Regards sur la société canadienne
Association entre l’allaitement et certains problèmes de santé chroniques chez les enfants des Premières Nations vivant hors réserve, les enfants métis et les enfants inuits au Canada

par Nadine Badets, Tamara Hudon et Michael Wendt

Début de l’encadré

Aperçu de l’étude

La présente étude porte sur les associations entre l’allaitement et certains problèmes de santé chroniques, c’est-à-dire l’asthme et la bronchite chronique ainsi que les infections chroniques de l’oreille, chez les enfants des Premières Nations vivant hors réserve, les enfants métis et les enfants inuits âgés de 1 à 5 ans vivant au Canada. Les données proviennent de l’Enquête sur les enfants autochtones de 2006, et chaque groupe autochtone a été étudié séparément. Deux aspects de l’allaitement ont été examinés : les antécédents en matière d’alimentation (p. ex. nourri au biberon, allaité, ou les deux) et la durée de l’allaitement.

  • Environ 60 % des enfants des Premières Nations vivant hors réserve, des enfants métis et des enfants inuits âgés de 1 à 5 ans ont été à la fois allaités et nourris au biberon. La proportion d’enfants ayant été exclusivement allaités variait de 14 % à 17 %, alors que la proportion d’enfants ayant été exclusivement nourris au biberon fluctuait de 23 % à 25 %.
  • Les enfants allaités avaient une prévalence plus faible d’asthme et de bronchite chronique. Par exemple, parmi les enfants des Premières Nations vivant hors réserve, 14 % de ceux ayant été exclusivement nourris au biberon souffraient d’asthme ou de bronchite chronique, par rapport à 10 % des enfants exclusivement allaités.
  • Chez les enfants des Premières Nations vivant hors réserve, les enfants allaités avaient une prévalence plus faible d’infections chroniques de l’oreille. Parmi les enfants ayant été exclusivement nourris au biberon, 5 %E ont souffert d’infections chroniques de l’oreille, par rapport à 2 %E de ceux ayant été exclusivement allaités.
  • Parmi les enfants des Premières Nations vivant hors réserve, la prévalence de problèmes d’asthme et de bronchite chronique ainsi que d’infections chroniques de l’oreille était plus faible chez ceux ayant été allaités pendant plus de six mois que chez ceux n’ayant jamais été allaités.
  • Les résultats décrits ci-dessus sont demeurés significatifs même en tenant compte d’autres facteurs cliniques, démographiques et socioéconomiques dans un modèle. Les résultats indiquent que des facteurs autres que l’allaitement sont également associés avec les résultats en matière de santé.

Fin de l’encadré

Introduction

Les vertus protectrices de l’allaitement pour la santé des nourrissons et des enfants ont été démontrées dans le cadre d’études antérieuresNote 1. Le lait maternel renferme des substances biologiquement actives qui stimulent et renforcent le système immunitaire du nourrisson grâce à des agents antimicrobiens et anti-inflammatoires, contrairement à la préparation pour nourrissonsNote 2. De plus, la physiologie fonctionnelle des nourrissons qui sont allaités est différente de celle des nourrissons qui sont nourris au biberon en raison de la pression et de la tétée, qui empêchent l’accumulation de lait dans l’oreille moyenne et, par conséquent, la prolifération de bactériesNote 3. Santé Canada recommande l’allaitement exclusif des nourrissons durant les six premiers mois de leur vie puisque l’allaitement offre la meilleure nutrition possible pour optimiser la santé, la croissance et le développement des nourrissons et des jeunes enfantsNote 4.

Les études antérieures sur la santé des nourrissons et des enfants ont laissé entendre que l’allaitement protège de plusieurs résultats négatifs en matière de santéNote 5. Tout particulièrement, les études sur les nourrissons et les enfants autochtones au Canada ont indiqué que l’allaitement est associé à un meilleur état de santé général et à une prévalence plus faible de problèmes de santé particuliers, comme l’asthme, les infections des voies respiratoires, les infections de l’oreille (otites) et les infections gastro-intestinalesNote 6.

