Rapports sur la santé
Durée et qualité du sommeil chez les Canadiens âgés de 18 à 79 ans

par Jean-Philippe Chaput, Suzy L. Wong et Isabelle Michaud
Date de diffusion : le 20 septembre 2017

Un sommeil insuffisant (de courte durée et de pauvre qualité) est associé à un éventail d’effets néfastes sur la santé, y compris l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, les blessures, la mortalité toutes causes confondues, la dépression, l’irritabilité et une diminution du mieux-êtreNote 1. Étant donné le rythme de vie ininterrompu qui règne de nos jours, les cas d’insuffisance du sommeil sont fréquentsNote 2Note 3. Les facteurs pouvant être associés à un sommeil insuffisant comprennent l’exposition à la lumière artificielle le soir, la consommation de caféine, les exigences au travail, les engagements sociaux et la dynamique familiale (par exemple, les mères qui travaillent et les enfants dont l’agenda est rempli)Note 1. On porte relativement peu d’attention au sommeil en tant que composante d’un mode de vie sain; les professionnels des soins de santé et les décideurs n’ont pas tendance à le considérer comme une préoccupation de santé publiqueNote 4.

Chez les adultes de 18 à 64 ans et chez les personnes âgées de 65 ans et plus, on recommande respectivement de 7 à 9 heures et de 7 à 8 heures de sommeil par nuitNote 5. Les conclusions de l’Enquête sociale générale de 2005 (participants âgés de 15 ans et plus) ont montré que les hommes dorment significativement moins d’heures par nuit que les femmes (8,1 heures par rapport à 8,3 heures, p < 0,05). Cependant, les femmes étaient plus susceptibles d’avoir déclaré des difficultés à s’endormir ou à rester endormies (35 % par rapport à 25 %, p < 0,05)Note 6. L’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes : Santé mentale et bien-être menée en 2002 a généré des résultats semblables en déterminant que 35 % de la population de 15 ans et plus avaient de la difficulté à s’endormir ou à rester endormis au moins à l’occasionNote 7.

Des estimations de la durée du sommeil chez les enfants et les adolescents canadiens ont récemment été publiéesNote 8Note 9, mais il manque toujours des chiffres à jour pour les adultes. Les renseignements sur le pourcentage d’adultes qui dorment moins longtemps que ce qui est recommandé et sur la prévalence d’un sommeil de pauvre qualité sont importants pour la surveillance et pour informer les fournisseurs de soins de santé, les décideurs en matière de santé et le grand public. La présente étude fournit des estimations plus récentes de la durée et de la qualité du sommeil dans le contexte des lignes directrices sur la durée du sommeil, d’après l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS) pour la période allant de 2007 à 2013 (voir Les données).

Pourcentage de personnes de 18 à 64 ans respectant les recommandations sur la durée du sommeil

Au cours de la période s’échelonnant de 2007 à 2013, les Canadiens de 18 à 64 ans dormaient en moyenne 7,12 heures par nuit (tableau 1). Environ deux tiers des participants à l’enquête ont déclaré dormir les 7 à 9 heures recommandées, et le tiers a déclaré dormir moins de 7 heures. À ces âges, il était rare que le nombre d’heures de sommeil dépasse 9 (3,3 %).

À l’instar de conclusions d’études canadiennes antérieuresNote 6, la durée moyenne par nuit du sommeil chez les femmes était significativement supérieure à celle des hommes (7,24 heures par rapport à 7,00 heures). Cependant, les estimations pour la période allant de 2007 à 2013 étaient inférieures à celles pour 2005 (8,3 heures et 8,1 heures respectivement pour les femmes et les hommes)Note 6. Des différences dans la méthodologie (utilisation d’un journal pour 2005 comparativement à l’autodéclaration pour 2007 à 2013) pourraient expliquer en partie cet écart.

Les personnes de 18 à 64 ans dont le niveau de scolarité dans le ménage et le revenu du ménage étaient élevés étaient plus susceptibles de déclarer dormir le nombre recommandé d’heures par nuit que les personnes ayant un niveau de scolarité pour le ménage et un revenu du ménage plus faibles.

Pourcentage de personnes âgées respectant les recommandations sur la durée du sommeil

Les Canadiens âgés de 65 à 79 ans dormaient en moyenne 7,24 heures par nuit (tableau 2). Environ le tiers ont déclaré dormir moins que les 7 heures recommandées.

