Analyse des résultats

La diversité ethnoculturelle d'une génération à l'autre
La diversité ethnoculturelle de l'ensemble de la population canadienne
La diversité ethnoculturelle au sein des régions métropolitaines de recensement (RMR)

Le passage, au cours des dernières décennies, d'une immigration de provenance surtout européenne à une immigration composée en majorité de ressortissants asiatiques, combiné au maintien de niveaux d'immigration soutenus a contribué, et contribue encore, à la diversification ethnoculturelle de la population canadienne. Celle-ci s'effectue par les nouvelles cohortes de personnes nées à l'étranger, lesquelles se distinguent des précédentes, mais aussi par l'intermédiaire de la descendance des nouveaux arrivants suite à leur établissement au pays. Si la descendance des immigrants des dernières décennies demeure encore fort jeune, son importance dans la composition de la population canadienne ira grandissant au cours des années à venir. C'est ainsi que l'on peut s'attendre à ce que la population canadienne connaisse d'importants changements à l'horizon 2031, spécialement dans les régions où s'établiront les plus importants contingents de nouveaux immigrants.

L'analyse présentée dans cette section a été structurée de manière à faire ressortir les diverses facettes de cette transformation, notamment les mécanismes par lesquels la population se diversifie d'une génération à une autre. Les résultats des trois scénarios de projections démographiques retenus pour l'analyse sont d'abord présentés pour l'ensemble du Canada puis, dans un deuxième temps, et de manière plus succincte, pour les plus grandes régions métropolitaines du pays. Le lecteur est invité à consulter les définitions des concepts-clés de l'analyse, notamment le statut des générations, à l'Encadré 2.

La diversité ethnoculturelle d'une génération à l'autre

Très prochainement, la proportion de personnes nées à l'étranger au sein de la population canadienne atteindrait un niveau record

Selon le Recensement de 2006, la population née à l'étranger, aussi appelée population de première génération (voir l'Encadré 2), comptait un peu plus de 6,5 millions de personnes et représentait 19,8 % de la population canadienne, soit environ une personne sur cinq (Graphique 1). En comparaison, cette proportion était de 12,5 % aux États-Unis et de 22,2 % en Australie à la même période1.

Encadré 2.

Diversité ethnoculturelle

Dans le présent document, la notion de diversité ethnoculturelle est utilisée pour faire référence à la diversité relative aux groupes de minorités visibles, au statut des générations, à la confession religieuse, au lieu de naissance et à la langue maternelle. Il va de soi que cette définition opérationnelle ne recouvre pas la totalité des expressions de la diversité ethnoculturelle de la population et que celle-ci pourrait donc être définie au moyen d'autres variables.

Population née à l'étranger

Dans le cadre de cette étude, la notion de population née à l'étranger (aussi appelée population des immigrants) est utilisée pour désigner les personnes qui sont, ou qui ont déjà été, des immigrants reçus au Canada. Cela signifie que ce qui est entendu par population née à l'étranger ne comprend ni les résidents non permanents ni les citoyens canadiens de naissance qui sont nés à l'étranger. Ces derniers sont considérés comme étant des Canadiens de naissance ou des non-immigrants.

Statut des générations

Rang de la génération du répondant depuis l'établissement de sa famille (entendre ses ascendants directs) au Canada. Les personnes nées à l'étranger constituent la première génération; la deuxième réfère aux personnes nées au Canada d'au moins un parent né à l'étranger; les générations suivantes (troisième ou plus) sont composées des personnes nées au Canada de deux parents eux aussi nés au Canada.

La part relative de la population née à l'étranger a surtout augmenté depuis 1991, de concert avec les tendances à la hausse observées pour l'immigration. Entre 1991 et 2006 en effet, le nombre annuel moyen d'immigrants admis au Canada a été de 229 000, faisant des années de 1991 à 2006 l'une des plus longues périodes ininterrompues d'immigration soutenue depuis 1871. Entre 1951 et 1991, la proportion de personnes nées à l'étranger au Canada n'avait que peu changé, passant de 14,7 % à 16,1 % sur une période de quarante ans.

Graphique 1 Proportion de la population née à l'étranger selon le scénario de projection, Canada, 1871 à 2031

Les résultats des projections montrent que, selon tous les scénarios de projection retenus, la proportion de la population canadienne que représentent les personnes nées à l'étranger continuerait de s'accroître et pourrait atteindre entre 25 % et 28 % en 2031. Autrement dit, au moins une personne sur quatre vivant au Canada pourrait être née à l'étranger d'ici une vingtaine d'années.

Cette proportion de personnes nées à l'étranger représenterait un niveau record depuis la Confédération, les proportions de personnes nées à l'étranger les plus élevées à ce jour ayant été observées entre 1911 et 1931 (environ 22 %), période au cours de laquelle le Canada a reçu un important nombre d'immigrants en raison du peuplement de l'Ouest du pays. Du début du XXe siècle jusqu'au début de la crise des années 1930 en effet, le Canada a accueilli en moyenne 151 000 immigrants annuellement. Il s'agissait d'un nombre très élevé si l'on considère que la population du Canada comptait alors trois fois moins de personnes qu'aujourd'hui.

La hausse du pourcentage de personnes nées à l'étranger que pourrait connaître le Canada d'ici 2031 vient de ce que la population née à l'étranger s'accroîtrait 4 fois plus rapidement que le reste de la population selon les scénarios retenus pour les présentes projections. Au terme de cet accroissement, le Canada compterait entre 9,8 et 12,5 millions de personnes nées à l'étranger, comparativement à 6,5 millions en 2006. Ce nombre était de 3,8 millions en 1981.

Une population née à l'étranger de plus en plus diversifiée au plan ethnoculturel

Parallèlement à cette hausse, et en raison des changements qu'a connus le Canada quant aux sources de son immigration, le lieu de naissance des personnes nées à l'étranger et vivant au Canada (la première génération) a considérablement changé depuis les années 1980 et pourrait continuer à connaître d'importants changements au cours des deux prochaines décennies.

