Guide de l'utilisateur pour le Système de comptabilité nationale du Canada

Note aux lecteurs

Le présent ouvrage est un guide des diverses composantes du Système de comptabilité nationale du Canada. II en décrit le cadre comptable, les principaux concepts et définitions, ainsi que la raison d’être de chacune. Il a été publié en 1989. Dans l’ensemble l’information est stable. Cependant, le Système des comptes économiques nationaux fait constamment l’objet d’améliorations importantes. Pour de plus amples renseignements voir Les nouveautés en matière de comptes économiques canadiens.

Chapitre 2

Vue d’ensemble des composantes du système de comptabilité nationale

Les principales composantes du système

Les principales composantes des comptes économiques nationaux forment quatre ensembles importants de données statistiques. Avec la publication récente du bilan national, le système canadien est maintenant complet. La mise au point de ces comptes s’est étendue sur de nombreuses décennies, selon le rythme de progression de la recherche théorique dans le domaine de la comptabilité nationale, des besoins des technocrates et des analystes et du degré de perfectionnement du système de recueil statistique.

Même si le système est officiellement en place et si des liens statistiques existent, il reste encore beaucoup à apprendre avant que l’on puisse se faire une idée complète de l’économie, en particulier en ce qui concerne la relation entre la production et les opérations financières.

Les quatre composantes, qui retracent différents aspects de l’économie canadienne sont: les tableaux d’entrées-sorties et leurs principales ramifications, c’est-à-dire le produit intérieur brut et la productivité industrielle; les comptes des revenus et dépenses; les comptes de flux financiers et le bilan national, ainsi que la balance des paiements et le bilan des investissements internationaux.

a) Les tableaux d’entrées-sorties

Ces tableaux mesurent l’activité productrice au sein de l’économie, mettant particulièrement en évidence les opérations sur les biens et servicesFootnote 1 des industries et le rôle des producteurs et des acheteurs au sein de l’économie. Les tableaux présentent la production totale de biens et services par industrie et leur utilisation par les industries. Le système fournit également une mesure de la valeur ajoutée par industrie, du flux de biens et de services à destination des secteurs de la demande finale et la valeur des entrées primaires des industries; ce sont les trois façons de mesurer le produit intérieur brut. Les séries existent en prix courants et en prix constants. Les tableaux d’entrées-sorties sont également un important élément de la production d’estimations de la productivité canadienne, le produit intérieur brut des industries canadiennes en prix constants étant divisé par les entrées de travail. Les données provinciales d’entrées-sorties sont publiées à l’occasion.

b) Comptes des revenus et dépenses

Les comptes des revenus et dépenses, comme leur nom l’indique, mettent l’accent sur les revenus résultant de l’activité productrice et la dépense finale au titre de cette production. Les principaux tableaux sont conçus de façon à présenter les principales composantes de la demande finale et des principaux types de revenus provenant de la production. À ce titre, ils donnent le même agrégat du produit intérieur brut que l’on peut trouver dans les tableaux d’entrées-sorties.

Les comptes désagrègent cependant les principaux tableaux en quatre grands secteurs institutionnels de l’économie (particuliers et entreprises individuelles, administrations publiques, sociétés et entreprises publiques et non-résidents) et fournissent des estimations des revenus et dépenses courantes et de la formation de capital de chaque secteur.

Ces estimations retracent non seulement le revenu résultant de la production, mais aussi la redistribution de ce dernier sous forme de paiements et de recettes de transfert entre secteurs. Le compte de capital financier, qui mesure l’épargne et l’investissement non financier montre, comme poste d’équilibre comptable, la capacité ou le besoin de financement du secteur. Des données supplémentaires portant sur la distribution géographique, certaines composantes du système réparties par industrie et des estimations en prix constants font partie du système de comptabilité nationale du Canada.

