Blogue de recherche : Les entrepreneurs immigrants au Canada

28 août 2018

Le Blogue de StatCan publie périodiquement des articles rédigés par des auteurs invités sur la recherche effectuée à Statistique Canada. Yuri Ostrovsky et Garnett Picot, analystes de recherche de la Division de l’analyse sociale et de la modélisation, ont rédigé cet article.

 

Pourquoi étudier les entrepreneurs immigrants?

Dans les débats politiques et théoriques portant sur les coûts et les avantages de l’immigration, une question importante revient souvent : l’immigration génère-t-elle une croissance économique dans le pays d’accueil? Les chercheurs ont émis l’hypothèse que les immigrants peuvent avoir un effet positif net sur la croissance en fournissant des compétences particulières, en faisant diminuer l’âge moyen de la population active et en contribuant à l’innovation. En outre, les entrepreneurs immigrants sont susceptibles d’apporter des contributions directes en lançant de nouvelles entreprises et en créant des emplois. La création d’emplois est essentielle à la croissance économique, et un nombre grandissant d’études internationales se penchent sur l’entrepreneuriat immigrant afin de déterminer les facteurs qui influent sur l’entrepreneuriat immigrant et la réussite des entreprises appartenant à des immigrants.

Dans le cadre d’études récentes, des chercheurs de Statistique Canada ont utilisé des données administratives pour en apprendre davantage sur l’entrepreneuriat immigrant au Canada. Ces études se penchaient sur deux grandes catégories d’entrepreneurs immigrants : les propriétaires d’entreprises privées constituées en société ayant des employés (« travailleurs autonomes constitués en société ») et les propriétaires d’entreprises non constituées en société (« travailleurs autonomes non constitués en société »). Les analyses excluaient généralement les propriétaires d’entreprises privées constituées en société sans employé, les propriétaires d’entreprises publiques constituées en société et les travailleurs autonomes non constitués en société qui tirent une plus grande part de leur revenu d’un emploi payé que du travail autonome. La plupart des données portent sur l’exercice 2010. Cependant, comme l’économie du Canada et les politiques canadiennes en matière d’immigration sont demeurées généralement stables depuis 2010, les résultats demeurent applicables aux conditions actuelles du marché de l’emploi.

Taux de propriété d’entreprise chez les immigrants

Des recherches récentes suggèrent que durant les premières années suivant leur immigration au Canada, alors qu’ils s’ajustent encore à leur nouvelle vie, les immigrants ont un taux de propriété d’entreprise inférieur à celui des Canadiens d’origine, mais qu’après avoir passé de 4 à 10 ans au Canada, la situation s’inverse. En 2010, environ 5,8 % des immigrants qui étaient au Canada depuis 10 à 30 ans étaient propriétaires d’une entreprise privée constituée en société (avec employés), par rapport à 4,8 % des Canadiens d’origine. Cependant, les entreprises des immigrants ont tendance à être plus petites que celles appartenant à des Canadiens d’origine. En outre, environ 10,8 % des immigrants de longue date étaient des travailleurs autonomes non constitués en société, par rapport à 7,5 % des Canadiens d’origine.

Certains éléments portent à croire que le taux plus élevé de travail autonome chez les immigrants est en partie attribuable à leur incapacité à trouver un bon emploi. Des recherches antérieures ont déterminé que, tant chez les immigrants que chez les Canadiens d’origine, la majorité des travailleurs autonomes le sont par choix. Cependant, la part de personnes qui étaient travailleurs autonomes en raison d’un manque d’occasions d’emploi était plus élevée chez les immigrants (33 %), en particulier les immigrants récents (40 %), que chez les Canadiens d’origine (20 %).

La propension des immigrants à être propriétaires d’entreprise varie selon leurs caractéristiques

La propension à être un entrepreneur varie, dans une certaine mesure, selon les caractéristiques sociodémographiques. Par exemple, le taux de propriété d’entreprise est un peu plus élevé chez les immigrants plus scolarisés. Le taux de propriété varie peu selon la région d’origine, à deux exceptions près : les immigrants d’Amérique latine et d’Afrique ont une propension relativement faible à être des propriétaires d’entreprise. De toutes les tranches d’âges, ce sont les immigrants (de même que les Canadiens d’origine) âgés de 45 à 54 ans qui présentent le taux le plus élevé de propriété d’entreprise. Cela s’explique probablement par le fait que les entrepreneurs potentiels doivent accumuler les ressources financières et l’expérience nécessaires pour démarrer une entreprise. La propension à être propriétaire d’entreprise est plus faible chez les immigrants récents et augmente avec le nombre d’années passées au Canada, et les hommes immigrants ont un taux de propriété d’entreprise deux fois supérieur à celui des immigrantes.