Jusqu'en 2001, le principal continent de naissance des personnes nées à l'étranger, ce qui inclut les personnes qui se sont établies au Canada de longue date, était l'Europe; en fait, plus de deux personnes sur cinq au sein de la population née à l'étranger était originaire de ce continent jusqu'à ce moment (Graphique 2). Cette situation est évidemment attribuable aux flux d'immigration passés, l'origine de l'immigration canadienne au cours du XXe siècle ayant surtout été l'Europe.

Graphique 2 Répartition de la population canadienne née à l'étranger selon le continent de naissance, Canada, 1981 à 2031 (scénario de référence)

Depuis 1981 cependant, parmi les personnes nées à l'étranger et énumérées lors des recensements, la proportion de personnes nées en Asie n'a cessé d'augmenter, passant de 14 % à 41 % en 2006, et celle de personnes nées en Europe de décliner, passant de 67 % à 37 %. En fait, la proportion que représentent les personnes nées en Asie au sein de la population née à l'étranger surpassait pour la première fois en 2006 celle des personnes nées en Europe.

Selon les scénarios retenus dans le cadre des présentes projections, 55 % de la population née à l'étranger proviendrait de l'Asie en 2031. Les personnes nées en Europe, de leur côté, ne représenteraient alors plus que 20 % de cette population. Nettement plus âgée (âge médian de 57,0 ans comparativement à 46,5 ans pour l'ensemble des personnes nées à l'étranger), la population née en Europe compterait de nombreux décès que compenserait à peine le nombre de nouveaux arrivants. En moyenne établis au pays plus récemment, les personnes nées en Asie seraient en comparaison plus jeunes (âge médian de 40,3 ans) et bénéficieraient d'un apport migratoire plus important.

Les personnes nées à l'étranger provenant de pays non européens se distinguent du reste de la population canadienne, notamment parce qu'elles comptent de fortes proportions de personnes de minorités visibles, de personnes qui n'ont ni le français ni l'anglais comme langue maternelle et de personnes de religions non chrétiennes2. Les changements observés quant aux lieux de naissance des personnes nées à l'étranger s'accompagnent, par voie de conséquence, d'une diversification de cette population à plusieurs autres égards.

Ainsi, selon les scénarios de projection, la proportion que représentent les personnes de minorités visibles au sein de la population née à l'étranger serait d'environ 71 % en 2031 (Graphique 3), comparativement à 54 % en 2006. Autrement dit, plus de deux personnes sur trois nées à l'étranger et vivant au Canada pourraient appartenir à un groupe de minorités visibles d'ici deux décennies.

De même, toujours au sein de la première génération de Canadiens, la part que représentent les personnes de confessions religieuses autres que chrétiennes ainsi que les personnes dont la langue maternelle n'est ni l'anglais, ni le français pourrait s'accroître de façon importante au cours des prochaines années. On comptait environ une personne sur quatre (24 %) de confessions religieuses autres que chrétiennes au sein de la population immigrante du Canada en 2006 ; en 2031 et selon le scénario de référence, cette proportion s'établirait à 32 %, soit près d'une personne sur trois. De la même façon, la proportion de personnes n'ayant ni le français, ni l'anglais comme langue maternelle pourrait passer de 70 % en 2006 à un niveau d'environ 77 % - soit plus de trois personnes sur quatre - en 2031.

Il va de soi que les résultats relatifs à la composition de l'immigration sont fort sensibles aux hypothèses retenues. Rappelons qu'il est possible de consulter, en annexe du présent document, les résultats provenant d'un scénario qui suppose une composition future de l'immigration différente des trois scénarios analysés ici (scénario E d'immigration alternative - voir la section Hypothèses pour une description de ce scénario).

Graphique 3 Proportion de la population née à l'étranger appartenant à un groupe de minorités visibles, allophones ou de confessions religieuses non chrétiennes, Canada, 2006 et 2031 (scénario de référence) 1

En 2031, seulement un Canadien sur deux âgé de 15 ans ou plus pourrait appartenir à une famille établie au pays depuis au moins trois générations

S'il est attendu que des changements dans le volume et la composition de l'immigration au Canada aient d'abord des effets sur la diversité ethnoculturelle de la population née à l'étranger et vivant au Canada, il est inévitable qu'à plus long terme, avec la succession des générations, cette diversité s'accroisse également au sein de la population née au Canada. Les projections réalisées pour ce projet permettent de distinguer, au sein de la population née au Canada, la deuxième et la troisième génération ou plus. Rappelons que les personnes de deuxième génération sont nées au Canada d'au moins un parent né à l'étranger ; cette population est par conséquent constituée d'enfants d'immigrants. La troisième génération ou plus est elle aussi composée de personnes nées au Canada, mais de parents (les deux) également nés au Canada. Il s'agit donc d'une population dont la famille est établie sur le sol canadien depuis une plus longue période de temps.

Entre 1971 et 2006, la part que représentent les Canadiens de troisième génération ou plus au sein de la population âgée de 15 ans et plus3 n'a que peu varié autour d'un niveau d'environ 60 % (graphique 4). Autrement dit, au cours de cette période, environ trois personnes de 15 ans ou plus sur cinq appartenaient à des familles établies depuis au moins trois générations au pays.

Graphique 4 Répartition de la population âgée de 15 ans et plus selon le statut des générations, Canada, 1971, 2006 et 2031 (scénario de référence)

Selon les résultats du scénario de référence développé dans le cadre des présentes projections, cette proportion pourrait toutefois décroître significativement au cours des prochaines décennies pour atteindre 52 % en 2031. À ce moment, guère plus d'un Canadien de 15 ans ou plus sur deux appartiendrait à la troisième génération ou plus.

Cela veut dire du même coup que la part que représentent les Canadiens de première ou de deuxième génération au sein de la population canadienne âgée de 15 ans ou plus augmenterait à 46 % en 2031, comparativement à 39 % en 2006. En d'autres termes, à ce moment, près d'un Canadien sur deux de 15 ans ou plus serait soit né à l'étranger, soit aurait au moins un parent né à l'étranger.

L'examen de la structure par âge de la population selon la génération (Graphique 5 et Graphique 6) nous montre que ces proportions varieraient de façon appréciable selon l'âge. D'une part, les personnes de première et de deuxième génération représenteraient près de 44 % de la population âgée entre 0 et 14 ans en 2031, en forte hausse par rapport à 31 % en 2006. Cette hausse est évidemment attribuable à la natalité des personnes nées à l'étranger.