c) Les comptes de flux financiers et du bilan national

Les comptes de flux financiers retracent le financement de l’activité économique en mettant en évidence les opérations sur actifs (avoirs) et passifs (engagements) pour un certain nombre de secteurs institutionnels. Les opérations sont classées selon le type d’instrument financier. Le système présente de façon globale les fonds qui vont des secteurs dont l’épargne dépasse leurs programmes de dépenses en capital vers ceux dont les programmes de dépenses en capital dépassent leur épargne (secteurs prêteurs et secteurs emprunteurs). La désagrégation par secteur met l’emphase sur les intermédiaires financiers tels que les banques, les quasi-banques, les compagnies d’assurance et les autres institutions financières en raison de leurs importance dans la satisfaction des besoins des emprunteurs et des prêteurs. De plus, le système prend en compte les ajustements de portefeuille qui ont lieu lors du commerce des instruments financiers en circulation et d’autres activités sur le marché de crédit. Les estimations de l’épargne, de l’investissement non financier, des prêts et des emprunts proviennent du compte de capital financier de la composante des revenus et dépenses du système.

Les comptes du bilan national sont présentés de la même façon que les flux financiers, mais sont destinés à montrer le niveau, plutôt que la variation, des actifs et des passifs; les secteurs institutionnels et les classifications par poste se correspondent.

L’excédent du total des actifs d’un secteur sur ses passifs donne une estimation de sa valeur nette. Au niveau agrégé, le bilan national fournit une estimation de la richesse nationale nette en faisant la somme de la valeur nette de chaque secteur intérieur. Le tableau principal constitue également une autre façon de calculer la richesse nationale nette. Dans une économie où il n’y a pas d’opérations internationales, les actifs et les passifs sont égaux, puisqu’ils sont les deux côtés de la même pièce de monnaie, et la richesse nationale est égale au stock d’immobilisations non financières. En raison des liens internationaux, le stock de capital non financier du Canada doit être corrigé des créances nettes des non-résidents lors du calcul de la richesse nationale nette. La différence des niveaux du bilan national d’une année à l’autre traduit non seulement les variations des comptes de flux financiers, mais également les réévaluations attribuables aux fluctuations des prix et aux événements imprévus ainsi qu’aux changements de nature conceptuelle, structurelle et de classification.

d) La balance des paiements et les investissements internationaux

Les comptes de la balance des paiements sont consacrés uniquement aux opérations de l’économie avec les non-résidents ou le reste du monde. L’état comptable de base est divisé en deux comptes, l’un qui recouvre les opérations courantes, et l’autre les opérations du capital. Le compte courant retrace les paiements et les recettes au titre des biens et des services échangés, les revenus de placements et les paiements de transfert. Le compte de capital retrace les opérations sur les actifs et les passifs financiers; il enregistre les entrées et les sorties de capitaux.

Conceptuellement, les deux comptes sont toujours en équilibre, puisque tout excédent des recettes au compte courant est compensé par l’acquisition nette d’actifs financiers ou par une réduction nette des passifs, et investissement. Les estimations de la balance des paiements figurent sous une forme condensée dans d’autres composantes du système de comptabilité nationale dans le secteur des non-résidents, le compte courant faisant partie des comptes des revenus et dépenses, et le compte de composantes du compte courant de la balance des paiements apparaissent sous une forme détaillée dans les comptes d’entrées-sorties, où des chiffres détaillés du commerce des biens et services sont présentés par marchandise.

Le bilan des investissements internationaux mesure les créances des résidents du pays sur les non-résidents et les engagements du pays à l’égard des non-résidents. En réalité, le système est un bilan spécial pour les résidents du pays, qui retrace les actifs résultant de toutes les opérations antérieures avec le reste du monde. Comme les opérations de flux modifient constamment le niveau de l’actif et du passif, il existe la même relation entre le bilan des investissements internationaux et le compte national de la balance des paiements qu'il y a entre le bilan national et les flux financiers. Les estimations du bilan des investissements internationaux sous une forme condensée sont incorporées au bilan national et deviennent ainsi le secteur du reste du monde.

