Travail du sol classique : à quel point est-il classique?

Nancy Hofmann, Division des comptes et de la statistique de l'environnement

Le travail du sol consiste à préparer le sol à la plantation ou à l'ensemencement par le labour, le crochetage et autres travaux de retournement. Il permet d'ameublir et d'aérer le sol, ce qui permet aux racines de pénétrer plus profondément. Il permet aussi de lutter contre la mauvaise herbe et d'incorporer au sol des matières organiques, des engrais et du fumier. Cependant, le travail du sol  peut assécher le sol et faciliter l'érosion par le vent et l'eau, en plus de nécessiter de grandes quantités de carburant.

Ces dernières années, les pratiques agricoles ont changé en raison du besoin de réduire la déshumidification, l'érosion et les coûts. Ce qui était auparavant travail classique se fait maintenant moins fréquent, particulièrement dans les Prairies.

Ce que vous devriez savoir au sujet de la présente étude

Cette étude utilise les données relatives au travail du sol venant du Recensement de l'agriculture. Depuis 1991, on recueille de l'information sur trois types de travail du sol dans ce recensement. La culture sans labour et le travail de conservation du sol sont des concepts relativement nouveaux sur lesquels les données ne sont disponibles que depuis 1991. Celles-ci sont présentées par province et par sous-sous-bassin de drainage.

Définitions

Le travail du sol classique, le travail de conservation du sol et la culture sans labour (ou le semis direct) sont définis par la quantité de résidus culturaux laissés au sol. Ces résidus sont les matières végétales, souvent appelées chaumes ou pailles, qui sont laissées sur place après la récolte. Il peut s'agir d'éteules, de feuilles, de tiges, de paille, etc. Certaines cultures, comme celle du maïs, produisent typiquement plus de résidus.

Le travail du sol classique consiste à incorporer par enfouissement la plupart de ces résidus au sol. Cette opération se fait généralement en plusieurs passages. Généralement, on passe d'abord la charrue à socs, puis d'autres instruments aratoires. Comme on se trouve à enfouir le gros des chaumes, la surface devient relativement nue, sans protection.

Le travail de conservation du sol retient la plupart des résidus culturaux à la surface sans que le sol soit travaillé outre mesure. Dans ce cas, paille, éteules, feuilles et autres résidus sont visibles à la surface.

La culture sans labour ou le semis directconsiste à ensemencer directement dans le sol et les résidus culturaux. Il n'y a pas de travail mécanique du sol et on réduit la perturbation causée à un strict minimum. Alors que le travail du sol classique implique plusieurs passages, la culture sans labour comporte un passage unique pour l'ensemencement.

Quelle méthode est la meilleure? Avantages et inconvénients
Le travail du sol classique se fait moins classique
La culture sans labour gagne en popularité
Modeste progression du travail de conservation du sol à l'échelle nationale
Peu de régions utilisent seulement le travail du sol classique
Résumé

Quelle méthode est la meilleure? Avantages et inconvénients

Pour ensemencer, les agriculteurs canadiens utilisent les pratiques du travail du sol classique, du travail de conservation du sol et de la culture sans labour (voir les définitions de l'encadré). Chacune présente ses avantages et ses inconvénients, mais la méthode à privilégier dépend de conditions bien précises comme le climat, la nature du sol et les types de cultures1.

Avec le travail du sol classique, on a comme avantage que les machines à employer sont largement disponibles et que les techniques sont bien connues des agriculteurs. Les méthodes plus récentes nécessitent peut-être l'achat de machines ou d'accessoires nouveaux et, dans bien des cas, l'agriculteur doit apprendre à les faire fonctionner.

Le travail du sol classique peut rendre le sol plus poreux et plus meuble, ce qui favorise l'échange d'air et la croissance des racines. C'est aussi une bonne façon d'incorporer du fumier et de retourner la prairie2. De plus, le sol ainsi travaillé se réchauffe plus rapidement au printemps.

Cependant, le peu de résidus laissés en surface par le travail du sol classique et, dans une moindre mesure, le travail de conservation du sol rend le sol plus vulnérable à l'érosion éolienne et hydrique. Les résidus protègent la surface et freinent le ruissellement (tout en accroissant l'infiltration d'eau). Les matières organiques des résidus aident aussi à retenir l'humidité, à réduire l'évaporation et à prévenir l'assèchement du sol. Là où l'humidité constitue un facteur restrictif, le travail réduit du sol peut devenir très avantageux parce qu'il limite la déshumidification et améliore donc la production3.