Graphique 5 Pyramide des âges (en nombre) selon le statut des générations, Canada, 2006

D'autre part, près d'une personne sur deux faisant partie de la population en âge de travailler (c'est-à-dire âgée de 15 à 64 ans) serait de première ou de deuxième génération en 2031, comparativement à 36 % en 2006. Cette hausse s'explique par l'importance de l'immigration au Canada, la majorité des immigrants arrivant au Canada faisant partie de ce groupe d'âge, mais aussi par le passage, d'ici 2031, des nombreuses générations du baby-boom, pour l'essentiel des personnes nées au Canada et de troisième génération ou plus, dans le groupe d'âge de 65 ans ou plus.

Graphique 6 Pyramide des âges (en nombre) selon le statut des générations, Canada, 2031 (scénario de référence)

Enfin, il est intéressant de constater que la part des personnes de première et de deuxième génération diminuerait entre 2006 et 2031 au sein de la population âgée de 65 ans ou plus, de 51 % à 41 %. Encore ici, l'arrivée dans ce groupe d'âge des générations issues de la période du baby-boom explique en grande partie pourquoi la progression de la diversité ethnoculturelle serait plus limitée au sein de la population âgée au cours des deux prochaines décennies.

La diversité ethnoculturelle en forte hausse au sein de la population née au Canada

Sous l'effet conjugué de la fécondité des immigrants et de leurs enfants nés au Canada puis de la transmission d'une génération à l'autre de certaines de leurs caractéristiques - appartenance à un groupe de minorités visibles, langue maternelle et confession religieuse par exemple - , la diversité relative à ces caractéristiques serait également appelée à croître considérablement au sein de la population née au Canada au cours des prochaines décennies.

Le Graphique 7 montre que de façon générale, la proportion de personnes appartenant à un groupe de minorités visibles, de confessions religieuses autres que chrétiennes et de personnes n'ayant ni le français ni l'anglais comme langue maternelle pourrait approximativement doubler au sein de la population née au Canada entre 2006 et 2031. Par exemple, les personnes de minorités visibles représentaient un peu plus de 6 % de la population née au Canada en 2006; elles pourraient en représenter environ 15 % en 2031. Il s'agit d'une progression plus rapide encore qu'au sein de la population née à l'étranger.

Graphique 7 Proportion de la population née au Canada appartenant à un groupe de minorités visibles, allophone ou de confessions religieuses non chrétiennes selon le scénario de projection, Canada, 2006 et 2031

Le Graphique 8 montre que l'accroissement de cette diversité serait rapide tant au sein de la seconde que de la troisième génération ou plus. Ainsi, la proportion de personnes appartenant à un groupe de minorités visibles pourrait quasiment doubler au cours des 25 prochaines années au sein de la population de deuxième génération, passant de 24 % en 2006 à 47 % en 2031 selon le scénario de référence. Autrement dit, près d'une personne sur deux parmi la population née au Canada et appartenant à la deuxième génération - les enfants d'immigrants - pourrait appartenir à un groupe de minorités visibles d'ici deux décennies.

Graphique 8 Proportion de la population appartenant à un groupe de minorités visibles selon le statut des générations, Canada, 2006 et 2031 (scénario de référence)

Bien que la diversité y soit plus modeste, c'est au sein de la troisième génération ou plus que la hausse de la proportion de personnes de minorités visibles serait la plus rapide, puisqu'elle pourrait presque tripler (de 1 % à 3 % selon le scénario de référence) au cours des 25 prochaines années. Il est attendu que la progression de la diversité, au sein de cette population, se poursuivra bien au-delà de 2031. Le fait que la proportion de personnes de minorités visibles y atteigne environ 8 % chez les 0 à 14 ans en 2031 en est un indicateur.

La proportion d'allophones et celle de personnes ayant une confession religieuse non chrétienne au sein de la population de deuxième et de troisième génération ou plus s'accroîtraient elles aussi rapidement. Ainsi, de 2006 à 2031, selon le scénario de référence, le pourcentage d'allophones passerait de 21 % à 35 % au sein de la deuxième génération et de 2 % à 4 % au sein des générations trois et plus. Au même moment, le pourcentage de personnes de religions non chrétiennes atteindrait 23 % en 2031 pour la seconde génération et 2 % chez les générations trois ou plus, comparativement à 12 % et 1 % en 2006.

La diversité ethnoculturelle de l'ensemble de la population canadienne

Trois Canadiens sur dix pourraient appartenir à un groupe de minorités visibles en 2031

De ce processus, qui pourrait voir la diversité ethnoculturelle de la population canadienne s'accroître d'abord au sein de la population née à l'étranger (première génération) puis ensuite, par le biais de la natalité, au sein de la population née au Canada, résulterait une population différente à plusieurs égards de ce qu'elle est aujourd'hui.

En 2006, le Canada comptait plus de 5 millions de personnes appartenant à un groupe de minorités visibles. Ces personnes représentaient alors 16 % de l'ensemble de la population, contre seulement 5 % en 1981. Les projections indiquent qu'en 2031, la population de minorités visibles du Canada pourrait atteindre entre 11,4 et 14,4 millions d'individus selon les trois scénarios retenus pour l'analyse (tableau 4). La proportion qu'elle représente au sein de la population totale varierait alors entre 29 % et 32 %. Autrement dit, environ trois Canadiens sur dix pourraient appartenir à un groupe de minorités visibles en 2031.

Tableau 4 Population selon le groupe de minorités visibles et le scénario de projection, Canada, 2006 et 2031

Entre 4,0 et 5,0 millions (soit le tiers) des personnes appartenant à un groupe de minorités visibles en 2031 seraient nées au Canada, qu'elles soient des enfants d'immigrants (la deuxième génération) ou qu'elles appartiennent à des familles établies au pays depuis trois générations ou plus.

