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Les taux de faible revenu des immigrants : rôle du revenu du marché et des transferts gouvernementaux

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Par Garnett Picot, Yuqian Lu et Feng Hou

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La baisse des gains des immigrants au cours du dernier quart de siècle est bien documentée. Des études antérieures ont relevé plusieurs facteurs qui sous­tendent la détérioration de la situation des immigrants sur le marché du travail. Le premier facteur touche le changement des pays d'origine des immigrants, passant de l'Europe et des États-Unis à l'Asie et l'Afrique, et le changement des caractéristiques connexes que cela a entraîné, par exemple la compétence en langues officielles, les différences perçues ou réelles des systèmes d'éducation et les différences culturelles qui peuvent avoir une incidence sur les résultats sur le marché du travail. Le deuxième facteur concerne le recul général des gains à l'entrée sur le marché du travail au cours des années 1980 et 1990, qui a touché à la fois les immigrants « récents » et les personnes nées au Canada. Une troisième série de facteurs se rapportent au rendement décroissant des gains selon l'expérience de travail à l'étranger et à d'autres caractéristiques particulières des immigrants (Picot et Sweetman, 2005; Reitz, 2007; Picot, 2008).

Les données du recensement portent à penser qu'en 1980, les gains des immigrants « très récents » de sexe masculin (au Canada depuis cinq ans ou moins) représentaient en moyenne environ 85 % de ceux de leurs homologues nés au Canada. En 2005, ce pourcentage avait chuté à environ 65 %. Puisque leurs gains relatifs à l'entrée ont baissé, il a fallu aux immigrants arrivés au Canada depuis les années 1980 davantage de temps pour atteindre la parité salariale avec les travailleurs nés au Canada. Les gains des immigrants entrés au Canada à la fin des années 1970 avoisinaient ceux des personnes comparables nées au Canada après une période de 15 à 20 ans. Toutefois, ceux des immigrants entrés à la fin des années 1980 et durant les années 1990 mettront vraisemblablement beaucoup plus de temps à converger vers ceux des personnes nées au Canada (Frenette et Morissette, 2005).

Cependant, il s'agit là de tendances des gains moyens. Le fait que le recul des gains ait été plus prononcé au bas qu'au haut de la répartition des gains est moins connu (Lemieux, 2008). Ce phénomène a profondément influé sur les tendances des taux de faible revenu chez les immigrants puisque ces derniers étaient plus concentrés au bas de la répartition des gains que les travailleurs nés au Canada. Picot et Hou (2003) ont constaté une hausse importante du taux de faible revenu à la fois chez les immigrants entrants et chez ceux arrivés au Canada depuis de nombreuses années.

Les tendances des taux de faible revenu constituent une mesure importante du bien­être économique des familles situées au bas de la répartition du revenu. Les taux de faible revenu se fondent sur le revenu total de la famille, qui comprend les transferts gouvernementaux et les revenus de placements et de pension, de même que les gains provenant d'un emploi; ils dressent donc un portrait plus complet des ressources économiques disponibles aux familles que n'en donnent les études ciblant uniquement les gains. De plus, la grande majorité des études sur l'intégration économique des immigrants s'appuient uniquement sur les gains individuels, plutôt que sur le revenu total de la famille. En outre, le présent article applique le concept de la famille économique qui inclut la situation des particuliers dans la famille élargie, une situation plus fréquente chez les immigrants.

Cet article donne une vue d'ensemble des tendances des taux de faible revenu chez les groupes d'immigrants et chez les personnes nées au Canada (voir Source des données et définitions). La principale question est celle de savoir si l'évolution des taux de faible revenu a été en premier lieu associée aux changements du revenu du marché (principalement, le revenu tiré d'un emploi) ou, plutôt, au système de transferts sociaux (p. ex., les prestations d'assurance-emploi [a.-e.], l'assistance sociale et les prestations pour enfants). L'analyse porte sur les immigrants considérés dans leur ensemble et, de façon distincte, sur les enfants immigrants et les immigrants âgés.

Les taux de faible revenu des immigrants augmentent par rapport à ceux des personnes nées au Canada

Entre 1980 et 2000, le taux de faible revenu après transferts et avant impôts a augmenté chez les immigrants, passant de 17 % à 20 %, alors qu'il a reculé chez les personnes nées au Canada, de 17 % à 14 % (tableau 1)1. Cette tendance à la hausse des taux chez les immigrants et à leur baisse chez les personnes nées au Canada s'est poursuivie durant la période plus récente de 2000 à 2005. En 2005, environ 22 % des immigrants touchaient un faible revenu.

