Diane T. Finegood, Ph.D.
Professeure
Faculté de physiologie médicale et de kinésiologie
Université Simon Fraser
8888, prom. University
Burnaby (Colombie-Britannique) V5A 1S6
Tél. : 778-782-6707
Téléc. : 778-782-3055
Courriel : finegood@sfu.ca
La majorité des décès dans le monde sont attribuables à l’obésité et aux maladies chroniques associées à l’obésité. Nous avons tendance à croire que les maladies chroniques sont présentes surtout dans les pays à revenu élevé comme le Canada, mais 80 % des décès attribuables aux maladies chroniques surviennent dans les pays à faible et à moyen revenu1 . Au Canada, le taux de mortalité due aux maladies chroniques est relativement faible par rapport aux pays comme la Chine, l’Inde et la Russie et il semble être à la baisse. Dans un article publié dans Rapports sur la santé il y a une dizaine d’années, Chen et Millar ont montré que la baisse de la mortalité due aux maladies cardiovasculaires observée au cours des années 1980 et 1990 était attribuable en partie à la régression de la prévalence des cardiopathies, de l’hypertension et de l’usage du tabac2 . Même si cet article laissait supposer que la santé des Canadiens s’améliorait, nous continuons d’observer des hausses importantes de la prévalence de l’obésité et du diabète. En s’appuyant sur les données de l’Enquête nationale sur la santé de la population de 1994‑1995, 1996‑1997, 1998‑1999 et 2000‑2001 ainsi que de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2000‑2001, Millar et Young ont démontré un accroissement de l’incidence et de la prévalence du diabète associé à un accroissement de la prévalence de l’obésité et de l’inactivité physique3 .
L’obésité au Canada varie du simple au double d’une province à l’autre4 et, comme le montrent Lix et ses collaborateurs dans le présent numéro de Rapports sur la santé, la prévalence de l’obésité diffère entre les personnes vivant dans le Nord et celles vivant dans le sud du Canada5 . À partir des données autodéclarées de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2000‑2001 et 2005‑2006 portant sur les répondants autochtones et non autochtones dans le nord du Canada (Yukon, Territoires du Nord‑Ouest et Nunavut) et dans le sud du Canada, Lix et ses collaborateurs constatent de nombreuses différences entre les populations canadiennes autochtones du Nord et du Sud en ce qui a trait à l’obésité, l’usage du tabac, la consommation d’alcool et l’activité physique. Les variations observées durant la période de cinq ans entre les deux enquêtes révèlent un écart croissant entre les Autochtones vivant dans le Nord et ceux vivant dans le Sud en ce qui a trait à de nombreux facteurs de risque et une détérioration rapide de l’état de santé des Autochtones canadiens vivant dans le Nord. Étant donné que l’obésité fait augmenter la probabilité de contracter diverses maladies chroniques y compris l’asthme, l’arthrite, les cardiopathies, l’hypertension et le diabète, il y a lieu de s’inquiéter de la prévalence croissante de l’embonpoint et de l’obésité au Canada, tout particulièrement en ce qui concerne certaines populations plus vulnérables4 .
La publication Rapports sur la santé rend non seulement compte de la prévalence de l’obésité et des maladies chroniques associées à l’obésité, mais elle nous permet de mieux comprendre les comportements en amont associés à ces états. Dans le présent numéro, Langlois et ses collaborateurs s’appuient sur les données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2004 relatives à la nutrition pour déterminer le rapport entre la composition du régime alimentaire et l’obésité6 . L’apport énergétique est systématiquement plus élevé chez les hommes et les femmes obèses comparativement à ceux n’étant pas obèses, tant dans le modèle univarié que dans le modèle corrigé. Le fait que les différences entre les participants à l’enquête obèses et non obèses étaient de l’ordre de 200 kilocalories par jour seulement, soit moins de 10 % de l’apport calorique total, est préoccupant.
À quoi tient cette différence en matière d’apport énergétique? Langlois et ses collaborateurs ont observé certaines relations entre la consommation totale de lipides, de gras saturés, de gras mono‑insaturés, de glucides et de fibres chez les hommes, bien que seule la consommation totale de calories et de fibres reste significative dans le modèle corrigé. L’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2004 a fourni le premier instantané des habitudes alimentaires des Canadiens en plus de 30 ans et bon nombre de ces habitudes concordent avec l’épidémie croissante d’obésité et de maladies chroniques associées à l’obésité. La majorité des Canadiens ne consomment pas le nombre minimum recommandé de portions de fruits et légumes ou de produits laitiers7 . Beaucoup d’entre eux dépassent les limites supérieures établies pour les calories provenant de lipides, lesquelles sont tirées de produits souvent appelés « camelote alimentaire », y compris la pizza, les hamburgers, les gâteaux, les biscuits et les beignes. Les Canadiens consomment bon nombre de leurs repas à l’extérieur de la maison, et une proportion importante dans les restaurants‑minute.
En même temps, le niveau de dépense énergétique des Canadiens est‑il à la baisse? Millar avait déclaré en 1991 que les Canadiens devenaient plus actifs physiquement8 , mais des études plus récentes portent à croire qu’ils adoptent des comportements sédentaires comme l’écoute de la télévision et l’utilisation de l’ordinateur et que la cote exprimant le risque d’être obèse augmente avec les heures d’écoute de la télévision9 . Au cours des années 1990, les Canadiens entreprenaient et abandonnaient des programmes d’activité physique durant les loisirs. Même si ces changements de comportement ont de nombreuses corrélations prévisibles avec le sexe, l’âge, le niveau de scolarité et la situation d’usage du tabac, la force de ces associations laisse supposer qu’il existe de nombreux phénotypes différents de Canadiens actifs et inactifs10 .
Les articles publiés dans Rapports sur la santé et les données auxquelles nous avons accès grâce au système canadien de surveillance de la santé montrent clairement que les Canadiens prennent du poids, courent un risque plus élevé de souffrir d’obésité et de maladies chroniques associées à l’obésité et ne sont pas suffisamment actifs pour brûler l’excès de calories provenant de la vaste gamme d’aliments consommés à la maison et à l’extérieur de la maison. Même si nos grandes enquêtes donnent une idée des personnes qui présentent le risque le plus élevé, nous devons généralement chercher ailleurs pour des données probantes montrant quels programmes et politiques donnent de bons résultats, pour qui et dans quelles conditions. En s’appuyant sur l’Enquête de surveillance de l’usage du tabac au Canada, Shields a montré que les interdictions de fumer à domicile et au travail incitent les fumeurs à cesser de fumer11 . Il faut de nouvelles enquêtes et de nouvelles questions d’enquête pour déterminer quels sont les politiques et les programmes les plus prometteurs. Plus d’outils comme le School Health Action, Planning and Evaluation System12 et le projet CAPTURE doivent être adoptés sur une large échelle à l’appui des leçons tirées des interventions dans le monde réel13. Même s’il est utile de documenter l’évolution de l’état de santé et les comportements liés à la santé qui y sont associés, cela ne suffit pas pour combattre efficacement les épidémies d’obésité et de maladies chroniques associées à l’obésité.