Les différences entre les sexes dans les programmes de sciences, technologies, génie, mathématiques et sciences informatiques (STGM) à l’université

par Darcy Hango

[Communiqué dans Le Quotidien] [Article intégral en PDF]

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Début de l'encadré

Aperçu de l’étude

Alors que la majorité des jeunes diplômés universitaires sont des femmes, celles-ci continuent d’être sous-représentées dans les domaines des sciences, des technologies, du génie, des mathématiques et des sciences informatiques (STGM). Le présent article apporte des renseignements supplémentaires sur les femmes titulaires d’un diplôme universitaire dans l’une de ces disciplines et cherche à déterminer si les aptitudes en mathématiques au secondaire sont reliées aux différences entre les hommes et les femmes dans les programmes universitaires en STGM.

  • Selon l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM), les femmes représentaient 39 % des diplômés universitaires de 25 à 34 ans titulaires d’un diplôme dans une discipline des STGM en 2011, comparativement à 66 % des diplômés universitaires provenant de programmes autres qu’en STGM.
  • Parmi les diplômés des programmes en STGM âgés de 25 à 34 ans, la proportion de femmes était de 59 % en sciences et  technologies, mais de 23 % en génie et de 30 % en mathématiques et sciences informatiques.
  • Les hommes de 25 à 34 ans titulaires d’un diplôme en STGM, qui sont surtout concentrés en génie, affichaient des taux de chômage plus faibles, des salaires plus élevés et un taux plus faible de disparité entre l’emploi et les compétences que leurs homologues ayant obtenu leur diplôme ailleurs qu‘en STGM. Les conditions d’emploi des femmes diplômées d’un programme en STGM, qui sont surtout concentrées en sciences et technologies, n’étaient pas clairement différentes de celles ayant obtenu leur diplôme ailleurs qu’en STGM dans ce groupe d’âge.
  • Les étudiants ayant choisi un programme d’études universitaires en STGM avaient obtenu un score du PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) plus élevé en mathématiques à l’âge de 15 ans, de meilleures notes en mathématiques au secondaire, et avaient une perception plus positive de leurs capacités en mathématiques que ceux ayant opté pour d’autres domaines d’études.
  • Les femmes sont systématiquement moins susceptibles que les hommes de choisir un programme en STGM, quelles que soient leurs aptitudes en mathématiques. Parmi les femmes qui sont allées à l’université, 23 % de celles qui étaient classées dans les trois catégories supérieures de scores du PISA (sur six) ont choisi un programme d’études en STGM, alors que c’était le cas de 39 % des hommes classés dans les trois catégories inférieures de scores du PISA.

Fin de l'encadré

Introduction

Au Canada comme ailleurs dans le mondeNote1, encourager les étudiants universitaires à choisir l’un des programmes en sciences, technologies, génie, mathématiques et sciences informatiques (appelés programmes en « STGM ») est depuis longtemps un objectif important des stratégies nationales en matière d’innovation.

L’importance accordée aux diplômes dans les disciplines des STGM est liée à la façon dont ils peuvent contribuer à la compétitivité et à la prospérité économique d’un pays. Étant donné la portée et la nature de leurs activités sur le marché du travail — par exemple, en entreprenant des travaux de recherche et de développement ou d’autres activités d’enrichissement des connaissances —, les titulaires d’un diplôme en STGM sont considérés comme des intrants clés du système national d’innovationNote2. Sur le plan individuel, selon certaines études précédentes, un diplôme en STGM ouvrirait aussi la porte à de meilleures conditions sur le marché du travail et à une rémunération plus élevée, surtout chez ceux possédant un diplôme en génie et en sciences informatiquesNote3.

Cela dit, et malgré les progrès constatés ces dernières annéesNote4, les femmes demeurent moins susceptibles que les hommes de choisir une carrière dans les domaines des STGM, et plus particulièrement en génie, en mathématiques et en sciences informatiques. Cette situation contraste avec celle observée dans presque tous les autres domaines d’études, où les femmes représentent maintenant la grande majorité des diplômés, particulièrement dans les programmes en sciences de la santé et en sciences sociales. Pourquoi les femmes évitent-elles les programmes en STGM?