Les entrepreneurs immigrants sont issus de toutes les catégories d’admission

Il y a quatre grandes catégories d’immigrants généralement prises en compte dans les études canadiennes : les immigrants économiques, les gens d’affaires immigrants, les immigrants parrainés par la famille et les réfugiés. La probabilité de devenir un propriétaire d’entreprise est plus élevée parmi les gens d’affaires immigrants (25,1 %), comme on peut s’y attendre. Cependant, il s’agit d’une petite catégorie; les entreprises appartenant à des gens d’affaires immigrants représentent uniquement 10 % de toutes les entreprises appartenant à des immigrants. Après la catégorie des gens d’affaires immigrants, ce sont les demandeurs de la catégorie économique qui présentent la plus grande tendance à être des propriétaires d’entreprise (14,9 %); cela comprend à la fois les travailleurs autonomes constitués en société et non constitués en société (voir les définitions ci-dessus). Parmi les immigrants réfugiés et ceux parrainés par la famille, le pourcentage de propriétaires d’entreprise — 14,4 % et 14,9 % respectivement — est comparable à celui des immigrants économiques. Le taux relativement élevé de travail autonome non constitué en société parmi les réfugiés, qui sont ceux qui éprouvent généralement le plus de difficultés sur le marché du travail, est peut-être partiellement attribuable au fait que ces immigrants sont ceux qui ont le plus de mal à se trouver un bon emploi.

Dans l’ensemble, le pourcentage de propriétaires d’entreprise (travailleurs autonomes constitués en société et non constitués en société) est relativement similaire chez les réfugiés, les immigrants de la catégorie économique et les immigrants parrainés par la famille. Selon une autre perspective, les immigrants parrainés par la famille et les réfugiés possédaient collectivement 44 % des entreprises appartenant à des immigrants, tandis que les immigrants économiques en possédaient environ 40 %.

La différence principale entre les immigrants de la catégorie économique, les immigrants parrainés par la famille et les réfugiés n’est pas leur taux de propriété d’entreprise, mais le type d’entreprise qu’ils possèdent

Les immigrants économiques ont un taux plus élevé de propriété d’une entreprise privée constituée en société que les réfugiés et les immigrants parrainés par la famille, et un taux environ égal à celui des Canadiens d’origine. En contrepartie, les réfugiés ont davantage tendance à être des travailleurs autonomes non constitués en société que les immigrants de la catégorie économique et les Canadiens d’origine. En comparaison avec ces derniers, les entrepreneurs réfugiés ont tendance à se concentrer fortement dans le secteur des entrepreneurs spécialisés, le transport terrestre (p. ex. les taxis), le commerce de détail, les services de restauration et les services relatifs aux logements (p. ex. les concierges). Certains réfugiés ont des entreprises dans les industries fondées sur le savoir, mais leur taux de propriété d’entreprise dans ces industries est largement inférieur à celui des Canadiens d’origine et des immigrants économiques. Les immigrants parrainés par la famille montraient une distribution similaire, mais avaient également un taux élevé de propriété d’entreprise dans les services de garderie.

Les immigrants économiques avaient une concentration particulièrement marquée dans deux industries : les industries fondées sur le savoir et les services professionnels (p. ex. les fabricants des domaines du génie et de la science, des télécommunications, du traitement des données, de la conception de systèmes informatiques et des services de consultation) et, plus traditionnellement, le commerce de détail et les services de restauration.

