Différences dans les lieux d'études des immigrants ayant effectué des études universitaires

par Darcy Hango, Lynn Hamilton, Sarah Jane Ferguson et John Zhao

[Communiqué dans Le Quotidien] [Article intégral en PDF]

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Début de l'encadré

Aperçu de l’étude

Le présent article examine les différences dans le lieu des études des immigrants adultes âgés de 25 à 64 ans ayant étudié à l’université (c.-à-d. ayant au moins un baccalauréat). Les résultats sont présentés par période d’immigration (avant 1990, années 1990 et années 2000), et les facteurs liés au lieu des études de la dernière cohorte d’immigrants (c.-à-d. ceux qui ont immigré en 2000 ou plus tard) sont examinés plus en détail.

  • En 2011, 75 % des immigrants diplômés universitaires avaient obtenu leur diplôme le plus élevé à l’extérieur du Canada, alors que 25 % avaient reçu leur diplôme le plus élevé au pays. Des 75 % titulaires d’un diplôme étranger, 64 % l’ont obtenu dans leur pays de naissance et 11 %, dans un pays tiers (c.-à-d. ni leur pays de naissance, ni le Canada).
  • Des 1,3 million d’immigrants diplômés universitaires âgés de 25 à 64 ans, près de 750 000 sont arrivés au pays en 2000 ou après. Parmi ces « nouveaux immigrants», 83 % avaient obtenu leur diplôme le plus élevé à l’extérieur du Canada, et 17 %, au Canada.
  • De tous les nouveaux immigrants ayant un diplôme universitaire et venant d’un des 12 principaux pays d’origine, ceux des Philippines étaient les plus susceptibles d’avoir obtenu leur diplôme dans leur pays de naissance (95 %). En revanche, les immigrants de Chine et d’Iran étaient les moins susceptibles d’avoir obtenu leur diplôme le plus élevé dans leur pays de naissance (68 %).
  • De tous les nouveaux immigrants ayant un diplôme universitaire et venant d’un des 12 principaux pays d’origine, ceux de la France (23 %) et de l’Algérie (13 %) étaient les plus susceptibles d’avoir reçu leur diplôme le plus élevé au Québec, ce qui illustre les liens étroits entre la langue et le lieu des études.
  • Des différences concernant les lieux des études des immigrants en fonction de leur pays d’origine persistent pour les nouveaux immigrants, même en tenant compte d’autres facteurs explicatifs tels que la langue maternelle, le sexe, le domaine d’études et le type de diplôme.

Fin de l'encadré

Introduction

Selon les résultats de l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011, les immigrants représentent 21 % de la population totale du Canada et, parmi ceux qui ont immigré au Canada entre 2001 et 2011, 41 % détiennent un baccalauréat ou un diplôme supérieurNote 1. Pourtant, les immigrants sont moins susceptibles d’avoir un emploi que les personnes nées au CanadaNote 2, et ceux qui ont un emploi sont plus susceptibles d’être surqualifiés pour le poste qu’ils occupentNote 3. Ils sont aussi moins susceptibles d’occuper un emploi correspondant à leur domaine d’étudesNote 4. La mesure dans laquelle ces désavantages touchent les immigrants dépend de la durée de leur séjour au Canada, les immigrants établis depuis plus longtemps (c.-à-d. ceux qui vivent au Canada depuis 10 ans ou plus) affichant des taux d’emploiNote 5 et des taux de concordance études-emploiNote 6 plus élevés que les immigrants qui vivent au Canada depuis moins longtemps.

D’autres chercheurs ont observé un recul des gains dans les cohortes successives d’immigrants au cours des dernières décennies et une hausse des taux de faible revenu depuis les années 1980Note 7. Plusieurs facteurs expliquant l’évolution défavorable des résultats économiques des immigrants ont été soulignés, y compris le changement de la composition de la population des immigrants, qui provenaient traditionnellement d’Europe ou des États-Unis et qui viennent de plus en plus d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, et les changements connexes réels et perçus dans la langue, l’origine raciale/ethnique et la culture des immigrants, ainsi que la qualité et la pertinence de leurs études pour le marché du travail canadienNote 8. D’autres facteurs comprennent le déclin du taux de rendement de l’expérience de travail acquise avant l’immigration et les conditions défavorables du marché du travail pour les nouveaux travailleurs, qu’ils soient nés au Canada ou immigrants.

Bon nombre de facteurs ont été recensés comme étant importants pour la réussite de l’intégration des immigrants au Canada sur le marché du travail. Plusieurs chercheurs ont notamment retenu le lieu d’obtention du diplôme le plus élevé comme un facteur déterminant. Leurs recherches montrent que les titres de compétence des immigrants ayant obtenu leur diplôme le plus élevé au Canada sont aussi transférables et comparables sur le marché que ceux de leurs homologues nés au CanadaNote 9. D’autres études menées dans d’autres pays tirent généralement des conclusions semblables : les immigrants ayant obtenu leur diplôme à l’étranger réussissent moins bien sur le marché du travail que ceux qui ont obtenu leur diplôme dans leur pays d’accueilNote 10.