La hausse projetée du pourcentage de minorités visibles vient de ce que les effectifs de cette population augmenteraient à un rythme plus élevé que ceux du reste de la population. Alors que la population appartenant à un groupe de minorités visibles devrait plus que doubler au cours des 25 prochaines années selon tous les scénarios, celle du reste de la population n'augmenterait que d'au plus 12 %. C'est que la population de minorités visibles continuerait, selon les scénarios retenus dans le cadre des présentes projections, d'être alimentée, au cours des prochaines années, par une immigration soutenue, une fécondité légèrement supérieure et une structure par âge plus jeune (âge médian de 32,5 ans comparativement à 40,4 ans pour le reste de la population), par conséquent plus favorable à la natalité et générant moins de décès.

Reflet de cette structure par âge plus jeune des populations de minorités visibles, la diversité devrait continuer à se concentrer parmi la population âgée de moins de 65 ans au cours des prochaines décennies (Graphique 9). C'est ainsi que la proportion de personnes de minorités visibles atteindrait respectivement 36 %, 36 % et 30 % au sein de la population de 0 à 14 ans, de 15 à 44 ans, puis de 45 à 64 ans d'ici 2031. Elle demeurerait cependant plus faible au-delà de 65 ans, à 18 %. Ces proportions seraient cependant en forte hausse dans tous les groupes d'âge.

Graphique 9 Proportion de la population appartenant à un groupe de minorités visibles selon le groupe d'âge, Canada, 2006 et 2031 (scénario de référence)

Les projections réalisées permettent également de montrer quels sont les groupes de minorités visibles qui pourraient connaître, au cours des deux prochaines décennies, les variations les plus importantes (Tableau 4).

En 2031, les Sud-Asiatiques et les Chinois devraient encore, comme en 2006, être les plus nombreux des groupes de minorités visibles. Environ 1,3 million de Sud-Asiatiques étaient établis au Canada en 2006 ; leur population pourrait plus que doubler au cours des deux prochaines décennies pour atteindre entre 3,2 et 4,1 millions d'individus en 2031 selon les scénarios analysés ici. La population des Chinois pourrait pour sa part passer de 1,3 million en 2006 à un effectif variant entre 2,4 et 3,0 millions en 2031.

Une personne de minorités visibles sur quatre (25 %) était Sud-Asiatique en 2006 ; cette proportion pourrait augmenter à environ 28 % en 2031. La part relative des Chinois devrait connaître une évolution différente et diminuer de 24 % à environ 21 % entre 2006 et 2031 et ce, malgré un apport migratoire similaire à celui des Sud-Asiatiques. C'est que, contrairement aux Sud-Asiatiques, la fécondité des Chinoises est l'une des plus faibles au pays. Un autre facteur, moins important, tient à la plus forte propension des personnes nées en Chine à émigrer du Canada comparativement aux Sud-Asiatiques.

Troisième et quatrième groupes en importance quant à leurs effectifs en 2006, les populations des Noirs et des Philippins du Canada pourraient également doubler au cours des 25 prochaines années. La population des Noirs pourrait ainsi atteindre, selon les scénarios retenus, entre 1,6 et 2,0 million de personnes en 2031 et celle des Philippins entre 908 000 et 1,1 million d'individus. La proportion que ces groupes représentent ensemble au sein de la population de minorités visibles devrait pour sa part diminuer légèrement, de 24 % à 22 %.

Les Arabes ainsi que les Asiatiques occidentaux4 sont des groupes qui se distinguent du fait qu'ils sont ceux qui pourraient croître le plus rapidement entre 2006 et 2031. Si leurs effectifs étaient relativement modestes en 2006 (276 000 Arabes et 164 000 Asiatiques occidentaux), ils pourraient plus que tripler au cours des 25 prochaines années. La population des Arabes du Canada pourrait ainsi compter entre 806 000 et 1,1 million de personnes en 2031 et celle des Asiatiques occidentaux entre 457 000 et 592 000 personnes.

Cette croissance est en grande partie attribuable à une immigration soutenue de ces deux groupes dans les scénarios retenus, ainsi qu'à une fécondité plus élevée dans le cas des Arabes. Ces derniers présentent la fécondité la plus forte de tous les groupes de minorités visibles au Canada, devant les Sud-Asiatiques.

La population de confessions religieuses autres que chrétiennes pourrait doubler d'ici 2031

Il est important de rappeler que le Recensement de 2006, base des présentes projections, ne comportait aucune question sur la confession religieuse. Les projections de cette variable reflétant la diversité ethnoculturelle a donc été faite à partir du Recensement de 2001 (voir l'Encadré 1). Se basant sur des données moins récentes, l'analyse des résultats des projections de la confession religieuse exigent donc une prudence supplémentaire.

Entre 1981 et 2006, la population de confessions religieuses autres que chrétiennes (les personnes sans religion ne sont pas comptées dans ce groupe) a fortement augmenté, passant de 616 000 personnes à 2,5 millions d'individus. Selon les résultats des projections, cette population pourrait plus que doubler au cours des 25 prochaines années pour atteindre entre 5,3 et 6,8 millions d'individus en 2031 (Tableau 5). De 8 % de la population en 2006, la proportion que représentent les personnes de confessions religieuses autres que chrétiennes pourrait passer à environ 14 % en 2031, soit approximativement une personne sur sept.

Tableau 5 Population selon la confession religieuse et le scénario de projection, Canada, 2006 et 2031

Au sein de la population de confessions religieuses autres que chrétiennes, une personne sur deux (48 %) pourrait être de confession musulmane en 2031 alors que cette proportion n'était que de 35 % en 2006. Toutes confessions religieuses confondues, c'est en effet la population de confession musulmane qui pourrait connaître la plus forte augmentation entre 2006 et 2031, les effectifs triplant au cours de cette période. Cette hausse est surtout due à deux éléments, d'une part la composition de l'immigration dans les scénarios retenus ainsi qu'une fécondité plus forte que celle des autres groupes.

Les projections montrent par ailleurs que la plupart des groupes figurant parmi les confessions autres que chrétiennes devraient voir doubler leurs effectifs entre 2006 et 2031.