Cependant, le bilan est alors enregistré du côté des non-résidents, ce qui veut dire que les actifs et les passifs se trouvent inversés.

Les caractéristiques et les concepts communs

Lorsque l’on expose le cadre comptable, les concepts et les définitions du système de comptabilité nationale, il est difficile de faire ressortir la dynamique du système. Le résultat final a davantage tendance à ressembler à un système comptable plutôt poussiéreux de ce qui semble être une série d’exercices statistiques ésotériques et indépendants. Afin d’écarter cette impression, il est essentiel que le lecteur conçoive le système comme une série d’images vivantes connexes du fonctionnement de l’économie, qui représentent le pays et ses résidents vacant à leurs occupations.

Le système présente ce que nous faisons, comment nous le faisons et les tendances des opérations économiques. Il permet ainsi d’acquérir une grande compréhension des normes économiques et du style de vie de la population. Il crée pour le pays entier un ensemble de comptes qui sont assez semblables à ceux d’une entreprise ou d’une personne surveillant son budget de près, et de cette façon, il acquiert une vie autonome.

Le système de comptabilité nationale est dominé par deux concepts fondamentaux. Dans le cas des comptes d’entrées-sorties et des revenus et dépenses il s’agit de la production, tandis que dans ceux des flux financiers et du bilan, il s’agit du financement et de l’accumulation de la richesse. La balance des paiements et le bilan des investissements internationaux recouvrent les deux concepts, le compte courant de la balance des paiements tombant dans la sphère de production, et le compte de capital et les investissement internationaux, dans la sphère financière.

Chaque composante est structurée de façon à mettre en évidence les principaux agents et leurs principales opérations ou activités. Les agents sont groupés soit sur la base de leur comportement et/ou de leur motivation, soit sur la base du type de services ou de biens qu’ils fournissent, alors que les opérations retracent les biens ou les services produits et vendus, les activités de consommation et d’investissement, les revenus produits et les flux et niveaux des créances financières.

Les sections suivantes sont consacrées aux termes et aux concepts qui se présentent fréquemment et qui sont au coeur du système, ce qui comprend le concept de production économique, de mesures brutes et nettes, les définitions de national et d’intérieur, les prix du marché et le coût des facteurs. Il est clair qu’il faut comprendre ce que signifient ces termes si l’on veut interpréter la mesure la plus centrale su système, qui est le produit intérieur brut aux prix du marché. Les principaux secteurs et les principales opérations sont également brièvement abordés dans ce chapitre d’introduction, mais les définitions détaillées se trouvent dans les chapitres consacrés aux composantes du système.

a) Production

Le terme production, ou activité économique, est au coeur même du système de comptabilité nationale. La définition acceptée dans le système canadien adopte une approche intermédiaire entre ceux qui, par exemple, aimerait voir la définition élargie de façon à inclure une valeur pour les services ménagers non rémunérés et ceux qui préfèrent un concept plus restreint, qui exclurait les articles imputés qui ne s’échangent pas sur les marchés monétaires.

Certaines des questions controversées entourant l’élargissement ou la réduction de la définition généralement acceptée de la production sont présentées dans le chapitre final. La définition actuellement acceptée de la production dans les comptes économiques nationaux est composée principalement de biens et services produits et échangés pour de l’argent. Cette définition générale regroupe non seulement la production de biens matériels, mais également la valeur des activités des industries de services telles que le transport, le commerce de détail, les institutions et les administrations publiques. On désigne également ce concept fondamental d’économie de marché ou d’économie à échange de monnaie. Il est le plus fréquemment utilisé dans le contexte de la production d’un produit final sans double compte, mais on peut également le désigner comme la mesure plus vaste de l’offre brute de biens ou de services, dans laquelle les entrées intermédiaires sont également prises en compte.