Cela dit, les études antérieures ont souvent porté sur un seul groupe autochtone (parfois à de petits niveaux de géographie) ou regroupent les données de plusieurs groupes autochtones. La présente étude se fonde sur les données de l’Enquête sur les enfants autochtones (EEA) de 2006 pour examiner les associations entre l’allaitement et certains résultats en matière de santé, soit l’asthme et la bronchite chronique ainsi que les infections chroniques de l’oreille, pour chacun des trois groupes autochtones. L’échantillon ne comprenait que les enfants des Premières Nations vivant hors réserve, les enfants métis et les enfants inuits âgés de 1 à 5 ansNote 7 et dont la mère biologique avait répondu à l’enquête (voir Sources de données, méthodes et définitions).

Selon la définition de Santé Canada, l’allaitement exclusif signifie que le nourrisson est exclusivement nourri de lait maternel, et d’aucun autre liquide (même de l’eau) ou alimentNote 8. Cependant, il n’a pas été possible de créer une variable avec les données qui se fondent sur cette définition puisqu’il a été impossible de déterminer si les enfants qui ont participé à l’étude avaient mangé ou non des aliments solides lorsqu’ils étaient nourrissons. Ainsi, deux variables distinctes relatives à l’allaitement ont été créées pour évaluer les différences entre l’allaitement et l’alimentation au biberon, ainsi que les différences en fonction de la durée de l’allaitement. Il ne faut pas les confondre avec ceux ayant été uniquement allaités (c.-à-d. sans nourriture solide ou toute autre forme de liquide). De plus, il est important de noter que les enfants qui ont été exclusivement nourris au biberon sans jamais avoir été allaités pourraient avoir consommé du lait maternel au biberon.

La première section du présent article se fonde sur des statistiques descriptives pour examiner la répartition de certaines caractéristiques démographiques et relatives à l’allaitement et à la santé des enfants des Premières Nations vivant hors réserve, des enfants métis et des enfants inuits âgés de 1 à 5 ans. Les sections suivantes fournissent les résultats des analyses descriptives et de régression logistique pour deux résultats (asthme et bronchite chronique ainsi qu’infections chroniques de l’oreille) pour chaque variable liée à l’allaitement (antécédents en matière d’alimentation et durée de l’allaitement). L’analyse de régression logistique a pour objectif de déterminer s’il existe toujours des associations entre l’allaitement et les résultats en matière de santé après la prise en compte de diverses caractéristiques démographiques, sociales, économiques et de santé.

Chez les enfants des Premières Nations vivant hors réserve, les enfants métis et les enfants inuits âgés de 1 à 5 ans, 6 enfants sur 10 sont à la fois allaités et nourris au biberon

À l’aide des données de l’EEA de 2006, il est possible de déterminer les proportions d’enfants autochtones âgés de 1 à 5 ans qui ont été exclusivement allaités, exclusivement nourris au biberon ou qui ont été à la fois allaités et nourris au biberonNote 9. La majorité des enfants des Premières Nations vivant hors réserve (61 %), des enfants métis (60 %) et des enfants inuits (60 %) âgés de 1 à 5 ans ont été à la fois allaités et nourris au biberon (tableau 1). Les enfants inuits étaient plus susceptibles d’avoir été exclusivement allaités et de ne pas avoir été nourris au biberon (17 %) que les enfants des Premières Nations vivant hors réserve (14 %) et les enfants métis (15 %). Enfin, près du quart des enfants métis, des enfants inuits et des enfants des Premières Nations vivant hors réserve ont été exclusivement nourris au biberon.