Plus on travaille le sol, plus on perd de matières organiques. Celles-ci jouent un grand rôle dans l'activité biologique bienfaisante comme celle des bactéries, des champignons et des vers qui interviennent dans le cycle nutritif et accélèrent la décomposition des pesticides. Les matières organiques du sol jouent aussi un rôle dans les changements climatiques, puisqu'elles emmagasinent le carbone.

En diminuant le nombre de passages dans les champs grâce au travail de conservation du sol ou à la culture sans labour, les agriculteurs économisent beaucoup de carburant et de main-d'œuvre. À l'échelle nationale, les dépenses en carburant et les frais de réparation engagés dans le cas de la culture sans labour représentaient environ le tiers de ceux du travail du sol classique en 20064. En consommant moins de carburant, on réduit non seulement les coûts, mais aussi la pollution atmosphérique.

Les terres fortement exposées à l'érosion à cause de leur déclivité, du vent ou d'une faible texture du sol conviennent mieux aux méthodes de travail réduit. Certaines cultures croissent plus facilement si le sol est moins travaillé. Les céréales, les oléagineux et le haricot se prêtent généralement bien mieux aux nouvelles pratiques que le maïs ou la pomme de terre. En fait, la croyance est répandue selon laquelle la pomme de terre ne peut se cultiver efficacement avec la méthode de culture sans labour5, mais les recherches en cours pourraient invalider cette supposition.

Le travail du sol classique se fait moins classique

De 1991 à 2006, au Canada, la superficie totale préparée pour l'ensemencement par un travail du sol classique a diminué de 60 % ou de 12 millions d'hectares. C'est plus de 2,5 fois la superficie de la Suisse. En 2006, le travail du sol classique avait perdu le premier rang au profit de la culture sans labour et ne dépassait qu'un peu en popularité le travail de conservation du sol.

Toutes les provinces à l'exception de Terre-Neuve-et-Labrador ont vu rétrécir leur superficie totale ensemencée par le travail du sol classique. Cette méthode a le plus décru en Saskatchewan et en Alberta, soit d'environ 70 % ou de presque 10 millions d'hectares.

À l'échelle nationale, on a utilisé le travail du sol classique sur 28 % de toute la superficie préparée pour l'ensemencement en 2006, mais on a pu relever des différences provinciales importantes. La proportion la plus importante était de 88 % à Terre-Neuve-et-Labrador et la plus faible, de 18 % en Saskatchewan (tableau 1).

Tableau 1 Pourcentage de la superficie totale préparée pour l'ensemencement, 1991 et 2006. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira

Tableau 1
Pourcentage de la superficie totale préparée pour l'ensemencement, 1991 et 2006

Cette méthode était la plus répandue dans les provinces de l'Atlantique, au Québec, en Ontario, au Manitoba et en Colombie-Britannique. À l'avant-dernier rang avec une proportion de 25 % seulement, l'Alberta ne devançait que la Saskatchewan. Ces deux provinces des Prairies ont une grande influence sur les taux nationaux, puisqu'elles comprennent une grande partie des terres d'ensemencement au Canada. En 2006, sept hectares ensemencés sur dix s'y trouvaient.

La culture sans labour gagne en popularité

À l'échelle nationale, la superficie préparée pour l'ensemencement sans labour a passé de 7 % à 46 % de 1991 à 2006 (tableau 1). La méthode a le plus progressé en Saskatchewan et en Alberta, mais elle était aussi en hausse rapide en Ontario, au Manitoba et en Colombie-Britannique. En Saskatchewan, elle est passée de 10 % de la superficie totale préparée pour l'ensemencement en 1991 à 60 % en 2006 et, en Alberta, de 3 % à 48 % pendant la même période.

Les Prairies adoptent la culture sans labour

Nombre d'agriculteurs conviennent des avantages environnementaux et financiers qu'apporte la culture sans labour à leur exploitation. La carte 1 présente les méthodes de travail du sol par bassin de drainage6 et dépeint la concentration géographique de la culture sans labour dans la région relativement sèche des Prairies.