À l’aide des données de l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM), la présente étude fournit un portrait du lieu des études des diplômés universitaires nés à l’étranger chez les immigrants adultes âgés de 25 à 64 ans et ayant immigré au Canada à l’âge de 17 ans ou plus (voir la section Sources de données, méthodes et définitions). Dans la première section de l’article, des analyses descriptives présentent le lieu des études des immigrants diplômés universitaires selon diverses caractéristiques, tout en portant une attention particulière au pays d’origine. Dans la deuxième section, pour donner suite à la première analyse et à l’aide d’analyses multivariées pour tenir compte d’autres facteurs explicatifs, les auteurs visent à déterminer si les différences selon le pays d’origine en ce qui concerne le lieu des études des nouveaux immigrants persistent lorsque tous les facteurs sont pris en considération dans un modèle probabiliste. Les nouveaux immigrants ont été choisis car ils représentent le groupe le plus pertinent sur le plan des politiques en matière d’éducation et de marché du travail. En outre, les immigrants diplômés universitaires sont majoritairement de nouveaux immigrants au Canada.

Où les immigrants universitaires obtiennent-ils leurs diplômes?

Les lieux des études des immigrants diplômés universitaires peuvent être regroupés en deux grandes catégories : 1) à l’extérieur du Canada et 2) au Canada. Ces deux catégories peuvent ensuite être divisées en quatre composantes : 1) pays de naissance de l’immigrant, 2) pays tiers (c.-à-d. ni le pays de naissance, ni le Canada), 3) Québec et 4) reste du Canada. Les études au Canada sont séparées en deux catégories (Québec et reste du Canada), en grande partie à cause des différents pays d’origine des immigrants, de leur langue maternelle et des résultats sur le marché du travail qui peuvent différer selon que les diplômes ont été obtenus au Québec ou ailleurs au CanadaNote 11. Il importe de souligner que tous les pays tiers sont regroupés, même s’ils peuvent comprendre un mélange hétérogène de pays industrialisés et moins industrialisés, ainsi que des origines linguistiques et des systèmes d’éducation différents.

En 2011, les trois quarts des immigrants diplômés universitaires au Canada avaient obtenu leur diplôme le plus élevé à l’extérieur du Canada — 64 % dans leur pays de naissance et 11 % dans un pays tiers (graphique 1). Environ le quart d’entre eux avaient obtenu leur diplôme au Canada, dont 6 % au Québec et 19 % ailleurs au Canada. Toutefois, ces proportions peuvent varier selon les caractéristiques des immigrants, notamment selon des facteurs comme la période d’immigration et le pays d’origine. Ces facteurs sont présentés en détail dans les sections qui suivent.

Graphique 1 article 14221

Description du graphique 1

Immigrants diplômés universitaires et période d’immigration

De tous les adultes immigrants diplômés universitaires du Canada en 2011 (ce qui représente environ 1,3 million de personnes âgées de 25 à 64 ans), environ 6 sur 10 sont arrivés au pays en 2000 ou après (graphique 2). Cette tendance reflète non seulement la hausse des niveaux de scolarité des populations plus jeunes, mais aussi les politiques d’immigration plus favorables, ou plus sélectives, à l’endroit des personnes ayant un niveau de scolarité plus élevéNote 12.

Graphique 2 article 14221

Description du graphique 2

On peut examiner la relation entre le lieu des études et le pays de naissance durant trois périodes d’immigration distinctes : 1) avant 1990, 2) 1990 à 1999 et 3) 2000 à 2011. Ceux qui ont immigré plus tôt sont plus susceptibles d’avoir obtenu leur diplôme au Canada. Plus précisément, 47 % des immigrants qui sont arrivés avant 1990 ont obtenu leur diplôme universitaire le plus élevé au Canada. Pour ceux qui sont arrivés dans les années 1990, ce pourcentage s’établissait à 28 %, alors que pour les nouveaux immigrants (arrivés en 2000 ou après), il s’établissait à 17 %.

La part d’immigrants diplômés universitaires ayant obtenu leur diplôme le plus élevé peut toutefois varier d’un pays d’origine à l’autre. L’examen de la composition de la population d’immigrants provenant des 12 principaux pays d’origine est révélateur. Pour chacune des trois périodes, ces 12 pays étaient la source de plus de 60 % de tous les immigrants diplômés universitaires au Canada.

Avant 1990, les immigrants diplômés universitaires provenaient principalement de l’Inde, suivie de près par les États-Unis et Hong Kong, lesquels comptaient pour 27 % de tous les immigrants diplômés universitaires durant cette période (tableau 1).