Tableau 1
Répartition des enfants âgés de 1 à 5 ans selon certaines caractéristiques démographiques et relatives à l’allaitement et à la santé, selon l’identité autochtone, 2006
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Répartition des enfants âgés de 1 à 5 ans selon certaines caractéristiques démographiques et relatives à l’allaitement et à la santé Identité autochtone, Premières Nations vivant hors réserve, Métis et Inuits, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Identité autochtone
Premières Nations vivant hors réserve Métis Inuits
pourcentage
Sexe
Filles 50,1 47,8 49,3
Garçons 49,8 52,1 50,6
Groupe d’âge
1 an à 3 ans 59,6 58,1 58,6
4 ans à 5 ans 40,3 41,8 41,3
Antécédents en matière d’alimentation
Exclusivement allaité 14,4 14,9 17,2
Allaité et nourri au biberon 61,4 60,2 59,8
Exclusivement nourri au biberonTableau 1 Note 1 24,0 24,8 22,8
Durée de l’allaitement
Jamais allaitéTableau 1 Note 2 24,8 25,2 25,0
Allaité de 0 à 6 mois 41,1 42,4 31,6
Allaité plus de 6 mois 33,9 32,3 43,3
Asthme ou bronchite chronique
Oui 11,2 11,1 8,1
Non 88,7 88,8 91,8
Infections de l’oreille
Au moins une depuis la naissance 54,3 55,0 50,7
ChroniquesTableau 1 Note 3 4,0 3,7 8,7
Aucune 45,6 44,9 49,2

Un plus grand nombre d’enfants inuits que d’enfants des Premières Nations vivant hors réserve et d’enfants métis ont été allaités pendant plus de six mois. Une proportion plus élevée d’enfants des Premières Nations vivant hors réserve (41 %) et d’enfants métis (42 %) ont été allaités pendant six mois ou moins, alors qu’une proportion plus élevée d’enfants inuits (43 %) ont été allaités pendant plus de six mois. Environ le quart des enfants de chaque groupe autochtone n’ont pas été allaités. Il convient de spécifier que certaines pratiques culturelles des Inuits, comme l’adoption traditionnelle, jouent un rôle quant au choix de l’allaitement et aux pratiques relatives à celui-ciNote 10. Alors que les Inuits affichent, dans l’ensemble, des taux d’allaitement plus faibles que ceux des autres groupes autochtones et de la population non autochtone, les enfants inuits ont tendance à être allaités plus longtemps.

En 2006, environ 11 % des enfants des Premières Nations vivant hors réserve, 11 % des enfants métis et 8 % des enfants inuits âgés de 1 à 5 ans avaient reçu un diagnostic d’asthme ou de bronchite chronique. Selon les résultats d’une autre étude se fondant sur les données de l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes, la prévalence de l’asthme dans les collectivités éloignées et du nord du Canada est plus faible chez les enfants autochtones que chez ceux non autochtonesNote 11.

Les enfants des Premières Nations vivant hors réserve et les enfants métis qui sont allaités affichent des taux moins élevés d’asthme et de bronchite chronique que ceux qui sont nourris au biberon

L’asthme fait partie des problèmes de santé chroniques les plus fréquents chez les enfants des Premières Nations vivant hors réserve, les enfants métis et les enfants inuits au CanadaNote 12. En outre, les enfants autochtones présentent des infections respiratoires plus graves, et ils sont plus fréquemment hospitalisés que les enfants non autochtonesNote 13. Selon les résultats des études antérieures sur la population générale, l’allaitement est associé à une prévalence plus faible de maladies respiratoires, comme l’asthme et les infections des voies respiratoires inférieuresNote 14. Des études portant sur les enfants autochtones au Canada sont arrivées à des résultats semblablesNote 15.

Dans les lignes qui suivent, on discutera des résultats descriptifs ainsi que de l’analyse de régression logistique qui a étudié le lien entre l’allaitement et l’asthme ou la bronchite chronique en tenant compte de nombreux facteurs importants. L’analyse a été réalisée séparément pour chaque groupe autochtone.

Parmi les enfants des Premières Nations vivant hors réserve et les enfants métis, ceux qui ont été exclusivement allaités affichaient des taux moins élevés d’asthme et de bronchite chronique (10 % des enfants des Premières Nations vivant hors réserve et 8 %E des enfants métis) que ceux qui ont été exclusivement nourris au biberon (14 % et 13 % respectivement) (graphique 1). En outre, les enfants métis qui ont été exclusivement allaités affichaient une prévalence plus faible d’asthme et de bronchite chronique (8 %E) que les enfants métis qui ont été à la fois nourris au biberon et allaités (11 %).