Le présent article a pour but d’étudier les différences entre les hommes et les femmes à la fois sur le plan des diplômés et du choix du programme d’études. En premier lieu, l’article examine les différences entre les hommes et les femmes chez les diplômés universitaires récents d’un programme en STGM âgés de 25 à 34 ans, en s’appuyant sur des données provenant de l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011. La question à savoir si les titulaires d’un diplôme universitaire en STGM ont de meilleurs résultats sur le marché du travail que les titulaires d’un diplôme universitaire dans des disciplines autres qu’en STGM est également évaluée.

Dans la deuxième partie de l’article, les facteurs liés au choix du programme universitaire sont examinés chez les hommes et les femmes en se servant de données longitudinales provenant de l’Enquête auprès des jeunes en transition – Programme international pour le suivi des acquis des élèves (EJET-PISA). Une attention particulière est portée à la relation entre les compétences en mathématiques à l’âge de 15 ans et le choix d’un programme universitaire en STGMNote5.

La plupart des diplômés universitaires en STGM sont des hommes

Les jeunes adultes sont proportionnellement de plus en plus nombreux à obtenir un diplôme universitaire, quel que soit leur sexe. Cependant, les femmes ont progressé beaucoup plus rapidement que les hommes ces dernières années. En 1991, les proportions d’hommes et de femmes de 25 à 34 ans titulaires d’un diplôme universitaire étaient à peu près les mêmes (à 16 %); en 2011, la proportion de femmes avait augmenté à 37 %, et celle des hommes, à 27 %. Par conséquent, en 2011, 59 % de tous les diplômés universitaires de 25 à 34 ans étaient des femmesNote6.

La proportion de femmes titulaires d’un diplôme universitaire a augmenté dans presque tous les domaines d’études, y compris les programmes en STGM. Ainsi, en 2011, les femmes représentaient 39 % des diplômés universitaires de 25 à 34 ans qui possédaient un diplôme en STGM, comparativement à 23 % des diplômés universitaires en STGM de 55 à 64 ans. Par contre, en 2011, les femmes représentaient 66 % de l’ensemble des titulaires d’un diplôme universitaire autre qu’en STGM chez les 25 à 34 ans (proportion qui était de l’ordre de 80 % dans les programmes d’études liés aux professions du domaine de la santé et des sciences cliniques connexes, ainsi que dans les programmes d’études en éducation). Les femmes étaient donc, toutes proportions gardées, sous-représentées dans les programmes en STGM, du moins par rapport aux autres domaines.

De surcroît, les femmes titulaires d’un diplôme en STGM étaient plus susceptibles d’avoir étudié en sciences et technologies. Plus précisément, les femmes représentaient 59 % des diplômés universitaires en sciences et technologies, mais représentaient 23 % des diplômés de 25 à 34 ans en génie, et 30 % des diplômés en mathématiques et sciences informatiques. Ainsi, 39 % des 132 500 femmes de 25 à 34 ans titulaires d’un diplôme en STGM avaient fait des études en génie, en mathématiques ou en sciences informatiques (graphique 1)Note7. En comparaison, 72 % des 206 600 hommes titulaires d’un diplôme en STGM avaient fait des études dans ces domaines (47 % en génie et 25 % en mathématiques et sciences informatiques).

Graphique 1

Description du graphique 1

Les résultats sur le marché du travail ne sont pas nécessairement les mêmes pour tous les diplômés des programmes en STGM

Les meilleurs résultats obtenus sur le marché du travail par les jeunes diplômés en STGM est un argument souvent utilisé en vue d’encourager les étudiants à choisir de faire des études en STGMNote8. Cependant, les conditions du marché du travail peuvent varier selon le sexe, le type de programme et les indicateurs de rendement sur le marché du travail.

L’un de ces indicateurs est le taux de chômage. En 2011, le taux de chômage des hommes de 25 à 34 ans titulaires d’un diplôme universitaire en STGM était de 4,7 %, alors que chez ceux possédant un diplôme universitaire autre qu’en STGM, il était de 5,5 %. Chez les femmes, la situation était inverse. Le taux de chômage des femmes titulaires d’un diplôme universitaire en STGM était de 7,0 %, comparativement à 5,7 % pour celles titulaires d’un diplôme autre qu’en STGM (tableau 1).