Tableau 1
Lieu des études des immigrants diplômés universitaires, selon le pays d'origine et la période d'immigration
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Lieu des études des immigrants diplômés universitaires Fréquence pondérée , Tous les immigrants de cette période, Lieu des études, À l'extérieur du Canada et Au Canada, calculées selon nombre et pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  Fréquence pondérée Tous les immigrants de cette période Lieu des études
À l'extérieur du Canada Au Canada
nombre pourcentage
Période d'immigration : avant 1990  
12 principaux pays d'origine  
1. Inde 19 590 9,6 75,7 24,3
2. États-Unis 18 590 9,1 55,7 44,3
3. Hong Kong 17 910 8,8 24,4 75,6
4. Royaume-Uni 16 480 8,1 51,8 48,2
5. Philippines 16 330 8,0 88,8 11,2
6. Pologne 9 530 4,7 77,6 22,4
7. Chine 8 400 4,1 40,1 60,0
8. Vietnam 6 150 3,0 27,1 72,9
9. Iran 5 120 2,5 51,1 48,9
10. France 3 900 1,9 41,8 58,2
11. Égypte 3 380 1,7 54,2 45,8
12. Liban 3 080 1,5 42,4 57,6
Tous les pays 203 970 100,0 52,7 47,3
Période d'immigration : années 1990  
12 principaux pays d'origine  
1. Chine 36 200 11,5 66,8 33,3
2. Inde 31 180 9,9 80,9 19,1
3. Philippines 30 560 9,7 90,4 9,6
4. Hong Kong 15 960 5,1 41,4 58,6
5. Pakistan 11 300 3,6 84,0 16,0
6. Iran 11 190 3,5 69,5 30,5
7. Fédération de Russie 10 190 3,2 89,0 11,0
8. Roumanie 10 170 3,2 79,6 20,4
9. Taïwan 8 870 2,8 77,9 22,1
10. Corée du Sud 8 770 2,8 82,1 17,9
11. Pologne 7 760 2,5 77,9 22,1
12. États-Unis 7 520 2,4 74,4 25,6
Tous les pays 315 790 100,0 71,8 28,2
Période d'immigration : années 2000  
12 principaux pays d'origine  
1. Chine 108 040 14,6 75,9 24,1
2. Inde 97 670 13,2 89,5 10,5
3. Philippines 78 670 10,6 96,4 3,6
4. Pakistan 32 970 4,4 87,8 12,2
5. Iran 27 790 3,7 79,3 20,7
6. Corée du Sud 21 990 3,0 86,6 13,4
7. Roumanie 18 730 2,5 84,1 15,9
8. États-Unis 17 820 2,4 84,1 15,9
9. Fédération de Russie 17 330 2,3 89,0 11,0
10. Algérie 15 640 2,1 86,1 13,9
11. Colombie 15 630 2,1 84,5 15,5
12. France 15 000 2,0 74,4 25,6
Tous les pays 742 070 100,0 83,5 16,5

Les lieux des études des immigrants arrivés avant 1990 étaient caractérisés par d’importantes différences selon le pays d’origine. Par exemple, près de 9 immigrants philippins sur 10 avaient obtenu leur diplôme à l’extérieur du Canada. Parmi les autres pays d’origine associés à une proportion relativement importante d’immigrants détenant un diplôme étranger, mentionnons la Pologne (78 %) et l’Inde (76 %). En revanche, les immigrants diplômés universitaires originaires de Hong Kong avaient la plus faible proportion de ceux ayant obtenu leur diplôme à l’étranger (24 %), suivis des immigrants originaires du Vietnam (27 %).

Durant les années 1990, les trois principaux pays d’origine des immigrants ont changé — la majorité venaient de Chine, et ensuite de l’Inde et des Philippines; les immigrants de ces trois pays représentaient 31 % de tous les immigrants diplômés universitaires durant cette période. Les États-Unis sont passés au douzième rang, alors que le Royaume-Uni — quatrième avant 1990 — ne figurait pas parmi les 12 principaux pays durant les années 1990Note 13. Parmi les 12 principaux pays d’origine, les Philippines sont demeurées le pays d’origine ayant la plus grande proportion d’immigrants avec un diplôme de l’extérieur du Canada (90 %), suivies de la Fédération de Russie (89 %) et du Pakistan (84 %). Des 12 pays d’origine, les immigrants de Hong Kong étaient toujours ceux qui avaient la plus faible proportion de diplômes obtenus à l’étranger (41 %), bien que cette proportion fût plus élevée que celle de leurs vis-à-vis qui sont arrivés au Canada avant 1990.

Durant la période d’immigration la plus récente (2000 ou après), les trois pays d’origine les plus importants sont demeurés la Chine, l’Inde et les Philippines. Près de 40 % de tous les immigrants diplômés universitaires arrivés durant cette période venaient de l’un de ces trois paysNote 14.

Le pays ayant la plus grande proportion d’immigrants diplômés à l’étranger était encore une fois les Philippines (96 %). À l’opposé, la France (74 %) et la Chine (76 %) détenaient les proportions les plus faibles. Néanmoins, les différences entre les 12 principaux pays d’origine étaient moindres que celles des années 1990 et d’avant 1990.

Dans les trois cohortes d’immigration, quatre pays se sont toujours trouvés dans la liste des 12 principaux pays d’origine : l’Inde, les Philippines, la Chine et l’Iran. Le nombre d’immigrants ayant un niveau de scolarité élevé arrivant au Canada en provenance de chacun de ces pays a augmenté au fil du temps, particulièrement en ce qui concerne la Chine, dont le nombre d’immigrants diplômés universitaires est passé de moins de 10 000 avant 1990 à plus de 100 000 dans les années 2000.