Graphique 1 Proportion d’enfants âgés de 1 à 5 ans souffrant d’asthme ou de bronchite chronique, selon l’identité autochtone et les antécédents en matière d’alimentation, 2006

Tableau de données du graphique 1
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1. Les données sont présentées selon Antécédents en matière d’alimentation (titres de rangée) et Identité autochtone, Premières Nations vivant hors réserve, Métis et Inuits, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Antécédents en matière d’alimentation Identité autochtone
Premières Nations vivant hors réserve Métis Inuits
pourcentage
Exclusivement allaité (réf.) 9,7 7,8Note E: à utiliser avec prudence Note F: trop peu fiable pour être publié
Allaité et nourri au biberon 10,3 11,4Note * 8,6
Exclusivement nourri au biberonTableau de Note 1 13,9Note * 12,5Note * 7,6Note E: à utiliser avec prudence

Des résultats semblables ont été obtenus en utilisant la variable de la durée de l’allaitement chez les enfants des Premières Nations vivant hors réserve. Plus précisément, les enfants des Premières Nations vivant hors réserve qui ont été allaités — que ce soit pendant six mois ou moins (11 %) ou plus de six mois (10 %)— présentaient des taux plus faibles d’asthme et de bronchite chronique que les enfants n’ayant jamais été allaités (14 %) (graphique 2).

Graphique 2 Proportion d’enfants âgés de 1 à 5 ans souffrant d’asthme ou de bronchite chronique, selon l’identité autochtone et la durée de l’allaitement, 2006

Tableau de données du graphique 2
Tableau de données du graphique 2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 2. Les données sont présentées selon Durée de l’allaitement (titres de rangée) et Identité autochtone, Premières Nations vivant hors réserve, Métis et Inuits, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Durée de l’allaitement Identité autochtone
Premières Nations vivant hors réserve Métis Inuits
pourcentage
Jamais allaité (réf.) 14,1 12,5 8,4Note E: à utiliser avec prudence
Allaité de 0 à 6 mois 10,5Note * 11,4 10,1Note E: à utiliser avec prudence
Allaité plus de 6 mois 10,3Note * 10,1 7,5Note E: à utiliser avec prudence

Lorsqu’on tient compte de divers facteurs, les enfants des Premières Nations vivant hors réserve qui sont allaités sont moins susceptibles de souffrir d’asthme et de bronchite chronique

Lorsqu’on tient compte de plusieurs caractéristiques cliniques, démographiques et socioéconomiques dans un modèle de régression logistique, les résultats ont démontré que l’allaitement est associé à une probabilité plus faible de souffrir d’asthme et de bronchite chronique chez les enfants des Premières Nations vivant hors réserve. Parmi ces derniers, ceux qui ont été exclusivement allaités étaient moins susceptibles de souffrir d’asthme ou de bronchite chronique (9 %) que ceux qui ont été exclusivement nourris au biberon (14 %). Pour ce qui est des enfants métis et des enfants inuits, il n’y avait pas de lien significatif entre l’allaitement et l’asthme ou la bronchite chronique (tableau 2).

Tableau 2
Probabilité prédite d’asthme ou de bronchite chronique en fonction de deux variables relatives à l’allaitement, selon l’identité autochtone, enfants âgés de 1 à 5 ans, 2006
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Probabilité prédite d’asthme ou de bronchite chronique en fonction de deux variables relatives à l’allaitement Identité autochtone, Premières Nations vivant hors réserve, Métis et Inuits, calculées selon probabilité prédite unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Identité autochtone
Premières Nations vivant hors réserve Métis Inuits
probabilité prédite
Antécédents en matière d’alimentation
Exclusivement allaité (réf.) 0,09 0,08 0,06
Allaité et nourri au biberon 0,11 0,12 0,09
Exclusivement nourri au biberonTableau 2 Note 1 0,14Note * 0,12 0,08
Durée de l’allaitement
Jamais allaité (réf.) 0,14 0,12 0,09
Allaité de 0 à 6 mois 0,11 0,12 0,09
Allaité plus de 6 mois 0,10Note * 0,10 0,09

La variable de la durée de l’allaitement a aussi permis de démontrer que parmi les enfants des Premières Nations vivant hors réserve, ceux qui n’ont jamais été allaités présentaient une probabilité plus élevée de souffrir d’asthme ou de bronchite chronique. Les enfants qui ont été allaités pendant six mois ou moins (11 %) et ceux qui l’ont été pendant plus de six mois (10 %) étaient moins susceptibles de souffrir d’asthme ou de bronchite chronique que ceux n’ayant jamais été allaités (14 %)Note 16.