Tableau 1
Résultats des diplômés universitaires de 25 à 34 ans sur le marché du travail, selon le sexe et le principal domaine d’études, 2011
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de résultats des diplômés universitaires de 25 à 34 ans sur le marché du travail total, femmes et hommes, calculées selon pourcentage et dollars unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  Total Femmes Hommes
pourcentage
Chômage  
Total STGM 5,5 7,0 4,7
Sciences 6,2 6,6 5,8
Technologies (sauf technologies du génie) 5,1 3,4 6,7
Génie 4,9 7,1 4,3
Mathématiques et sciences informatiques 5,4 8,5 4,2
Non-STGM 5,6 5,7 5,5
Disparité entre les compétences et l’emploiNote 1  
Total STGM 14,3 18,3 11,8
Sciences 18,0 18,9 16,8
Technologies (sauf technologies du génie) 22,2 20,5 23,5
Génie 10,6 13,5 9,8
Mathématiques et sciences informatiques 13,6 22,4 10,1
Non-STGM 19,7 18,5 22,2
  dollars
Salaire annuel médianNote 2  
Total STGM 59 300 53 200 62 300
Sciences 51 700 49 100 55 300
Technologies (sauf technologies du génie) 51 700 49 700 54 600
Génie 65 200 61 100 66 300
Mathématiques et sciences informatiques 59 300 54 900 60 800
Non-STGM 52 200 50 200 56 000

Les hommes titulaires d’un diplôme universitaire en STGM étaient également moins susceptibles que ceux titulaires d’un diplôme autre qu’en STGM de travailler dans des professions exigeant au plus un diplôme d’études secondaires — une forme de « disparité entre les compétences et l’emploi »Note9. Chez les hommes de 25 à 34 ans possédant un diplôme universitaire en STGM, 12 % travaillaient dans des professions nécessitant généralement au plus un diplôme d’études secondaires, comparativement à 22 % de ceux possédant un diplôme universitaire autre qu’en STGM. Chez les femmes, 18 % de celles titulaires d’un diplôme en STGM travaillaient dans des professions exigeant au plus un diplôme d’études secondaires, proportion qui était fort semblable à celle des femmes titulaires d’un diplôme universitaire autre qu’en STGMNote10.

L’examen de la disparité entre les compétences et l’emploi selon la discipline en STGM est également un exercice important, car il peut aider à expliquer pourquoi la proportion de femmes ayant un diplôme universitaire en STGM qui travaillaient dans des professions requérant au plus un diplôme d’études secondaires était plus élevée que celle de leurs homologues masculins. En 2011, 18 % des diplômés universitaires en sciences travaillaient dans des professions exigeant au plus un diplôme d’études secondaires, comparativement à 11 % des diplômés en génie. Par conséquent, le taux relativement élevé de disparité entre les compétences et l’emploi des femmes possédant un diplôme universitaire en STGM peut être expliqué, en partie, par leur proportion plus élevée dans les programmes pour lesquels les taux de disparité sont plus élevés (par exemple, les sciences) et leur proportion plus faible dans des programmes tels que le génie.

De même, le taux de disparité entre les compétences et l’emploi relativement plus faible observé chez les femmes ayant un diplôme universitaire autre qu’en STGM (19 %), comparativement à leurs homologues masculins (22 %) s’explique, du moins en partie, par le fait que parmi elles beaucoup obtiennent leur diplôme dans des programmes pour lesquels les taux de disparité entre les compétences et l’emploi sont relativement faibles — par exemple, l’éducation (10 %) et les professions dans le domaine de la santé (10 %).