Il y a cependant deux importantes exceptions au concept d’économie de marché, l’une qui réduit, et l’autre qui élargit, les limites de celui-ci. Même s’ils tombent à l’intérieur des limites conceptuelles acceptées de la production, les comptes du Canada par définition n’incluent pas les activités illégales en raison de la difficulté d’obtenir des estimations statistiques précises. Considérant l’augmentation notable du trafic de stupéfiants, cette partie omise de la production a pu prendre relativement plus d’importance que dans le passé.

Il faut distinguer l’activité illégale de la petite fraction de l’économie de marché légale qui a décidé de devenir “clandestine” afin d’échapper à la fiscalité. Cette définition comprend des activités telles que le travail “hors-circuit”, le travail au noir et le troc. Bien que le sujet ait suscité beaucoup de discussions, les méthodes d’estimations utilisées au Canada limitent les risques de ne pas mesurer cette production. En raison de la méthodologie, qui comprend des provisions incorporées, l’activité légale non déclarée ne devrait pas modifier sensiblement le niveau des estimations.

Le principal élargissement de la mesure de la production au-delà de l’économie de marché touche les activités hors marché qui sont parallèles aux activités de marché, et pour lesquelles, il y a automatiquement une base satisfaisante d’évaluation. On considère que l’activité hors marché est alors productive, et les limites de la production sont repoussées en conséquence.

Le principal exemple de l’évaluation d’une activité hors marché est le cas de l’occupation d’un logement par le propriétaire. Il n’y a pas de paiements pour le loyer du logement, mais les services fournis ont une valeur équivalente au revenu net que l’on aurait pu obtenir de la location commerciale de la propriété. On impute une valeur basée sur cette évaluation, et on l’incorpore à la mesure de la production. La raison de l’inclusion de cette imputation est que la valeur du logement est la même, quel que soit le type d’occupant, et l’imputation rend la mesure de la production insensible aux fluctuations du ratio des logements occupés par le locataire à ceux par le propriétaire.

D’autres imputations portent sur la valeur des produits agricoles consommés directement par les ménages agricoles, les aliments fournis aux employés et tenant lieu de salaires et d’autres revenus en nature tels que l’hébergement à l’hôtel, les travailleurs dans les camps et les domestiques. On impute également des valeurs pour les services des immobilisations des administrations publiques équivalant à la valeur du capital consommé; contrairement aux entreprises, les dossiers comptables des administrations publiques ne déduisent pas la consommation de capital de la production. Enfin, on impute une valeur pour les services des banques et autres institutions financières qu’elles ne facturent pas de façon explicite. Les hypothèses et la méthodologie de cette imputation particulière sont décrites au chapitre suivant.

b) La production brute et la production nette

On peut exprimer la production sur une base brute ou nette, selon qu’on la mesure avant ou après provision pour consommation de capital. Les provisions sont déduites de la production et recouvrent l’amortissement ou l’usure des immobilisations lors du processus de production. La production nette tient compte du fait qu’une partie seulement de la production courante est nécessaire pour remplacer les biens durables fixes qui se sont dépréciés.

Le lecteur peut rencontrer plus souvent le concept de production brute que celui de production nette, simplement parce que la mesure basée sur les dépenses ne se prête pas en elle-même à la déduction des provisions pour consommation de capital. On a également fait valoir que la mesure brute est plus utile pour certaines analyses, parce qu’il est possible de reporter le remplacement du capital, et que par conséquent, à court terme, c’est la production brute qui sert à la consommation finale. La consommation continue de la production brute cependant, réduirait progressivement la richesse du pays.

La production intérieure brute est un concept net dans la mesure où elle ne porte que sur la production finale et n’est pas égale à la valeur totale des biens et services produits et retracés dans la matrice de production des comptes d’entrées-sorties. Cette dernière estimation comprend la production de biens et de services intermédiaires et finals.

c) Concept national et concept intérieur

Les termes national et intérieur figurent partout dans le système et qualifient un grand nombre des mesures globales. Le concept national se rattache aux activités des résidents d’un pays et le concept intérieur aux activités ayant lieu à l’intérieur des limites géographiques d’un pays.

