Caractéristiques et résultats sur le marché du travail des immigrants formés à l'étranger

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par Johanne Plante

Résumé

L'immigration constitue une composante de plus en plus importante de la croissance démographique du Canada, qui reçoit chaque année plus de 200 000 immigrants. Selon un rapport de Statistique Canada, les immigrants représentaient plus des deux tiers (69 %) de la croissance démographique observée entre 2001 et 2006 (Statistique Canada, 2007a).

L'intégration réussie des immigrants au marché du travail canadien présente un intérêt pour les responsables des politiques gouvernementales canadiennes de même que pour les immigrants actuels et futurs. L'objet du présent rapport consiste donc à mieux comprendre l'intégration des immigrants formés à l'étranger au marché du travail canadien par rapport aux immigrants ayant fait leurs études au Canada et aux Canadiens de naissance ayant fait des études postsecondaires.

Contrairement aux vagues d'immigrants arrivés dans les années 1950 et 1960, ceux qui sont arrivés au Canada depuis les années 1970 possèdent des niveaux de scolarité relativement élevés. Les données du Recensement de 2006 montrent que, parmi les immigrants « très récents » (ceux qui ont immigré entre 2001 et 2006), un peu plus de la moitié (51 %) détenaient un grade universitaire, soit plus de deux fois la proportion de diplômés parmi la population née au Canada (20 %) et beaucoup plus que dans le cas des immigrants arrivés au pays avant 2001 (28 %).

À leur arrivée, toutefois, les immigrants formés à l'étranger doivent s'adapter à la fois pour s'intégrer à la société et pour trouver un travail lié à leur domaine d'études. Comme le montrent les données du Recensement de 2006, les immigrants formés à l'étranger proviennent de divers milieux et leur situation sur le marché du travail diffère de celle des immigrants formés au Canada et des Canadiens de naissance ayant fait des études postsecondaires. En 2006, environ les trois quarts des immigrants du principal groupe d'âge actif (de 25 à 64 ans) formés à l'étranger étaient occupés, ce qui était inférieur au taux d'emploi des immigrants formés au Canada et des Canadiens de naissance ayant fait des études postsecondaires, soit environ 82 % dans les deux cas.

Comme le mentionnent différentes études, ce désavantage relatif tient pour une bonne part au fait que, souvent, les compétences acquises par les immigrants dans leur pays d'origine ne sont pas directement transférables à l'économie d'accueil. Plusieurs facteurs, dont la reconnaissance des titres de compétences acquis à l'étranger, le niveau de scolarité, l'étendue de l'expérience acquise à l'étranger et au Canada, la qualité différente de l'enseignement dans certains pays, les barrières linguistiques et les difficultés connexes, la force des réseaux sociaux, la connaissance du marché du travail canadien et le risque de discrimination, peuvent aussi influencer la situation des immigrants sur le marché du travail par rapport à celle des Canadiens de naissance ayant fait des études postsecondaires.

Au moment d'entrer sur le marché du travail canadien, de nombreux immigrants ont d'abord du mal à trouver du travail ainsi qu'à obtenir un emploi relativement bien rémunéré. Bon nombre d'immigrants formés à l'étranger, surtout des immigrants récents, poursuivent leurs études afin d'accroître leur scolarité et leur expérience acquises au Canada. En 2006, parmi les immigrants très récents formés à l'étranger, un peu plus d'un sur cinq (22 %) était aux études, comparativement à environ 12 % des immigrants récents et à 7 % des immigrants de longue date âgés de 25 à 64 ans et formés à l'étranger.

Même en travaillant le même nombre d'heures pendant le même nombre de semaines, les immigrants formés à l'étranger gagnaient, en général, moins que les immigrants formés au Canada et que les travailleurs nés au Canada ayant fait des études postsecondaires. En effet, les immigrants formés à l'étranger qui travaillaient à temps plein toute l'année ont déclaré en 2005 des gains médians de 40 800 $, comparativement à 49 000 $ pour les immigrants formés au Canada et à 49 300 $ pour les Canadiens de naissance travaillant à temps plein toute l'année.

Comme l'observent Boudarbat et Chernoff (2009), si l'une des principales fonctions de la scolarité, obtenue au pays ou à l'étranger, consiste à inculquer des compétences qui serviront plus tard dans l'emploi, le fait de ne pas utiliser ces compétences sur le marché du travail canadien constituerait alors un gaspillage des ressources, tant pour le travailleur que pour l'ensemble de la société.

