Participation à des activités parascolaires et obtention d'un diplôme d'études secondaires chez les Premières Nations vivant hors réserve

par Paula Arriagada

[Communiqué dans Le Quotidien] [Article intégral en PDF]

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Début de l'encadré

Aperçu de l’étude

Cet article étudie les facteurs explicatifs de l’obtention d’un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans chez les hommes et les femmes des Premières Nations âgés de 18 à 24 ans vivant hors réserve, en jetant un éclairage particulier sur les activités parascolaires (participation à des activités sportives, artistiques, ou à des clubs). Les résultats s’appuient sur les données de l’Enquête auprès des peuples autochtones (EAPA) de 2012.

  • En 2012, 59 % des Premières Nations âgées de 18 à 24 ans vivant hors réserve avaient obtenu un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans. Les autres répondants ont soit obtenu leur diplôme d’études secondaires à un âge plus avancé (12 %), soit quitté l’école avant d’avoir terminé leurs études (29 %).
  • Au cours de leur dernière année à l’école, 46 % des jeunes des Premières Nations vivant hors réserve participaient à des activités sportives sur une base hebdomadaire, 25 % participaient à des activités artistiques, et 19 % participaient à des groupes ou des clubs.
  • Les hommes des Premières Nations étaient plus susceptibles que les femmes de participer à des activités sportives hebdomadaires (54 % comparativement à 40 %) et moins susceptibles de participer à des groupes ou des clubs (14 % comparativement à 24 %). Environ le quart des hommes et des femmes des Premières Nations participaient à des activités artistiques hebdomadaires.
  • Parmi les hommes des Premières Nations, la participation à des activités sportives et artistiques était positivement corrélée avec le fait d’avoir terminé des études secondaires au plus tard à 18 ans, et ce, même après avoir tenu compte d’autres facteurs comme les caractéristiques scolaires, familiales, de l’école et celles des pairs.
  • Parmi les femmes des Premières Nations, la participation à des activités de groupes ou de clubs était positivement corrélée avec le fait d’avoir terminé des études secondaires au plus tard à 18 ans, et ce, même après avoir tenu compte d’autres facteurs comme les caractéristiques scolaires, familiales, de l’école et celles des pairs.

Fin de l'encadré

Introduction

Chaque année, de nombreux élèves quittent l’école secondaire sans avoir obtenu un diplôme. Généralement, ces personnes font face à des défis plus grands dans l’économie d’aujourd’hui, étant donné que l’obtention d’un diplôme d’études secondaires est souvent considérée comme une exigence minimale en matière d’éducation nécessaire pour accéder au marché du travail. Les travailleurs qui n’ont pas de diplôme d’études secondaires ont plus de difficulté à obtenir des emplois bien rémunérés et sont plus vulnérables aux ralentissements économiquesNote 1. Par ailleurs, les avantages à long terme d’un diplôme d’études secondaires, comme une rémunération plus élevée et un plus grand nombre d’années d’emploi, sont bien connusNote 2.

L’importance et les avantages de l’obtention d’un diplôme d’études secondaires sont aussi évidents pour la population autochtone. En 2012, par exemple, les finissants d’études secondaires des Premières Nations vivant hors réserve étaient plus susceptibles d’être occupés (72 %) que ceux qui n’avaient pas obtenu de diplôme d’études secondaires (47 %)Note 3. Toutefois, en réalité, même si le niveau de scolarité des Autochtones continue d’augmenter, plusieurs personnes des Premières Nations, Métis et Inuits ne terminent toujours pas leurs études secondaires. En 2011, 29 % des Autochtones de 25 à 64 ans n’avaient pas de diplôme d’études secondaires, ni de certificat, de diplôme ou de grade postsecondaire, comparativement à 12 % dans le même groupe d’âge pour la population non autochtoneNote 4.

En outre, les données de l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011 montrent que la population autochtone est jeune et en croissance. En 2011, 28 % des Autochtones avaient moins de 15 ans, comparativement à 17 % des non-AutochtonesNote 5. En raison de ces chiffres, il est important de comprendre les facteurs qui ont des répercussions sur les expériences de ces jeunes au chapitre des études.

Des recherches ont démontré qu’un certain nombre de facteurs, comme les notes, le fait de manquer des cours, le niveau de scolarité des parents et la participation des parents à l’école sont associés à l’obtention d’un diplôme d’études secondaires dans la population autochtoneNote 6. Ces résultats sont conformes à ceux des études effectuées pour l’ensemble de la populationNote 7.