Il existe certaines exceptions à cette tendance générale. En premier lieu, les tendances du taux de faible revenu chez les immigrants arrivés au Canada depuis plus de 20 ans ressemblent à celles se rapportant aux personnes nées au Canada. Il s'agit d'un groupe composé principalement d'immigrants en provenance des nations développées d'Europe et arrivés au Canada avant 1980. En outre, les taux de faible revenu de certains groupes de personnes nées au Canada peuvent avoir augmenté, à l'encontre de la tendance générale à la baisse. Le faible revenu est surtout présent dans cinq groupes : les parents seuls, les Autochtones hors réserve2, les personnes âgées de 45 à 64 ans qui ne vivent pas dans une famille, les personnes ayant une incapacité qui les restreint sur le plan du travail et les immigrants récents (Hatfield, 2003). Parmi ces groupes, seuls les immigrants récents ont affiché des hausses importantes du taux de faible revenu entre 1989 et 2006. Ce taux a reculé de façon significative chez les mères seules et est demeuré stable chez les autres groupes (Picot et Michaud, 2007).

Évidemment, les taux de faible revenu augmentent en période de récession économique et diminuent en période d'expansion. De telles variations cycliques peuvent masquer des tendances à long terme. Il est donc préférable, pour décrire ces tendances, de se concentrer sur les tendances du faible revenu relatif chez les immigrants, c'est­à­dire sur leur taux de faible revenu par rapport à celui des personnes nées au Canada. Toute fluctuation des taux associée au cycle économique est susceptible d'avoir une incidence sur les tendances ayant trait aux personnes nées au Canada tout autant que sur celles se rapportant aux immigrants. La comparaison avec les personnes nées au Canada est donc un moyen de contrôle approximatif des répercussions du cycle économique3. En 1980, le taux de faible revenu des immigrants était à peu près le même que celui des personnes nées au Canada. Ce taux relatif est demeuré passablement stable jusqu'en 1990, puis est passé à 1,4 en 1995, et à 1,6 en 2005. Autrement dit, en 2005, le taux de faible revenu était 60 % plus élevé chez les immigrants que chez les personnes nées au Canada.

Le nombre d'années depuis l'arrivée des immigrants au Canada est également un autre facteur important qui se répercute sur leur taux de faible revenu. Les gains augmentent en fonction du nombre d'années passées au Canada. Les taux de faible revenu sont donc les plus élevés chez les immigrants très récents (arrivés au Canada depuis cinq ans ou moins). En 1980, les taux de faible revenu des immigrants très récents étaient 1,4 fois plus élevés que ceux des personnes nées au Canada, tandis que les taux relatifs des immigrants arrivés au Canada depuis 11 à 15 ans étaient inférieurs à 1,0 — soit moins que le taux des personnes nées au Canada.

D'une façon générale, les taux relatifs de faible revenu de la plupart des groupes d'immigrants ont augmenté durant la période de 1980 à 2005 (graphique A). En 2005, les immigrants très récents affichaient un taux de faible revenu après transferts et avant impôts 2,7 fois supérieur à celui des personnes nées au Canada. Ce taux était 1,9 fois supérieur dans le cas des immigrants arrivés au Canada depuis 11 à 15 ans.

Facteurs influant sur les taux de faible revenu

Trois principaux facteurs ont une incidence sur les taux agrégés de faible revenu : le marché du travail, par l'intermédiaire de l'emploi et des gains; le gouvernement, en raison des effets directs et indirects des programmes de transfert4; l'évolution démographique, telle l'augmentation du nombre de familles monoparentales, qui peut pousser le taux agrégé à la hausse. La présente section porte principalement sur le revenu du marché et l'effet direct des transferts5. Les taux de faible revenu des immigrants ont pu augmenter parce que le revenu du marché (principalement, le revenu d'emploi) des immigrants a baissé, ou parce que le système de transferts a réduit le taux de faible revenu dans une moindre mesure en 2005 qu'en 1980, ou pour ces deux raisons.