Le fait que les programmes en STGM semblent également mener à des emplois mieux rémunérés est aussi un argument souvent utilisé pour convaincre un plus grand nombre de jeunes de poursuivre ce genre d’étudesNote11. Selon l’ENM, non seulement cet argument est vrai, mais il l’est encore plus chez les hommes : en 2010, les hommes de 25 à 34 ans titulaires d’un diplôme universitaire en STGM et ayant un emploi à temps plein toute l’année gagnaient un salaire médian de 62 300 $, comparativement à 56 000 $ pour ceux diplômés d’un programme autre qu’en STGMNote12. L’écart était plus faible chez les femmes ayant fait des études universitaires : les diplômées d’un programme en STGM ayant un emploi à temps plein toute l’année avaient une rémunération médiane de 53 200 $, comparativement à 50 200 $ pour celles diplômées d’un programme autre qu’en STGM.

Cependant, si les hommes ayant fait des études en STGM gagnaient plus que ceux ayant fait des études autres qu’en STGM, c’était en grande partie parce qu’ils étaient concentrés dans le domaine du génie, où les salaires sont significativement plus élevés. Les hommes possédant un diplôme en génie gagnaient 66 300 $, tandis que ceux titulaires d’un diplôme en sciences et technologies gagnaient 55 000 $.

Inversement, les femmes possédant un diplôme en sciences et technologies — domaine où elles sont davantage concentrées — gagnaient un peu moins de 50 000 $, c’est-à-dire à peu près le même niveau de rémunération que les diplômées de programmes autres qu’en STGM (50 200 $) et un niveau significativement inférieur à celui des femmes titulaires d’un diplôme en génie (61 100 $).

Aptitudes en mathématiques au secondaire et choix du programme à l’université

Des études antérieures ont eu pour objectif de comprendre pourquoi les femmes étaient moins susceptibles que les hommes de s’inscrire à un programme universitaire en STGM et de l’achever. Selon certains, les différences sur le plan des aptitudes en mathématiques — une condition préalable à la réussite dans ces programmes — expliqueraient pourquoi moins de femmes sont inscrites à ce genre de programmesNote13. Selon d’autres, l’écart entre les hommes et les femmes serait plutôt une affaire de différences sur le plan des valeurs et des préférencesNote14. Laquelle de ces deux visions concorde le mieux avec les données?

Des données longitudinales en provenance de l’Enquête sur les jeunes en transition et du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (EJET-PISA) peuvent être utilisées afin de mieux comprendre le lien entre les aptitudes en mathématiques et le choix d’un programme en STGM à l’université. L’EJET-PISA est basé sur un échantillon de jeunes âgés de 15 ans qui ont été interviewés en 2000 ainsi qu’à tous les deux ans par la suite jusqu’à l’âge de 25 ans. Avec de telles données, certaines caractéristiques clés durant l’adolescence peuvent donc être liées avec d’autres mesures recueillies au cours des années suivantes, incluant le choix du programme à l’université (voir Sources de données, méthodes et définitions).

En tout et pour tout, 40 % des hommes se destinant à des études universitaires dans l’échantillon EJET-PISA ont choisi un programme en STGM comme premier programme d’études, alors que c’était le cas de 20 % des femmes (graphique 2)Note15. En fait, les jeunes femmes étaient plutôt susceptibles de choisir un premier programme en sciences sociales (50 %, contre 32 % des hommes parmi ceux et celles qui sont allés à l’université).

Graphique 2

Description du graphique 2

Ceux qui ont choisi un programme en STGM avaient obtenu des scores plus élevés au milieu de l’adolescence que ceux qui ont choisi d’autres programmes (tableau 2). Par exemple, les jeunes femmes qui ont choisi un programme en STGM avaient obtenu un score moyen du PISA de 588 à l’âge de 15 ans, comparativement à 565 parmi celles qui se sont dirigées vers les sciences sociales. Chez les jeunes hommes, ceux qui ont choisi un programme en STGM avaient obtenu un score moyen de 597, comparativement à 585 chez ceux qui ont choisi les sciences sociales. De façon générale, les hommes avaient en moyenne des scores du PISA plus élevés que les femmes (589 contre 569)Note16.