Le présent document est axé sur un facteur particulier de l’obtention d’un diplôme d’études secondaires : la participation des élèves à des activités parascolaires sportives et non sportives. La participation à des activités parascolaires peut comporter de nombreux avantages pour les enfants et les jeunes, y compris des résultats scolaires positifs, un meilleur fonctionnement psychologique et l’estime de soi, ainsi que de bonnes relations avec les pairsNote 8. Les élèves qui participent à des activités parascolaires ont tendance à être plus à l’aise à l’école et à créer des liens sociaux plus étroits avec l’école, et ils sont plus susceptibles de demeurer inscrits à l’écoleNote 9.

La participation à des activités parascolaires peut être particulièrement importante pour les élèves qui sont à risque d’échec scolaire ou pour ceux qui ont un moins grand accès aux ressourcesNote 10. De façon plus générale, la participation à des activités parascolaires à l’école peut être perçue comme une stratégie additionnelle pour les écoles en vue d’aider les élèves à créer des liens et de prévenir le décrochageNote 11.

La présente étude jette un éclairage sur les facteurs explicatifs de l’obtention d’un diplôme d’études secondaires chez les élèves des Premières Nations vivant hors réserveNote 12, et met un accent particulier sur leur participation à des activités parascolaires pendant leur dernière année d’école. Même si la corrélation entre la participation à des activités parascolaires et la réussite scolaire est bien établie, on sait moins de choses au sujet de ce lien dans le cas des élèves autochtonesNote 13.

De façon plus particulière, le présent document vise à déterminer dans quelle mesure ces activités sont liées à l’obtention d’un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans, lorsque d’autres facteurs sont pris en compte. Les autres facteurs considérés dans l’article comprennent la réussite scolaire, l’engagement à l’école, les caractéristiques familiales, comme le niveau de scolarité des parents, la participation des parents et les antécédents familiaux de fréquentation d’un pensionnat, les aspirations scolaires et les comportements des pairs, ainsi que l’environnement de l’école.

Les données de la présente étude proviennent de l’Enquête auprès des peuples autochtones (EAPA) de 2012, une enquête nationale auprès des Premières Nations vivant hors réserve, des Métis et des Inuits âgés de 6 ans et plus. La variable d’intérêt est l’obtention d’un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans parmi les jeunes des Premières Nations âgés de 18 à 24 ans. On a choisi cet âge à titre de mesure de l’obtention du diplôme dans les délais prévus, étant donné que l’étudiant typique obtient son diplôme d’études secondaires au plus tard à cet âge (sauf au Québec)Note 14. Dans la présente étude, l’âge moyen auquel les Premières Nations vivant hors réserve ont obtenu un diplôme d’études secondaires était 17,8 ansNote 15.

Toutes les variables explicatives des analyses sont mesurées pour la dernière année d’école. Les résultats seront présentés séparément pour les hommes et les femmes, en raison des différences importantes entre leurs trajectoires scolaires, ainsi que des variations importantes dans plusieurs mesures explicativesNote 16.

Obtention d'un diplôme d'études secondaires au plus tard à 18 ans et participation à des activités parascolaires par les jeunes des Premières Nations

En 2012, 6 membres sur 10 (59 %) des Premières Nations âgées de 18 à 24 ans vivant hors réserve avaient obtenu un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans. Les répondants restants avaient obtenu leur diplôme d’études secondaires à un âge plus avancé (12 %) ou avaient abandonné l’école avant de terminer leurs études (29 %)Note 17.

Les recherches existantes ont démontré que les hommes sont plus susceptibles que les femmes de décrocherNote 18. Néanmoins, les résultats de la présente étude ne montrent pas de différences quant à l’obtention d’un diplôme dans les délais prévus entre les hommes et les femmes dans le cas des élèves des Premières Nations vivant hors réserve.

Aux fins de la présente étude, la participation à des activités parascolaires est séparée en trois catégories différentes : activités sportives; activités artistiques, théâtre ou musique; et clubs ou groupes. Ces activités comprennent celles organisées par l’école, celles qui se déroulent à l’extérieur de l’école, ou les deux (voir Sources des données, méthodes et définitions). De façon plus particulière, la présente étude est axée sur la fréquence de participation à chacune de ces activités, et compare ceux qui ont déclaré une participation hebdomadaire (une fois par semaine ou plus) et ceux qui ont déclaré une participation moins qu’hebdomadaire (jamais ou moins d’une fois par semaine).

