Changements récents dans les tendances démographiques au Canada

par Laurent Martel

[Communiqué dans Le Quotidien] [Article intégral en PDF]

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Début de l'encadré

Aperçu de l’étude

La croissance démographique du Canada masque des tendances qui sont très différentes d’une région à l’autre. Avec l’aide de plusieurs sources de données, incluant les projections démographiques et les projections de la diversité les plus récentes de Statistique Canada, cet article fournit un exposé général de ces tendances et explique de quelle façon celles-ci pourraient avoir un impact sur la structure par âge, la diversité et le poids relatif des régions du Canada au cours des décennies à venir.

  • Au cours de la période allant de 2011 à 2014, les trois provinces des Prairies (Alberta, Saskatchewan et Manitoba) ont toutes présenté une croissance démographique moyenne supérieure à la croissance nationale, ainsi que la croissance démographique la plus élevée parmi les provinces. Il s’agit d’une première depuis 1971.
  • À l’inverse, la croissance démographique des provinces de l’Atlantique est demeurée proche de zéro au cours des dernières années. Pour la première fois au pays, plus de décès que de naissances ont récemment été enregistrés dans trois des quatre provinces Atlantiques.
  • Au milieu de la décennie 2030, la proportion de personnes âgées d’au moins 65 ans pourrait dépasser 31 % à Terre-Neuve et Labrador et s’élever à 18 % en Alberta. Cet écart deviendrait alors plus important que celui observé en 2014 entre la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick (18%) et l’Alberta (11%).
  • En 2031, la proportion de personnes appartenant à un groupe de minorité visible pourrait s’élever à plus de 40 % en Ontario, comparativement à 3 % à Terre-Neuve-et-Labrador. Cet écart deviendrait alors plus important que celui observé en 2011 entre la Colombie-Britannique (27 %) et Terre-Neuve et Labrador (1 %).
  • Si les tendances démographiques récentes se maintiennent, le poids démographique des provinces des Prairies deviendrait supérieur à celui du Québec dans moins de cinquante ans. De plus, le poids démographique des quatre provinces atlantiques pourrait diminuer à moins de 5 % de la population canadienne.

Fin de l'encadré

Introduction

Depuis le milieu des années 1990, la croissance démographique du Canada varie peu, autour d’une moyenne de 1 % par année. Cette stabilité à l’échelle nationale cache cependant de nombreux changements récents dans la croissance démographique des provinces et territoires, et dans les facteurs sous-jacents à cette croissance.

Ces changements, dont plusieurs sont susceptibles de se poursuivre, pourraient accroître les différences dans la composition de la population des provinces et territoires à l’avenir, et affecter autant les besoins de ces populations que les services dont elles auront besoin. Ces changements pourraient également modifier significativement le poids démographique des régions du Canada.

Le but de cet article est de décrire les changements récents survenus quant à la croissance démographique des provinces et des territoires, ainsi que les facteurs sous-jacents à cette croissance. Dans un deuxième temps, quelques conséquences possibles de ces changements sont présentées à l’égard de la structure par âge, de la diversité ethnoculturelle et du poids démographique des diverses régions du Canada.

Les données utilisées dans cet article proviennent du Programme des estimations démographiques, du Programme des projections démographiques et des recensements disponibles à Statistique Canada (voir Sources de données, méthodes et définitions).

Une croissance démographique supérieure à la moyenne nationale dans les provinces des Prairies

Depuis 2007, l’Ontario ne figure plus, comme ce fut le cas entre 1979 et 2006, parmi les trois provinces affichant la plus forte croissance démographique. Entre 2011 et 2014, ces trois provinces ont plutôt été celles des Prairies, soit l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba (graphique 1), une situation qui ne s’était jamais produite au cours des quatre décennies précédentes.

Graphique 1 Croissance démographique moyenne de 2011 à 2014, selon la province ou le territoire

Description du graphique 1

Ces trois provinces sont également les seules à avoir affiché une croissance démographique en moyenne supérieure à la croissance démographique nationale au cours des quatre dernières années.

Si l’Alberta présente la plus forte croissance démographique parmi les provinces depuis 1997Note 1, la situation récente observée en Saskatchewan représente un renversement de tendance, cette province ayant enregistré une décroissance de sa population de 1997 à 2005 (sauf en 2003 alors que la croissance a été de zéro). Entre 2005 et 2007, la Saskatchewan est donc passée d’une province dont la population diminuait à une province présentant la 2e croissance démographique en importance parmi les provinces canadiennes. Cette croissance s’est maintenue à 1,5 % ou plus de 2007 à 2013, et était de 1,3 % en 2014.

