Publications

Un coup d'œil sur l'agriculture canadienne

Survol des dépenses d'exploitation des fermes d'élevage

Par Jean-Mathieu Lachapelle, Division de l'agriculture

[Article intégral en PDF]

Passer au texte

Début du texte

Lors du Recensement de l’agriculture de 2011, plus de 85 000 fermes d’élevage ont été déclarées, ce qui correspond à 41,6 % de l’ensemble des fermes au Canada. En 2010, elles ont déclaré des revenus bruts totaux de 24,4 milliards de dollars et ont consacré 21,0 milliards de dollars aux dépenses d’exploitation. Pour chaque dollar de revenus bruts des fermes d’élevage, 86 cents ont été consacrés aux dépenses d’exploitation, comme l’achat d’aliments, de bétail, les services vétérinaires et les salaires.

Ce numéro d’Un coup d’œil sur l’agriculture canadienne présente une analyse des dépenses représentant la plus grande part du budget d’exploitation. Cet article montre aussi les variations des postes de dépenses d’une province à l’autre, de même que celles selon le type d’industrie. Il compare également les dépenses selon le type de production, soit les fermes d’élevage qui produisent également des cultures et celles qui n’en produisent pas.

Afin de simplifier la compréhension de l’analyse, les données sont exprimées en cents par tranche de dollar dépensé. Autrement dit, pour chaque dollar déboursé, un montant X en cents est alloué à un poste de dépenses particulier.Note 1

L’importance des dépenses en aliments pour animaux dans le budget

Pour chaque dollar dépensé en 2010, l’ensemble des fermes d’élevage canadiennes a consacré en moyenne 27 cents à l’achat des aliments pour animaux (graphique 1). Il s’agit d’une augmentation de 4 cents par dollar de dépenses ou de 17,4 % par rapport à 2005. Ces exploitations ont également consacré 21 cents par dollar de dépenses à l’achat de bétail, ce qui représente une diminution de 1 cent ou de 4,5 % comparativement à 2005. À elles seules, les dépenses liées à l’achat des aliments pour animaux et de bétail ont contribué à près de la moitié de chaque dollar dépensé.

Graphique 1

Description du graphique 1

En 2010, 8 cents par dollar de dépenses ont servi à payer les salaires et les avantages sociaux des employés des fermes d’élevage, soit la même proportion qu’en 2005.  Les dépenses en intérêts ont quant à elles diminué de 1 cent par dollar dépensé, passant de 6 à 5 cents entre 2005 et 2010.

Dépenses en aliments pour animaux : disparité entre les provinces

Lors des recensements de 2006 et 2011, l’achat d’aliments pour animaux a été le poste de dépenses le plus important des fermes d’élevage dans toutes les provinces, à l’exception de l’Alberta. En 2010, ces dépenses pour l’alimentation du bétail variaient de 21 à 40 cents par tranche de dollar dépensé, avec une moyenne de 27 cents au niveau national (graphique 2). En 2005, ces dépenses variaient entre 17 et 36 cents par tranche de dollar dépensé, avec une moyenne de 23 cents au niveau national.

Graphique 2

Description du graphique 2

Pour chaque dollar dépensé en 2010, les fermes d’élevage de Terre-Neuve-et-Labrador ont consacré en moyenne 40 cents à l’achat des aliments pour animaux. L’industrie laitière, première industrie agricole en importance en ce qui a trait au revenu total dans cette province, a enregistré des dépenses de 40 cents par dollar pour l’achat des aliments pour animaux, alors que la moyenne canadienne pour cette industrie se situe à 21 cents. On peut supposer que les étés frais observés dans cette province ont un impact négatif sur la production de cultures fourragères.

À l’opposé, la Saskatchewan et l’Alberta ont respectivement consacré 21 et 23 cents à ce même poste de dépenses en 2010. L’industrie des bovins de boucherie affiche l’un des plus faibles ratios de dépenses pour l’achat des aliments, ce qui explique ainsi le faible coût consacré à ce poste de dépenses dans ces deux provinces.