Du point de vue de la participation à des activités parascolaires, moins de la moitié (46 %) des jeunes des Premières Nations âgés de 18 à 24 ans vivant hors réserve ont participé à des activités sportives une fois par semaine ou plus au cours de leur dernière année d’école, tandis que le quart a participé à des activités artistiques ou à des activités théâtrales ou musicales au moins sur une base hebdomadaire. Le cinquième (19 %) participait à des groupes ou des clubs (graphique 1)Note 19.

Graphique 1 Premières Nations âgées de 18 à 24 ans vivant hors réserve qui ont déclaré participer à des activités parascolaires sur une base hebdomadaire, selon le sexe, 2012

Description du graphique 1

Les hommes des Premières Nations âgés de 18 à 24 ans vivant hors réserve avaient des taux de participation significativement plus élevés aux activités sportives que les femmes (54 % comparativement à 40 %). Par contre, les hommes avaient des niveaux de participation significativement plus faibles à des clubs et des groupes (14 % comparativement à 24 %). Cela est conforme aux conclusions des ouvrages existants, qui laissent supposer que la participation à des activités parascolaires varie souvent selon le sexeNote 20. Les taux de participation à des activités artistiques ou à des activités théâtrales ou musicales étaient semblables chez les hommes et chez les femmes (24 % et 26 %).

Facteurs associés à l'obtention d'un diplôme d'études secondaires au plus tard à 18 ans

Activités parascolaires

La participation à des activités parascolaires pendant la dernière année d’école était positivement corrélée avec l’obtention d’un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans (graphique 2). Par exemple, 70 % des femmes des Premières Nations vivant hors réserve qui avaient participé à des activités sportives au moins une fois par semaine avaient obtenu leur diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans, comparativement à 52 % de celles qui déclaraient une participation moins qu’hebdomadaire.

Graphique 2 Obtention d'un diplôme d'études secondaires dans les délais prévus selon la participation hebdomadaire à des activités parascolaires et le sexe, 2012

Description du graphique 2

La majorité (86 %) des femmes des Premières Nations qui avaient participé à des clubs ou des groupes au moins une fois par semaine ont obtenu leur diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans, comparativement à la moitié de celles qui avaient participé moins souvent. La participation à des activités artistiques, de danse ou à des activités musicales parascolaires sur une base hebdomadaire ne comportait pas d’association significative avec l’obtention d’un diplôme d’études secondaires dans les délais prévus chez les femmes.

Parmi les hommes des Premières Nations âgés de 18 à 24 ans qui vivaient hors réserve, la participation hebdomadaire aux trois types d’activités parascolaires comportait une association significative avec une plus grande probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans. Plus des deux tiers (68 %) des hommes des Premières Nations qui participaient à des activités sportives sur une base hebdomadaire ont obtenu leur diplôme d’études secondaires, comparativement à moins de la moitié (48 %) de ceux ayant participé moins souvent. Le taux d’obtention d’un diplôme d’études secondaires dans les délais prévus pour ceux qui ont participé à des activités artistiques était de 72 %, et de 80 % pour ceux qui ont déclaré participer à des activités de club.

Cette association entre les activités parascolaires et l’obtention d’un diplôme d’études secondaires dans les délais prévus, même si elle est conforme aux résultats des recherches antérieures, pourrait refléter les caractéristiques et le milieu de ceux qui participent. Par exemple, les élèves plus susceptibles de participer à des activités parascolaires ont peut-être des notes plus élevées et sont peut-être moins susceptibles de manquer des cours, deux facteurs qui comportent une corrélation étroite avec l’obtention d’un diplôme d’études secondaires (voir le tableau A.1 pour une liste complète des rapports de corrélation entre les variables explicatives et l’obtention d’un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans).

Afin de vérifier si les conclusions relatives à la participation à des activités parascolaires sont les mêmes lorsque des facteurs additionnels qui influencent l’obtention d’un diplôme d’études secondaires sont pris en compte simultanément, on a effectué une analyse multivariée dont les résultats sont présentés sous forme de probabilités prédites. Une probabilité de 1 devrait être interprétée comme une chance égale à 100 % d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans, tandis qu’une probabilité de 0 indique une chance égale à 0 %.