Tableau 2
Moyenne des scores du PISA en mathématiques à l’âge de 15 ans chez les participants de l'EJET-PISA ayant fréquenté l'université, selon le premier programme choisi et le sexe
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de moyenne des résultats du pisa en mathématiques à l’âge de 15 ans chez les participants de l'ejet-pisa ayant fréquenté l'université total, femmes et hommes, calculées selon moyenne unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  Total Femmes Hommes
moyenne
Total 577,8 569,3 588,5Note ***
STGM 593,4 587,5 596,7
Sciences sociales 571,8 565,3 584,7Note **
Commerce 567,8 555,4 583,2Note *
Santé 571,9 570,3 576,6
Autre 570,4 572,2 569,1
Taille de l'échantillon pondéré 132 350 73 567 58 783

Afin de contrôler pour les différents niveaux d’aptitudes en mathématiques, l’échantillon peut être réparti en deux groupes, à savoir ceux qui avaient obtenu des scores du PISA « élevés » à l’âge de 15 ans (niveaux 4, 5 et 6 de compétences en mathématiques — un score du PISA de 545 et plus) et ceux ayant obtenu des scores du PISA « faibles » (niveaux 1, 2 et 3). Les jeunes dont le niveau d’aptitudes en mathématiques était élevé étaient plus susceptibles de choisir des programmes en STGM que leurs homologues dont le niveau était plus faible. Par exemple, 23 % des filles ayant obtenu un score élevé au test de compétences en mathématiques du PISA se sont inscrites à un programme en STGM, comparativement à 15 % de celles ayant obtenu un score plus faible (tableau 3)Note17.

Tableau 3
Premier programme universitaire choisi par les participants à l'EJET-PISA ayant fréquenté l'université, selon la catégorie de scores du PISA et selon le sexe
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de premier programme universitaire choisi par les participants à l'ejet-pisa ayant fréquenté l'unversité stgm, sciences sociales, commerce, santé et autre, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  STGM Sciences sociales Commerce Santé Autre
pourcentage
Total 30,8 42,0 13,8 9,3 4,3
Score du PISA en mathématiques élevé  
Femmes 23,2 48,3 12,6 12,4 3,6
Hommes 45,7 31,3 13,3 5,1 4,7Note E: à utiliser avec prudence
Score du PISA en mathématiques faible  
Femmes 15,3 53,9 15,8 12,2 2,9Note E: à utiliser avec prudence
Hommes 38,5 32,2 15,4 Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié

Cela dit, les filles ayant obtenu des scores élevés étaient moins susceptibles de choisir un programme universitaire en STGM que les garçons dont les scores étaient faibles (23 % contre 39 %). En fait, la plupart des filles privilégiaient les sciences sociales, quel que soit leur niveau d’aptitudes en mathématiques. Par contre, les garçons étaient systématiquement plus susceptibles de choisir un programme en STGM, même ceux dont le niveau d’aptitudes en mathématiques était plus faible.

Les jeunes hommes ayant des notes plus faibles au secondaire étaient plus susceptibles de choisir un programme en STGM que les jeunes femmes obtenant des notes élevées

L’examen des notes en mathématiques au secondaire au lieu des scores au test du PISA (graphique 3) a donné des résultats comparables :

  • les élèves ayant obtenu des notes élevées en mathématiques étaient généralement plus susceptibles de choisir un programme en STGM au moment d’aller à l’université. Par exemple, plus de 40 % des filles ayant obtenu des notes dans la fourchette de 90 % à 100 % avaient choisi un programme en STGM, comparativement à 11 % de celles dont la note était inférieure à 80 %;
  • les garçons étaient plus susceptibles d’opter pour un programme en STGM, même s’ils se trouvaient dans les catégories de notes plus faibles. Plus de 30 % des garçons  dont les notes étaient inférieures à 80 % et qui ont fréquenté l’université par la suite ont choisi un programme en STGM, comparativement à environ 10 % de filles dans la même catégorie;
  • les filles ayant des notes élevées en mathématiques au secondaire (au moins 90 % en 9e ou en 10e année) étaient moins susceptibles d’opter pour un programme universitaire en STGM que les garçons dont les notes se situaient dans la fourchette de 80 % à 89 %.