Pour les quatre pays, la cohorte la plus récente était celle qui affichait le pourcentage le plus élevé d’immigrants ayant obtenu leur diplôme à l’extérieur du Canada. Les variations entre les cohortes étaient moindres pour les Philippines — la proportion allait de 89 % avant 1990 à 96 % après 2000Note 15. Chez les immigrants chinois, en revanche, le taux allait de 40 % avant 1990 à 76 % après 2000. De telles différences pourraient indiquer qu’un séjour plus long au Canada est associé à une plus forte probabilité d’obtenir un diplôme canadienNote 16, mais elles pourraient aussi s’expliquer par des effets propres à la cohorte.

Toutefois, même dans la plus récente cohorte d’immigrants, les 12 principaux pays d’origine étaient toujours caractérisés par des différences importantes en ce qui concerne le lieu des études. Dans le reste du présent article, l’accent est mis sur la dernière cohorte d’immigrants (ceux qui sont arrivés en 2000 ou après), également appelés « nouveaux immigrants ». Comme un diplôme canadien constitue un élément clé pour l’intégration sur le marché du travail des nouveaux immigrants, et compte tenu du fait que les immigrants arrivés après 2000 représentent 59 % de la population totale des immigrants diplômés universitaires au Canada, l’examen des facteurs associés à la probabilité d’avoir un diplôme canadien est particulièrement important pour cette population.

Différences du lieu des études des nouveaux immigrants selon le pays d’origine

La présente section se penche sur la plus récente cohorte d’immigrants. Ceux-ci ont été répartis entre quatre lieux d’études selon que le diplôme le plus élevé a été obtenu au Canada ou à l’extérieur du Canada : 1) pays de naissance, 2) pays tiers autre que le Canada ou le pays de naissance, 3) Québec et 4) reste du Canada.

Des immigrants issus des 12 principaux pays d’origine dans les années 2000, ceux qui venaient des Philippines (le troisième pays d’origine en importance parmi les immigrants diplômés universitaires au Canada) étaient les plus susceptibles d’avoir fait leurs études à l’extérieur du Canada (96 %) — 95 % ayant étudié aux Philippines et 1 %, dans un pays tiers (tableau 2). En revanche, les immigrants en provenance de France étaient les moins susceptibles d’avoir étudié à l’extérieur du Canada (74 %) — 69 % avaient étudié en France et 5 %, dans un autre pays. Les immigrants diplômés universitaires arrivés au Canada depuis l’Inde et le Pakistan, les deuxième et quatrième principaux pays d’origine, respectivement, présentaient un profil relativement semblable à celui des Philippins en ce qui concerne le lieu des études — près de 90 % avaient obtenu leur diplôme le plus élevé à l’extérieur du Canada, la grande majorité dans leur pays de naissance. Fait à souligner, 76 % des immigrants chinois (le plus important groupe d’immigrants diplômés universitaires au Canada entre 2000 et 2011) avaient obtenu leur diplôme le plus élevé à l’extérieur du Canada — 68 % en Chine, et 8 % dans un pays tiers.

Tableau 2
Lieu des études des nouveauxNote for table 2 1 immigrants diplômés universitaires, selon le pays d'origine
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Lieu des études des nouveaux1 immigrants diplômés universitaires Pays de naissance, Pays tiers, Reste du Canada et Québec, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  Pays de naissance Pays tiers Reste du Canada Québec
pourcentage
12 principaux pays d'origine  
1. Chine 68,2 7,7 20,3 3,8
2. Inde 84,2 5,3 9,8 0,7
3. Philippines 95,3 1,2 3,5 0,1Note E: à utiliser avec prudence
4. Pakistan 78,2 9,6 11,3 0,9
5. Iran 68,2 11,0 17,0 3,7
6. Corée du Sud 79,8 6,8 12,1 1,4
7. Roumanie 80,7 3,4 6,9 9,1
8. États-Unis 81,4 2,6 12,5 3,5
9. Fédération de Russie 69,6 19,4 8,9 2,1
10. Algérie 74,0 12,1 1,0 12,8
11. Colombie 78,1 6,4 8,7 6,8
12. France 69,1 5,3 2,8 22,9
Tous les autres pays 61,5 18,6 12,9 7,0

Parmi les immigrants ayant étudié dans un pays tiers, ceux qui sont nés dans la Fédération de Russie étaient les plus susceptibles d’avoir obtenu leur diplôme dans un pays autre que leur pays de naissance ou le Canada (19 %). Cette forte proportion pourrait être attribuable en partie à la dissolution de l’URSS, qui a eu lieu en 1991. Autrement dit, certains de ces immigrants pourraient avoir étudié dans différentes républiques appartenant à l’ancienne URSS, qui sont maintenant des pays distinctsNote 17.

Les immigrants d’Algérie et d’Iran affichaient aussi une proportion plus élevée de diplômes obtenus dans un pays tiers (12 % et 11 %, respectivement). Plus des deux tiers des diplômés algériens ayant étudié dans un pays tiers ont obtenu leur diplôme le plus élevé en France avant d’immigrer au Canada, ce qui illustre l’importance probable de la langue sur le choix du lieu des études. Quant aux immigrants iraniens ayant étudié dans un pays tiers, ils ont le plus souvent obtenu leur diplôme aux États-Unis (27 %), suivis du Royaume-Uni (16 %) et de la France (9 %).