Les résultats de ces modèles appuient l’hypothèse selon laquelle la participation à des activités parascolaires, et particulièrement certains types d’activités, est associée à une probabilité plus grande d’obtenir un diplôme d’études secondaires dans les délais prévus. De façon plus particulière, les femmes des Premières Nations vivant hors réserve qui participaient à des activités parascolaires de groupes ou de clubs au moins une fois par semaine avaient une probabilité prédite plus élevée, soit 77 %, d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans, comparativement à 58 % de celles qui avaient une participation moins qu’hebdomadaire, même après la prise en compte de la réussite scolaire et de l’engagement à l’école, des caractéristiques familiales et des pairs et de l’environnement scolaire (tableau 1).

Toutefois, du point de vue de la participation aux activités sportives pour les femmes, il n’y avait pas de différence significative dans la probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans, contrairement à l’effet constaté au niveau des corrélations simples. Cela laisse supposer que le rapport positif entre la participation à des activités sportives et l’obtention d’un diplôme d’études secondaires parmi les femmes des Premières Nations vivant hors réserve était le résultat d’autres facteurs liés à la réussite scolaire, à la famille et aux pairs.

Tableau 1
Probabilités prédites d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans, Premières Nations âgées de 18 à 24 ans, vivant hors réserve, 2012
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Probabilités prédites d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans Femmes et Hommes, calculées selon probabilités prédites unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  Femmes Hommes
probabilités prédites
Activités parascolairesNote 1  
Participation à des activités sportives  
Participation moins qu’hebdomadaire (réf.) 0,632 0,550
Participation hebdomadaire 0,634 0,681Note *
Participation à des activités artistiques  
Participation moins qu’hebdomadaire (réf.) 0,638 0,578
Participation hebdomadaire 0,619 0,743Note *
Participation à des activités de clubs  
Participation moins qu’hebdomadaire (réf.) 0,584 0,610
Participation hebdomadaire 0,768Note * 0,689
Réussite scolaire et engagement à l’écoleNote 1  
Moyenne générale des notes  
A ou B 0,713Note * 0,689Note *
C ou moins (réf.) 0,402 0,506
Ne sait pas 0,336 0,400
Absentéisme scolaire  
N’a pas manqué de cours ou n’est pas arrivé en retard souvent (réf.) 0,642 0,643
A souvent manqué des cours ou est souvent arrivé en retard 0,556 0,498
Occupait un emploi  
Ne travaillait pas (réf.) 0,468 0,564
Une à trois fois par semaine 0,714Note * 0,683
Quatre fois ou plus par semaine 0,733Note * 0,666
Caractéristiques familiales  
Vivait à temps plein avec au moins un membre de la familleNote 1  
Non (réf.) 0,379 0,463
Oui 0,690Note * 0,644
Frères et sœurs qui ont décroché de l’école  
Non (réf.) 0,675 0,703
Oui 0,571 0,451Note *
Niveau de scolarité de la mère  
Niveau inférieur à un diplôme d’études secondaires (réf.) 0,510 0,437
Diplôme d’études secondaires ou niveau de scolarité plus élevé 0,693Note * 0,679Note *
Ne sait pas 0,269 0,393
Participation des parents à l’écoleNote 1  
Non (réf.) 0,623 0,567
Oui 0,636 0,642
Antécédents familiaux de fréquentation d’un pensionnat  
Non (réf.) 0,758 0,691
Oui 0,567Note * 0,539Note *
Non déclaré 0,626 0,711
Caractéristiques des pairs et de l’écoleNote 1  
Aspirations et comportements à risque des pairs  
Aspirations élevées/faible risque (réf.) 0,695 0,795
Faibles aspirations/faible risque 0,546 0,581
Faibles aspirations/risque élevé 0,602 0,460Note *
Aspirations élevées/risque élevé 0,608 0,632Note *
Environnement scolaire positif  
Faible (réf.) 0,484 0,575
Moyen 0,622 0,580
Élevé 0,790Note * 0,680
Taille de l’échantillon pondéré 27 877 23 993

Les résultats pour les hommes diffèrent quelque peu. Dans ce cas, même une fois les autres variables prises en compte, les résultats montrent que la participation à des sports parascolaires, ainsi qu’à des activités artistiques ou à des activités théâtrales et musicales, demeure un facteur explicatif important de l’obtention d’un diplôme d’études secondaires.