Cependant, les résultats du modèle révèlent aussi que d’autres facteurs étaient associés à une prévalence plus faible d’asthme ou de bronchite chronique. Le fait d’avoir des allergies respiratoires ou d’avoir reçu un diagnostic de tuberculose, par exemple, était significativement associé à une probabilité plus élevée de souffrir d’asthme ou de bronchite chronique, et ce, chez les trois groupes d’enfants autochtones. Dans le même ordre d’idées, une prévalence plus élevée d’asthme a été observée chez les enfants des Premières Nations vivant hors réserve et les enfants inuits dont la mère avait de la difficulté à obtenir des soins de santé. Les résultats des modèles complets sont présentés dans les tableaux A1 (avec la variable des antécédents en matière d’alimentation) et A2 (avec la variable de la durée de l’allaitement), à la section « Supplément d’information ».

Les enfants des Premières Nations vivant hors réserve qui sont exclusivement allaités affichent une prévalence plus faible d’infections chroniques de l’oreille

Les infections de l’oreille sont la principale cause d’hospitalisation chez les enfants autochtones au CanadaNote 17. Plus précisément, les infections de l’oreille moyenne sont un problème de santé fréquent chez les jeunes enfants au CanadaNote 18. Elles peuvent être associées à un certain nombre de problèmes de santé et de développement, comme une déficience auditive, des retards de développement de la parole et du langage ainsi que des retards de développement scolaire et éducatifNote 19. Les enfants des Premières Nations, les enfants métis et les enfants inuits dans le nord du Canada sont touchés de manière disproportionnée par des infections de l’oreille moyenne; dans certaines collectivités, les taux de prévalence sont 40 fois plus élevés que dans les régions urbaines du sudNote 20.

Dans le cadre de la présente étude, on entend par infections chroniques de l’oreille le fait d’avoir eu quatre infections de l’oreille et plus au cours des 12 mois ayant précédé l’enquête. Dans cette section, on montre les résultats des analyses descriptives et de régression logistique, qui ont étudié les liens entre les antécédents en matière d’alimentation et la durée de l’allaitement en ce qui concerne les infections chroniques de l’oreille pour chacun des trois groupes autochtones.

En raison de la taille relativement petite de l’échantillon d’enfants pour qui des infections chroniques de l’oreille ont été déclarées, les résultats doivent être interprétés avec prudence. Cependant, il existait une différence significative en ce qui a trait à la prévalence des infections chroniques de l’oreille entre les enfants des Premières Nations vivant hors réserve qui ont été exclusivement allaités (2 %E) et ceux qui ont été exclusivement nourris au biberon (5 %E) (graphique 3). Parmi les enfants des Premières Nations vivant hors réserve, ceux ayant été allaités pendant plus de six mois affichaient une prévalence plus faible d’infections chroniques de l’oreille (3 %E) que ceux n’ayant pas été allaités (5 %E) (données non présentées)Note 21.

Graphique 3 Proportion d’enfants âgés de 1 à 5 ans souffrant d’infections chroniques de l’oreille, selon l’identité autochtone et les antécédents en matière d’alimentation, 2006