Des nouveaux immigrants ayant obtenu leur diplôme le plus élevé au Canada, 72 %Note 18 ont étudié dans une province autre que le Québec : l’Ontario était la province d’études la plus courante, suivie de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Le lieu des études au Canada choisi par les personnes nées à l’étranger semble être influencé par des critères linguistiques, puisque les immigrants en provenance de France et d’Algérie sont les plus nombreux à avoir étudié au Québec (23 % et 13 %, respectivement). Par ailleurs, les immigrants chinois avaient la proportion la plus élevée d’immigrants ayant étudié ailleurs au Canada (20 %)Note 19.

Lien entre langue maternelle et lieu des études

Plusieurs autres facteurs (déjà présents avant d’immigrer) peuvent aussi exercer une influence sur le choix du lieu des études. Parmi les variables mesurées par l’ENM pouvant influer sur le choix du lieu des études, on retrouve le sexe et la langue maternelle. Les hommes et les femmes diffèrent non seulement du point de vue de la fréquentation et de l’obtention d’un diplôme d’un établissement d’études postsecondaires dans le monde, mais aussi du point de vue de la propension à quitter leur pays de naissanceNote 20. La langue maternelle a aussi une incidence considérable sur le choix du lieu des études; de fait, les francophones sont plus susceptibles de choisir une destination dont ils connaissent la langue. De même, les anglophones sont plus susceptibles de choisir pour étudier un pays ou une région où l’anglais est la langue principale. Les immigrants dont la langue maternelle n’est ni l’anglais ni le français pourraient en revanche être plus susceptibles de demeurer dans leur pays de naissance pour faire leurs études.

Chez les nouveaux immigrants, la langue maternelle était associée de façon significative au lieu d’obtention du diplôme universitaire le plus élevé. Plus précisément, environ 24 % des immigrants dont la langue maternelle est le français ont étudié au Québec, alors que 2 % seulement des immigrants dont la langue maternelle est l’anglais ont étudié dans cette province (graphique 3). En revanche, environ 15 % des nouveaux immigrants dont la langue maternelle est l’anglais ont étudié dans une province autre que le Québec, alors que 4 % des immigrants francophones ont obtenu leur diplôme le plus élevé en dehors de cette province.

Graphique 3 article 14221

Description du graphique 3

En outre, les immigrants francophones semblent légèrement plus enclins à étudier dans un pays tiers, 17 % ayant obtenu leur diplôme le plus élevé dans un pays tiers, comparativement à environ 11 % de ceux dont la langue maternelle est l’anglais ou une autre langue. Les immigrants de langue maternelle française ayant obtenu leur diplôme dans un pays tiers ont principalement choisi la France (43 % d’entre eux). Il importe toutefois de garder à l’esprit que de tous les immigrants diplômés universitaires qui sont arrivés au Canada depuis 2000, 5 % se sont déclarés de langue maternelle française, alors que la grande majorité (81 %) avaient une langue maternelle autre que l’anglais ou le français.

En ce qui concerne les différences selon le sexe, parmi les nouveaux immigrants au Canada, les femmes étaient plus susceptibles que les hommes d’avoir étudié dans leur pays de naissanceNote 21. De plus, les hommes étaient légèrement plus susceptibles que les femmes d’avoir étudié au Canada ou dans un pays tiers.

Autres facteurs reliés au lieu des études

Parmi les autres facteurs qui pourraient influer sur le lieu des études des nouveaux immigrants et qui sont mesurables à partir des données de l’ENM, citons le type de diplôme universitaire obtenu (ou le niveau de scolarité le plus élevé, par exemple un baccalauréat, une maîtrise ou un doctorat) et le domaine d’études.

Le niveau de scolarité est un élément important pour la réussite sur le marché du travail tant pour les personnes nées au Canada que pour les immigrants. Une étude antérieure a montré que les immigrants ayant un diplôme universitaire supérieur à un baccalauréat ont obtenu un emploi adéquat (c.-à-d. qu’ils étaient plus susceptibles de trouver au Canada un emploi correspondant à leur niveau de scolarité et à leur objectif de carrière avant de migrer) plus rapidement que ceux qui ne détenaient qu’un baccalauréat. La principale raison est que les niveaux de scolarité supérieurs, qu’ils soient ou non nécessaires, sont plus valorisés par les employeurs; ce phénomène est peut-être plus important encore pour la population immigrante ayant étudié à l’extérieur du CanadaNote 22.

Chez les nouveaux immigrants, 79 % de ceux dont le diplôme le plus élevé était un baccalauréat ont obtenu leur diplôme dans leur pays de naissance, comparativement à 60 % des nouveaux immigrants dont le diplôme le plus élevé est une maîtrise ou un doctorat. De même, le cumul de diplômes d’études supérieures au baccalauréat est plus courant chez les immigrants qui ont étudié à l’extérieur de leur pays de naissance — que les diplômes supérieurs aient été obtenus au Canada ou dans un pays tiers.