Ainsi, les hommes des Premières Nations âgés de 18 à 24 ans vivant hors réserve qui participaient à des sports au moins une fois par semaine avaient une probabilité plus élevée d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans que ceux qui ne participaient pas ou qui y participaient moins d’une fois par semaine (68 % comparativement à 55 %). Parallèlement, les hommes qui participaient à des activités artistiques, ou à des activités théâtrales et musicales parascolaires au moins une fois par semaine avaient une probabilité plus élevée d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans (74 % comparativement à 58 %). La participation à des activités de clubs ou de groupes n’était pas associée à une probabilité plus grande d’obtenir un diplôme d’études secondaires pour les hommes des Premières Nations, une fois tous les autres facteurs pris en compte.

Dans le modèle multivarié, les variables relatives aux caractéristiques des élèves, de la famille, des pairs et de l’environnement scolaire sont incluses pour tenir compte d’autres facteurs (que les activités parascolaires) qui peuvent influencer la probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans. Ces variables et leurs effets sont décrits de façon détaillée ci-après.

Réussite scolaire et engagement à l’école

L’un des facteurs explicatifs les plus couramment étudiés de l’obtention d’un diplôme d’études secondaires est la réussite scolaire, y compris les notes globalesNote 21. En outre, les recherches sur la population autochtone ont démontré que les femmes et les hommes qui ont obtenu un diplôme d’études secondaires étaient particulièrement susceptibles de déclarer principalement des A et des BNote 22.

Les résultats de la présente analyse montrent que les notes globales au cours de la dernière année d’école comportent une association significative avec l’obtention d’un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans. Parmi les femmes des Premières Nations vivant hors réserve qui ont déclaré avoir des A et des B, la probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires était de 71 %, comparativement à 40 % pour celles qui ont déclaré des C ou des notes plus faibles. Des résultats semblables s’appliquent aux hommes des Premières Nations, la probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires étant de 69 % pour ceux ayant des A et des B, comparativement à 51 % pour ceux déclarant des C ou des notes plus faibles (tableau 1).

Un indicateur important ayant été lié au décrochage, tant chez les non-Autochtones que chez les Autochtones, est l’absentéisme scolaireNote 23. Des comportements comme manquer des cours ou arriver en retard à l’école indiquent qu’un étudiant n’est pas très engagé à l’école. Toutefois, une fois tous les facteurs pris en compte, la probabilité plus faible associée à l’absentéisme n’est pas significative, probablement parce que l’absentéisme a aussi tendance à être lié à des facteurs comme la réussite scolaire.

Parmi les autres activités étudiantes pouvant exercer un lien avec la performance scolaire, de même qu’avec le décrochage, figure le fait d’occuper un emploi tout en fréquentant l’écoleNote 24. Les résultats de la présente étude montrent que pour les femmes des Premières Nations âgées de 18 à 24 ans vivant hors réserve, le fait de travailler comportait une association positive avec l’obtention d’un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans.

De façon plus particulière, la probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires était de 71 % pour les femmes qui avaient travaillé d’une à trois fois par semaine et de 73 % pour celles qui avaient travaillé quatre fois ou plus par semaine, comparativement à 47 % pour les femmes qui n’avaient pas travaillé pendant qu’elles fréquentaient l’école. Chez les hommes, toutefois, le fait de travailler pendant les études n’avait pas d’effet significatif sur l’obtention d’un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans.

Caractéristiques familiales

Nombre des facteurs individuels des élèves qui peuvent avoir des répercussions sur les résultats scolaires sont souvent façonnés par les milieux dans lesquels les élèves évoluent. La famille et les relations familiales sont des facteurs importants qui peuvent influencer les élèves et les résultats qu’ils obtiennent à l’école, y compris l’obtention d’un diplôme d’études secondaires.

Par exemple, il a été démontré que la situation dans le ménage est un facteur influant sur l’obtention d’un diplôme d’études secondaires. Dans le cas des Premières Nations, le fait de vivre à temps plein avec un membre de la famille était associé à l’obtention d’un diplôme d’études secondairesNote 25.