Graphique 3

Description du graphique 3

Les données de l’EJET contiennent aussi une autoévaluation des élèves quant à leurs capacités en mathématiques au secondaire sur l’échelle suivante :« excellentes », « très bonnes », « bonnes », « passables » et « faibles ». En ce qui concerne leurs capacités en mathématiques, les garçons avaient habituellement une meilleure opinion d’eux-mêmes que les filles, 50 % d’entre eux percevant leurs capacités comme étant « très bonnes » ou « excellentes », comparativement à 37 % des filles. Encore une fois, les élèves qui percevaient leurs capacités en mathématiques favorablement étaient plus susceptibles de choisir un programme en STGM plus tard à l’université.

Cependant, parmi les jeunes ayant fréquenté l’université et qui percevaient leurs capacités en mathématiques comme étant bonnes, 36 % des garçons ont opté pour un programme en STGM, comparativement à 15 % des filles. En outre, 66 % des garçons percevant leurs capacités comme étant excellentes ont choisi un programme en STGM, comparativement à 47 % de leurs homologues féminins. Par conséquent, même chez les jeunes qui avaient une meilleure opinion de leurs capacités en mathématiques, une différence persistait entre les sexes.

En résumé, les élèves qui, au secondaire, avaient obtenu des scores du PISA et des notes scolaires élevés et qui avaient une perception plus favorable de leurs aptitudes scolaires étaient plus susceptibles d’opter pour un programme en STGM à l’université. Néanmoins, les jeunes hommes étaient systématiquement plus enclins à choisir un programme en STGM que les jeunes filles pour un niveau donné d’aptitudes en mathématiques (quelle que soit la mesure). Les résultats restent-ils les mêmes lorsque tous les facteurs susceptibles d’influer sur le choix du programme sont pris en considération (y compris le statut d’immigrant, les variables d’influence parentale et le score d’évaluation des compétences en lecture)?

Dans l’ensemble, la réponse est affirmative. Lorsque tous les facteurs, sauf les notes et l’autoévaluation des capacités en mathématiques, sont pris en compte dans un modèle comprenant tous les répondants de l’EJET-PISA qui ont fréquenté l’université, tant les garçons ayant obtenu un score de compétences en mathématiques élevé au PISA que ceux ayant obtenu un score plus faible demeuraient plus susceptibles de choisir un domaine d’études en STGM que les filles ayant obtenu un score élevé (tableau 4, modèle 2). Plus précisément, la probabilité de choisir un programme en STGM chez les garçons qui avaient un score élevé dépassait de 22 points de pourcentage cette même probabilité chez les filles ayant un score aussi élevé. En outre, les garçons dont le score du PISA était plus faible étaient également plus susceptibles de choisir un programme en STGM que les filles ayant un score plus élevé, et ce, par une marge de 15 points de pourcentage. Inversement, les garçons étaient systématiquement moins susceptibles de choisir un programme en sciences sociales, l’écart étant de 12 points de pourcentage dans le cas des garçons dont le score du PISA était faible, et de 16 points de pourcentage dans le cas de ceux dont le score du PISA était élevé.

L’ajout dans le modèle des notes scolaires et de l’autoévaluation des capacités en mathématiques (tableau 4, modèle 3) — toutes deux corrélées positivement avec le choix d’un programme en STGMNote18 — réduit l’effet du sexe sur la probabilité de choisir un programme en STGM, mais légèrement (pour passer de 22 points de pourcentage à 18 points de pourcentage chez les élèves ayant obtenu un score du PISA élevé).