L'augmentation de la population chrétienne, d'au plus 19 % de 2006 à 2031, serait pour sa part beaucoup plus modeste. Le nombre de personnes de confessions chrétiennes serait ainsi susceptible de passer de 24,3 millions de personnes en 2006 à un niveau se situant entre 25,8 et 28,8 millions en 2031. En conséquence de cet accroissement moins rapide, moins de deux Canadiens sur trois (entre 64 % et 66 % selon les scénarios) pourraient être de religions chrétiennes en 2031, contre trois personnes sur quatre (75 %) en 2006 et 90 % des Canadiens en 1981.

Parmi les religions chrétiennes, l'accroissement des deux plus importants groupes confessionnels, catholique et protestant, serait par ailleurs inférieur à la moyenne, voire négatif, en raison principalement d'une mobilité interconfessionnelle qui leur est, plus que les autres groupes, défavorable, comme ce fut le cas dans le passé.

Enfin, la proportion de Canadiens se déclarant sans religion pourrait connaître une augmentation importante au cours des prochaines années, passant de 5,7 millions d'individus en 2006 à un niveau qui pourrait varier entre 8,2 et 9,4 millions en 2031, selon les scénarios. Une proportion estimée de 17 % de la population n'avait pas de confession religieuse en 2006 ; cette proportion atteindrait 21 % en 2031. En 1981, 1,8 millions de personnes, ou 7 % de la population, n'avaient pas déclaré de confession religieuse. La mobilité interconfessionnelle, favorable à ce groupe dans les scénarios retenus, ainsi que l'immigration de personnes qui se déclarent sans religion (souvent chinoises), sont les principaux facteurs sous-jacents à cette hausse.

En 2031, trois Canadiens sur dix pourraient avoir comme langue maternelle une langue autre que l'anglais ou le français

Les personnes n'ayant comme langue maternelle ni le français ni l'anglais - aussi appelées allophones - représentaient moins de 10 % de la population du Canada en 1981. Cette proportion a augmenté à 20 % en 2006 et les projections indiquent qu'elle pourrait atteindre entre 29 % et 32 % en 2031 selon le scénario retenu (Tableau 6). Autrement dit, trois Canadiens sur dix pourraient n'avoir ni le français ni l'anglais comme langue maternelle en 2031. À ce moment, le nombre d'allophones varierait entre 11,4 et 14,3 millions. La hausse du nombre d'allophones pourrait être entre sept et onze fois plus rapide que celle du reste de la population, alimentée par l'immigration au sein de laquelle les personnes de langue maternelle autre que l'anglais ou le français continueraient d'être surreprésentées, selon les scénarios développés pour les projections.

Tableau 6 Population selon la langue maternelle et le scénario de projection, Canada, 2006 et 2031

La diversité ethnoculturelle au sein des régions métropolitaines de recensement (RMR)

Outre son niveau soutenu depuis la fin des années 1980 et sa diversité sur le plan ethnoculturel, l'immigration canadienne présente cette autre caractéristique : une forte concentration géographique. Selon le Recensement de 2006, la vaste majorité des immigrants arrivés au Canada entre 2001 et 2006 se sont établis dans l'une ou l'autre des 33 régions métropolitaines de recensement que comporte le pays. Cette situation a contribué, au cours des dernières décennies, à différencier les RMR des autres régions du Canada, les premières connaissant, en raison d'une forte immigration, un accroissement démographique plus rapide de même qu'une diversification accrue de leurs populations. Cette section a pour but d'illustrer ce que pourrait être, en 2031, la diversité ethnoculturelle des différentes régions métropolitaines et des autres régions du pays.

Afin de ne pas trop alourdir le texte, seul le scénario de référence sera analysé dans cette section. Il convient de rappeler que les résultats à l'échelle régionale sont particulièrement sensibles aux hypothèses formulées au chapitre de la migration interne. Celle formulée dans le scénario de référence est une hypothèse dite  « moyenne  » reposant sur les tendances observées aux recensements de 1996, 2001 et 2006. D'autres scénarios, notamment le scénario de migration interne alternative (disponible en annexe), conduisent évidemment à des résultats différents, surtout quant aux effectifs de population des diverses régions du Canada. Les résultats à l'échelon régional doivent donc être interprétés avec prudence. Toutefois, tous les scénarios conduisent à une diversité ethnoculturelle croissante de la population canadienne à l'horizon 2031.

La vaste majorité des personnes appartenant à un groupe de minorités visibles continuerait à résider dans l'une des 33 RMR d'ici 2031

La propension des nouveaux immigrants canadiens à s'établir dans les plus grandes régions métropolitaines, ainsi que leur natalité, a contribué, depuis plusieurs décennies, à concentrer la diversité ethnoculturelle dans les milieux métropolitains du Canada. Ainsi, depuis le début des années 1990, les régions métropolitaines de recensement du Canada ont accueilli plus de 90 % des nouveaux arrivants. En comparaison, ces régions n'étaient le lieu de résidence que d'environ deux Canadiens sur trois.

En conséquence de cette forte concentration métropolitaine de l'immigration comparativement à la population générale, les RMR comptaient, en 2006, une proportion de personnes nées à l'étranger beaucoup plus importante que le reste du pays. Ainsi, 26 % de la population de l'ensemble que forment les régions métropolitaines de recensement était née à l'étranger, contre 6 % seulement dans le reste du pays (Graphique 10). Selon le scénario de référence des projections démographiques, cet écart se maintiendrait jusqu'en 2031. À ce moment, environ 33 % de la population résidant dans les RMR serait née à l'étranger, soit une proportion près de cinq fois plus élevée qu'ailleurs au Canada (7 %).

Graphique 10 Répartition de la population selon le statut des générations et le lieu de résidence (régions métropolitaines de recensement ou hors régions métropolitaines de recensement), Canada, 2006 et 2031 (scénario de référence)

Les personnes nées au Canada de parents immigrants, ou de deuxième génération, compteraient de leur côté pour 22 % de la population des RMR et 12 % des autres régions en 2031. Si l'on rapproche ces données des chiffres précédents, cela signifierait que, selon le scénario de référence des présentes projections, environ 55 % des personnes résidant en milieu métropolitain seraient des immigrants ou des enfants d'immigrants, contre 19 % dans le reste du pays. En 2006, les pourcentages correspondants étaient de 46 % et 18 %.