Par rapport aux personnes de 18 à 64 ans, une plus grande proportion de personnes âgées (environ 15 %) dormaient plus que le nombre maximal recommandé d’heures, soit 8. Un long sommeil chez ces dernières peut révéler un besoin d’évaluation médicale, neurologique ou psychiatriqueNote 5Note 10.

Contrairement aux personnes de 18 à 64 ans, les personnes âgées ne présentaient aucune différence significative selon le sexe dans la durée du sommeil. Cependant, à l’instar des personnes plus jeunes, les personnes âgées ayant un revenu du ménage élevé étaient plus susceptibles que celles ayant un revenu du ménage faible de dormir le nombre recommandé d’heures par nuit. La tendance relativement au niveau de scolarité était similaire, sans toutefois atteindre le seuil de signification statistique.

Qualité du sommeil

Selon les résultats de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS) pour la période allant de 2007 à 2013, 43 % et 55 % respectivement des hommes et des femmes de 18 à 64 ans ont déclaré avoir de la difficulté à s’endormir ou à rester endormis « Parfois/La plupart du temps/Tout le temps » (tableau 3). Ces données sont comparables à celles pour 2005, alors qu’un plus fort pourcentage de femmes que d’hommes avaient déclaré avoir de la difficulté à s’endormir ou à rester endormis (35 % par rapport à 25 %)6. Cependant, des différences dans les méthodes de collecte des données sur le sommeil empêchent toute comparaison directe entre ces deux études.

De la même façon, chez les personnes âgées de 65 à 79 ans, les femmes étaient plus susceptibles que les hommes de déclarer avoir de la difficulté à s’endormir ou à rester endormis « Parfois/La plupart du temps/Tout le temps » (59 % par rapport à 40 %). À l’égard de cet indicateur de la qualité du sommeil, il n’y avait pas de différence sur le plan statistique entre les 18 à 64 ans et les 65 à 79 ans.

Trois quarts des personnes âgées (75 %) et environ la moitié des personnes de 18 à 64 ans (55 %) ont déclaré que leur sommeil était réparateur « La plupart du temps/Tout le temps ». Environ le tiers (33 % des 18 à 64 ans et 30 % des personnes âgées) ont déclaré avoir de la difficulté à rester éveillés pendant les heures normales d’éveil « Parfois/La plupart du temps/Tout le temps ».

La qualité du sommeil par catégorie de recommandation sur le sommeil

Les hommes et les femmes de 18 à 64 ans qui dormaient le nombre recommandé d’heures ont déclaré avoir un sommeil de meilleure qualité que les personnes qui dormaient moins ou plus que le nombre recommandé d’heures (tableau 4). Ils étaient plus susceptibles de déclarer avoir un sommeil généralement réparateur, et moins susceptibles de déclarer avoir de la difficulté à s’endormir, à rester endormis ou à rester éveillés pendant leurs heures normales d’éveil.

Dans la tranche des 65 à 79 ans, les hommes et les femmes qui dormaient le nombre recommandé d’heures ont été plus nombreux à déclarer avoir un sommeil réparateur et à avoir moins de difficulté à s’endormir et à rester endormis, par rapport à ceux qui dormaient moins que ce qui est recommandé. De même, les personnes âgées qui dormaient plus que le nombre recommandé d’heures par nuit ont déclaré avoir moins de difficulté à s’endormir, à rester endormis ou à rester éveillés, ainsi qu’un sommeil réparateur, par rapport aux personnes âgées, qui dormaient moins que ce qui est recommandé.

Mot de la fin

Un sommeil de courte durée et une pauvre qualité de sommeil sont courants chez les Canadiens adultes. Environ le tiers de ceux-ci ne dorment pas le nombre recommandé d’heures par nuit pour assurer une santé physique et mentale optimale. En outre, ces derniers éprouvent plus fréquemment un sommeil de pauvre qualité que les personnes qui dorment le nombre recommandé d’heures par nuit. D’autres recherches permettraient de déterminer la prévalence des effets néfastes sur la santé chez les personnes dont le sommeil est de brève durée et de pauvre qualité.

Remerciements

Les auteurs remercient les participants à l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé ainsi que tous les employés de Statistique Canada qui ont participé aux activités liées à l’enquête.

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Les données

Source des données

Les données sont tirées des cycles 1 à 3 (2007 à 2013 inclusivement) de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS), une enquête transversale permanente qui est représentative de la population nationale à domicile. Les habitants des réserves des Premières Nations, d’autres établissements autochtones et de certaines régions éloignées, les résidents d’établissements, ainsi que les membres à temps plein des Forces canadiennes étaient exclus du champ de l’enquête. L’approbation déontologique pour l’ECMS a été obtenue du Comité d’éthique de la recherche de Santé CanadaNote 11.