Tableau 4
Effet marginal du choix d’un programme universitaire en STGM selon les scores du PISA en mathématiques et le sexe, basé sur trois scénarios de modèle logit multinomial
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de effet marginal du choix d’un programme universitaire stgm selon le résultat du pisa en mathématiques et le sexe stgm, sciences sociales, commerce, santé et autre, calculées selon effet marginal moyen unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  STGM Sciences sociales Commerce Santé Autre
effet marginal moyen
Modèle 1 Variable d'interaction entre les scores du PISA et le sexe seulement  
Score du PISA selon le sexe (réf. : élevé - femmes)  
Élevé - Hommes 0,224Note au tableau 4 *** -0,170Note au tableau 4 *** 0,007 ‑0,073Note au tableau 4 *** 0,011
Faible - Femmes ‑0,080Note au tableau 4 *** 0,056 0,032 ‑0,001 ‑0,007
Faible - Hommes 0,153Note au tableau 4 *** ‑0,161Note au tableau 4 *** 0,029 ‑0,057Note au tableau 4 ** 0,036
Modèle 2 Variable d'interaction entre les résultats du PISA et le sexe, avec ajout de variables de contrôle pour les caractéristiques démographiques et parentales, et les résultats de lecture  
Score du PISA selon le sexe (réf. : élevé - femmes)  
Élevé - Hommes 0,217Note au tableau 4 *** ‑0,156Note au tableau 4 *** 0,007 ‑0,077Note au tableau 4 *** 0,009
Faible - Femmes ‑0,073Note au tableau 4 ** 0,093Note au tableau 4 * ‑0,002 ‑0,009 ‑0,010
Faible - Hommes 0,145Note au tableau 4 *** ‑0,117Note au tableau 4 ** ‑0,006 ‑0,057 0,034
Modèle 3 Toutes les variables utilisées dans le modèle 2, avec l'ajout de variables de contrôle pour les notes en mathématiques et les capacités autoévaluées en mathématiques  
Score du PISA selon le sexe (réf. : élevé - femmes)  
Élevé - Hommes 0,178Note au tableau 4 *** ‑0,126Note au tableau 4 *** 0,004 ‑0,074Note au tableau 4 *** 0,018
Faible - Femmes ‑0,010 0,012 0,007 0,006 ‑0,015
Faible - Hommes 0,194Note au tableau 4 *** ‑0,159Note au tableau 4 *** ‑0,010 ‑0,053 0,028
Taille de l'échantillon pondéré 132 350

Par conséquent, ce n’est pas parce que les hommes obtiennent de meilleurs scores que les femmes au test du PISA qu’ils sont plus nombreux dans les programmes en STGM. En fait, même si l’on combine toutes les mesures d’aptitudes en mathématiques dans un modèle, la différence entre les sexes persiste. Cela laisse croire que la différence entre les hommes et les femmes en ce qui concerne le choix d’un programme en STGM à l’université est attribuable à d’autres facteurs, non observés, qui vont au-delà des résultats scolaires, des interactions et de l’influence des parents, et du statut d’immigrant.

Conclusion

Au cours des dernières décennies, le nombre de femmes qui poursuivent des études universitaires a augmenté considérablement, y compris dans des domaines d’études où les hommes étaient naguère plus nombreux. Toutefois, un domaine demeure dominé par les hommes, celui des sciences, des technologies, du génie et des mathématiques (STGM). En outre, les femmes qui choisissent de poursuivre des études en STGM s’inscrivent principalement dans des programmes de biologie ou de sciences, de sorte que les programmes de génie, de sciences informatiques et de mathématiques comptent moins de femmes. Ces choix ont des conséquences, car les domaines d’études tels que le génie et les sciences informatiques conduisent, en moyenne, à de meilleurs résultats sur le marché du travail en ce qui concerne l’emploi, la concordance entre les compétences et l’emploi, et la rémunération.

Selon certains, les aptitudes dans une matière particulière sont un facteur qui intervient dans le choix d’un programme universitaire. Même si les compétences en mathématiques jouent un rôle, elles n’expliquent pas les différences entre les hommes et les femmes en ce qui concerne le choix d’un programme en STGM. Les jeunes femmes ayant un haut niveau de compétences en mathématiques sont significativement moins susceptibles que les jeunes hommes, même ceux dont le niveau de compétences en mathématiques est plus faible, de s’inscrire aux programmes en STGM. Il semble donc que le déséquilibre entre les hommes et les femmes dans les programmes en STGM tient à d’autres facteurs. Les différences d’attentes relatives au marché du travail, y compris l’équilibre entre la vie familiale et le travail, les différences de motivation et d’intérêt, et d’autres influences pourraient expliquer cet écart entre les hommes et les femmesNote19.

Darcy Hango est chercheur au Centre de la statistique de l’éducation à Statistique Canada. L’auteur tient à remercier Martin Turcotte, de la Division de la statistique du travail, de même que Sarah-Jane Ferguson, du Centre de la statistique de l’éducation.