Le domaine d’études choisi constitue également un élément important pour la réussite sur le marché du travail, puisque le revenu varie selon le domaine d’étudesNote 23. Les diplômés en sciences, technologies, génie, mathématiques et sciences informatiques (« STGM ») gagnent généralement plus que les diplômés en sciences humaines, en arts et en sciences sociales. En conséquence, il importe de tenir compte du domaine d’études dans lequel les immigrants ont obtenu leur grade le plus élevé.

Dans toute la cohorte des immigrants qui sont arrivés depuis 2000, le domaine d’études le plus courant est celui des affaires, de la gestion et de l’administration publique (22 %), et le moins courant, celui de l’éducation (5 %). Les autres domaines d’études importants chez les nouveaux immigrants étaient le génie (21 %) et les sciences humaines, les sciences sociales et le droit (19 %).

Les nouveaux immigrants dont le diplôme le plus élevé était dans le domaine des affaires, de la gestion et de l’administration publique étaient plus susceptibles d’avoir un diplôme canadien que ceux qui avaient un diplôme en mathématiques et informatique (graphique 4). Dans les deux cas, environ 1 sur 5 détenait un diplôme canadien. Ces deux domaines sont aussi ceux où l’on trouve les plus grandes proportions d’immigrants ayant étudié dans un pays tiers, tout comme ceux qui sont diplômés en sciences et technologies (13 % chacun). Les immigrants ayant un diplôme dans d’autres domaines d’études étaient plus susceptibles d’avoir étudié dans leur pays de naissance, avec des pourcentages au-delà de 75 %.

Graphique 4 article 14221

Description du graphique 4

Enfin, il existe un lien entre l’âge à l’immigration et le lieu des études. Comme il fallait s’y attendre, les immigrants arrivés à un plus jeune âge sont plus susceptibles d’avoir un diplôme canadien que ceux qui sont arrivés plus tardivement. Parmi les nouveaux immigrants qui sont arrivés au Canada entre 17 et 24 ans, presque la moitié (47 %) ont obtenu leur diplôme au Canada. Cette proportion diminuait ensuite à moins de un sur cinq (19 %) chez ceux ayant immigré entre 25 et 34 ans, et à moins de un sur dix (8 %) parmi ceux arrivés entre 35 et 44 ans.

De tels résultats sont compatibles avec l’idée selon laquelle les immigrants qui arrivent à un âge plus avancé sont moins susceptibles d’entreprendre des études post-secondaires au Canada, mais pourraient également refléter un effet de causalité inverse selon lequel le lieu des études peut aussi influer sur l’âge de l’immigration. En effet, plusieurs immigrants arrivent d’abord au Canada sur la base d’un permis d’études, et deviennent immigrants après avoir complété un diplôme au CanadaNote 24.

Les différences au chapitre du lieu des études selon le pays d’origine persistent  même en tenant compte d’autres facteurs

Dans les sections précédentes, on souligne qu’un certain nombre de facteurs peuvent influer sur le lieu des études des immigrants diplômés universitaires récemment arrivés au Canada. Dans la section qui suit, ces facteurs sont simultanément pris en compte dans un modèle de régression multinomiale et présentés comme effets marginaux — en d’autres termes, comme des différences dans les probabilités prédites entre la catégorie de référence et les autres catégories de chaque variable. Les variables incluses dans le modèle sont le pays de naissance, le sexe, la langue maternelle, le plus haut niveau de scolarité atteint et le domaine d’étudesNote 25. La variable dépendante, soit le lieu des études, compte quatre catégories selon que les répondants disent avoir obtenu leur diplôme d’études postsecondaires le plus élevé 1) dans leur pays de naissance, 2) dans un pays tiers, 3) au Canada dans une province autre que le Québec ou 4) au Québec. Tous les effets marginaux sont exprimés sous forme de différence par rapport à la catégorie de référence.

La majorité des résultats ajustés valident les résultats de l’analyse descriptive. Par exemple, les résultats confirment que les immigrants nés aux Philippines arrivés au Canada entre 2000 et 2011 étaient les plus susceptibles d’avoir étudié dans leur pays de naissance. Plus précisément, les immigrants philippins étaient plus susceptibles, dans une proportion de 26 points de pourcentage, que les immigrants chinois d’avoir obtenu leur diplôme le plus élevé dans leur pays d’origine avant de venir au Canada (tableau 3), pour une probabilité prédite globale de 95 % (comparativement à 69 % pour les immigrants chinois). Après les Philippins, les immigrants les plus susceptibles d’avoir étudié dans leur pays de naissance étaient les Français, les Indiens et les Américains, dont les probabilités ajustées s’établissaient à 20, 17 et 14 points de plus que les immigrants chinois, respectivement (soit des probabilités prédites de 89 %, 86 % et 83 %)Note 26. Des 12 principaux pays d’origine, seuls l’Iran et la Fédération de Russie ne présentaient pas des probabilités significativement différentes de celles de la Chine, ce qui indique que les immigrants provenant de ces trois pays étaient les moins susceptibles d’avoir obtenu un diplôme dans leur pays de naissance (toutes choses étant égales par ailleurs).