Plus spécifiquement, la probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans était de 69 % pour les femmes qui vivaient à temps plein avec au moins un membre de leur famille pendant leur dernière année d’école, comparativement à 38 % de celles qui ne vivaient pas à temps plein avec un membre de la famille. Contrairement à l’effet observé pour les femmes, cette variable n’était pas significative pour les hommes des Premières Nations, une fois les autres variables prises en compte (tableau 1).

Les élèves ayant des frères et sœurs qui avaient décroché sont aussi plus susceptibles d’abandonner l’école sans diplômeNote 26. Même si l’effet négatif d’avoir un frère ou une sœur ayant abandonné l’école secondaire n’était pas significatif dans le cas des femmes des Premières Nations, la probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans était significativement plus faible dans le cas des hommes des Premières Nations qui étaient dans la même situation (45 % comparativement à 70 % pour ceux qui n’avaient pas de frère ou de sœur ayant abandonné l’école avant d’avoir terminé ses études).

Il a été démontré que le niveau de scolarité des parents comportait une corrélation étroite avec celui de leurs enfants. La scolarité des parents peut influencer le développement de l’enfant, sa motivation et ses aspirations en matière d’études, ce qui donne souvent lieu à des taux plus élevés d’obtention d’un diplôme d’études secondaires et de fréquentation d’un établissement postsecondaireNote 27. Tant pour les femmes des Premières Nations vivant hors réserve que pour les hommes, les résultats montrent que le fait d’avoir une mère ayant au moins un diplôme d’études secondaires est un facteur importantNote 28. Les femmes des Premières Nations vivant hors réserve dont les mères avaient un diplôme d’études secondaires ou un niveau plus élevé de scolarité affichaient une probabilité de 69 % de terminer des études secondaires, comparativement à 51 % pour celles dont les mères n’avaient pas de diplôme d’études secondaires, une fois les autres facteurs pris en compte. La probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires dans les délais prévus est aussi significativement plus élevée pour les hommes dont les mères avaient au moins un diplôme d’études secondaires (68 % comparativement à 44 %)Note 29.

Parmi les autres facteurs importants figurent la participation des parents et son association avec l’obtention d’un diplôme d’études secondaires. La participation des parents est importante parce qu’elle montre aux enfants et aux jeunes que les parents s’intéressent à leur développement et à leur bien-être, et cette participation peut être particulièrement importante dans les foyers défavorisés au niveau économiqueNote 30. Des recherches ont démontré que les finissants d’études secondaires sont largement plus susceptibles que ceux qui n’ont pas terminé d’études secondaires de déclarer une plus grande participation de leur famille à l’écoleNote 31. Dans la présente étude, toutefois, les résultats ne montrent pas d’association significative entre la participation des parents et l’obtention d’un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans, une fois toutes les autres variables prises en compte.

Les antécédents de fréquentation d’un pensionnat dans la famille sont un autre facteur familial potentiel pour les élèves des Premières Nations, qui peut avoir des répercussions sur les résultats scolaires à long terme. Les pensionnats, qui étaient souvent dirigés par des églises en partenariat avec le gouvernement fédéral, ont existé au Canada de 1830 jusque dans les années 1990Note 32. Au cours de cette période, on estime qu’environ 150 000 enfants des Premières Nations, Métis et Inuits ont été retirés de leurs familles et souvent éloignés de leurs collectivités pour fréquenter ces écolesNote 33. Il se peut que le système de pensionnat n’ait pas eu que des répercussions sur ceux qui ont été forcés de le fréquenter, mais qu'il ait pu aussi avoir un effet sur de nombreuses générations de Premières Nations et leurs enfantsNote 34. Des recherches ont démontré que ce facteur est statistiquement lié aux résultats qu’obtiennent les enfants autochtones à l’école. Par exemple, parmi les enfants des Premières Nations vivant hors réserve, le fait d’avoir des parents qui ont fréquenté des pensionnats était associé à un plus faible niveau de réussite à l’écoleNote 35.

Les résultats de la présente analyse montrent que des antécédents familiaux de fréquentation d’un pensionnat diminuent la probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans pour les femmes des Premières Nations. La probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires était de 57 % pour les femmes dont un membre de la famille avait déjà fréquenté un pensionnat, comparativement à 76 % pour celles qui n’avaient pas de tels antécédents. Les résultats sont semblables pour les hommes des Premières Nations vivant hors réserve, la probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans étant de 69 % pour ceux n’ayant pas d’antécédents familiaux de fréquentation d’un pensionnat, comparativement à 54 % pour ceux ayant des antécédents de ce genre.

