Dix ans de mesure de l'activité physique : Qu'avons-nous appris?

24 novembre 2017

Chaque trimestre, dans le cadre du Blogue de StatCan, on publie un article sur la recherche à Statistique Canada, lequel est rédigé par un auteur invité. Le quatrième article a été écrit par Rachel Colley, une chercheuse de la Division de l'analyse de la santé de Statistique Canada.

 

Il semble que les nouvelles parlent d'activité physique presque tous les jours. On nous informe que les Canadiens ne sont pas suffisamment actifs et passent trop de temps assis à ne rien faire.

Mais, de quelle façon mesure-t-on l'activité physique chez les Canadiens? Les statistiques, l'analyse et la recherche qui alimentent les nouvelles sont souvent fondées sur les données de l'Enquête canadienne sur les mesures de la santé de Statistique Canada, en particulier les données d'accéléromètres tirées de cette enquête.

L'Enquête canadienne sur les mesures de la santé

En 2007, Statistique Canada a entrepris une nouvelle enquête ambitieuse, soit l'Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS). L'ECMS est unique : en plus de poser des questions sur la santé des Canadiens, elle mesure celle-ci. Pour déterminer leur activité physique, les participants portent pendant sept jours un appareil de mesure de l'activité physique, appelé accéléromètre. L'appareil calcule le nombre d'heures de sédentarité (par exemple, devant un écran), d'activité légère (tâches ménagères, marche) et d'activité physique modérée à vigoureuse (sport, exercice) de chaque personne.

Le personnel affecté à l'enquête a consacré beaucoup d'efforts à recueillir ces données : calibrer et mettre en place l'équipement, récupérer les appareils des participants, télécharger les données et effectuer le contrôle de la qualité. Tout ce travail a porté ses fruits, car les données obtenues sont éloquentes et nous ont permis de mieux comprendre un comportement important en matière de santé des Canadiens. Depuis 2010, plus de 25 articles scientifiques ont été publiés par Statistique Canada et des chercheurs canadiens à la lumière de ces données.

Quel est le niveau d'activité des Canadiens?

En 2011, les premiers résultats d'accélérométrie tirés de l'ECMS ont été publiés. Ils indiquaient que 7 %Note de bas de page 1 des enfants et 15 %Note de bas de page 2 des adultes avaient un niveau d'activité physique modérée à vigoureuse qui était conforme aux recommandations actuelles (60 minutes par jour pour les enfantsNote de bas de page 3 et 150 minutes par semaine pour les adultesNote de bas de page 4). Les enfants d'âge préscolaire avaient de meilleurs résultats : près des trois quarts (73 %) des enfants de 3 et 4 ans et la moitié des enfants de 5 ans faisaient 180 minutes par jour d'activité physique de tout niveau d'intensité, tel que recommandéNote de bas de page 5Note de bas de page 6.

Les comportements ont-ils changés depuis la mise en œuvre de l'ECMS? Un article récent révèle qu'il n'y a eu aucun changement dans le niveau d'activité physique des enfants canadiens au cours des 10 dernières annéesNote de bas de page 7. Cependant, les nouvelles ne sont pas toutes mauvaises. Environ le tiers des enfants atteignent la cible hebdomadaire d'activité physique en moyenne, tandis que 25 % l'atteignent à 15 minutes près. À quelle fréquence les enfants sont-ils actifs? La moitié des enfants canadiens font 60 minutes d'activité physique au moins trois jours par semaine, et la majorité font 30 minutes d'activité physique au moins cinq jours par semaine.

Quel est notre niveau de sédentarité?

En 2011, Statistique Canada a publié que les enfants canadiens étaient sédentaires plus de 8 heures par jourNote de bas de page 1, et les adultes, plus de 9,5 heures par jourNote de bas de page 2. Si l'on considère en outre le fait que près des trois quarts des enfants d'âge préscolaire passent trop de temps devant un écranNote de bas de page 5, on arrive à comprendre la raison pour laquelle les enfants sont aussi sédentaires. À ce jour, dans l'élaboration des lignes directrices sur le comportement sédentaire de la Société canadienne de physiologie de l'exercice, on a surtout mis l'accent sur le temps passé devant un écranNote de bas de page 3, mais de nombreux adultes sont assis pendant leurs déplacements du domicile au travail et passent leurs heures de travail assis à un bureau — un sujet qui fera sans doute l'objet de recherches plus poussées à l'avenir.

À quel moment sommes-nous le plus actifs?

Une fonctionnalité intéressante d'un accéléromètre tient au fait qu'il est horodaté. Cela permet de déterminer à quel moment les Canadiens font leur activité physique. Les enfants canadiens sont plus actifs les jours de semaine que les jours de fin de semaine. Pour les adultes, il n'y a aucune différence dans leur niveau d'activité ou d'inactivité au cours de la semaineNote de bas de page 8.

Quel que soit leur âge, les Canadiens font la plus grande partie de leur activité physique entre 11 h et 17 h. Chez les enfants, on observe des sommets à l'heure du dîner et après l'écoleNote de bas de page 8. La constatation selon laquelle les enfants sont en grande partie sédentaires et ne font que 14 minutes d'activité physique après l'école a fait l'objet de l'article principal du Bulletin 2011 de l'activité physique chez les jeunes de Jeunes en forme Canada.

L'activité physique est-elle bonne pour la santé?