Tableau 3
Probabilité du lieu des études selon les caractéristiques des nouveauxNote du tableau 3 1 immigrants diplômés universitaires
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Probabilité du lieu des études selon les caractéristiques des nouveaux1 immigrants diplômés universitaires Lieu des études, Pays de naissance, Pays tiers, Reste du Canada et Québec, calculées selon effets marginaux unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  Lieu des études
Pays de naissance Pays tiers Reste du Canada Québec
effets marginaux
12 principaux pays d'origine  
1. Chine (réf.) Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
2. Inde 0,174Note * -0,026Note * -0,122Note * -0,027Note *
3. Philippines 0,260Note * -0,054Note * -0,174Note * -0,032Note *
4. Pakistan 0,124Note * 0,005 -0,104Note * -0,025Note *
5. Iran -0,001 0,028Note * -0,028Note * 0,001
6. Corée du Sud 0,098Note * 0,001 -0,079Note * -0,020Note *
7. Roumanie 0,113Note * -0,034Note * -0,132Note * 0,053Note *
8. États-Unis 0,140Note * -0,050Note * -0,126Note * 0,036Note *
9. Fédération de Russie 0,018 0,110Note * -0,114Note * -0,014Note *
10. Algérie 0,096Note * 0,049Note * -0,196Note * 0,051Note *
11. Colombie 0,087Note * -0,003 -0,115Note * 0,031Note *
12. France 0,203Note * -0,047Note * -0,166Note * 0,009Note *
Tous les autres pays -0,046Note * 0,098Note * -0,079Note * 0,026Note *
Sexe  
Hommes (réf.) Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
Femmes 0,028Note * -0,021Note * -0,003 -0,003Note *
Langue maternelle  
Anglais seulement -0,043Note * 0,011Note * 0,049Note * -0,017Note *
Français seulement -0,117Note * 0,066Note * -0,041Note * 0,092Note *
Autre (réf.) Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
Dilplôme universitaire le plus élevé  
Baccalauréat ou diplôme/certificat supérieur au baccalauréat 0,159Note * -0,105Note * -0,035Note * -0,018Note *
Diplôme en médecine / maîtrise / doctorat (réf.) Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
Domaine d'étudesNote du tableau 3 2  
Sciences et technologies -0,010Note * 0,000 0,013Note * -0,004Note *
Mathématiques et sciences informatiques -0,071Note * 0,020 0,048 0,003Note *
Génie (réf.) Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
Santé -0,009 -0,018Note * 0,035Note * -0,008Note *
Commerce, gestion et administration publique -0,103Note * 0,029Note * 0,060Note * 0,013Note *
Éducation -0,012 -0,012Note * 0,024Note * 0,000
Sciences humaines, sciences sociales et droit -0,005 -0,005Note * 0,014Note * -0,004Note *
Autre -0,010 0,007 0,001 0,002

En revanche, les immigrants chinois demeurent les plus susceptibles d’avoir un diplôme obtenu dans une province canadienne autre que le Québec, tel qu’indiqué par une probabilité prédite de 21 %. Les immigrants de tous les autres principaux pays d’origine étaient moins susceptibles que ceux provenant de Chine d’avoir étudié dans une province canadienne autre que le Québec, particulièrement ceux venant d’Algérie (la probabilité qu’un immigrant algérien ait étudié dans une province canadienne autre que le Québec était presque nulle), des Philippines et de France.

Cependant, contrairement à ce que semblaient indiquer les résultats descriptifs ci-dessus, les immigrants algériens étaient les plus susceptibles d’avoir étudié au Québec (de même que les immigrants roumains). Par exemple, chez les immigrants algériens, la probabilité prédite d’avoir étudié au Québec — même en tenant compte d’autres facteurs comme la langue — était d’environ 8 %Note 27. Selon les résultats du modèle, les immigrants français étaient significativement moins susceptibles d’avoir obtenu un diplôme au Québec que ne l’indiquait l’analyse descriptive (selon laquelle 23 % des nouveaux immigrants français avaient obtenu leur diplôme au Québec, comparativement à une probabilité prédite de 4 % selon le modèle multivarié). Cela semble indiquer que pour les immigrants français, la langue est probablement un facteur dominant dans le choix du lieu des études.

Les différences restantes entre les pays d’origine peuvent découler de circonstances qui ne peuvent pas être mesurées à l’aide des données d’enquête. Ces facteurs peuvent comprendre des effets propres au pays, d’autres caractéristiques individuelles non mesurées par les données d’enquête, ou l’effet des mesures d’incitation mises en œuvre par les programmes d’immigration, par exemple. Les résultats tendent tout de même à confirmer que tous les pays ne sont pas nécessairement égaux lorsqu’il s’agit des diplômes souvent jugés nécessaires pour intégrer le marché du travail canadien.

Les autres facteurs associés au lieu des études ont aussi une importance significative

Comme le montraient les résultats descriptifs, les immigrants de langue maternelle française sont plus susceptibles que ceux de langue maternelle anglaise ou autre d’obtenir leur diplôme le plus élevé au Québec. Les immigrants dont la langue maternelle n’est ni l’anglais ni le français (environ 80 % de l’échantillon) étaient plus susceptibles d’avoir obtenu leur diplôme dans leur pays de naissance, et les immigrants anglophones étaient plus susceptibles d’avoir obtenu leur diplôme dans une province canadienne autre que le Québec. Ces tendances font ressortir les préférences sociolinguistiques des immigrants quant au choix du lieu d’obtention du diplôme le plus élevé.