Caractéristiques des pairs et de l’école

Outre la famille, les amis peuvent aussi exercer une influence importante sur les élèves. Par exemple, il a été démontré que le fait d’avoir des amis qui manquent des cours, qui ont une réputation de mauvais comportement ou qui ont décroché de l’école augmente la probabilité qu’une personne n’obtienne pas de diplôme d’études secondaires. De même, le fait d’avoir des amis qui ont des aspirations scolaires élevées est associé à l’obtention d’un diplôme d’études secondairesNote 36.

Les hommes des Premières Nations vivant hors réserve dont les amis avaient de faibles aspirations scolaires et des comportements à risque élevé avaient une probabilité plus faible d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans que la catégorie de référence (46 % comparativement à 80 %). Parmi les femmes, cependant, les caractéristiques des pairs n’avaient pas d’influence significative lorsque les autres variables étaient prises en compte.

Enfin, les recherches ont démontré que l’environnement scolaire exerce également une influence sur les élèves. Plus particulièrement, une perception positive par rapport à l’environnement scolaire semble être associée à l’obtention d’un diplôme d’études secondairesNote 37. Cette constatation s’applique dans le cas des femmes. La probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans était de 79 % pour les femmes des Premières Nations vivant hors réserve qui déclaraient un environnement scolaire très positif, comparativement à 48 % pour celles déclarant un environnement scolaire peu positif. Toutefois, l’association entre un environnement scolaire positif et l’obtention d’un diplôme d’études secondaires dans les délais prévus n’était pas significative dans le cas des hommes des Premières Nations.


Conclusion

Au cours des dernières décennies, le niveau de scolarité des élèves autochtones s’est amélioré; toutefois, certains d’entre eux n’obtiennent toujours pas de diplôme d’études secondaires. Étant donné que le fait de ne pas avoir de diplôme d’études secondaires est souvent associé à de moins bons résultats économiques et sociaux, les recherches qui portent sur les facteurs liés à l’obtention d’un diplôme d’études secondaires sont importantes pour les individus et la société en général.

Des recherches ont démontré que de nombreux facteurs peuvent avoir des répercussions sur l’obtention d’un diplôme d’études secondaires, comme les notes obtenues, l’absentéisme scolaire, le niveau de scolarité des parents et les relations avec les pairs. Pour certains, toutefois, d’autres facteurs peuvent aussi avoir des répercussions sur l’obtention d’un diplôme d’études secondaires. La présente étude était axée sur la participation à des activités parascolaires parmi les Premières Nations âgées de 18 à 24 ans vivant hors réserve, et plus particulièrement l’effet que peut avoir la participation à des activités sportives et artistiques et à des clubs, à l’intérieur et à l’extérieur de l’école, sur l’obtention d’un diplôme d’études secondaires.

Dans le cas des jeunes femmes des Premières Nations vivant hors réserve, la participation hebdomadaire à des activités de club augmentait la probabilité d’obtenir un diplôme d’études secondaires au plus tard à 18 ans. Pour les hommes, la participation à des activités sportives et artistiques augmentait aussi cette probabilité.

Ces résultats demeurent significatifs, même en présence des analyses multivariées utilisées pour tenir compte d’autres variables qui sont souvent associés à l’obtention d’un diplôme d’études secondaires, à savoir les facteurs scolaires, comme les notes et la participation scolaire, les caractéristiques familiales, comme l’influence des parents et des frères et sœurs, et les antécédents familiaux de fréquentation d’un pensionnat, ainsi que les caractéristiques des pairs et de l’école, comme les aspirations des pairs et l’environnement scolaire. Ces constatations laissent supposer que la participation à des activités parascolaires peut encourager l’attachement à l’école et empêcher les élèves d’abandonner l’école sans diplôme. Toutefois, il est aussi possible que d’autres facteurs non observés, comme la motivation et les aspirations des élèves, soient liés à la participation à des activités parascolaires, qui à leur tour peuvent expliquer le rapport positif entre ces activités et l’obtention d’un diplôme d’études secondaires.

Paula Arriagada est analyste de recherche à la Division de la statistique sociale et autochtone de Statistique Canada.

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