Les immigrants économiques avaient une tendance environ deux fois plus élevée que les Canadiens d’origine à être propriétaires d’une entreprise des industries fondées sur le savoir, notamment l’architecture et les services de génie, la conception de systèmes informatiques, et les services de conseils en gestion et de conseils scientifiques. Cela a probablement à voir avec le fait qu’une part élevée des immigrants économiques détiennent des diplômes en génie et en informatique. Il est intéressant d’observer que les gens d’affaires immigrants ont tendance à se concentrer dans des secteurs plus traditionnels, dont le commerce de gros, le commerce de détail et les services de restauration. Une part élevée de gens d’affaires immigrants travaillant à leur compte étaient dans le domaine de la location de biens immobiliers — en effet, ils étaient beaucoup plus nombreux dans ce secteur que les autres catégories d’immigrants et les Canadiens d’origine. Très peu de gens d’affaires immigrants possédaient des entreprises axées sur le savoir.

Contrairement aux résultats des travaux de recherche d’autres pays, les immigrants au Canada demeurent des entrepreneurs à peu près aussi longtemps que les Canadiens d’origine

Des études réalisées en Suède, en Norvège, en Allemagne et aux États-Unis ont permis de constater que les entreprises appartenant à des immigrants survivent en moyenne moins longtemps que les entreprises appartenant à des citoyens d’origine. Des recherches récentes de Statistique Canada suggèrent que la situation est différente au Canada. En moyenne, les immigrants demeurent propriétaires d’entreprises privées constituées en société à peu près aussi longtemps que les Canadiens d’origine. Environ 80 % des propriétaires immigrants d’entreprises privées sont toujours propriétaires deux ans après être devenus propriétaires d’entreprise, et 58 % sont toujours propriétaires après sept ans. Ces chiffres sont similaires à ceux portant sur les Canadiens d’origine. Dans le cas des immigrants récents, cependant, l’espérance de vie de l’entreprise est légèrement plus courte. L’espérance de vie des entreprises varie selon plusieurs caractéristiques des immigrants, dont l’âge, la région d’origine et l’industrie.

Le financement de l’entreprise est un important facteur de réussite pour toute entreprise

Les entrepreneurs immigrants et les entrepreneurs canadiens d’origine financent l’exploitation courante de leur entreprise de manière similaire. Il y a peu de raisons de croire que l’accès au financement est un problème plus grand pour les propriétaires immigrants de petites et moyennes entreprises que pour les propriétaires canadiens d’origine de telles entreprises. Les entrepreneurs immigrants et canadiens d’origine semblent aussi utiliser des sources similaires de financement de démarrage; le financement personnel est la source la plus courante. Cependant, les immigrants récents sont moins enclins à faire appel à une institution financière, par exemple une banque, pour obtenir leur financement de démarrage.

Les méthodes de financement des propriétaires de petites et moyennes entreprises dépendent de l’âge et de la taille de l’entreprise ainsi que de l’industrie, entre autres facteurs. Les entreprises appartenant à des immigrants ont tendance à être plus petites, plus jeunes, et à se concentrer davantage dans certaines industries que les entreprises appartenant à des Canadiens d’origine. Quand les résultats sont pondérés en fonction de ces différences, on constate que : 1) les entreprises appartenant à des immigrants ne sont qu’un peu moins susceptibles de demander un financement continu que les entreprises appartenant à des Canadiens d’origine; 2) toutes les entreprises ont plus souvent recours à l’emprunt plutôt qu’à un financement par capitaux propres; 3) il y a peu de différences en matière de sources de financement; et 4) les demandes de financement présentées par des immigrants sont approuvées en entier tout aussi fréquemment que celles présentées par des propriétaires canadiens d’origine. Lors d’une vaste enquête auprès des propriétaires d’entreprise, tant les répondants immigrants que les répondants canadiens d’origine ont déclaré que l’« accès au financement » était l’obstacle le moins important parmi les multiples choix offerts, derrière l’« augmentation du coût des intrants », la « hausse de la concurrence » et les « fluctuations dans la demande des consommateurs ».

Statistique Canada publiera bientôt des travaux de recherche sur la création d’emplois par les entreprises privées constituées en société canadiennes appartenant à des immigrants. Ces travaux démontrent que les entreprises appartenant à des immigrants ont tendance à être plus jeunes, et que les jeunes entreprises créent davantage d’emplois que les entreprises plus anciennes. Des publications de Statistique Canada prévues pour plus tard dans l’année apporteront de nouveaux renseignements sur la création d’emplois par les entreprises privées constituées en société canadiennes appartenant à des immigrants.

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