Le Manitoba a affiché la plus forte variation absolue entre 2005 et 2010, les dépenses en aliments pour animaux ayant augmenté de 5 cents par dollar dépensé. Le secteur porcin, première industrie animale en importance de cette province, est en grande partie responsable de cette hausse.

L’impact du type de production sur les dépenses 

Pour chaque dollar de dépenses d’exploitation en 2010, les fermes d’élevage canadiennes sans cultureNote 2 ont consacré en moyenne 37 cents pour l’achat des aliments pour animaux, soit 12 cents de plus que les fermes d’élevage avec culture (graphique 3). Les fermes d’élevage sans culture ont aussi versé 3 cents de plus par dollar dépensé pour le travail à forfait, qui inclut, entre autres, l’engraissement à forfait.

Graphique 3

Description du graphique 3

Il est difficile de comparer ces deux types de production, car la proportion des dépenses liées à la production de cultures réduit celle liées à l’élevage du bétail (variation de l’importance relative des postes de dépenses). Pour faciliter une comparaison entre ces deux types de production, les dépenses liées aux activités animales ont été ramenées sur un dénominateur commun à l’aide d’un ratio des dépenses en aliments aux dépenses en bétail (aliments/bétail).

Ce ratio peut être interprété ainsi : pour chaque dollar dépensé pour l’achat de bétail, un montant X a été consacré à l’alimentation. Ainsi, pour chaque dollar dépensé pour l’achat de bétail, les fermes d’élevage avec production de cultures ont consacré 1,25 $ à l’achat d’aliments pour animaux, soit environ 7 cents ou 5,4 % de moins par rapport au type de production sans culture (tableau 1). Par contre, ce ratio fait abstraction des coûts associés à ces cultures.

Tableau 1
Ratios des dépenses en aliments pour animaux aux dépenses en bétail par les fermes d’élevage avec et sans culture, Canada, 2010
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Ratios des dépenses en aliments pour animaux aux dépenses en bétail par les fermes d’élevage avec et sans culture Fermes d’élevage sans culture, Fermes d’élevage avec culture, Différence et Variation , calculées selon ratio, $ et % unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Fermes d’élevage sans culture Fermes d’élevage avec culture Différence Variation
ratio $ %
1,32 1,25 0,07 -5,4

Les dépenses pures par type d’industrie

Cette section compare les postes de dépenses des fermes d’élevage selon le type d’industrie. Pour ce faire, des échantillons pursNote 3 ont été retenus pour chaque industrie, c’est-à-dire des fermes spécialisées n’élevant qu’une seule espèce animale.

Parmi l’ensemble des fermes d’élevage spécialisées, les fermes d’élevage de bovins laitiers et de boucherie sont celles qui ont consacré davantage de cents par dollar dépensé pour les activités liées aux cultures (tableau 2). Cette situation s’explique par le fait que les fermes d’élevage de bovins ont généralement de plus grandes superficies en culture que les fermes d’élevage de porcs et de volaille.

Tableau 2
Cents par dollar dépensé par les fermes d’élevage spécialisées et cultivant au minimum 1 acre de terres agricoles, Canada, 2010
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Cents par dollar dépensé par les fermes d’élevage spécialisées et cultivant au minimum 1 acre de terres agricoles. Les données sont présentées selon Postes de dépenses (titres de rangée) et Type d'activité, Industrie animale, Laitière, Boucherie, Porcine et Volaille, calculées selon cents par dollar dépensé unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Postes de dépenses Type d'activité Industrie animale
Laitière Boucherie Porcine Volaille
cents par dollar dépensé
Engrais végétale 4 4 2 1
Pesticides végétale 1 2 1 1
Semences végétale 3 2 2 1
Aliments animale 21 15 39 38
Bétail animale 3 27 15 22
Services vétérinaires animale 5 2 3 1

En contrepartie, les fermes d’élevage de bovins laitiers et de boucherie ont dépensé moins de cents pour l’alimentation du bétail. Outre une plus grande superficie cultivée sur les fermes bovines, les animaux polygastriques (comme les vaches laitières et les bovins de boucherie) ont la capacité d’ingérer des produits fibreux à meilleur marché que les céréales et les oléagineux.