La croissance démographique du Manitoba s’est également appréciée significativement au cours des 15 dernières années et a atteint 1,3 % en 2012, soit le niveau le plus élevé depuis 1972Note 2. Elle était de 1,2 % en 2014.

D’autres changements récents sont survenus dans la croissance démographique des provinces et territoires canadiens.

Alors que la croissance démographique de l’Ontario a systématiquement été supérieure à la moyenne nationale de 1982 à 2005, elle est légèrement inférieure à cette moyenne depuis, incluant la période récente de 2011 à 2014.

À l’inverse, la croissance démographique du Québec s’est appréciée entre 2005 et 2009 et, depuis ce temps, se situe plus près de la moyenne nationale. Ainsi, à partir de 2006, la croissance démographique du Québec s’est approchée de  celle de l’Ontario, et l’a même légèrement dépassée en 2008 et 2009. Cette situation ne s’était jamais produite au cours de la période de 1971 à 2005, le Québec présentant auparavant une croissance démographique nettement inférieure à celle de l’Ontario.

La Colombie-Britannique présente également une croissance démographique proche de la moyenne nationale depuis la fin des années 1990, après avoir souvent affiché une croissance significativement plus élevée, en particulier entre 1987 et 1997.

Enfin, la croissance démographique des provinces de l’Atlantique demeure beaucoup plus faible qu’ailleurs, et près de zéro depuis la fin des années 1990, à l’exception de Terre-Neuve-et-Labrador entre 2008 et 2010, et de l’Île-du-Prince-Édouard.

L’analyse des facteurs sous-jacents aux différentes croissances démographiques des provinces et territoires laisse croire que la situation récemment observée pourrait se poursuivre au cours des prochaines décennies.

Pour la première fois, des accroissements naturels négatifs

La croissance démographique des provinces et des territoires peut se décomposer en trois facteurs : l’accroissement naturel, l’accroissement migratoire international et l’accroissement migratoire interprovincial (voir Sources de données, méthodes et définitions).

À l’échelle nationale, environ les deux tiers de la croissance démographique sont actuellement attribuables à l’accroissement migratoire international (graphique 2). Le tiers de cette croissance repose sur l’accroissement naturel, notamment en raison d’une faible fécondité qui fluctue légèrement chaque année autour d’une moyenne de 1,6 enfant par femme.

Graphique 2 Croissance démographique, accroissement naturel, migratoire international et migratoire interprovincial, selon la province ou le territoire, 2014

Description du graphique 2

Cependant, l’accroissement naturel ne contribue plus à l’accroissement de la population des provinces de l’Atlantique. En fait, pour la première fois depuis 1921 (soit depuis que des données sont disponibles à ce sujet), certaines provinces, toutes situées dans l’Atlantique, ont présenté un accroissement naturel négatif au cours des dernières annéesNote 3. Ainsi, à Terre-Neuve-et-Labrador, en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick en 2014, davantage de décès que de naissances ont été enregistrés. En conséquence, la région présente un accroissement naturel négatif depuis 2013 (graphique 3).

Graphique 3 Accroissement naturel (en pourcentage) selon la province ou région, 1972 à 2014

Description du graphique 3

Ailleurs, la contribution de l’accroissement naturel à la croissance démographique demeure positive, même si elle fluctue d’une province et territoire à l’autre.

Par exemple, l’accroissement naturel demeure le principal facteur d’accroissement de la population du Nunavut (Graphique 2), qui présente une fécondité proche de trois enfants par femme en moyenneNote 4.

La contribution de l’accroissement naturel à la croissance démographique des provinces et territoires devrait diminuer au cours des deux prochaines décennies, principalement en raison du vieillissement démographique. En effet, le nombre et la proportion de Canadiens dans les tranches d’âges plus avancées, où la mortalité est plus élevée, augmentera.

De ce fait, les scénarios des projections démographiques suggèrent que le nombre de décès augmentera très probablement plus rapidement au cours des prochaines années que le nombre de naissances, dont la croissance est limitée par une faible fécondité persistante ainsi que par une proportion moindre de femmes en âge de procréer, en particulier dans certaines provinces où l’influence des migrations internationales est souvent faible, et qui présentent des soldes négatifs au chapitre des échanges migratoires interprovinciauxNote 5.

Dans la vaste majorité des scénarios des plus récentes projections démographiques de Statistique CanadaNote 6, cet accroissement naturel pourrait toutefois demeurer positif dans toutes les provinces situées à l’ouest du Québec au cours des deux prochaines décennies.