Notes

  1. Voir l’OCDE (2012).
  2. Voir Beckstead et Gellatly (2006).
  3. Voir Le Conference Board du Canada (2013).
  4. Voir Ferguson et Zhao (2013).
  5. Une version plus longue et plus détaillée de l’analyse présentée dans cette partie figure dans le rapport intituléLes compétences en mathématiques et en sciences à 15 ans et le choix du programme universitaire : différences selon le sexe, par Hango (2013).
  6. Source : Enquête nationale auprès des ménages de 2011 et Recensement de la population de 1991.
  7. Comme les immigrants ayant fait des études universitaires étaient plus susceptibles de posséder un diplôme en STGM, la proportion de femmes choisissant un programme en STGM était encore plus faible chez celles nées au Canada. Voir Proportion d’immigrants diplômés d’un programme en STGM.
  8. Voir Le Conference Board du Canada (2013).
  9. Dans cette section, les personnes qui ne travaillaient pas durant la semaine de référence, mais qui avaient occupé un emploi à un moment donné en 2011 ou en 2010, sont incluses dans l’échantillon. Pour celles qui n’avaient pas travaillé durant la semaine de référence, la concordance entre les compétences et l’emploi correspond à la profession la plus récente du répondant.
  10. Même parmi les personnes qui ne travaillaient pas dans une profession exigeant au plus un diplôme d’études secondaires, les diplômés d’un programme en STGM ne travaillaient pas tous dans un domaine en STGM. Selon Beckstead et Gellatly (2006), le nombre de personnes titulaires d’un « diplôme en sciences ou en génie » dépassait celui des personnes travaillant dans les professions liées aux sciences et au génie dans un rapport de 2,2 à 1 au début des années 2000.
  11. Voir Le Conference Board du Canada (2013).
  12. La rémunération est définie comme étant les traitements et salaires bruts avant déductions des salariés (les travailleurs autonomes sont exclus).
  13. En 2005, Lawrence Summers — alors président de l’Université Harvard — a laissé entendre que les hommes étaient plus aptes que les femmes à faire carrière dans les domaines exigeant des compétences poussées en mathématiques. Voir Summers (2005).
  14. Voir l’OCDE (2012); Kane et Mertz (2011).
  15. Il convient de souligner que la définition des programmes en STGM utilisée dans les données appariées de l’EJET-PISA diffère légèrement de celle utilisée dans l’Enquête nationale auprès des ménages (voir Sources de données, méthodes et définitions).
  16. Ce résultat concordait avec ceux d’autres études comparant l’ensemble des garçons et des filles âgés de 15 ans (plutôt que seulement ceux entrant dans un programme universitaire). Voir Bussière et coll. (2007).
  17. Dans le cas des hommes, la différence entre ceux dont le niveau d’aptitudes était faible et ceux dont le niveau était élevé était statistiquement significative au seuil de signification de p < 0,10 seulement.
  18. Il en est ainsi probablement parce que des mesures plus objectives du niveau d’aptitudes en mathématiques pourraient être reliées positivement aux notes scolaires à l’âge de 15 ans et à l’autoévaluation des capacités en mathématiques. Autrement dit, la relation positive et directe entre le niveau d’aptitudes en mathématiques (mesuré par les scores du PISA) et le choix d’un programme en STGM à l’université peut être modifiée par l’inclusion des notes en mathématiques et des capacités autoévaluées ou subjectives en mathématiques.
  19. Certains chercheurs ont suggéré que des facteurs reliés aux différences de préférences et d’attentes sur le marché du travail pourraient expliquer partiellement l’écart entre les hommes et les femmes en ce qui concerne le choix d’un programme (Turner et Bowen, 1999; Diekman, et coll., 2010). D’autres ont constaté que la classe sociale, le contexte familial et le capital culturel dans le foyer étaient également des facteurs importants (Van de Werfhorst et coll., 2003). Enfin, une étude récente de l’OCDE (2012) suggère que la différence d’orientation en ce qui concerne le choix des sujets « semble davantage liée à l’attitude des élèves (comme la motivation et l’intérêt) à l’égard de certaines matières plutôt qu’à des capacités et performances scolaires effectives » (p. 113).

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