Tableau de données du graphique 3
Tableau de données du graphique 3
Proportion d’enfants âgés de 1 à 5 ans souffrant d’infections chroniques de l’oreilleTableau de Note 1, selon l’identité autochtone et les antécédents en matière d’alimentation, 2006
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Proportion d’enfants âgés de 1 à 5 ans souffrant d’infections chroniques de l’oreille. Les données sont présentées selon Antécédents en matière d’alimentation (titres de rangée) et Identité autochtone, Premières Nations vivant hors réserve, Métis et Inuits, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Antécédents en matière d’alimentation Identité autochtone
Premières Nations vivant hors réserve Métis Inuits
pourcentage
Exclusivement allaité (réf.) 2,3Note E: à utiliser avec prudence Note F: trop peu fiable pour être publié 8,7Note E: à utiliser avec prudence
Allaité et nourri au biberon 3,9 3,9 8,9Note E: à utiliser avec prudence
Exclusivement nourri au biberonTableau de Note 2 5,2Note E: à utiliser avec prudenceNote * 4,1Note E: à utiliser avec prudence 8,2Note E: à utiliser avec prudence

Lorsqu’on tient compte de divers facteurs, les enfants des Premières Nations vivant hors réserve qui sont allaités affichent une prévalence plus faible d’infections chroniques de l’oreille

Lorsqu’on tient compte de divers facteurs au moyen d’un modèle de régression logistique, les enfants des Premières Nations vivant hors réserve (2 %) qui ont été exclusivement allaités étaient significativement moins susceptibles que ceux qui ont été exclusivement nourris au biberon (5 %) de souffrir d’infections chroniques de l’oreille (tableau 3). De même, parmi les enfants des Premières Nations vivant hors réserve, ceux qui ont été allaités plus de six mois étaient significativement moins susceptibles de souffrir d’infections chroniques de l’oreille (3 %) que ceux n’ayant pas été allaités (5 %). En revanche, il n’y a pas de lien significatif entre les infections chroniques de l’oreille et l’allaitement chez les enfants métis et les enfants inuits.

Tableau 3
Probabilité prédite d’infections chroniques de l’oreille en fonction de deux variables liées à l’allaitement, selon l’identité autochtone, enfants âgés de 1 à 5 ans, 2006
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Probabilité prédite d’infections chroniques de l’oreille en fonction de deux variables liées à l’allaitement Identité autochtone, Premières Nations vivant hors réserve, Métis et Inuits, calculées selon probabilité prédite unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Identité autochtone
Premières Nations vivant hors réserve Métis Inuits
probabilité prédite
Antécédents en matière d’alimentation
Exclusivement allaité (réf.) 0,02 0,03 0,13
Allaité et nourri au biberon 0,04 0,04 0,08
Exclusivement nourri au biberonTableau 3 Note 1 0,05Note * 0,04 0,06
Durée de l’allaitement
Jamais allaité (réf.) 0,05 0,04 0,07
Allaité de 0 à 6 mois 0,04 0,04 0,10
Allaité plus de 6 mois 0,03Note * 0,03 0,07

Comme cela était le cas pour les résultats obtenus pour l’asthme et la bronchite chronique, les modèles ont aussi révélé que d’autres facteurs sont associés aux infections chroniques de l’oreille. Notamment, l’exposition à la fumée secondaire à la maison était associée à une prévalence plus élevée d’infections chroniques de l’oreille chez les enfants métis et les enfants inuits. Chez les enfants inuits, ceux qui résidaient à l’extérieur de l’Inuit Nunangat affichaient des probabilités plus faibles de souffrir d’infections chroniques de l’oreille que ceux vivant dans l’Inuit NunangatNote 22. Pour obtenir les résultats des modèles complets, veuillez consulter les tableaux A3 et A4 de la section « Supplément d’information ».

Conclusion

Selon les résultats de l’étude, il existe un lien associatif entre l’allaitement des enfants des Premières Nations vivant hors réserve et certains résultats en matière de santé qui font l’objet de cette étude. Cette relation a continué d’être significative même après avoir tenu compte de diverses caractéristiques cliniques, démographiques et socioéconomiques. En outre, les enfants qui sont allaités pour des périodes prolongées, soit notamment pendant plus de six mois, ont une prévalence et une probabilité plus faible d’asthme et de bronchite chronique ainsi que d’infections chroniques de l’oreille. Ces résultats vont de pair avec les études antérieures réalisées au sujet de l’allaitement et de la santé auprès de la population générale et celles menées auprès de la population autochtoneNote 23.

