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Langues autochtonesOn voit souvent dans la langue l’essence même de la culture. La Commission royale sur les peuples autochtones a déclaré que le « renouveau des langues autochtones devrait être considéré comme une composante essentielle de l’épanouissement des communautés autochtones » (CRPA, 1996a : 183). «La langue n’est pas seulement un moyen de communication, mais également ce qui lie les gens à leur passé et jette les fondements de leur vitalité sociale, émotive et spirituelle » (Norris, 1998 : 8). Dans cette section, il sera question de la vitalité des langues autochtones des Indiens de l’Amérique du Nord, des Métis et des Inuits hors réserve. Nous nous attacherons aux facteurs de perpétuation et de revitalisation de ces langues. Indicateurs de vitalité linguistique Indicateurs de vitalité linguistiqueDans l’ensemble, les langues autochtones sont en régression dans la population indienne de l’Amérique du Nord hors réserveEn général, les langues autochtones des Indiens de l’Amérique du Nord et des Métis hors réserve risquent de perdre pied dans bien des cas. La conservation et la transmission de ces langues sont souvent difficiles, parce que les gens ont peu l’occasion de les employer et, souvent, moins de possibilités encore de les apprendre. Les données de recensement indiquent que, de 1996 à 2001, plusieurs indicateurs clés de la vitalité des langues autochtones étaient en régression chez les Indiens de l’Amérique du Nord et les Métis. Ainsi, la proportion d’Indiens de l’Amérique du Nord hors réserve de tout âge connaissant suffisamment une langue autochtone pour converser a baissé de 1996 à 2001, tombant de 20 % à 16 %. Pendant ce temps, l’emploi d’une langue autochtone au foyer13 était en décroissance, tombant de 8 % à 6 %. Mentionnons enfin que la proportion d’Indiens de l’Amérique du Nord ayant une langue autochtone pour langue maternelle14 a chuté de 16 % à 13 %. Dans l’EAPA de 2001, on a demandé aux gens s’ils pouvaient parler ou comprendre une langue autochtone15; 32 % des Indiens de l’Amérique du Nord hors réserve de 15 ans et plus ont répondu par l’affirmative et, sur ce nombre, 46 % ont dit pouvoir parler avec grande aisance ou relativement bien une langue autochtone (Tableau 2). On doit noter que les renseignements qui précèdent concernent les Indiens de l’Amérique du Nord hors réserve et ne sont pas représentatifs de l’ensemble de la population autochtone. En général, les langues autochtones sont utilisées et comprises davantage dans les collectivités des Premières nations. Les indicateurs de vitalité des langues autochtones fléchissent à de bas niveaux dans le cas des MétisDes trois grands groupes Autochtones, celui des Métis était le moins susceptible de connaître une langue autochtone. À l’instar des Indiens de l’Amérique du Nord, ceux ci ont vu l’emploi des langues autochtones subir une baisse de 1996 à 2001. Selon les données du recensement, 5 % des Métis de tout âge étaient capables de converser dans une langue autochtone en 2001; le pourcentage atteignait les 8 % cinq ans auparavant. De même, 2 % seulement des Métis de tout âge employaient une langue autochtone au foyer en 2001 comparativement à 3 % en 1996. La même constatation vaut pour la langue maternelle. On relève en effet une diminution de 6 % à 4 %; le pourcentage tombant selon l’EAPA de 2001, 16 % des Métis pouvaient parler ou comprendre une langue autochtone et, parmi eux, 34 % le pouvaient avec grande aisance ou relativement bien. Chez les Indiens de l’Amérique du Nord, les enfants sont moins susceptibles que les adultes de connaître les langues autochtonesLes enfants indiens de l’Amérique du Nord hors réserve de 14 ans et moins connaissant une langue autochtone se sont faits proportionnellement moins nombreux au fil des ans. Les données du recensement indiquent que, de 1996 à 2001, le pourcentage de ces enfants maîtrisant assez bien une langue autochtone pour converser est tombé de 12 % à 9 %. Tel est aussi le cas des langues autochtones employées au foyer, le pourcentage correspondant ayant chuté de 6 % à 5 %. La proportion d’enfants indiens de l’Amérique du Nord ayant une langue autochtone pour langue maternelle est également revenue de 9 % en 1996 à 7 % en 2001. D’après l’EAPA de 2001, 25% de ces enfants ont déclaré pouvoir parler ou comprendre une langue autochtone en 200116, mais 22 % d’entre eux seulement avec grande aisance ou relativement bien. L’emploi des langues autochtones se situe à de bas niveaux chez les enfants métisLes enfants métis hors réserve étaient moins susceptibles que les enfants indiens de l’Amérique du Nord d’employer une langue autochtone. Chez eux, la vitalité des langues autochtones a marqué un recul de 1996 à 2001 selon les données du recensement. En 2001, 3 % des Métis de 14 ans et moins maîtrisaient assez bien une langue autochtone pour converser; il y en avait 4 % cinq ans auparavant. Très peu de ces enfants parlaient une langue autochtone au foyer : 3 % seulement en 1996 et 1 % en 2001. La proportion d’entre eux qui avaient une langue autochtone pour langue maternelle a décru, tombant de 3 % à 2 %. Les données de l’EAPA de 2001 indiquent que 12 % des enfants métis ont déclaré pouvoir parler ou comprendre une langue autochtone et, parmi eux, 16 % avec grande aisance ou relativement bien.
