplacer les hypothèques traditionnelles.

Graphique 3

Description du graphique 3

En général, le ratio du service de la dette (total des paiements) a augmenté au cours de la dernière décennie et demeure élevé (graphique 4). Les hausses du revenu disponible des ménages ont été neutralisées par l’accumulation continue de la dette des ménages canadiens, qui se traduit par une augmentation du total des paiements. Par contraste, le ratio du service de la dette (intérêts seulement) a plongé à des creux historiques en raison des taux d’intérêt tout aussi faibles. Ainsi, pour mieux comprendre la dynamique de la dette des ménages, il est important d’examiner les deux ratios du service de la dette. Il ne faut toutefois pas oublier que les données sont agrégées et que les agrégations de haut niveau masquent parfois des tendances et des détails importants au niveau microéconomique. Par ailleurs, la nature macroéconomique du ratio du service de la dette ne permet pas de répartir le service de la dette des ménages dans la population canadienne. Une combinaison d’indicateurs, y compris les actifs des ménages, est donc essentielle pour bien comprendre la dette du secteur des ménages canadiens.

Graphique 4

Description du graphique 4

Méthodologie et sources de données

La mesure canadienne du RSD se fonde sur l’offre, c’est‑à-dire que les estimations sont produites à partir des données de tous les créanciers du secteur des ménages dans l’économie (les fournisseurs de crédit). L’approche fondée sur l’offre a l’avantage de compléter les données d’enquête sur les créanciers par des données administratives plus robustes. Elle fait contraste avec l’approche basée sur la demande, qui repose uniquement sur les données des enquêtes sur les ménages (c.-à-d. la demande de crédit), qui ne sont pas alignées sur les concepts et méthodes du Système des comptes nationaux (SNA) et ne sont pas disponibles en temps opportun. Il importe de noter que le RSD n’inclut pas les remboursements anticipés, mais plutôt les remboursements obligatoires de la dette des ménages (p. ex. les paiements minimaux exigibles sur les cartes de crédit). Ainsi, sur une période donnée, le total des paiements des ménages n’est pas égal au total des fonds remboursés aux créanciers par les débiteurs. Ce concept a été adopté afin de tracer un portrait plus fidèle de ce que les ménages canadiens doivent à leurs créanciers à un moment donné et de s’aligner sur la mesure américaine du RSD des ménages.

Le RSD pour le total des paiements peut s’exprimer comme suit :

p t = r t d t 1 (1+ r t ) m t MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiFu0Je9IqqrpepC0xbbL8F4rqqr=hbbG8pue9Fbe9q8 qqvqFr0dXdbrVc=b0P0xb9peuD0xXddrpe0=1qpeea0=yrVue9Fve9 Fve8meaabaqaciGacaGaaeqabaWaaeaaeaaakeaacaWGWbWaaSbaaS qaaiaadshaaeqaaOGaeyypa0ZaaSaaaeaacaWGYbWaaSbaaSqaaiaa dshaaeqaaOGaamizamaaBaaaleaacaWG0baabeaaaOqaaiaaigdacq GHsislcaGGOaGaaGymaiabgUcaRiaadkhadaWgaaWcbaGaamiDaaqa baGccaGGPaWaaWbaaSqabeaacqGHsislcaWGTbWaaSbaaWqaaiaads haaeqaaaaaaaaaaa@480A@

qui peut aussi prendre la forme,

p t = r t d t + p t (1+ r t ) m t MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiFu0Je9IqqrpepC0xbbL8F4rqqr=hbbG8pue9Fbe9q8 qqvqFr0dXdbrVc=b0P0xb9peuD0xXddrpe0=1qpeea0=yrVue9Fve9 Fve8meaabaqaciGacaGaaeqabaWaaeaaeaaakeaacaWGWbWaaSbaaS qaaiaadshaaeqaaOGaeyypa0JaamOCamaaBaaaleaacaWG0baabeaa kiaadsgadaWgaaWcbaGaamiDaaqabaGccqGHRaWkcaWGWbWaaSbaaS qaaiaadshaaeqaaOGaaiikaiaaigdacqGHRaWkcaWGYbWaaSbaaSqa aiaadshaaeqaaOGaaiykamaaCaaaleqabaGaeyOeI0IaamyBamaaBa aameaacaWG0baabeaaaaaaaa@4958@

pt est le paiement total au moment t, rt est le taux d’intérêt au moment t, dt est le stock de dette au moment t, et mt est l’échéance résiduelle au moment t (période d’amortissement de la dette). Comme on peut le voir ci-dessus, cette formule peut aussi s’exprimer de la façon suivante : le total des paiements au moment t, est égal à la somme des paiements des intérêts et du principal au moment t. Cela nous permet de diviser le total des paiements de dette entre le principal et les intérêts.

Pour estimer les paiements relatifs aux différentes dettes du secteur des ménages, on ventile les passifs en segments ou types familiers de prêts (p. ex. marges de crédit, cartes de crédit, hypothèques, etc.). Pour tous les prêts remboursables par versements, par exemple les prêts automobiles, la formule de paiement précédente est appliquéeNote 2. Pour les facilités de crédit renouvelables, comme les cartes de crédit, on estime le paiement requis ou le montant minimum du paiement. On procède ainsi, car l’objet du RSD est de déterminer les obligations des débiteurs. Il est à noter que les prêts sur salaire ne sont pas traités de la même façon, car ils ne génèrent pas des intérêts explicites mais plutôt des commissions et d’autres frais de crédit. Par exemple, au lieu d’annoncer un taux donné, le fournisseur de prêt sur salaire demande habituellement des frais pour chaque tranche de 100 $ prêtée. En outre, les prêts sont de courte durée, et le solde des prêts sur salaire est simplement traité comme un principal à payer intégralement.
Les données utilisées pour estimer le RSD proviennent d’un large éventail de sources. Les données sur le secteur bancaire sont tirées des résultats des enquêtes de Statistique Canada et obtenues auprès du Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) et de la Banque du Canada. Pour les autres intermédiaires financiers (caisses populaires, sociétés de fiducie, sociétés de financement de ventes à crédit, etc.), les données sources sont tirées du Relevé trimestriel des états financiers effectué par la Division de l’organisation et des finances de l’industrie (DOFI) de Statistique Canada. Les données sources pour les entreprises publiques et les administrations publiques générales proviennent respectivement des états financiers publics et des Comptes publics du Canada. Les autres fournisseurs de données sources comprennent Computershare Canada, la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) et l'Agence du revenu du Canada (ARC). On utilise également les états financiers des sociétés publiques et diverses publications de l'industrie pour développer davantage les estimations.

Contrairement au RSD américain actuel, le RSD canadien inclut les entreprises non constituées parce que celles-ci font partie du secteur des ménages dans le Système canadien des comptes macroéconomiques, comme le recommande le manuel du SCN de 2008.

Toutes les données ont été désaisonnalisées selon la méthode X‑12 ARIMANote 3.

Conclusion

La nouvelle méthodologie associée à cette mesure plus générale du RSD donne une meilleure idée du niveau et de la décomposition de la dette et du service de la dette des ménages, étant donné les liens avec les tendances macroéconomiques. En outre, la nouvelle mesure facilite les comparaisons internationales du RSD des ménages (en particulier avec la mesure actuellement en vigueur aux États-Unis). Dans l'ensemble, les nouvelles estimations du ratio du service de la dette des ménages englobant les paiements obligatoires du principal et des intérêts aidera à mieux comprendre les tendances et la dynamique de la dette croissante des ménages au Canada.

Notes

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