Bien que la réponse à cette question semble évidente, constituer une base de données probantes sur l'activité physique demeure une étape essentielle du processus d'élaboration des lignes directrices sur la santé publique. Les nouvelles Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures (Société canadienne de physiologie de l'exercice) sont appuyées par de nombreuses études, et deux documents de recherche utilisant des données de l'ECMS ont été inclus dans cette base de donnéesNote de bas de page 9Note de bas de page 10. Ces lignes directrices intègrent des recommandations sur la quantité d'activité physique et le sommeil dont les enfants ont besoin sur une période de 24 heures, ainsi que sur le temps qu'ils devraient passer devant un écran. Pour quelle raison? Étant donné que chaque journée comporte une période fixe de 24 heures, ces comportements sont liés entre eux.

Si l'on s'adonne davantage à un type d'activité (par exemple, l'exercice), on consacre donc moins de temps à un autre type d'activité. Est-il important de connaître l'activité qui diminue — par exemple, le temps consacré à dormir, à regarder la télévision ou à jardiner? Probablement. À l'heure actuelle, il est difficile de répondre à ce genre de questions, mais de nouvelles techniquesNote de bas de page 11 voient le jour et nous permettront bientôt d'obtenir des réponses. Pour quelles raisons ce travail est-il important? Les données de l'ECMS indiquent que seulement 18 % des enfants d'âge scolaire ont des niveaux d'activité conformes aux trois recommandationsNote de bas de page 12. Une autre étude a révélé que la santé des enfants s'améliore pour chaque recommandation supplémentaire qui est suivieNote de bas de page 13.

Pourquoi utiliser des accéléromètres?

Statistique Canada pose aux Canadiens des questions sur leur activité physique dans le cadre de l'ECMS. Ces données sont importantes, mais distinctes des renseignements obtenus au moyen des accéléromètres. Par exemple, une personne pourrait déclarer avoir passé une heure à jouer au hockey sur glace, mais l'accéléromètre n'aura probablement mesuré que de 10 à 15 minutes de mouvement intense. Cette situation serait en partie attribuable à la capacité limitée de l'appareil à mesurer un sport qui s'exerce par à-coups, comme le hockey. Lorsque l'on a comparé les données de l'activité physique mesurée au moyen des accéléromètres aux données de l'activité physique déclarée par les parents dans le cadre de l'ECMS, on a constaté que les parents ont déclaré que leurs enfants faisaient, en moyenne, 105 minutes d'activité physique par jour, alors que les accéléromètres ne faisaient état que de 63 minutesNote de bas de page 9.

L'exemple du hockey mentionné ci-dessus permet en grande partie d'expliquer cet écart : les questionnaires permettent d'indiquer combien de temps une personne se souvient d'avoir consacré à une activité, tandis que les accéléromètres mesurent le mouvement réel. À l'avenir, d'autres études reposant sur ces deux types de données devraient être publiées. Les données d'accéléromètres sont excellentes pour examiner les doses et les habitudes précises d'activité, alors que les questionnaires nous indiquent de quelle façon les Canadiens s'adonnent à des activités physiques, à quel moment et pour quelles raisons ils le font.

Comment pouvons-nous devenir plus actifs?

Les résultats de l'ECMS relatifs à l'activité physique chez les enfants ont contribué à 10 ans de notes d'échec dans les bulletins de l'activité physique chez les jeunes de Jeunes en forme Canada et ParticipACTION. En lisant les nouvelles soulignant à quel point les enfants canadiens sont inactifs, il est naturel de se demander de quelle façon on peut augmenter le niveau d'activité physique. Des documents de recherche fondés sur les données de l'ECMS indiquent que les parents actifs ont des enfants plus actifsNote de bas de page 14; que les enfants qui participent à des cours, des ligues ou des sports structurés ont un niveau plus élevé d'activité physiqueNote de bas de page 14; et que le fait de passer davantage de temps en plein air contribue à accroître le niveau d'activité des enfantsNote de bas de page 15.

Les documents de recherche fondés sur les données de l'ECMS montrent également que les adultes qui se déplacent à pied pour se rendre de la maison au travail ou pour faire des courses font davantage de pas durant leur journée que ceux qui emploient d'autres moyensNote de bas de page 16. Bien que les parents dont les enfants participent à des activités structurées soient eux-mêmes plus actifsNote de bas de page 14, le fait d'avoir de très jeunes enfants (moins de 6 ans) à la maison est lié à des niveaux inférieurs d'activité physique chez les parentsNote de bas de page 17. Si vous avez de jeunes enfants à la maison, nous vous imaginons hocher la tête en guise d'acquiescement en lisant le présent article et essayer de vous rappeler la dernière fois que vous avez fréquenté votre centre de conditionnement physique ou promené votre chien.

Qu'est-ce que l'avenir nous réserve?

Statistique Canada est un chef de file du développement de méthodesNote de bas de page 18 et des procéduresNote de bas de page 19 analytiques pour l'élaboration des lignes directrices, de seuils de comportement sédentaireNote de bas de page 20 et d'activité physiqueNote de bas de page 21, et de cibles en matière de nombre de pas à franchirNote de bas de page 22. Le code analytique est également accessible sur le site Web du Healthy Active Living and Obesity Research Group (en anglais seulement) pour les chercheurs qui souhaitent harmoniser leurs propres analyses aux données de l'ECMS. Les données d'accéléromètres tirées de l'ECMS nous ont permis de prendre conscience du niveau d'activité physique des Canadiens. Dans certains cas, nous avons découvert que les Canadiens bougent moins qu'ils le croient! À l'avenir, ces données permettront d'accroître nos connaissances sur les périodes actives et les périodes sédentaires de la vie quotidienne des Canadiens, y compris leur évolution au fil du temps. Ces renseignements aideront les promoteurs de la santé à créer des politiques plus susceptibles d'encourager les Canadiens à demeurer actifs et en bonne santé.

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