Maintien et revitalisation des langues autochtonesMalgré un certain recul, l’inuktitut conserve sa vitalité dans le Grand NordLes langues autochtones ont beau régresser en grand nombre, certaines demeurent viables. L’inuktitut demeure une des langues autochtones les plus vivaces au pays. Comme d’autres langues autochtones, il a perdu de sa vitalité d’il y a cinq ans, mais son recul n’est pas aussi rapide que celui de bien d’autres langues autochtones. Les données de recensement indiquent que, dans l’Arctique canadien, en 1996, 82 % des Inuits de tout âge maîtrisaient assez l’inuktitut pour converser17. En 2001, le pourcentage était inchangé. Il reste que cette langue est moins souvent employée au foyer aujourd’hui. En 1996, l’inuktitut était la langue la plus courante au foyer pour 68 % des Inuits. En 2001, cette proportion n’était plus que de 64 %. Une proportion quelque peu moindre d’Inuits ont déclaré l’inuktitut comme langue maternelle en 2001. Le pourcentage a un peu diminué de 1996 à 2001, chutant de 78 % à 77 %. Dans le cadre de l’EAPA de 2001, la vaste majorité (90 %) des Inuits de 15 ans et plus du Grand Nord ont déclaré pouvoir comprendre ou parler l’inuktitut. Parmi eux, 89 % ont dit pouvoir le faire avec grande aisance ou relativement bien. Les locuteurs plus âgés de l’inuktitut (les 65 ans et plus) étaient les plus susceptibles de parler ou de comprendre cette langue; 94 % d’entre eux pouvaient le faire. Presque tous les membres de ce groupe ont déclaré pouvoir parler inuktitut avec grande aisance ou relativement bien. L’inuktitut garde sa vitalité chez les jeunes Inuits, mais son emploi à la maison est en régressionSi les gens les plus susceptibles de parler cette langue sont les gens du troisième âge, l’inuktitut n’en a pas moins de solides bases chez les jeunes locuteurs. Tant pour 1996 que pour 2001, les données du recensement nous révèlent que 80 % des Inuits de 14 ans et moins du Grand Nord pouvaient converser en inuktitut. La proportion d’enfants inuits du Grand Nord déclarant l’inuktitut comme langue maternelle n’a guère changé. En 2001, le pourcentage s’établissait à 73 %, valeur à peu près semblable aux 74 % de 1996. Toutefois, le tableau qui se dégage est quelque peu différent si nous considérons l’emploi de cette langue au foyer. En 2001, 64 % des enfants inuits parlaient cette langue le plus souvent au foyer. C’était moins que les 68 % relevés cinq ans auparavant. Bien que légère, cette diminution demeure importante, l’emploi d’une langue autochtone au foyer étant son meilleur moyen de transmission de génération en génération, d’où de meilleures chances de survivance linguistique (Norris, 1998). Selon un autre indicateur de vitalité linguistique tiré de l’EAPA de 2001, 9 enfants inuits sur 10 (90 %) dans le Grand Nord ont déclaré pouvoir parler ou comprendre l’inuktitut. Environ 70 % des intéressés ont déclaré pouvoir le faire avec grande aisance ou relativement bien. Certaines personnes apprennent une langue autochtone comme langue secondeUn indicateur de renouveau linguistique est la différence entre les proportions respectives de personnes ayant une langue autochtone pour langue maternelle et de personnes pouvant converser dans une langue autochtone. Selon le Recensement de 2001, dans des proportions respectives de 12 % et 15 %, la population hors réserve a dit avoir d’abord appris et pouvoir toujours comprendre une langue autochtone, d’une part, et pouvoir converser dans une langue autochtone, d’autre part. La différence entre ces deux pourcentages semble indiquer qu’une partie des gens apprennent une langue autochtone comme langue seconde. Les enfants reçoivent le plus d’aide de leurs parents au moment d’apprendre une langue autochtoneDans la population hors réserve, les parents ont été mentionnés comme les gens les plus susceptibles de faciliter l’apprentissage des jeunes