Les femmes ayant immigré au Canada en 2000 ou après avaient une probabilité légèrement plus élevée d’avoir obtenu un diplôme dans leur pays de naissance, soit d’environ 3 points de pourcentage de plus que les immigrants de sexe masculin. En revanche, les immigrantes avaient une probabilité plus faible que les immigrants d’avoir obtenu un diplôme dans un pays tiers. Les autres différences selon le sexe étaient relativement faibles.

Comparativement aux nouveaux immigrants ayant obtenu un diplôme d’études supérieuresNote 28, ceux qui ne détenaient qu’un baccalauréat étaient plus susceptibles d’avoir obtenu leur diplôme dans leur pays de naissance, l’écart étant d’environ 16 points de pourcentage. En revanche, les immigrants qui n’avaient qu’un baccalauréat étaient moins susceptibles de l’avoir obtenu dans un pays tiers que leurs homologues ayant un diplôme d’études supérieures, l’écart étant de près de 11 points de pourcentage. Cela semble indiquer que les nouveaux immigrants sont plus susceptibles d’obtenir leur diplôme de baccalauréat dans leur pays de naissance et d’obtenir un diplôme d’études supérieures ailleurs que dans leur pays de naissance.

Enfin, les résultats montrent certaines différences entre le génie et les autres domaines d’études pour ce qui est du choix du lieu d’obtention du diplôme le plus élevé. Par exemple, les diplômés en génie avaient une probabilité plus élevée d’environ 7 et 10 points de pourcentage d’avoir étudié dans leur pays de naissance que les diplômés ayant étudié en mathématiques et informatique et dans un programme lié au domaine des affaires.

Conclusion

Au Canada, les immigrants représentent une part croissante de la population active, de sorte qu’il est primordial de comprendre les enjeux liés à une meilleure intégration des immigrants sur le marché du travail. Le lieu où les immigrants obtiennent leur diplôme, en particulier, influe sur les résultats sur le marché du travail canadien. En effet, ceux qui obtiennent leur diplôme à l’extérieur du Canada sont souvent moins bien rémunérés et moins susceptibles d’obtenir un poste correspondant bien à leur niveau de scolarité et à leur domaine d’études. En conséquence, il importe de savoir où les immigrants obtiennent leur diplôme le plus élevé.

La présente étude montre que 75 % des immigrants diplômés universitaires au Canada ont obtenu leur diplôme à l’extérieur du pays — 64 % dans leur pays de naissance et 11 % dans un pays tiers. Parmi les immigrants arrivés au Canada depuis 2000, la proportion de ceux qui ont obtenu leur diplôme le plus élevé à l’extérieur du Canada est encore plus grande (84 %). La distribution des diplômes obtenus n’est toutefois pas répartie également, certains groupes comportant une part disproportionnée d’immigrants formés à l’étranger. Les variations selon le pays de naissance sont particulièrement marquées même chez les nouveaux immigrants, les ressortissants de certains pays étant beaucoup plus susceptibles d’avoir étudié dans leur pays de naissance (par exemple les immigrants philippins), alors que ceux d’autres pays (comme la Chine) sont plus susceptibles d’avoir étudié au Canada.

Comme les pays d’origine des immigrants au Canada ont changé au fil du temps et que les nouveaux immigrants sont ceux qui sont le plus susceptibles d’éprouver des difficultés à s’intégrer sur le marché du travail, la présente étude visait à déterminer s’il y avait des différences entre les lieux d’études des nouveaux immigrants en fonction du pays d’origine — compte tenu d’un éventail d’autres facteurs comme la langue maternelle, le sexe, le domaine d’études et le type de diplôme obtenu. Dans la plupart des cas, les résultats de l’analyse multivariée révèlent que même lorsqu’on tient compte des autres facteurs, des différences persistent entre les lieux des études selon le pays d’origine. L’analyse confirme en outre que le choix du lieu des études pour l’obtention du diplôme le plus élevé est également lié à la langue maternelle. Les immigrants de langue maternelle française sont plus susceptibles d’étudier au Québec; les immigrants dont la langue maternelle est l’anglais sont plus susceptibles d’étudier dans une province canadienne autre que le Québec; et les immigrants dont la langue maternelle n’est ni le français, ni l’anglais sont plus susceptibles d’étudier dans leur pays de naissance. D’autres facteurs, comme le sexe et le domaine d’études, semblent avoir une incidence moindre mais néanmoins significative sur le choix du lieu des études des nouveaux immigrants.

Darcy Hango est chercheur avec l’équipe de Regards sur la société canadienne, Lynn Hamilton est analyste à la Division de la statistique du revenu, Sarah Jane Ferguson est analyste principale et John Zhao est chef de la Section de l’analyse et des projets spéciaux de la Division du tourisme et du Centre de la statistique de l’éducation à Statistique Canada.

Notes

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