Afin de déterminer l'importance relative des deux facteurs susmentionnés, on calcule d'abord les taux de faible revenu en fonction du revenu du marché. Un tel calcul fait ressortir combien de familles toucheraient un faible revenu selon le revenu du marché uniquement, et donne donc une mesure directe de l'ampleur avec laquelle l'augmentation des taux de faible revenu est attribuable aux changements du revenu du marché des familles. On ajoute ensuite le revenu sous forme de transferts au revenu du marché des familles, puis on recalcule les taux de faible revenu6. L'écart entre les taux de faible revenu avant et après transferts donne une mesure de l'incidence directe du système de transferts sur les taux de faible revenu.

La présente étude se penche sur les rôles relatifs du revenu du marché et des transferts dans la variation des taux de faible revenu chez les immigrants7. Pour étendre l'analyse aux tendances à long terme, cette étude cible les années 1980, 1990, 2000 et 2005, à savoir des années approximativement comparables du point de vue du cycle économique.

La situation en ce qui concerne tous les immigrants est simple. Le taux de faible revenu selon le revenu du marché a considérablement augmenté durant la période, passant de 24 % en 1980 à 33 % en 2005, une augmentation de 36 % (graphique B). L'évolution à la baisse du revenu familial du marché s'est donc traduite par une hausse significative du taux de faible revenu. Ce taux, après transferts, est plus bas, puisque les transferts augmentent le revenu familial et réduisent le nombre de personnes en situation de faible revenu. Le taux après transferts a augmenté, passant de 17 % à 22 % durant la période, soit une hausse de 27 % (tableau 4). Puisque l'augmentation du taux après transferts est plus faible que celle avant transferts, cela suppose que le système de transferts a compensé de plus en plus le faible revenu selon le revenu du marché au cours de la période de 1980 à 2005.

Cet effet de compensation du système de transferts peut être plus directement constaté en mesurant la réduction en points de pourcentage du taux de faible revenu attribuable aux transferts. Cette distance entre les immigrants et les personnes nées au Canada était plus grande en 2005 (11 points de pourcentage) qu'en 1980 (7 points de pourcentage). Ce même effet du système de transferts sur la réduction du taux est également démontré en pourcentage plutôt qu'en points de pourcentage. Le système de transferts a réduit le taux de faible revenu de 29 % en 19808, de 36 % en 1990, de 37 % en 2000 et de 34 % en 2005. Calculé en fonction des points de pourcentage absolus ou d'une réduction en pourcentage, le système de transferts a réduit le taux de faible revenu des immigrants davantage en 2005 qu'en 1980. La plus grande part de ce changement a eu lieu dans les années 1980.

La hausse du taux de faible revenu chez tous les immigrants est principalement attribuable à la baisse des gains familiaux9. Une situation semblable prévaut chez la plupart des autres populations d'immigrants étudiées, y compris les immigrants très récents et ceux qui sont arrivés au Canada depuis plus de 20 ans.

Tendances du faible revenu chez les enfants immigrants

Les analystes portent souvent leur attention sur les taux de faible revenu chez les enfants parce que grandir dans une famille à faible revenu peut avoir une incidence sur leurs possibilités futures. Les enfants immigrants désignent les enfants nés de deux parents immigrants ou nés dans une famille où le principal soutien économique est un parent immigrant.

Le taux de faible revenu chez les enfants immigrants est supérieur à celui constaté chez les autres immigrants et chez les enfants de parents nés au Canada, et sa croissance a été plus rapide. Les enfants immigrants affichaient un taux de faible revenu de 27 % en 2005, par rapport à 22 % pour les immigrants de tous âges, et de 15 % pour les enfants de parents nés au Canada. Le taux de faible revenu des enfants immigrants est passé de 16 % en 1980 à 25 % en 2000, puis à 27 % en 2005 — une hausse de 66 % durant cette période, par rapport à une augmentation de 27 % pour l'ensemble des immigrants. Cette hausse s'est produite alors même que le taux correspondant pour les enfants nés au Canada reculait (tableau 2).

Le taux de faible revenu le plus élevé est celui des enfants dont les parents sont récemment arrivés au Canada, et il baisse en fonction du temps passé au Canada. Chez les enfants des familles récemment arrivées au Canada (au cours des cinq années précédentes), ce taux était de 42 % en 2005 par rapport à 28 % en 1980.