À l’inverse, l’accroissement naturel deviendrait de plus en plus négatif dans les provinces de l’Atlantique (selon tous les scénarios de projection) et au Québec (selon la plupart des scénarios de projection) au cours des 20 prochaines années.

En conséquence, une croissance démographique positive dans ces régions reposerait uniquement, au cours des prochaines années, sur leur capacité d’attirer des migrants, qu’ils soient internationaux ou interprovinciaux. Plus encore, afin d’assurer une croissance de leur population, ces provinces devront attirer de plus en plus de migrants d’une année à l’autre si elles veulent combler un déficit qui deviendra probablement de plus en plus important au chapitre de l’accroissement naturel. Le plus souvent, depuis 1971, ces provinces ont toutefois présenté des pertes importantes au chapitre des migrations interprovinciales et, dans les provinces Atlantiques, de faibles gains au chapitre des migrations internationales (tout comme c’était le cas en 2014).

L'accroissement migratoire international, source importante de croissance dans les provinces des Prairies

L’un des changements les plus significatifs des dernières années a été l’accroissement du solde migratoire international dans les provinces des Prairies. En effet, la hausse significative de la croissance démographique en Saskatchewan et au Manitoba au cours des dernières années est principalement attribuable à une hausse de l’accroissement migratoire international, ces deux provinces attirant proportionnellement davantage d’immigrants internationaux qu’auparavant. L’Alberta a aussi connu un accroissement migratoire international supérieur à la moyenne canadienne ces dernières années. En conséquence, les provinces des Prairies ont maintenant le taux d’accroissement migratoire international le plus élevé de toutes les régions du Canada depuis 2011, une première depuis 1972.

Parallèlement, moins d’immigrants ont récemment choisi de s’installer en Ontario que par le passé, ce qui explique en partie le ralentissement de la croissance démographique dans cette province. Ainsi, le taux d’accroissement migratoire international en Ontario était supérieur à 1 % au début des années 2000, le plus élevé de tous les territoires et provinces. Ce taux n’était plus que de 0,7 % en 2014 (graphique 4). Pour la première fois depuis 1972, le taux d’accroissement migratoire international observé en Ontario n’a pas été supérieur à la moyenne nationale au cours des dernières années.

Graphique 4 Accroissement migratoire international (en pourcentage) selon la province ou région, 1972 à 2014

Description du graphique 4

La Colombie-Britannique a connu une histoire semblable à l’Ontario. Alors que l’accroissement migratoire était supérieur à la moyenne au cours de la majeure partie des années 1990 et 2000, celui-ci a diminué récemment pour se rapprocher de la moyenne nationale en 2010 et après.

Malgré ces changements récents, l’accroissement migratoire international demeure la principale source de la croissance démographique de l’Ontario. C’est également le cas au Québec et en Colombie-Britannique.

Enfin, la forte croissance démographique de l’Alberta observée au cours des dernières années s’explique par la conjugaison d’un fort accroissement naturel, d’un fort accroissement migratoire international ainsi que d’un fort accroissement migratoire interprovincial, puisque cette province a été la principale bénéficiaire des échanges migratoires entre les provinces et territoires au cours des années récentes.

Des populations de plus en plus différentes

La disparité, d’une province ou d’un territoire à l’autre, dans les facteurs d’accroissement de la population engendre des différences quant à la composition de ces diverses populations.

Cela est particulièrement évident en ce qui concerne la composition de la population selon le lieu de naissance, qui varie en fonction de l’importance de l’accroissement migratoire international et interprovincial. Ainsi, selon les données de l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011, environ 1 personne sur 2 vivant en Colombie-Britannique (51 %) et en Alberta (46 %) était née à l’extérieur de ces provinces, c’est-à-dire soit à l’étranger, soit dans une autre province ou territoire canadien (graphique 5).

Graphique 5 Répartition de la population des provinces et territoires selon le lieu de naissance, 2011

Description du graphique 5

Par ailleurs, cette proportion était relativement élevée dans les trois territoires, particulièrement au Yukon (64 %), ces territoires attirant souvent de nombreux travailleurs des autres provinces.

À l’opposé, 9 % de la population vivant à Terre-Neuve-et-Labrador était née à l’extérieur de cette province. Cette proportion était également plus faible au Québec qu’ailleurs (17 %).

En Ontario, cette proportion était de 37 % en 2011, la plupart de ces personnes étant nées à l’extérieur du Canada.