Le revenu national et le produit national se rattachent aux gains des résidents au titre de l’activité au Canada et à l’extérieur du pays et excluent les gains des non-résidents résultant de leurs activités au Canada. Dans le système de comptabilité nationale du Canada, la correction destinée à passer des agrégats intérieurs aux agrégats nationaux est limitée aux revenus de placements, les intérêts et les dividendes payables aux résidents canadiens au titre de leurs placements étrangers étant ajoutés, et ceux gagnés au Canada par les non-résidents étant déduits. Les gains de d’autres facteurs devraient être pris en considération, comme par exemple les salaires gagnés d’un côté de la frontière par une personne qui réside de l’autre, mais ils sont omis parce qu’ils sont à la fois peu élevés et font contrepoids.

La production intérieure désigne celle qui a lieu à l’intérieur des limites géographiques du Canada. Elle provient principalement des particuliers, des entreprises et des institutions considérés comme des résidents canadiens, mais une partie relativement petite est attribuable aux non-résidents, comme par exemple le rendement des capitaux investis au Canada par les non-résidents et le revenu des non-résidents qui travaillent au Canada mais résident aux États-Unis. Les gains des résidents canadiens au titre de leurs activités de production à l’étranger sont exclus de la production intérieure. Le lieu de résidence devient inutile dans le concept intérieur, puisque c’est la limite géographique qui est le facteur essentiel, et toute la production est incluse si elle a été produite au Canada.

La détermination de la résidence aux fins de l’obtention des statistiques nationales ne présente pas de problème, sauf dans les cas limités où il y a des déplacements transfrontaliers fréquents, comme par exemple avec un matériel mobile. Normalement, toute personne résidant dans le pays depuis plus d’un an est considérée comme un résident. Les fonctionnaires, quel que soit leur lieu de résidence, sont considérés comme des résidents de leur pays d’origine. Les entreprises sont des résidents du pays où elles exercent leur activité productrice, quel que soit le lieu de résidence de leur propriétaire. La résidence des propriétaires ne devient importante que lorsque les paiements de facteurs sont distribués par l’entreprise. Dans le cas des agents au Canada en activité pour le compte de clients aux États-Unis, la transaction pour le compte du client est considérée comme une opération avec un non-résident, mais le service fourni par l’agent est considéré comme étant celui d’un résident. Le concept de résidence joue un rôle fondamental dans les comptes de la balance des paiements et sera examiné plus en détail dans le chapitre qui y est consacré.

d) Prix du marché et coût des factures

On mentionne souvent dans les comptes de production deux niveaux d’évaluation, les prix du marché et le coût des facteurs. Ces deux concepts sont conçus pour répondre à des besoins différents et peuvent être raccordés l’un à l’autre par l’addition ou la soustraction des impôts indirects nets. Par “nets”, on veut dire que les subventions ont été déduites du total des impôts indirects. L’évaluation aux prix du marché convient mieux à l’analyse de la demande finale, où l’on s’intéresse davantage aux prix que l’acheteur paye réellement. L’évaluation au coût des facteurs est mieux adaptée à l’analyse lorsque l’on s’intéresse au contenu des ressources incorporées dans les différents biens ou services ou à l’affectation de ces ressources.

Les prix du marché comprennent la vaste gamme d’impôts levés sur les dépenses et que l’on désigne en général sous le nom d’impôts indirects. La distinction générale entre le nom d’impôts directs et les impôts indirects dans la comptabilité nationale est selon que l’impôt est prélevé sur le revenu versé à un facteur de production, ou selon qu’il s’agit d’un coût.

Le genre d’impôts indirects inclus dans l’évaluation au prix du marché sont les taxes de vente, les impôts fonciers et les taxes d’accise, ainsi que les droits de douane.