Rôles relatifs du revenu familial du marché et des transferts

En 2005, le taux de faible revenu des enfants immigrants était supérieur à celui des enfants de parents nés au Canada ou des immigrants en âge de travailler (de 18 à 59 ans) [graphique C]. Cette différence était entièrement liée au plus faible revenu du marché des familles immigrantes ayant des enfants. Les taux de faible revenu selon le revenu du marché étaient de 14 points de pourcentage plus élevés chez les enfants immigrants que chez les enfants nés au Canada en 2005, soit 36 % par rapport à 22 % (tableau 5). Le système de transferts réduisait ces taux de 9 points de pourcentage chez les enfants immigrants et de 8 points chez les enfants nés au Canada. Les transferts ont réduit, dans une certaine mesure, l'écart de faible revenu entre ces deux groupes.

Une situation semblable ressort d'une comparaison entre les enfants immigrants et les immigrants en âge de travailler. En 2005, le taux de faible revenu selon le revenu du marché était 35 % (ou 10 points de pourcentage) plus élevé pour les enfants immigrants que pour les immigrants âgés de 18 à 59 ans. Si l'on tient compte des transferts, cet écart baisse à 30 % (ou 6 points de pourcentage). Cette année­là, les transferts ont davantage fait diminuer le taux de faible revenu chez les enfants de familles immigrantes (9 points de pourcentage) que chez la population des immigrants en âge de travailler (6 points de pourcentage) [tableau 6]. L'écart entre le taux de faible revenu des enfants et celui de la population en âge de travailler est lié à l'écart entre les gains des familles.

Tendances du faible revenu chez les immigrants âgés

Bien qu'il ait affiché une croissance chez la population des immigrants en général, et chez les enfants immigrants en particulier, le taux de faible revenu a diminué chez les immigrants âgés. Cette tendance à la baisse ne se limite pas aux immigrants âgés — le taux de faible revenu a également reculé chez les personnes âgées nées au Canada. Depuis les années 1970, le taux de faible revenu des personnes âgées a fléchi plus rapidement que celui de tout autre groupe de population. À l'échelle internationale, le Canada, qui enregistrait l'un des taux les plus élevés de faible revenu chez les personnes âgées des pays occidentaux à la fin des années 1970, en affichait un des plus bas dans les années 2000 (Smeeding, 2003; Picot et Myles, 2005). Cette tendance est liée aux changements des programmes de transfert, à la maturation du Régime de pensions du Canada (RPC) et du Régime de rentes du Québec (RRQ) ainsi qu'au revenu croissant tiré des régimes de retraite privés (Myles, 2000). Les taux de faible revenu ont également diminué chez les immigrants âgés (graphique D), mais pour des raisons quelque peu différentes.

Le taux de faible revenu a diminué de moitié entre 1980 et 2005 chez les immigrants âgés, passant de 34 % à 17 % (tableau 3). En 2005, ce taux pour les immigrants âgés était à peine supérieur à celui des personnes âgées nées au Canada (13 %). Le taux relatif (par rapport aux personnes du même âge nées au Canada) n'a guère changé. Il était 1,2 fois celui de leurs homologues nés au Canada en 1980, et 1,3 fois, en 2005.

La baisse des taux de faible revenu était fortement concentrée chez les immigrants âgés arrivés au Canada il y a plus de 20 ans : le taux a reculé de 58 % chez ce groupe entre 1980 et 2005, et de 13 % chez les immigrants âgés arrivés très récemment au Canada. Les immigrants très récents âgés de 65 ans ou plus ont vu leur taux relatif (par rapport aux personnes nées au Canada)augmenter, puisqu'il est passé d'environ 1,1 en 1980 à 2,0 en 2005 (même si leur taux réel a baissé). En 2005, les immigrants âgés vivant au Canada depuis moins de 20 ans affichaient un taux de faible revenu d'environ 28 %, ce qui était nettement plus élevé que celui des personnes âgées nées au Canada, à savoir 13 %.

Le taux de faible revenu pour les immigrants âgés a reculé à la fois parce que les familles économiques où ils vivaient touchaient un revenu du marché plus élevé et parce que les transferts ont de plus en plus réduit les taux de faible revenu des personnes âgées. Cependant, l'effet de la croissance du revenu du marché a prédominé.