Les résultats du recensement montrent, pour 2006, de faibles taux de concordance études-emploi chez les immigrants formés à l'étranger. En effet, parmi les 881 600 immigrants formés à l'étranger possédant un diplôme d'études postsecondaires dans un domaine d'études qui conduit normalement à l'une des professions ciblées désignées par le Programme de reconnaissance des titres de compétences étrangers (PRTCE) de Ressources humaines et Développement des compétences Canada (RHDCC), environ un sur cinq seulement travaillait dans la meilleure profession correspondante. Cette proportion grimpait à 41 % dans le cas de professions exigeant un niveau de compétence semblable ou supérieur.

La probabilité de travailler dans une profession correspondant au domaine d'études ou dans une profession équivalente varie selon le temps écoulé depuis l'établissement au pays. En 2006, environ 45 % des immigrants formés à l'étranger établis au Canada depuis plus de dix ans travaillaient dans la meilleure profession correspondante ou dans une profession équivalente, contre environ 42 % des immigrants récents et 34 % des immigrants très récents. Toutefois, même après dix ans passés au Canada, le taux de concordance études-emploi des immigrants formés à l'étranger était inférieur de plus de 15 points à celui des immigrants formés au Canada et des Canadiens de naissance.

Notre analyse révèle que la probabilité d'une bonne concordance études-emploi varie selon le pays dans lequel les immigrants formés à l'étranger ont obtenu leur plus haut niveau de scolarité. Dans l'ensemble, en 2006, plus de 60 % des immigrants formés à l'étranger ayant obtenu leurs titres de compétences en Irlande (70 %), en Nouvelle-Zélande (66 %), en Israël (64 %) et en Australie (63 %) travaillaient dans leur domaine d'études ou dans une profession exigeant un niveau de compétence semblable ou supérieur. Par contre, les taux de concordance études-emploi des immigrants ayant obtenu leurs titres de compétences ailleurs qu'en Europe, en Océanie, en Amérique du Nord et en Afrique du Sud étaient inférieurs à 45 %.

Les immigrants formés à l'étranger ne se heurtaient pas tous aux mêmes obstacles; en 2006, selon leur domaine d'études, certains étaient plus susceptibles que d'autres de travailler dans une profession connexe. Comme on pouvait s'y attendre, les immigrants ayant étudié dans des domaines où existait un lien évident entre les diplômes et la capacité de répondre aux exigences de la profession (c'est le cas de la plupart des professions et des métiers réglementés) ont enregistré en général des taux de concordance études-emploi supérieurs à ceux des immigrants qui avaient étudié dans un domaine d'études où ce lien était moins direct.

Il existe également un lien entre le pays où les immigrants ont étudié et le domaine d'études. Plus de 90 % des immigrants diplômés en médecine en Nouvelle-Zélande, en Suède, en Australie, aux États-Unis et au Royaume-Uni travaillaient comme médecin ou dans une profession exigeant un niveau de compétence semblable ou supérieur. Par contre, c'était le cas de moins du quart des immigrants ayant obtenu un diplôme semblable au Japon ou en Corée du Sud. Le pays d'études jouait un rôle moins important dans le cas des immigrants formés à l'étranger dont les titres de compétences conduisaient aux professions de chef, de cuisinier, de coiffeur et de barbier.

En général, même s'ils possédaient la même formation scolaire et s'ils travaillaient à temps plein toute l'année dans une profession exigeant un niveau de compétence semblable ou supérieur, les immigrants formés à l'étranger, qui touchaient en 2005 un revenu de 56 300 $, gagnaient un peu moins que les immigrants formés au Canada (59 500 $) et que les Canadiens de naissance ayant fait des études postsecondaires (57 200 $). Naturellement, les gains médians des immigrants formés à l'étranger et occupés à temps plein toute l'année qui travaillaient dans la meilleure profession correspondante ou dans une profession équivalente étaient nettement supérieurs à ceux des immigrants dont le taux de concordance études-emploi était faible (56 300 $ contre 34 300 $).

Le sexe compte parmi les caractéristiques qui semblent faciliter la transition au marché du travail canadien des immigrants formés à l'étranger, les hommes étant plus susceptibles que les femmes de travailler dans la meilleure profession correspondante ou dans une profession équivalente (49 % contre 33 %). On observe également des écarts selon l'âge : les immigrants de 35 à 44 ans et de 45 à 54 ans formés à l'étranger ont enregistré des taux de concordance études-emploi plus élevés que les immigrants plus jeunes (de 25 à 34 ans) et plus âgés (de 55 à 64 ans).

La deuxième phase de notre recherche, qui suivra plus tard en 2010, abordera plus en détail les caractéristiques et les facteurs déterminants qui semblent faciliter la transition au marché du travail canadien des immigrants formés à l'étranger.

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