L’évaluation au coût des facteurs représente la somme des revenus des facteurs de production, que mesure le coût des facteurs travail et capital utilisés dans le processus de production. Les impôts directs prélevés sur les revenus font partie de l’évaluation aux coûts des facteurs, puisque les revenus sont mesurés avant les déductions fiscales. La mesure au coût des facteurs traduit les gains avant que les transferts aient eu un effet de redistribution. En termes économiques, le concept de coût des facteurs est considéré comme celui qui est le plus utile dans l’analyse de la production et de la répartition relative des ressources primaires entre les industries ou incorporées aux produits.

Bien que les impôts indirects constituent un coût pour les producteurs et soient inclus dans les prix du marché, ils ne font pas partie du revenu des facteurs de production ou du coût des facteurs. Au sens comptable, comme les impôts indirects relèvent les prix du marché au-dessus des coûts des facteurs, les subventions ont tendance à réduire cette différence et peuvent être considérées comme des impôts négatifs. Les subventions contribuent par leur définition même à régler les coûts des facteurs et d’autres frais de production, de sorte que les prix du marché ne sont pas aussi élevés qu’ils auraient été autrement. Le concept des prix du marché est considéré comme convenant aux comparaisons de bien-être sur la base de l’égalité des utilités marginales relatives et des prix relatifs.

Assez paradoxalement, les impôts directs peuvent affecter les prix du marché indirectement, tandis que les impôts indirects peuvent les affecter directement. Cependant, la classification bidimensionnelle des impôts retenue dans la comptabilité nationale ne repose par sur l’incidence de la fiscalité, en raison du manque de preuves pour identifier sur qui, en fin de compte retombe le fardeau ultime. En général, la classification de la comptabilité nationale utilise plutôt la distinction entre les impôts prélevés sur le revenu et la richesse et ceux prélevés sur les dépenses.

e) Agents économiques

L’une des constantes les plus visibles du système de comptabilité nationale est le regroupement des agents de l’économie en quatre secteurs, dont chacun contient des unités ayant des motivations et un comportement assez semblables. On les appelle les secteurs institutionnels, et ils regroupent les particuliers et les entreprises individuelles, les administrations publiques, les sociétés et entreprises publiques et les non-résidents. Chaque composante du système, à l’exception de la balance des paiements et du bilan des investissements internationaux, qui retracent le secteur des non-résidents seulement, classe les agents économiques selon ces quatre grands secteurs.

L’importance accordée aux secteurs institutionnels varie selon les composantes du système. Dans les comptes d’entrées-sorties, les agents jouent un rôle secondaire par rapport aux classifications industrielles, tandis que dans les composantes financières, ils constituent la base d’élargissement de la sectorisation servant à présenter le rôle des entreprises financières. Les quatre secteurs institutionnels dominent les comptes des revenus et dépenses, dont ils constituent le noyau.

Les secteurs jouent un rôle essentiel dans l’intégration du système de comptabilité nationale, et sans eux, il serait difficile de relier les composantes entre elles.

f) Opérations

Afin de mettre un peu d’ordre dans la multitude d’activités des secteurs, on structure leurs opérations autour d’un certain nombre de classifications type.

Les opérations des composantes de production présentent le type de biens ou de services produits et utilisés ainsi que les principales catégories de demandes et de revenus générés par la production.

Les comptes financiers présentent les opérations comme instruments financiers classés selon l’émetteur, la liquidité ou la devise de l’instrument. La classification des opérations internationales est unique et met l’accent sur les groupes qui présentent de l’importance pour l’analyse de la balance des paiements et des investissements internationaux; à un niveau très agrégé, il y a un point commun avec les autres éléments du système de comptabilité nationale, où les opérations internationales sont groupées en quatre catégories; les biens, les services, les revenus de placements et les transferts.

Les relations des composantes entre elles Avant de passer à une description plus détaillée de chaque composante, le lecteur devrait consulter la représentation schématique du système de comptabilité nationale figurant au graphique 1. Pour ceux qui sont déjà familiers avec les comptes, le graphique ne posera pas de difficulté, mais pour ceux qui se heurtent pour la première fois au système de comptabilité nationale, il est recommandé de repousser l’étude du diagramme jusqu’à ce qu’ils aient lu une description plus détaillée des composantes du système de comptabilité nationale du Canada.