Cependant, des liens significatifs entre l’allaitement et de meilleurs résultats en matière de santé n’ont pas été trouvés pour toutes les populations autochtones. Plus particulièrement, il n’y a pas d’association significative entre l’allaitement et l’asthme ou la bronchite chronique, ou encore entre l’allaitement et les infections chroniques de l’oreille chez les enfants métis ou inuits.

Les résultats de l’analyse de régression logistique démontrent aussi que d’autres facteurs peuvent influer de façon plus marquée sur les résultats en matière de santé que l’allaitement, comme le statut socioéconomique et les conditions de vie (les résultats des modèles complets sont présentés dans les tableaux figurant dans la section « Supplément d’information »). Des études antérieures ont aussi révélé que les nourrissons vivant dans des ménages à faible revenu sont moins susceptibles que ceux issus de milieux socioéconomiques plus avantageux d’avoir été allaitésNote 24.

Dans l’ensemble, ces résultats ont une incidence sur les études portant spécifiquement sur les peuples autochtones. Par conséquent, il importe de faire preuve de prudence et d’éviter de généraliser ou d’appliquer des résultats d’études sur la population générale ou d’études regroupant plusieurs groupes autochtones sur une seule population autochtone.

Nadine Badets et Tamara Hudon sont analystes de recherche à la Division de la statistique sociale et autochtone de Statistique Canada, et Michael Wendt est chef de la section de l’analyse et de la diffusion à cette même division.

Début de l’encadré

Sources de données, méthodes et définitions

Sources de données

L’Enquête sur les enfants autochtones (EEA) est une enquête postcensitaire qui a été menée en 2006 une seule fois par Statistique Canada. La population cible visait les enfants au Canada âgés de moins de 6 ans (au 31 octobre 2006)Note 25 ayant une identité ou une ascendance liée aux Premières Nations (Indiens de l’Amérique du Nord), aux Métis ou aux Inuits. Cependant, un petit nombre d’enfants étaient âgés de 6 ans au moment de l’enquête. Les enfants résidant dans des établissements institutionnels et ceux vivant dans les réserves dans les provinces ont été exclus de l’enquête. L’échantillon final comprenait 12 845 répondants.

Les données de l’EEA sont pondérées en fonction de l’enfant, contrairement à d’autres sources de données, comme l’Enquête auprès des peuples autochtones et l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, qui sont pondérées en fonction de la mère. C’est pourquoi la présente étude ne mesure pas la prévalence de l’allaitement. Pour obtenir plus de renseignements sur la prévalence de l’allaitement chez les Autochtones et les non-Autochtones, veuillez consulter les tableaux CANSIM 105‑0512 et 105‑0515 sur le site Web de Statistique Canada.

Méthodes

Les résultats de la présente étude ont été produits au moyen d’analyses descriptives et d’analyses de régression logistique. Les variances ont été estimées au moyen de poids bootstrapNote 26 se trouvant dans les fichiers de données de l’EEANote 27. Quatre variables relatives à l’allaitement ont été évaluées séparément dans les modèles : le fait d’avoir déjà été allaité par rapport au fait de n’avoir jamais été allaité, les antécédents en matière d’alimentation, et deux différentes durées d’allaitement (allaité jusqu’à six mois ou plus et allaité jusqu’à 12 mois ou plus). Bien que les antécédents en matière d’alimentation et la durée de l’allaitement de six mois aient été sélectionnés comme principales variables relatives à l’allaitement, les résultats sont semblables pour les quatre variables relatives à l’allaitement.

Échantillon

L’échantillon est constitué d’enfants métis, d’enfants inuits et d’enfants des Premières Nations vivant hors réserve au Canada âgés de 1 à 5 ans. Les enfants ayant une identité autochtone ont été sélectionnés, et parmi ces derniers, seulement ceux pour qui l’on a fourni une réponse unique pour les catégories « Premières Nations », « Métis » ou « Inuit » ont été retenus. Par ailleurs, l’échantillon était limité aux enfants dont la mère biologique a participé à l’enquête. Les mères biologiques ont été sélectionnées comme répondantes, non seulement pour assurer la cohérence avec les études antérieures, mais aussi parce qu’elles sont les plus susceptibles d’avoir les souvenirs les plus nets et les meilleures connaissances au sujet de la santé et des antécédents en matière d’alimentation de l’enfantNote 28. En raison de la petite taille des échantillons dans certains cas, les résultats qui doivent être interprétés avec prudence ont été marqués par la lettre «E», et ceux qui sont trop peu fiables pour être publiés portent la lettre « F ».