La Colombie-Britannique, l'Alberta, la Saskatchewan et la Nouvelle-Écosse comptent 55 sous-sous-bassins de drainage (SSBD) où 56 % et plus de la superficie totale d'ensemencement a été préparée par la culture sans labour. À elle seule, la Saskatchewan comptait plus des trois quarts de ces SSBD.

En général, les SSBD de l'est du pays et de la Colombie-Britannique présentaient pour la plupart une proportion de culture sans labour de 0 % à 30 % de la superficie totale d'ensemencement. On pouvait noter des exceptions par endroits en Colombie-Britannique, dans le sud de l'Ontario et au centre de la Nouvelle-Écosse. L'Alberta offrait le tableau le plus varié avec quelques groupes de bassins en culture sans labour et d'autres où on recourait moins à cette méthode (carte 1).

Carte 1 Pourcentage de la superficie totale préparée pour l'ensemencement sans labour selon les sous-sous-bassins de drainage, 2006. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Carte 1
Pourcentage de la superficie totale préparée pour l'ensemencement sans labour selon les sous-sous-bassins de drainage, 2006

Modeste progression du travail de conservation du sol à l'échelle nationale

En 2006, 26 % de la superficie totale préparée pour l'ensemencement au Canada l'a été par le travail de conservation du sol, en hausse de 2 % seulement depuis 1991. Le travail de conservation du sol, deuxième méthode en popularité en 1991, est déchu en troisième rang en 2006, après la culture sans labour et le travail du sol classique.

En 2006, on a ensemencé 337 000 hectares de plus qu'en 1991 par le travail de conservation du sol. On a relevé des gains importants en Ontario (225 000 ha), au Québec (217 000 ha), en Alberta (164 000 ha) et au Manitoba (162 000 ha), mais il y a eu en revanche une baisse de 472 000 ha en Saskatchewan.

Peu de régions utilisent seulement le travail du sol classique

Dans tout le pays, on ne dénombrait que 27 SSBD où toute la superficie d'ensemencement a été préparée par le travail du sol classique (on n'y trouvait ni travail de conservation du sol ni culture sans labour). Ces sous-sous-bassins de drainage étaient disséminés sur le territoire national.

Résumé

Aucune méthode ne convient le mieux à l'ensemble des exploitations du pays, parce que les sols, les cultures et les conditions climatiques sont si variables. Pour décider de la méthode à employer pour préparer les champs à l'ensemencement, on se fondera sur des facteurs divers, dont la compatibilité avec la nature du sol, le degré d'humidité de la terre, la déclivité, le drainage et le climat. Les effets sur la lutte à l'érosion, les délais d'ensemencement, la maîtrise de la mauvaise herbe, les insectes, les maladies et la rentabilité sont d'autres facteurs à considérer. Le prix des carburants constitue un facteur de sélection de plus en plus important d'une méthode de préparation à l'ensemencement.


Notes

  1. Pour d'autres lectures, prière de visiter : Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, 2002, Guide agronomique des grandes cultures, www.omafra.gov.on.ca/french/crops/pub811/p811toc2.htm (site consulté le 8 juillet 2008).
    Agriculture Alberta and Rural Development, 2002, Beneficial Management Practices: Environmental Manual for Crop Producers in Alberta – Chapter 3 Cropping Practices, www1.agric.gov.ab.ca/$department/deptdocs.nsf/all/agdex9330 (site consulté le 9 juillet 2008).
  2. Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, 2002, Gestion de sol et usage des fertilisants : Travail du sol, www.omafra.gov.on.ca/french/crops/pub811/2tillsys.htm (site consulté le 8 juillet 2008).
  3. Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, 2008, « Gestion de sol », Grandes cultures : Principes de base, www.omafra.gov.on.ca/french/environment/field/basics.htm (site consulté le 8 juillet).
  4. Statistique Canada, Recensement de l'agriculture de 2006, totalisation spéciale.
  5. Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, 2008, « Gestion de sol », Grandes cultures : Principes de base, www.omafra.gov.on.ca/english/environment/field/basics.htm (site consulté le 3 juillet 2008).
  6. Un bassin de drainage, aussi appelé bassin hydrographique ou bassin versant, est une zone dont les eaux de surface partagent la même décharge. Les bassins de drainage canalisent l'eau de ruissellement des pluies et de la fonte des neiges en des cours d'eau. Le sous-sous-bassin de drainage est la plus petite unité du Réseau hydrologique national du Canada.
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