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À propos de la pauvreté et du faible revenu

par Ivan P. Fellegi, statisticien en chef du Canada

Septembre 1997

Tout récemment, les médias ont traité de façon exhaustive des seuils de faible revenu de Statistique Canada et de leur lien avec la mesure de la pauvreté. Le débat gravite autour de l’utilisation des seuils de faible revenu comme seuils de pauvreté, même si Statistique Canada affirme clairement depuis leur diffusion, il y a plus de 25 ans, qu’ils n’en sont pas. Étant donné la grande attention dont cette question fait l’objet depuis quelque temps, Statistique Canada a saisi l’occasion de réitérer sa position sur le sujet.

Bien des gens et des organisations, tant au Canada qu’à l’étranger, veulent tout naturellement savoir combien de personnes et de familles vivent dans la « pauvreté » et comment leur nombre évolue. Devant ce besoin, différents groupes ont, à différents moments, élaboré des mesures diverses censées diviser la population en deux groupes : les gens pauvres et ceux qui ne le sont pas.

Malgré ces efforts, aucune définition de la pauvreté n’a encore été acceptée à l’échelle internationale, contrairement à d’autres mesures comme celle de l’emploi, du chômage, du produit intérieur brut, des prix à la consommation et du commerce international notamment. Cela n’est pas surprenant étant donné l’absence d’un consensus à l’échelle internationale sur ce qu’est la pauvreté et comment on devrait la mesurer. Un tel consensus a précédé l’établissement de toutes les autres normes internationales.

L’absence d’une définition acceptée à l’échelle internationale indique en outre qu’on ne sait trop si une définition internationale normalisée devrait permettre de faire des comparaisons du bien-être entre les pays à la lumière d’une telle norme ou s’il y aurait lieu de fixer des seuils de pauvreté selon les normes en vigueur dans chaque pays.

Parmi les seuils de pauvreté proposés, il y a eu notamment des mesures relatives (vous êtes pauvre si vos moyens sont modestes comparativement à ceux d’autres personnes au sein de votre population) et des mesures absolues (vous êtes pauvre si vous n’avez pas les moyens d’acheter un panier particulier de biens et services jugés essentiels). Les deux approches font appel à des choix subjectifs et aboutissent forcément à des choix arbitraires.

Dans le cas du revenu relatif, la décision fondamentale à prendre consiste à déterminer quelle fraction du revenu global moyen ou médian constitue une situation de pauvreté. La moitié? Le tiers? Une autre proportion? Dans le cas du revenu absolu, on doit poser un nombre beaucoup plus grand de jugements individuels pour établir un seuil de pauvreté. Avant de calculer le revenu nécessaire à l’achat des « nécessités » de la vie, il faut d’abord décider de ce qui est une « nécessité » en matière de nourriture, d’habillement et de logement et d’une multitude d’autres achats allant des déplacements au matériel de lecture.

La difficulté sous-jacente tient au fait que la notion de pauvreté est intrinsèquement liée à l’atteinte d’un consensus social à un moment particulier dans un pays donné. Une personne qui s’en tire passablement bien selon les normes d’un pays en développement pourrait très bien être considérée comme désespérément pauvre au Canada. Et même à l’intérieur d’un pays, la perspective change avec le temps. Ainsi, un niveau de vie jugé acceptable au siècle dernier pourrait très bien sembler inacceptable aujourd’hui.

C’est le processus politique qui permet aux sociétés démocratiques d’obtenir des consensus sociaux sur des questions de nature intrinsèquement subjective. Or, ce processus ne relève certainement pas du bureau national de la statistique du Canada qui est fier de son objectivité et dont la crédibilité repose sur la mise en pratique de cette objectivité.

Au Canada, le Groupe de travail fédéral, provincial, territorial sur la recherche et l’information dans le domaine du développement social a été mis sur pied pour instaurer une façon de définir et de mesurer la pauvreté. Créé par Développement des ressources humaines Canada et les ministres des services sociaux de diverses instances, ce groupe a proposé une mesure préliminaire de la pauvreté fondée sur un panier de consommation — un panier dont les biens et services sont marqués d’un prix. Le seuil de pauvreté se fonderait sur le revenu nécessaire pour acheter les articles contenus dans ce panier.

Lorsque les gouvernements auront formulé une définition, Statistique Canada s’emploiera à estimer le nombre de personnes dites pauvres selon cette définition. Cette tâche serait certainement respectueuse de son mandat et de son souci d’objectivité. Entre-temps, Statistique Canada ne mesure pas et ne peut pas mesurer le seuil de « pauvreté » au Canada.

Depuis bon nombre d’années, Statistique Canada publie une série de mesures appelées « seuils de faible revenu ». Nous rappelons régulièrement et sans cesse la grande différence qu’il y a entre ces seuils et les mesures de la pauvreté. Les seuils de faible revenu s’obtiennent à l’aide d’une méthodologie logique et bien définie qui permet de déterminer qui s’en tire beaucoup moins bien que la moyenne. Bien entendu, s’en tirer beaucoup moins bien que la moyenne ne signifie pas nécessairement qu’on soit pauvre.

Néanmoins, en l’absence d’une définition convenue de la pauvreté, ces statistiques ont été utilisées par de nombreux analystes pour étudier les caractéristiques des familles qui, toutes proportions gardées, sont les plus démunies au Canada. Ces mesures nous ont permis de signaler d’importantes tendances telles que la composition changeante de ce groupe au fil des ans. Par exemple, les personnes âgées étaient de loin le groupe le plus fortement représenté dans la catégorie des personnes à « faible revenu » il y a 20 ou 30 ans, alors que, plus récemment, les familles monoparentales ayant à leur tête une femme ont vu leur proportion s’accroître de façon importante.

Ces faits et d’autres renseignements ont été considérés comme utiles par bien des gens du gouvernement et de l’extérieur de la fonction publique. Par conséquent, à l’issue d’une vaste consultation publique tenue par Statistique Canada il y a 10 ans, c’est presque à l’unanimité qu’on nous a demandé de continuer à publier nos analyses du faible revenu. De plus, en l’absence d’une méthodologie de rechange généralement acceptée, la majorité des personnes consultées ont insisté pour que nous continuions à utiliser nos définitions actuelles.

Faute d’un consensus social, sanctionné par l’appareil politique, sur les personnes qu’il y aurait lieu d’appeler « pauvres », certains groupes et individus utilisent les seuils de faible revenu de Statistique Canada comme une définition de facto de la pauvreté. Nous n’avons rien à redire tant et aussi longtemps que cela représente leur propre opinion de la façon dont la pauvreté devrait être définie au Canada : tout le monde a droit à ses idées. Mais cela ne représente certainement pas le point de vue de Statistique Canada sur la façon dont il conviendrait de définir la pauvreté.



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Date de modification : 2005-05-12 Avis importants