Définitions

Les variables utilisées dans le cadre de la présente étude sont fondées sur la littérature et les études antérieures. Cependant, elles sont limitées par les données tirées de l’EEA de 2006. Quatre types de variables indépendantes ont été utilisés : cliniques, démographiques, socioéconomiques et autres. Les variables cliniques ont été incluses pour tenir compte du risque de maladie attribuable à la comorbidité. Par exemple, on a observé que les infections de l’oreille sont significativement associées au risque d’asthme et de respiration sifflante (chez les enfants qui n’ont pas reçu de diagnostic d’asthme)Note 29.

Dans le cadre de la présente étude, plusieurs définitions de l’allaitement et de la durée de l’allaitement ont été mises à l’essai. La variable qui se rapproche le plus de la définition de Santé Canada pour l’allaitement exclusif est celle des antécédents en matière d’alimentation, qui étudie les enfants qui ont été exclusivement allaités, ceux qui ont été exclusivement nourris au biberon, et ceux qui ont été à la fois allaités et nourris au biberon. Il convient de noter que les enfants qui ont été exclusivement nourris au biberon sans jamais avoir été allaités peuvent avoir consommé du lait maternel au biberon.

L’asthme et la bronchite chronique sont déterminés au moyen d’un diagnostic d’un professionnel de la santé, sur la base des informations fournies par la mère de l’enfant.

Par infections chroniques de l’oreille, on entend le fait d’avoir eu quatre infections de l’oreille et plus au cours des 12 mois ayant précédé l’enquête, selon les informations fournies par la mère.

Limites

Dans le cadre de la présente étude, les analyses sont limitées par les variables recueillies au moment de l’enquête, puisque l’EEA de 2006 n’a été réalisée dans les réserves. Bien que la littérature sur l’asthme et la qualité de l’air intérieur indique que la présence d’humidité et de moisissures a une incidence sur la prévalence de l’asthme chez les enfants, l’enquête ne fournit pas de données sur la qualité de l’air intérieurNote 30. En outre, l’EEA ne comprend pas les données sur d’autres problèmes de santé qui pourraient prédisposer l’enfant aux résultats en matière de santé examinés dans le cadre de la présente étude, comme les infections des voies respiratoires.

La taille de l’échantillon a aussi constitué une difficulté dans le cadre de la présente étude. Une analyse de puissance a révélé que dans le cas des Inuits, les modèles comportaient habituellement des échantillons de petite taille. Cependant, lorsque les modèles ont été exécutés pour tous les types de répondants, les résultats n’ont pas changé, même si, dans le cas des Inuits, la taille de l’échantillon a augmenté pour arriver beaucoup plus près de la taille souhaitée. Des tests statistiques bivariés entre chaque variable liée à l’allaitement et chaque résultat ont produit des résultats semblables à ceux de la régression logistique multivariée.

Des variables culturelles, comme la langue maternelle de la mère biologique (langue autochtone ou non autochtone), l’importance de l’histoire et de la culture des Premières Nations, des Métis et des Inuits pour la mère, et la fréquence à laquelle l’enfant a participé à des activités traditionnelles, ont été évaluées tout au long du processus de création des modèles. Cependant, ces variables ne comportent pas un lien significatif avec les résultats en matière de santé qui ont été examinés dans cette étude. Puisque l’on ne peut pas établir clairement si ces variables servent de données indirectes acceptables pour déterminer l’engagement culturel, elles ont par conséquent été exclues de l’analyse.

 

Fin de l’encadré

Notes

E à utiliser avec prudence

Renseignements additionnels

Supplément d’information

Les tableaux figurant dans cette section contiennent les résultats des modèles de régression logistique complets utilisés pour produire les tableaux 2 et 3 du présent article.

Sources de données

Références bibliographiques

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