locuteurs des langues autochtones. Selon les données de l’EAPA de 2001, presque 7 enfants sur 10 (68 %) pouvant comprendre ou parler une langue autochtone avaient reçu l’aide de leurs parents sur ce plan. Suivaient les grands-parents, qu’ont mentionnés 51 % des enfants en question18 (graphique 10). Dans les régions urbaines et rurales et dans le Grand Nord, les parents étaient, selon les déclarations, les gens qui aidaient le plus probablement, suivis des grands-parents. On notait toutefois des variations selon les régions. Ainsi, les chances étaient bien plus grandes que les parents soient cités pour l’aide à l’apprentissage d’une langue dans le Grand Nord que dans les autres régions. Si 86 % des enfants recevaient une telle aide de leurs parents dans le Grand Nord, les pourcentages correspondants étaient de 67 % et 59 % dans les régions rurales et les régions urbaines. Les grands-parents étaient plus susceptibles de faciliter l’apprentissage linguistique chez les enfants dans les régions urbaines que dans le Grand Nord.
Les enseignants contribuent au renouveau linguistiqueLes parents apportent certes une grande aide à leurs enfants dans l’apprentissage des langues autochtones, mais les écoles ont aussi un important rôle à jouer. Ainsi, les enfants autochtones inscrits au Programme d’aide préscolaire aux Autochtones, qui est expressément conçu pour eux, sont initiés aux rudiments d’un grand nombre de langues autochtones. Sur le nombre d’enfants de moins de 15 ans qui pouvaient comprendre ou parler une langue autochtone, 36 % avaient reçu l’aide de leurs enseignants. Tel était notamment le cas dans le Grand Nord, où plus de la moitié (55 %) de ces enfants avaient eu droit à une telle aide. Les écoles ont également contribué à l’apprentissage linguistique dans les régions rurales hors réserve. Dans ces régions, plus de 4 enfants sur 10 (43 %) pouvant comprendre ou parler une langue autochtone ont indiqué avoir reçu l’aide de leurs enseignants. Le rôle des écoles était quelque peu moins important dans les régions urbaines, où 22 % des jeunes ont mentionné les enseignants comme source d’aide dans l’apprentissage d’une langue autochtone. Parmi les jeunes de 15 à 24 ans, 16 % avaient appris une langue autochtone en classe. Là encore, cette constatation valait tout particulièrement pour les jeunes Inuits de l’Arctique canadien, 82 % de la population de cette tranche d’âge ayant déclaré avoir appris une langue autochtone à l’école primaire ou secondaire. Les pourcentages correspondants étaient de 16 % et 11 % pour les régions rurales et les régions urbaines. La majorité des Autochtones juge importants la conservation et l’apprentissage des langues autochtonesBeaucoup d’Autochtones hors réserve ont déclaré accorder de l’importance aux langues autochtones. Le phénomène variait selon l’âge et les groupes d’Autochtones (graphique 11). La majorité des adultes, soit environ 6 sur 10, accordaient une grande ou une certaine importance à la conservation, à l’apprentissage ou au réapprentissage de leur langue autochtone. Les données concernant les enfants ont été recueillies à l’aide d’une question légèrement différente, posée à la personne qui connaissait le mieux l’enfant. On a demandé à cette personne quelle importance on accordait à ce que l’enfant parle et comprenne une langue autochtone; 6 répondants sur 10 ont déclaré une grande ou une certaine importance. Ce sont les Inuits qui voulaient le plus protéger les langues autochtones : presque 9 adultes inuits sur 10 ont déclaré accorder une grande ou une certaine importance à leur langue. Les personnes qui répondaient pour les enfants inuits ont fourni de telles réponses dans des proportions similaires, alors que ces proportions étaient de la moitié chez les Métis et des deux tiers chez les Indiens de l’Amérique du Nord. |
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