L'immigration étant le premier vecteur de la diversité ethnoculturelle, cette dernière tend par conséquent à se concentrer, elle aussi, au sein des régions métropolitaines de recensement. Selon le Recensement de 2006 en effet, plus de 96 % des personnes appartenant à un groupe de minorités visibles vivaient dans l'une ou l'autre des 33 RMR que compte le Canada. Les résultats du scénario de référence des projections suggèrent que les personnes appartenant à un groupe de minorités visibles pourraient, en 2031, continuer de se concentrer (plus de 96 %) dans les RMR (Graphique 11).

De la même façon, la grande majorité des personnes de confessions religieuses autres que chrétiennes de même que des personnes n'ayant pour langue maternelle ni le français ni l'anglais pourraient résider dans les plus grandes régions métropolitaines du pays au cours des deux prochaines décennies, comme c'était déjà le cas en 2006. Les résultats indiquent, par exemple, que 95 % des personnes de confession religieuse autre que chrétienne et environ 91 % des allophones pourraient vivre, en 2031, en milieu métropolitain au Canada.

Graphique 11 Répartition de la population appartenant à un groupe de minorités visibles, allophone ou de confessions religieuses non chrétiennes selon le lieu de résidence (régions métropolitaines de recensement ou hors régions métropolitaines de recensement), Canada, 2006 et 2031 (scénario de référence)

Les proportions de minorités visibles, d'allophones et de personnes de confessions religieuses autres que chrétiennes au sein de la population des régions métropolitaines du Canada, déjà supérieures à la moyenne nationale en 2006, atteindraient respectivement 40 %, 37 % et 18 % en 2031, illustrant encore une fois la forte diversité qui caractérise, et continuerait de caractériser, les RMR du Canada.

Environ trois personnes sur cinq pourraient appartenir à un groupe de minorités visibles dans les RMR de Toronto et de Vancouver en 2031

Si la diversité ethnoculturelle est plus importante dans les plus grandes régions métropolitaines qu'ailleurs au Canada, on constate cependant de grandes différences d'une RMR à une autre. Selon le Recensement de 2006 par exemple, les personnes nées à l'étranger comptaient pour plus de 46 % de la population de la région métropolitaine de Toronto et 40 % de celle de Vancouver, mais moins de 5 % des régions de St-John's , Québec, Moncton, Trois-Rivières, Saint-John et Saguenay. De même, la proportion de la population qui appartenait à un groupe de minorités visibles variait d'environ 43 % dans la RMR de Toronto à moins de 2 % dans les RMR de Moncton, St-John's, Trois-Rivières et Saguenay. C'est que les nouveaux immigrants tendent, à leur arrivée, à s'établir parmi les plus grandes régions métropolitaines du pays, spécialement Toronto, Vancouver et Montréal, qui constituait le lieu d'établissement de plus de 70 % des immigrants qui ont été admis au pays de 2001 à 2006. La présence préalable de membres de la famille et d'amis, de même que les possibilités d'emploi sont des raisons fréquemment évoquées par les immigrants pour expliquer le choix de leur lieu de résidence5.

Si la situation et les tendances retenues comme hypothèse pour le scénario de référence devaient se maintenir, d'importantes différences quant à la diversité ethnoculturelle des diverses RMR du pays devraient perdurer jusqu'en 2031 (Graphiques 12 et 13). Avec une proportion de personnes qui sont nées à l'étranger qui s'élèverait à 50 % et 44 %, Toronto et Vancouver continueraient de se démarquer des autres régions métropolitaines du pays. Si on y ajoute les personnes de deuxième génération (respectivement 28 % et 26 %), on constate que la population de ces deux régions serait composée à 78 % et 70 % d'immigrants et d'enfants nés au Canada de parents immigrants. Déjà élevées en 2006, ces proportions demeureraient les plus importantes du pays.

Les RMR de Toronto et de Vancouver continueraient également de se distinguer en 2031 avec de fortes proportions de personnes appartenant à un groupe de minorités visibles. En fait, environ trois personnes sur cinq pourraient appartenir à un groupe de minorités visibles en 2031 dans les RMR de Toronto et de Vancouver selon le scénario de référence des projections.

Cinq autres RMR pourraient présenter, en 2031, une proportion de personnes nées à l'étranger et de minorités visibles supérieure à la moyenne nationale, soit Abbotsford, Windsor, la partie ontarienne d'Ottawa-Gatineau, Calgary et Montréal.

Graphique 12 Proportion de la population née à l'étranger selon la région métropolitaine de recensement, Canada, 2006 et 2031 (scénario de référence)

À l'opposé, les personnes nées à l'étranger continueraient de composer moins de 5 % des régions métropolitaines de St-John's, Trois-Rivières et Saguenay en 2031. Les populations nées à l'étranger y comptant moins de personnes, les descendants de l'immigration récente y sont moins nombreux et la population y est donc moins diversifiée qu'ailleurs au pays au plan ethnoculturel. On y trouverait donc également moins d'une personne sur vingt appartenant à un groupe de minorités visibles.

Graphique 13 Proportion de la population appartenant à un groupe de minorités visibles selon la région métropolitaine de recensement, Canada, 2006 et 2031 (scénario de référence)

Le classement des RMR selon l'importance de la proportion de personnes de confessions religieuses non-chrétiennes et d'allophones devrait présenter, en 2031, un profil similaire à celui établi sur la base de la proportion de personnes nées à l'étranger et de minorités visibles.

Parce que les projections nous montrent que 71 % de la population de minorités visibles devraient continuer d'y résider d'ici 2031, les trois RMR les plus populeuses du pays - Toronto, Montréal et Vancouver - présentent un intérêt particulier. De plus, en raison des différences qui les séparent quant à la provenance des immigrants qui s'y établissent, la diversité ethnoculturelle s'y présente sous des visages bien distincts. Ces particularités sont l'objet des prochaines sections.

Plus de deux personnes sur cinq appartenant à un groupe de minorités visibles en 2031 pourraient vivre dans la RMR de Toronto

À elle seule, la RMR de Toronto attire, depuis le début des années 1990, environ 40 % des nouveaux arrivants au Canada. Cet apport migratoire important a de nombreuses conséquences, notamment au chapitre de la croissance démographique de cette région, de sa structure par âge ainsi que de sa diversité ethnoculturelle. En fait, la RMR de Toronto présentait déjà, en 2006, une proportion de personnes nées à l'étranger supérieure à celle qu'on pouvait trouver dans des villes américaines comme Miami ou Los Angeles, pourtant réputées pour comporter une importante population immigrante6.