Le taux de faible revenu selon le revenu du marché des immigrants âgés a fléchi de 20 % (passant de 62 % à 49 %) au cours du dernier quart de siècle à la suite de la hausse du revenu du marché des familles (graphique E). Plus particulièrement, il s'est replié de presque 10 % entre 2000 et 2005. Cette tendance est contraire à celle qui a été constatée pour tous les autres groupes d'immigrants, chez qui les taux de faible revenu selon le revenu du marché ont augmenté. Le revenu du marché s'est accru chez les familles économiques comptant des personnes âgées, et s'est replié chez les immigrants de tous les autres groupes d'âge. Cet état de fait est peut­être autant attribuable à la formation d'un nombre croissant de familles multigénérationnelles d'immigrants, dans lesquelles un membre de la famille plus jeune travaille, qu'aux tendances de l'emploi chez les immigrants âgés eux­mêmes.

Les immigrants âgés et le système de transferts

Les augmentations des transferts gouvernementaux ont également eu tendance à réduire le taux de faible revenu des immigrants âgés, comme elles l'ont fait chez les personnes nées au Canada. Les transferts ont entraîné une réduction du taux de faible revenu de 28 points de pourcentage chez les immigrants âgés en 1980 et de 33 points de pourcentage en 2005 (tableau 7). Par conséquent, la croissance du revenu du marché et celle des transferts ont toutes deux contribué à la baisse du taux de faible revenu des immigrants âgés. Toutefois, c'est le revenu du marché qui s'est révélé le principal facteur. Sur les 17 points de pourcentage de baisse du taux de faible revenu au cours du dernier quart de siècle, 12 points de pourcentage étaient attribuables aux effets de l'évolution du revenu du marché et 5 points de pourcentage à l'incidence directe des transferts. Cet état des choses est particulièrement manifeste dans le cas des années récentes. Entre 2000 et 2005, le taux selon le revenu du marché a diminué de 10 %, mais la réduction du taux attribuable à l'évolution des transferts était moindre en 2005 qu'en 2000.

Les taux de faible revenu sont fondés sur le revenu total de la famille économique dans laquelle les personnes âgées vivent. Les gains et les sources de revenu des autres membres de la famille sont inclus. Par exemple, si les immigrants âgés étaient davantage susceptibles de vivre dans des familles économiques multigénérationnelles comptant des soutiens économiques plus jeunes en 2005 qu'en 1980, il s'ensuivrait une hausse du revenu du marché disponible aux personnes âgées. L'évolution au fil du temps de la composition ethnique du groupe des immigrants âgés et de leur tendance à vivre dans des familles multigénérationnelles pourrait déboucher sur une telle situation.

Certains éléments de preuve portent à croire qu'une telle évolution de la situation des personnes âgées dans la famille a effectivement eu lieu. Le quart des immigrants de 65 ans ou plus vivaient dans une famille économique comptant un membre du groupe d'âge des 25 à 59 ans (qui était donc vraisemblablement occupé) en 1980. En 2005, le tiers des immigrants âgés vivaient dans de telles familles. De plus, chez les immigrants âgés arrivés très récemment, ces pourcentages étaient beaucoup plus élevés : 69 % en 1980, passant à 76 % en 200510.

La situation familiale des immigrants âgés est importante puisque plus le temps qu'ils ont passé au Canada est court, plus l'effet du système de transferts sur leur taux de faible revenu est faible.

Les transferts reçus par beaucoup d'immigrants âgés durant leurs 10 premières années au Canada dépendent dans une certaine mesure des règles d'admissibilité associées aux trois principales sources de transfert à l'intention des personnes âgées — la Sécurité de la vieillesse (SV), le supplément de revenu garanti (SRG) et l'assistance sociale. Par rapport aux personnes âgées nées au Canada, le système de transferts a pour effet de réduire de manière comparable le taux de faible revenu seulement chez les immigrants qui sont au Canada depuis plus de 20 ans.

Les personnes qui demeurent au Canada depuis moins de 10 ans n'ont généralement pas droit à la SV, dont le montant des prestations est établi au prorata jusqu'à ce qu'elles habitent au pays depuis 40 ans11. Le SRG est accessible et accroît la SV, même dans le cas d'une pension partielle de la SV, mais là encore, habituellement après 10 ans de vie au Canada. Enfin, l'« accord de parrainage » accepté par les personnes qui parrainent les immigrants appartenant à la catégorie du regroupement familial ne permet pas aux immigrants âgés de recevoir l'assistance sociale durant leurs premières années au Canada12 (voir Baker, Benjamin et Fan, 2009, pour une description des règles pertinentes et de leur incidence).