Le graphique présente chaque composante comme un bloc principal avec une série de flèche qui expriment les liens entre les différents blocs. C’est ainsi que les droites avec des flèches à chaque extrémité indiquent l’équivalence des mesures de la demande finale et des estimations au coût des facteurs dans les comptes d’entrées-sorties et les comptes des revenus et dépenses, et entre les comptes de capital financier des comptes des revenus et dépenses et les opérations des flux financiers.

La disposition verticale des trois blocs signifie qu’il y a un flux logique entre la production, le revenu, la consommation, l’épargne, le financement et l’accumulation de la richesse. La disposition horizontale des comptes de la balance des paiements et du bilan des investissements internationaux signifie que ces derniers sont des composantes qui alimentent les autres.

À l’intérieur de chacun de ces blocs, il y a un exemple simplifié des principaux tableaux ou matrices que l’on peut trouver dans chaque composante du système de comptabilité nationale. Les lecteurs qui connaissent bien ce dernier n’auront pas de difficulté à les identifier, même si la présentation statistique des comptes d’entrées-sorties diffère légèrement de ceux du diagramme.

Même s’ils ne figurent pas comme tels dans le graphique, les comptes d’entrées-sorties et des revenus et dépenses contiennent des tableaux consacrés à la présentation des données en prix constants ou fixes. Les principaux éléments des comptes d’entrées-sorties sont présentés en prix constants, tandis que dans les comptes des revenus et dépenses, seul le tableau de la demande finale est exprimé en prix fixes. Les autres comptes, pour des considérations conceptuelles et pratiques, ne contiennent aucune estimation en prix constants.

Le graphique ne contient également pas de tableau du produit intérieur brut par industrie, qui est une sous-composante formelle des tableaux d’entrées-sorties. En raison de la structure par industrie de ces comptes, ces estimations sont un prolongement logique du cadre d’entrées-sorties et s’obtiennent par la soustraction de la valeur des biens et services utilisés par une industrie de ceux qu’elle produit. Les mesures globales de la productivité sont également dans une large mesure, une extension des comptes d’entrées-sorties au Canada.

Le graphique révèle l’importance accordée à la désagrégation des secteurs institutionnels dans les comptes des revenus et dépenses, dans les opérations des flux financiers et dans le bilan national. Bien que les quatre secteurs principaux seulement, soient représentés dans les graphiques, on note un développement considérable du secteur des sociétés et entreprises publiques en ce qui concerne les institutions financières dans les composantes du système consacrées aux données financières.

On a déjà vu que l’économie peut être caractérisée par l’exécution d’un certain nombre de fonctions qui peuvent être étudiées indépendamment. Ces fonctions sont en fait étroitement reliées. L’examen et l’analyse séparés des composantes révèlent moins qu’une analyse faite conjointement. Ainsi, on peut mieux comprendre la demande de biens et services lorsque l’on prend en compte le fonctionnement du marché financier; de même, on peut en savoir davantage sur les marchés financiers lorsque l’on prend en compte les différentes formes sous lesquelles la richesse est détenue.

Les liens entre les composantes ont d’importantes ramifications pour le système de recueil statistique. Si l’on utilise des concepts, des classifications ou des définitions différentes dans le calcul des diverses composantes, leur utilisation conjointe est sérieusement gênée et la crédibilité des mesures en est réduite. Lorsque deux estimations divergentes visant à mesurer le même phénomène économique sont produites, on se heurte à des incertitudes dans la meilleure des hypothèses et à de la confusion dans la pire lorsque l’on veut évaluer l’économie.