De toutes les provinces, l’Alberta et la Colombie-Britannique comptaient la plus forte proportion de personnes nées dans une autre province, avec respectivement 26 % et 22 %, conséquence de l’afflux présent et passé de migrants interprovinciaux.

Si les tendances en matière d’accroissement naturel sont largement prévisibles, car celles-ci sont en partie liées aux changements dans la structure par âge déjà existante de la population, celles associées à l’accroissement migratoire international et interprovincial sont plus incertaines, car celles-ci sont notamment liées à l’évolution de l’économie. De nombreuses études ont en effet montré les liens existants entre migration et marché du travailNote 7.

Cependant, si l’on fait l’hypothèse que les diverses composantes de la croissance démographique (fécondité, mortalité, immigration, émigration, migrations interprovinciales) se maintiendront au cours des prochaines années, les populations des diverses provinces et territoires pourraient devenir de plus en plus différentes en matière de structure par âge et de diversité ethnoculturelle. De plus, le poids démographique des provinces et territoires pourrait changer considérablement au cours des 50 prochaines années, définissant un Canada bien différent de celui d’aujourd’hui ou de celui de l’époque de la Confédération.

Par exemple, la population de tous les territoires et provinces vieillira au cours des deux prochaines décennies : pour l’ensemble du Canada, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus pourrait passer de 16 % en 2014 à 24 % en 2034, selon les plus récentes projections démographiques de Statistique CanadaNote 8 (graphique 6).

Graphique 6 Proportion observée (1924 à 2014) et projetée (2024 et 2034) de personnes âgées de 65 ans et plus au sein de la population totale et écart entre la plus forte et la plus faible proportion parmi les provinces

Description du graphique 6

Toutefois, les écarts existants entre les provinces quant à la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus pourraient s’accroître. En 2014, 7 points de pourcentage séparaient l’Alberta, province présentant la plus faible proportion d’aînés avec 11 %, et la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick qui présentaient les plus fortes proportions avec légèrement plus de 18 %.

Toujours selon les plus récentes projections démographiques, cet écart pourrait s’accroître à 13 points de pourcentage en 2034; la proportion d’aînés atteindrait alors 31 % à Terre-Neuve-et-Labrador, soit presque 1 personne sur 3, comparativement à 18 % en Alberta. C’est qu’une faible croissance démographique est souvent synonyme d’un vieillissement plus rapide de la population.

En comparaison, en 1944, seulement 4 points de pourcentage séparaient le Québec, province ayant la population la plus jeune au Canada, et l’Île-du-Prince-Édouard, province ayant la population la plus âgée.

Les écarts pourraient également s’accroître au chapitre de la diversité ethnoculturelle de la population, certaines provinces attirant de nombreux immigrants internationaux, d’autres moins.

Si les niveaux actuels d’immigration du Canada devaient se poursuivre, la proportion de personnes nées à l’étranger au sein de la population pourrait passer de 22 % en 2011 à près de 27 % en 2031, soit plus de 1 personne sur 4 (graphique 7).

Graphique 7 Proportion observée (1971 à 2011) et projetée (2021 et 2031) de personnes nées à l'étranger et écart entre la plus forte et la plus faible proportion parmi les provinces

Description du graphique 7

En 2011, 28 points de pourcentage séparaient l’Ontario, province avec la plus forte proportion de personnes nées à l’étranger (30 %), et Terre-Neuve-et-Labrador, province avec la plus faible proportion (2 %). En 1991, l’écart entre ces deux provinces était moindre, soit de 23 points de pourcentage.

Cet écart pourrait croître à 32 points de pourcentage en 2031, le tiers de la population de l’Ontario pouvant être née à l’étranger à ce moment (34 %) comparativement à 3 % à Terre-Neuve-et-Labrador.

La même tendance s’observerait quant à la proportion de la population appartenant à un groupe de minorités visibles.

En 2011, 19 % (soit presque 1 personne sur 5) de la population canadienne déclarait appartenir à un groupe de minorités visibles, en hausse par rapport à 5 % en 1981. En 2031, cette proportion pourrait passer à 31 %, soit tout près de 1 personne sur 3, sous l’hypothèse que les pays sources d’immigration, souvent asiatiques, demeurent les mêmes qu’aujourd’hui (graphique 8).