Plus le temps que passent au Canada les immigrants âgés est long, plus le système de transferts réduit leur taux de faible revenu. En 2005, le système de transferts diminuait le taux de faible revenu de 9 points de pourcentage dans le cas des immigrants âgés habitant au Canada depuis 5 ans ou moins et de 15 points de pourcentage dans le cas des immigrants au Canada depuis 6 à 10 ans, par rapport à 39 points de pourcentage pour les personnes âgées nées au Canada, et 36 points de pourcentage pour les immigrants âgés arrivés au Canada depuis plus de 20 ans.

Résumé

Au cours du dernier quart de siècle, les taux de faible revenu ont augmenté chez les immigrants et baissé chez les personnes nées au Canada. Dans la plupart des cas, les tendances divergentes constatées chez les immigrants et chez les personnes nées au Canada résultent principalement de l'écart du revenu familial tiré du marché du travail. La décroissance des gains relatifs des immigrants a fait l'objet de nombreuses études (voir à cet égard Picot et Sweetman, 2005; Reitz, 2007).

Les taux de faible revenu dépendent aussi des transferts gouvernementaux. Au Canada, les effets directs du système de transfert de revenus ont permis de réduire le taux de faible revenu davantage en 2005 qu'en 1980 à la fois dans le cas des personnes nées au Canada et dans celui des immigrants. Ce changement s'est produit en grande partie au cours des années 1980. Cependant, chez les immigrants, cet effet accru n'a pas suffi à empêcher l'augmentation des taux de faible revenu (sauf chez les immigrants âgés), puisque la « charge de travail » que le système de transferts devait accomplir a également crû de manière significative avec le recul des gains.

Les taux de faible revenu sont plus élevés chez les enfants immigrants que chez les immigrants des autres groupes d'âge et les enfants de parents nés au Canada. De plus, les taux de faible revenu ont augmenté plus rapidement chez les enfants immigrants que chez les autres groupes d'immigrants. Ce phénomène s'est produit alors que les taux diminuaient pour leurs homologues nés au Canada. De telles différences sont, là encore, en grande partie liées à l'écart entre les revenus du marché de leurs parents.

La baisse du taux de faible revenu chez les personnes âgées au Canada est bien documentée. Cette tendance a également été observée chez les immigrants âgés, mais elle découle de facteurs différents. Contrairement à la situation constatée chez les autres groupes d'immigrants, les taux de faible revenu ont fléchi chez les immigrants âgés au cours du dernier quart de siècle. Cette diminution a été le fait à la fois de l'augmentation du revenu du marché des familles et de la tendance croissante du système de transferts à réduire le faible revenu au fil du temps. Cependant, le principal moteur a été celui du revenu du marché, la majeure partie de la diminution du taux de faible revenu ayant été liée aux plus bas taux de faible revenu selon le revenu du marché chez les immigrants âgés.

Les taux de faible revenu des immigrants âgés arrivés au Canada depuis 10 ans ou moins n'ont que très légèrement baissé. En outre, ces taux, par rapport à ceux constatés chez les personnes âgées nées au Canada, ont doublé au cours du dernier quart de siècle. L'effet des transferts sur la diminution des taux est beaucoup moindre pour ce groupe d'immigrants âgés que pour les immigrants âgés habitant au Canada depuis longtemps.

Source des données et définitions

La présente étude se fonde sur les données des recensements de 1981, 1986, 1991, 1996, 2001 et 2006. Les immigrants arrivés au Canada pendant l'année d'un recensement ou l'année qui le précédait sont exclus de l'étude parce que l'information sur leur revenu annuel était soit non disponible, soit incomplète13. On entend par enfants immigrants les personnes de 0 à 17 ans nées à l'étranger de parents non canadiens ou nées au Canada dans une famille où la personne ayant le revenu le plus élevé est un immigrant14. Par ailleurs, les immigrants âgés sont ceux de 65 ans ou plus.