Pour toute composante du système, on a toujours reconnu que la cohérence est d’une importance primordiale si les estimations doivent présenter une valeur optimale aux utilisateurs. Les divergences imputables aux lacunes statistiques et aux faiblesses se produisent lorsque les mesures du même phénomène ont été obtenues de façons différentes, comme dans le cas de la mesure de la production à partir des revenus générés ou des dépenses finales. Cependant, pour une série donnée, il n’y aura qu’une définition, qu’un concept et qu’une méthodologie, de sorte qu’il n’y ait qu’une estimation des dépenses de consommation ou des investissements des entreprises dans les comptes des revenus et dépenses, par exemple.

Il est difficile de garantir la cohérence au niveau du système complet pour diverses raisons. D’abord, le champ et l’existence des documents originaux varient considérablement au cours des différentes périodes pendant lesquelles les composantes ont été définies.

Ensuite, l’évolution de la technologie a un impact énorme sur les méthodologies possibles à des moments différents. Enfin, la mise en oeuvre de révisions aux systèmes de classification normalisés pose souvent des problèmes opérationnels.

La plupart des utilisateurs et tous les comptables nationaux connaissent bien les problèmes mentionnés ci-dessus. Ces problèmes ont cependant pris de l’importance, parce qu’au moment de la récente révision historique, on s’est efforcé autant que possible d’éliminer les principales incohérences qui existaient entre les composantes du système de comptabilité nationale du Canada. Plusieurs agrégats de la demande finale et des revenus, communs aux comptes d’entrées-sorties et à ceux des revenus et dépenses différaient à l’origine en raison d’écarts dans les données originales, la méthodologie ou la classification. Ces différences ont maintenant été éliminées, et les deux composantes utilisent les mêmes estimations. D’autres différences entre les comptes ont également été supprimées dans une large mesure.

Un grand nombre de séries économiques sont propres à plus d’une composante du système de comptabilité nationale, mais dans les chapitres qui suivent, on ne décrit les concepts, les définitions et les classifications communs que pour un des comptes du système. En raison du degré de dépendance des comptes d’entrées-sorties et des revenus et dépenses sur les concepts et les séries statistiques partagés, il faut lire deux chapitres afin de trouver les descriptions de tous les concepts et définitions communs aux deux comptes. C’est également valable pour les comptes de flux financiers et du bilan national.

Ainsi, les trois méthodes de mesure du produit intérieur brut décrites dans le chapitre consacré aux entrées-sorties sont également valables dans une large mesure pour les comptes des revenus et dépenses, alors que les composantes de la demande finale et des revenus du produit intérieur brut communes aux deux comptes, telles que les salaires et les traitements, le revenu net des entreprises individuelles, les dépenses des particuliers et des administrations publiques, sont définies dans le chapitre consacré aux comptes des revenus et dépenses.

Les secteurs et les opérations communs aux comptes de flux financiers et du bilan national ne sont définis que dans la description des flux financiers. Les descriptions plus détaillées des composantes du système ci-dessous contiennent des renseignements sur l’existence des données, un résumé des concepts et du cadre structurel sous-jacent et l’intégration du système tout entier. Chaque chapitre présente une version très condensée des principaux tableaux de chaque compte utilisant les données de 1981 pour illustrer le degré d’intégration statistique.

La disposition choisie pour décrire tout le système de comptabilité nationale traduit la progression logique des événements économiques depuis la production jusqu’à l’accumulation de la richesse, plutôt qu’une suite chronologique du développement du système de comptabilité nationale ou un ordre d’importance.

Les descriptions fournies ne sont destinées en aucune façon à remplacer la documentation complète que l’on trouve dans les publications consacrées à telle ou telle composante du système de comptabilité nationale.

La présente publication est destinée à servir comme document de référence pratique qui résume toutes les branches du système de comptabilité nationale en une seule publication et pour illustrer la nature intégrée du système de comptabilité nationale du Canada.

Footnotes

Footnote 1

Dans ce texte, nous utilisons le mot “produit” ou “bien et service” indifféremment pour traduire le mot anglais “commodity”.

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