Graphique 8 Proportion observée (1981 à 2011) et projetée (2021 et 2031) de personnes appartenant à un groupe de minorités visibles et écart entre la plus forte et la plus faible proportion parmi les provinces

Description du graphique 8

L’écart séparant la Colombie-Britannique (27 %) et Terre-Neuve-et-Labrador (1 %) était de 26 points de pourcentage en 2011. Cet écart pourrait augmenter à plus de 37  points de pourcentage en 2031 alors que l’Ontario pourrait devenir la province canadienne avec la proportion la plus élevée de personnes appartenant à un groupe de minorité visible (40 %), et que Terre-Neuve-et-Labrador et l’Île-du-Prince-Édouard pourraient présenter les proportions les plus faibles (3 %).

Impact des changements démographiques sur le poids relatif des provinces et territoires

Enfin, si les différences dans la croissance démographique des provinces et territoires se maintiennent, celles-ci pourraient modifier considérablement le poids démographique (ou la part de la population) des régions canadiennes.

En 1871, quelques années après la Confédération canadienne, 44 % de la population habitait en Ontario, 32 % au Québec et 21 % dans les provinces de l’Atlantique. Les provinces des Prairies, la Colombie-Britannique ainsi que les territoires ne représentaient alors qu’à peine 3 % de la population vivant sur l’actuel territoire du Canada (graphique 9).

Graphique 9 Poids démographique des régions du Canada, 1871, 1961, 2014 et 2063

Description du graphique 9

Plus récemment, soit en 1961, le poids démographique des provinces de l’Atlantique demeurait plus élevé que celui de la Colombie-Britannique (10 % contre 9 %) et seulement 5 points de pourcentage séparaient le poids du Québec (29 %) de celui de l’Ontario (34 %).

En 2014, les provinces de l’Atlantique ne représentaient plus que 7 % de l’ensemble de la population canadienne. Près de 2 Canadiens sur 5 vivaient en Ontario (39 %) et l’écart entre cette province et le Québec (23 %) avait grimpé à 16 points de pourcentage. Finalement, en 2008 et pour la première fois de l’histoire du pays, le poids démographique des provinces situées à l’ouest de l’OntarioNote 9 (31 %) a dépassé celui des provinces situées à l’est de l’OntarioNote 10 (30 %).

Si les tendances démographiques récentes se maintenaient jusqu’en 2063, soit presque 200 ans après le début de la Confédération, le poids démographique des provinces des Prairies (24 %) dépasserait celui du Québec (21 %). Le poids correspondant aux provinces de l’Atlantique pourrait représenter moins de 5 % de la population canadienne, et le poids démographique de l’Ontario pourrait avoir légèrement diminué.

Conclusion

Au cours de l’histoire du Canada, les changements relatifs à la croissance démographique et la structure par âge ont eu de nombreuses conséquences sur la société canadienne, par exemple sur les besoins en infrastructures, les programmes sociaux et l’influence politique des diverses régions du pays.

Comme les tendances démographiques – certaines récentes comme un accroissement naturel négatif ou l’importance de l’immigration internationale dans la croissance démographique de certaines régions - continueront d’exercer un impact sur le Canada au cours des prochaines années, il importe d’apporter un éclairage sur la façon dont ces changements affecteront les différentes régions du pays si les tendances actuelles se maintiennent. Certaines tendances récentes auront probablement des conséquences sur plusieurs autres aspects de la société canadienne, par exemple la diversité ethnoculturelle et linguistique.

Cet article a montré que les tendances actuelles sur le plan de la croissance démographique, quant aux facteurs sous-jacents à cette croissance ainsi qu’à la structure par âge devraient contribuer encore davantage à creuser les différences démographiques d’une région à l’autre du pays.

Dans l’Atlantique, la croissance démographique pourrait demeurer faible voire négative dans les prochaines années, notamment en raison d’un accroissement naturel de moins en moins favorable. En conséquence, ces régions pourraient voir leur population vieillir plus rapidement qu’ailleurs, et présenter une diversité ethnoculturelle moins importante.

En revanche, le poids des provinces des Prairies pourraient continuer d’augmenter si la croissance démographique demeure aussi élevée dans l’avenir qu’au cours des années récentes. Dans ces provinces, un accroissement naturel important se conjugue bien souvent à un apport migratoire international et, dans le cas de l’Alberta, à un apport migratoire interprovincial pour engendrer une croissance démographique plus rapide qu’ailleurs au pays. Ces provinces pourraient donc continuer de présenter des populations en moyenne plus jeunes qu’ailleurs, et afficher une diversité ethnoculturelle en hausse au cours des prochaines années.

Laurent Martel est chef de l’analyse et des projections démographiques à la Division de la démographie de Statistique Canada.

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