Les seuils de faible revenu de Statistique Canada (SFR, année de référence 1992, après transferts gouvernementaux et avant impôts sur le revenu) ont servi à définir la situation de faible revenu. Les SFR sont des seuils « fixes » de faible revenu, ajustés uniquement selon la variation de l'Indice des prix à la consommation (IPC). Les taux de faible revenu se fondent sur le revenu de la famille économique après transferts et avant impôts parce qu'avant celui de 2006, les recensements ne recueillaient pas l'information sur l'impôt sur le revenu versé. D'autres mesures de faible revenu (MFR), telles que celles qui sont fixes15, donnent des résultats semblables à ceux fondés sur les SFR et sont très peu susceptibles de produire des tendances très différentes.     

On entend par personne à faible revenu une personne vivant dans une famille économique dont le revenu est inférieur au SFR. La « famille économique » désigne un groupe de deux personnes ou plus vivant dans le même logement et apparentées par le sang, par alliance, par union libre ou par adoption. Les personnes vivant seules ou avec des personnes non apparentées sont considérées comme des « familles d'une personne ». Tous les membres d'une même famille économique seront dans la même situation de faible revenu. La situation de faible revenu dans laquelle se trouve une personne dépend donc du revenu de tous les membres de sa famille. Même si elles ne sont pas courantes d'une façon générale, les familles multigénérationnelles sont plus fréquentes chez certains groupes d'immigrants. Par conséquent, les taux de faible revenu des immigrants âgés sont plus susceptibles d'être touchés par les gains des enfants adultes avec qui ils habitent.

Dans cette étude, le revenu de la famille est divisé en deux composantes : le revenu du marché et les transferts gouvernementaux. Le revenu du marché comprend le revenu d'emploi, le revenu de placements, les pensions et les rentes de retraite privées ainsi que les autres revenus en espèces. Les transferts gouvernementaux comprennent l'assurance-emploi (a.-e.), la Sécurité de la vieillesse (SV), le supplément de revenu garanti (SRG), le Régime de pensions du Canada ou le Régime de rentes du Québec et les prestations pour enfants, de même que d'autres transferts gouvernementaux (y compris l'assistance sociale et les indemnités d'accident du travail).