L’industrie laitière a consacré le moins d’argent à l’achat de bétail, soit 3 cents par dollar de dépenses. Cette situation s’explique par le fait que le troupeau laitier est presqu’entièrement renouvelé à la ferme dans cette industrie, car la production de lait résulte d’un cycle de reproduction (période de lactation). Par conséquent, les coûts consacrés à l’achat de bétail concernent davantage l’amélioration génétique du troupeau laitier.

L’industrie des bovins de boucherie est celle ayant consacré le plus faible montant aux salaires totaux, soit 4 cents par dollar de dépenses (tableau 3). L’accès aux pâturages et l’automatisation des systèmes d’alimentation des parcs d’engraissement expliquent ce faible coût.

Tableau 3
Cents consacrés aux salaires par dollar dépensé par les fermes d’élevage spécialisées et cultivant au minimum 1 acre de terres agricoles, Canada, 2010
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Cents consacrés aux salaires par dollar dépensé par les fermes d’élevage spécialisées et cultivant au minimum 1 acre de terres agricoles. Les données sont présentées selon Postes de dépenses (titres de rangée) et Industrie animale, Laitière, Boucherie, Porcine et Volaille, calculées selon cents par dollar dépensé et ratio unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Postes de dépenses Industrie animale
Laitière Boucherie Porcine Volaille
cents par dollar dépensé
Salaires totaux 13 4 8 10
Salaires familiaux 8 2 3 4
Salaires non familiaux 5 2 5 6
  ratio
Salaires familiaux/non familiaux 1,60 1,00 0,60 0,70

Les industries soumises à la gestion de l’offre (laitière et volaille) ont dépensé les montants les plus élevés en salaires totaux, soit respectivement 13 et 10 cents par dollar dépensé. Plus spécifiquement, les exploitations laitières ont consacré 8 cents par dollar de dépenses aux salaires familiaux, soit le montant le plus élevé des exploitations d’élevage spécialisées.

Le ratio des salaires familiaux aux salaires non familiaux dévoile un portrait différent de l’emploi dans les fermes spécialisées. On peut interpréter ce ratio ainsi : un ratio de 1 indique que 1 $ a été consacré aux salaires familiaux pour chaque dollar versé en salaires non familiaux (c’est le cas de l’industrie des bovins de boucherie). Les industries laitières, de volaille et porcines ont quant à elles consacré respectivement 1,6 $, 0,7 $ et 0,6 $ aux salaires familiaux pour chaque dollar versé en salaires non familiaux.

Conclusion

Le survol des dépenses d’exploitation a permis de mieux comprendre quels sont les postes de dépenses importants des fermes d’élevage canadiennes. Ces dépenses varient entre autres selon la province, le type de production et le type d’industrie étudiés, mais également selon d’autres facteurs non directement abordés comme le niveau de productivité, la hausse des prix des matières premières, la météorologie, etc.

Cette analyse sommaire permet de comparer le mouvement des dépenses pour chaque dollar déboursé. Ce coup d’œil sur les dépenses du secteur animal vise avant tout à illustrer où est dirigé chaque cent par dollar dépensé par les fermes d’élevage canadiennes.

Qu’est-ce qu’une exploitation animale?

Le terme « exploitation animale » regroupe les établissements, comme les ranchs, les fermes et les parcs d'engraissement, dont l'activité principale est l'élevage, la production de produits d'origine animale et l'engraissement des animaux. Ce regroupement a été établi à partir du Système de classification des industries de l'Amérique du Nord 2007 (SCIAN).  Selon cette classification, un établissement est rangé dans le secteur animal si 50 % ou plus de sa production provient de l'élevage d'animaux.

Source : Statistique Canada, Système de classification des industries de l'Amérique du Nord 2007

Notes

Date de modification :