Les taux de réponse des ménages (ménages sélectionnés) ont été respectivement de 69,6 %, 75,9 % et 74,1 % aux cycles 1, 2 et 3. Sur le plan de la personne, les taux de réponse au questionnaire des ménages ont été respectivement de 88,3 %, 90,5 % et 88,4 % aux cycles 1, 2 et 3. Les données combinéesNote 12sur les participants de 18 à 79 ans pour le cycle 1 (2007 à 2009; n = 3 721)Note 13, le cycle 2 (2009 à 2011; n = 3 866)Note 14et le cycle 3 (2012 à 2013; n = 3 389)Note 15ont été utilisées pour les besoins des présentes analyses.

Définitions

La durée du sommeil a été évaluée à l’aide de la question suivante : « Habituellement, combien d’heures dormez-vous pendant une période de 24 heures excluant le temps consacré au repos? » Les réponses ont été arrondies à la demi-heure près. Au total, 27 valeurs aberrantes ou manquantes ont été exclues des analyses.

La qualité du sommeil a été évaluée au moyen des trois questions suivantes : (1) « À quelle fréquence avez-vous de la difficulté à vous endormir ou à rester endormi? »; (2) « À quelle fréquence votre sommeil est-il réparateur? »; (3) « À quelle fréquence avez-vous de la difficulté à rester éveillé pendant vos heures normales d’éveil lorsque vous le désirez? » Pour chaque question, les choix de réponse étaient les suivants : « Jamais »; « Rarement »; « Parfois »; « La plupart du temps »; « Tout le temps ». Les enregistrements des personnes ayant répondu par « Ne sais pas » ou n’ayant pas répondu à la question ont été retirés des analyses : (1) n=11; (2) n=9; (3) n=10.

Les participants ont été classés en fonction de trois catégories, à savoir ceux respectant la durée recommandée de sommeil (7 à 9 heures par nuit de 18 à 64 ans et 7 à 8 heures par nuit à 65 ans et plus), ceux dormant moins que la durée recommandée, et ceux dormant plus que la durée recommandéeNote 5.

Outre le groupe d’âge et le sexe, on a pris en considération le niveau de scolarité dans le ménage et le revenu du ménage des participants. Le niveau de scolarité dans le ménage correspondait au plus haut niveau de scolarité atteint par un membre du ménage et a été classé en fonction des trois catégories suivantes : diplôme d’études secondaires ou moins; niveau supérieur au diplôme d’études secondaires, mais inférieur au baccalauréat; baccalauréat ou plus. Le revenu du ménage annuel a été déclaré par les participants et regroupé selon trois niveaux, à savoir moins de 40 000 $, 40 000 $ à moins de 80 000 $, et 80 000 $ ou plus.

Afin de tenir compte de la conception de l’enquête, les moyennes et les pourcentages ont été calculés à l’aide de poids de sondage et la variance des moyennes et des pourcentages, au moyen de la technique du bootstrap applicable aux données d’enquêteNote 16Note 17. Ensuite, on a calculé les intervalles de confiance à 95 %. Les intervalles de confiance à faible pourcentage ont été utilisés dans la version 11 de SUDAAN pour les pourcentages égaux ou inférieurs à 5 %. Des tests t ont servi à comparer les moyennes et les proportions entre les différents domaines. Les valeurs p ont été ajustées pour les comparaisons multiples à l’aide de la méthode d’ajustement du taux de fausses découvertes (TFD). On a vérifié la signification statistique des différences entre les estimations en fonction d’une valeur p < 0,05 ajustée pour tenir compte du TFD. Toutes les analyses ont été réalisées en SAS, v.9.3, et en SUDAAN, v.11.

Limites

Les données de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé n’incluent pas de caractéristiques importantes sur la durée et la qualité du sommeil comme le moment, l’architecture (la façon dont les personnes passent d’un stade à l’autre du cycle du sommeil), l’uniformité et la continuité. En outre, les autodéclarations surestiment généralement la durée réelle du sommeil et sont sujettes à un biais dû à la désirabilité sociale ou à la remémorationNote 18. Le fait de dormir moins que le nombre recommandé d’heures n’a pas forcément d’effets nocifs sur la santé.

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Références
Date de modification :