On comptait 2,3 millions de personnes appartenant à un groupe de minorités visibles dans la RMR de Toronto en 2006; cette population devrait plus que doubler d'ici 2031 pour atteindre, selon le scénario de référence des projections, environ 5,6 millions d'individus (Tableau 7) représentant plus de 60 % de la population de cette région. Ainsi, la RMR de Toronto pourrait être en 2031 le lieu de résidence de plus de deux personnes de minorités visibles sur cinq (43 %) vivant au Canada. Il convient d'ajouter que selon les projections, environ une personne de minorités visibles sur trois vivant dans la RMR de Toronto serait, en 2031, née au Canada.

La croissance du reste de la population de la RMR de Toronto pourrait par ailleurs être nettement plus modeste, à environ 8 % sur l'ensemble de la période 2006-2031.

Tableau 7 Population de la région métropolitaine de recensement de Toronto selon le groupe de minorités visibles, 2006 et 2031 (scénario de référence)

Plus d'une personne de minorités visibles sur trois vivant dans la RMR de Toronto en 2031 pourrait appartenir au groupe des Sud-Asiatiques

Déjà le groupe de minorités visibles démographiquement le plus important en 2006 dans la RMR de Toronto, les Sud-Asiatiques devraient le demeurer en 2031 et voir leur population presque tripler, passant de 718 000 à 2,1 millions d'individus, au cours de la période. Ainsi, près d'une personne sur quatre (24 %) vivant dans la RMR de Toronto serait Sud-Asiatique en 2031, en hausse par rapport à 13 % en 2006. Un apport migratoire soutenu, de même qu'une fécondité supérieure à celle de nombreux autres groupes de minorités visibles, dans les scénarios retenus, sont les facteurs qui contribuent le plus à cette hausse.

Les Chinois, de leur côté, continueraient de former le deuxième groupe de minorités visibles en importance en 2006 dans la RMR de Toronto en 2031. Bien que la variation dans le pourcentage qu'ils représentent dans cette région soit modeste, soit de 10 % de l'ensemble des minorités visibles en 2006 à 12 % en 2031, leur population pourrait cependant doubler au cours de la période, passant de 510 000 à 1,1 million de personnes, principalement sous l'effet de l'apport migratoire. Il convient de rappeler que la croissance plus modeste du groupe des Chinois est principalement due à une fécondité parmi les plus faibles de tous les groupes de minorités visibles.

Deux groupes de minorités visibles, dont la population était, en 2006, moins importante, pourraient connaître, entre 2006 et 2031, une croissance rapide de leurs effectifs : les Arabes et les Asiatiques occidentaux. Par exemple, la population des Arabes pourrait passer, selon le scénario de référence des projections, de 56 000 à 202 000 individus au cours des deux prochaines décennies. Cette situation est le reflet de ce que l'on observe à l'échelon du pays, ces deux groupes étant ceux qui pourraient croître le plus rapidement au Canada.

L'évolution des principaux groupes de confessions religieuses va de pair avec les tendances projetées quant aux groupes de minorités visibles. Ainsi, la population de confessions religieuses autres que chrétiennes pourrait plus que doubler au cours des deux prochaines décennies et atteindre une proportion d'environ 30 % de l'ensemble de la population de la RMR, en hausse par rapport aux 21 % qu'elle représentait en 2006 (Tableau 8).

À l'inverse, les projections montrent que la population de confession religieuse chrétienne vivant dans la RMR de Toronto pourrait passer de 62 % en 2006 à moins de 50 % en 2031. Quant à elle, la population qui n'a pas d'appartenance religieuse connaîtrait une augmentation, passant de 18 % en 2006 à 20 % en 2031.

Tableau 8 Population de la région métropolitaine de recensement de Toronto selon la confession religieuse, 2006 et 2031 (scénario de référence)

Plus d'une personne sur cinq de la RMR de Vancouver pourrait appartenir au groupe de minorités visibles des Chinois en 2031

Dans la RMR de Vancouver, la croissance et la proportion que pourraient représenter la population appartenant à un groupe de minorités visibles sont semblables à celle de la RMR de Toronto. Ainsi, la population de minorités visibles pourrait doubler au cours des deux prochaines décennies, passant de 910 000 à 2,1 millions d'individus (Tableau 9). Environ trois personnes sur cinq (59 %) de la RMR de Vancouver en 2031 pourrait alors appartenir à un groupe de minorités visibles parmi lesquelles plus de une sur trois seraient nées au Canada. La croissance de la population de minorités visibles pourrait être, au cours de la période 2006-2031, onze fois plus importante que celle du reste de la population, alimentée en grande partie par l'immigration.

Tableau 9 Population de la région métropolitaine de recensement de Vancouver selon le groupe de minorités visibles, 2006 et 2031 (scénario de référence)

Contrairement à la RMR de Toronto cependant, ce ne sont pas les Sud-Asiatiques mais plutôt les Chinois qui formeraient le groupe de minorités visibles le plus populeux dans la RMR de Vancouver en 2031 ; ils représenteraient alors plus d'une personne sur cinq de cette région (23%). Les effectifs de ce groupe, déjà le groupe le plus important en 2006, pourraient ainsi passer de 396 000 à 809 000 individus au cours des deux prochaines décennies. Le groupe des Sud-Asiatiques, deuxième en 2006, devrait se maintenir comme le deuxième groupe de minorités visibles en importance quant à la taille de ses effectifs et représenter 14 % de la population de la RMR de Vancouver en 2031.

Il faut enfin noter que, comme c'est le cas pour la RMR de Toronto et à l'échelon national, le groupe des Arabes, bien que moins nombreux, pourrait connaître, entre 2006 et 2031, la croissance la plus forte de tous les groupes de minorités visibles de Vancouver.