Notes

  1. Les taux de faible revenu augmentent et baissent selon le cycle économique (la conjoncture économique). Par conséquent, pour étudier les tendances à plus long terme, plutôt que les fluctuations à court terme des taux attribuables aux récessions et aux expansions économiques, l'attention est portée sur les années qui se situent approximativement au même point du cycle économique. Dans le présent cas, les années ciblées sont les années 1980, 1990, 2000 et 2005, soit des années correspondant à peu près au sommet du cycle économique. Ce choix d'années aux fins de l'étude débouchera sur une estimation raisonnable des tendances à plus long terme. Les augmentations des taux de faible revenu en 1985 et en 1995 ne reflétaient pas vraiment des tendances à plus long terme, mais plutôt des fluctuations liées à des replis du cycle économique.
  2. Les membres des Premières Nations vivant dans des réserves n'étaient pas inclus dans la présente analyse en raison de questions relatives aux données.
  3. Cette comparaison peut fondamentalement être établie de deux manières. Une première méthode, celle appliquée dans le contexte de la présente étude, consiste à simplement comparer le taux agrégé constaté dans les données brutes pour les immigrants (ou tout groupe particulier d'immigrants) avec celui pour toutes les personnes nées au Canada. Une deuxième méthode consisterait à calculer des taux relatifs de faible revenu prenant en compte d'autres différences entre les groupes (une démarche à variables multiples). Une telle démarche a été retenue dans une étude antérieure (Picot et Hou, 2003) portant sur les tendances durant la période de 1980 à 2000. Il avait alors été constaté que les variations de composition représentaient jusqu'à la moitié de l'augmentation du taux de faible revenu chez les immigrants récents au cours des années 1980, mais une proportion moindre par la suite. Dans la présente étude, la démarche plus simple est retenue afin de faire surtout porter l'attention sur les effets relatifs des revenus du marché et des transferts gouvernementaux sur les taux de faible revenu.
  4. L'effet direct des transferts renvoie à la mesure dans laquelle les dollars reçus de programmes tels que l'Allocation au conjoint, l'a.-e. et les crédits d'impôt pour enfants font passer les familles d'au­dessous du seuil de faible revenu à au­dessus de ce seuil. La présente étude ne tient pas compte des effets indirects. Les transferts gouvernementaux peuvent dissuader les gens de travailler : les personnes peuvent être moins susceptibles de chercher un emploi lorsqu'elles reçoivent des transferts, par rapport au cas hypothétique où il n'existerait aucun système de transferts. Par conséquent, le taux de faible revenu selon le revenu du marché calculé ici n'est pas le taux qui prévaudrait si les familles ne recevaient aucun transfert.
  5. D'autres calculs permettent de vérifier si les changements relatifs à la situation des particuliers dans la famille, soit pour les immigrants soit pour les personnes nées au Canada, ont affecté de manière significative les constatations fondamentales qui figurent ici; ils indiquent que tel n'est pas le cas (résultats disponibles sur demande).
  6. Les mêmes seuils de faible revenu (SFR) servent aux calculs à partir du revenu de la famille selon le revenu du marché et après transferts.
  7. Il ne s'agit pas ici d'un examen complet du système de transferts dont bénéficient les immigrants. Il n'est pas tenu compte des transferts reçus par les familles dont le revenu du marché dépasse le seuil de faible revenu ou les familles à très faible revenu du marché qui demeurent sous le seuil même après les transferts.
  8. Ce pourcentage représente simplement la différence de taux avant et après transferts (7,3 points de pourcentage en 1980) divisée par le taux selon le revenu du marché (24.5) puis multipliée par 100, c.­à­d. 30 %.
  9. Les gains des familles peuvent changer en raison de la variation du nombre de personnes qui travaillent, du nombre d'heures travaillées par les personnes occupées, ou en raison de changements dans les taux de salaire horaire. Les données du recensement ne permettent pas de distinguer ces facteurs.
  10. La proportion croissante des familles multigénérationnelles pourrait aussi réduire le taux de faible revenu en l'absence de tout changement de revenu puisque le SFR suppose qu'il est possible de réaliser des économies d'échelle lorsque la taille de la famille économique augmente.
  11. Les immigrants de 65 ans ou plus arrivés au Canada depuis moins de 10 ans peuvent avoir droit à la SV lorsqu'il existe une entente de sécurité sociale internationale entre leur pays d'origine et le Canada. À ce jour, le Canada a signé 51 ententes de la sorte, dont 49 sont en vigueur (Elgersma, 2007).
  12. Certains éléments de preuve portent cependant à croire que de nombreux immigrants appartenant à la catégorie du regroupement familial reçoivent des prestations de l'Allocation au conjoint durant les 10 premières années (Thomas, 1996).
  13. Les résidents des logements collectifs et les résidents du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut, et ceux qui vivent dans des réserves indiennes sont exclus puisque les fichiers de microdonnées du recensement ne définissent pas le seuil de faible revenu dans leur cas.
  14. Dans le cas où aucun des membres de la famille économique n'a touché de revenu, le statut d'immigrant de la personne la plus âgée est retenu.
  15. La MFR est une mesure de faible revenu correspondant à la moitié du revenu médian. Si la MFR est recalculée chaque année, il ne s'agit que d'une mesure purement relative : une hausse des revenus en général n'aurait pas d'incidence sur le taux. Pour éviter cette situation, la MFR peut être fixée à un moment précis et évoluer selon l'Indice des prix à la consommation.   

Documents consultés

BAKER, Michael, Dwayne BENJAMIN et Elliott FAN. 2009. Public Policy and the Economic Well-Being of Elderly Immigrants, Toronto, University of Toronto, (consulté le 8 décembre 2009).

ELGERSMA, Sandra. 2007. La sécurité économique des immigrants âgés et les Accords internationaux en matière de sécurité sociale, PRB 07-45F, Ottawa, Bibliothèque du Parlement, (consulté le 8 décembre 2009).

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SMEEDING, Timothy. 2003. Government Programs and Social Outcomes: The United States in Comparative Perspective, rédigé pour Smolensky Conference: Poverty, the Distribution of Income and Public Policy, 12 et 13 décembre, University of California, Berkeley.

THOMAS, D. 1996. The Social Welfare Implications of Immigrant Family Sponsorship Default, Citoyenneté et Immigration Canada, Ottawa.

Auteurs

Garnett Picot, Yuqian Lu et Feng Hou sont au service de la Division de l'analyse sociale. On peut communiquer avec Garnett Picot au 613-951-8214. On peut joindre Yuqian Lu au 613-951-3833, et Feng Hou au 613-951-4337. On peut joindre tous les auteurs à perspective@statcan.gc.ca.