Environ le tiers de la population de la RMR de Vancouver pourrait se déclarer sans confession religieuse en 2031

Comme c'est le cas dans la RMR de Toronto, la proportion que représentent les personnes de confessions religieuses chrétiennes devrait diminuer - mais de façon moins importante qu'à Toronto - entre 2006 et 2031 dans la RMR de Vancouver, passant de 50 % à 47 % (Tableau 10). Il importe de souligner que l'importance démographique de ce groupe de confessions religieuses était déjà inférieure à la moyenne nationale (75 %) en 2006.

La part des personnes se déclarant sans religion à Vancouver pourrait continuer d'être parmi les plus élevées de toutes les régions métropolitaines de recensement du Canada, ce groupe représentant une personne sur trois dans l'ensemble de la population. Cette situation, déjà présente en 2006, n'est évidemment pas étrangère à l'importance de l'immigration chinoise dans cette RMR, la population chinoise ayant une forte propension à se déclarer sans religion. Enfin, la part des personnes de confessions religieuses autres que chrétiennes devrait augmenter de 16 % à 21 % environ au cours des deux prochaines décennies.

Tableau 10 Population de la région métropolitaine de recensement de Vancouver selon la confession religieuse, 2006 et 2031 (scénario de référence)

La population appartenant à un groupe de minorités visibles pourrait plus que doubler d'ici 2031 dans la RMR de Montréal

Comparativement à la situation des RMR de Toronto et de Vancouver, la population de la RMR de Montréal présente un profil moins diversifié sur le plan ethnoculturel. On comptait, en 2006, un peu plus de 600 000 personnes appartenant à un groupe de minorités visibles dans cette région. Les résultats du scénario de référence des projections indiquent que ce nombre pourrait plus que doubler au cours des deux prochaines décennies pour atteindre 1,5 million en 2031 (Tableau 11). Les personnes de minorités visibles pourraient alors représenter près d'une personne sur trois (31 %), en hausse par rapport à 2006 (16 %). Cette proportion demeurerait inférieure à celles de Toronto (63 %) et Vancouver (59 %). Tout comme ces dernières cependant, la proportion de minorités visibles nées au Canada y serait d'environ une sur trois en 2031.

Tableau 11 Population de la région métropolitaine de recensement de Montréal selon le groupe de minorités visibles, 2006 et 2031 (scénario de référence)

Comme à Toronto et Vancouver toutefois, la croissance de la population de minorités visibles de Montréal devrait être nettement plus importante que celle du reste de la population.

La RMR de Montréal se distingue également quant aux principaux groupes de minorités visibles présents sur son territoire. Alors que les Sud-Asiatiques et les Chinois sont les deux groupes comptant les plus importants effectifs de population dans les RMR de Toronto et Vancouver, ce sont les Noirs ainsi que les Arabes qui étaient, en 2006, les groupes les plus importants de la RMR de Montréal et qui devraient le rester à l'horizon 2031 selon le scénario de référence.

Le groupe des Noirs représentait, en 2006, 5% de la population de Montréal et le groupe des Arabes 3 %. En raison d'une croissance démographique plus importante, son effectif étant susceptibles de tripler entre 2006 et 2031, le groupe des Arabes pourrait presque rattraper celui des Noirs en 2031, chaque groupe représentant alors près de 8 % de la population de la RMR de Montréal. Pris ensemble, ces deux groupes pourraient constituer, en 2031, environ la moitié de la population de minorités visibles à Montréal.

Il est également intéressant de noter que la RMR de Montréal demeurerait en 2031, comme c'était déjà le cas en 2006, la région métropolitaine du Canada avec la plus importante communauté arabe. Les caractéristiques de l'immigration québécoise, notamment la propension à sélectionner des immigrants susceptibles de parler le français dont un certain nombre proviennent des pays du Maghreb, n'est évidemment pas étrangère à cette situation.

Enfin, les populations des Chinois et des Sud-Asiatiques pourraient plus que doubler entre 2006 et 2031 à Montréal, mais leur part resterait inférieure à celles des Noirs et des Arabes au cours de la période.

Environ 16 % de la population de la RMR de Montréal pourrait être de confessions religieuses autres que chrétiennes en 2031

En 2006, le portrait religieux de Montréal se distinguait déjà de celui de Toronto et Vancouver en ce sens que la population de confession religieuse chrétienne représentait encore une proportion très importante de la population, soit environ 82 %. Au cours des prochaines années, cette proportion devrait décroître et pourrait atteindre, en 2031, 70 % (Tableau 12). Autrement dit, deux personnes sur trois vivant dans la RMR de Montréal en 2031 pourraient être de confession religieuse chrétienne, contre quatre sur cinq en 2006.

Tableau 12 Population de la région métropolitaine de recensement de Montréal selon la confession religieuse, 2006 et 2031 (scénario de référence)

C'est que la part que représentent les personnes de confessions religieuses autres que chrétiennes ou qui se déclarent sans religion devrait croître au cours des deux prochaines décennies. Le pourcentage de personnes de confessions autres que chrétiennes passerait de 9 % à 16 % au cours de la période, alors que la population sans appartenance religieuse représenterait, en 2031, 13 % de la population de Montréal contre 9 % en 2006.


Notes

  1. Voir Chui, Tran et Maheux (2007).
  2. Dans le cadre de cette étude, sont considérées comme personnes de religions non chrétiennes les personnes qui ont une religion (ce qui exclue donc les personnes sans religion) autre que catholique, protestante, orthodoxe chrétienne ou chrétienne non identifiée ailleurs. Les groupes de religions non chrétiennes projetées sont l'islam, le judaïsme, le bouddhisme, l'hindouisme, le sikhisme et les autres religions non chrétiennes.
  3. Les données sur le statut des générations ne sont recueillies, au recensement, qu'auprès de la population âgée de 15 ans ou plus. Les données pour la population de moins de 15 ans ont été imputées dans la base de données du Recensement de 2006 aux fins des projections, mais celles-ci ne sont pas disponibles en 1971. Pour cela, les comparaisons à 1971 ne portent que sur la population de 15 ans ou plus.
  4. Les principaux pays de naissance des Asiatiques occidentaux nés hors du Canada étaient, en 2006, l'Iran et l'Afghanistan.
  5. Voir Statistique Canada (2003 (2))
  6. Voir Chui, Tran et Maheux (2007).
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