Section 1 : Le harcèlement criminel au Canada, 2014

par Marta Burczycka

Début de l'encadré

Faits saillants

  • Le harcèlement criminel s’entend d’une attention répétée et importune qui amène la victime à craindre pour sa sécurité ou celle d’une de ses connaissances. Près de 2 millions de Canadiens ont été victimes de harcèlement criminel au cours des cinq années précédant l’Enquête sociale générale (ESG) de 2014 sur la sécurité des Canadiens (victimisation); cela représente environ 8 % des femmes et 5 % des hommes de 15 ans et plus.
  • Selon les données autodéclarées, la prévalence du harcèlement criminel a diminué du tiers entre 2004 et 2014, la proportion de Canadiens qui en ont été victimes étant passée de 9 % à 6 %. Des reculs ont été observés tant chez les femmes que chez les hommes. Au cours d’une période semblable, les affaires de harcèlement criminel déclarées par la police ont aussi diminué (-19 %).
  • Selon les données de l’Enquête sociale générale de 2014, près de la moitié (48 %) des victimes de harcèlement criminel avaient entre 15 et 34 ans, et la plupart étaient des femmes (62 %). Les harceleurs étaient majoritairement de sexe masculin, mais les harceleuses ont vu leur proportion croître pour passer de 15 % en 2004 à 19 % en 2014.
  • Le plus souvent, les victimes ont déclaré que le harcèlement criminel a revêtu la forme de menaces ou d’intimidation envers une autre personne qu’elles connaissaient (39 % des victimes), d’appels téléphoniques répétés, obscènes ou silencieux (31 %) ou de communications importunes par courriel, par messagerie texte ou sur les médias sociaux (28 %). Ce dernier type de harcèlement criminel a considérablement augmenté par rapport à 2004, année où il a été déclaré par 6 % des victimes.
  • En plus du harcèlement criminel dont elles ont fait l’objet, le tiers (32 %) des victimes ont subi de l’intimidation physique ou des menaces de violence répondant aux définitions de voies de fait énoncées dans le Code criminel. Près de 1 victime de harcèlement criminel sur 5 (18 %) a subi de la violence physique comme telle.
  • La moitié (49 %) des victimes de harcèlement criminel ont déclaré que leur harceleur était une personne qu’elles connaissaient autre qu’un partenaire intime, tandis que 27 % ont été traquées par un étranger. Un partenaire intime actuel ou ancien était le harceleur déclaré par 21 % des victimes.
  • Selon les résultats d’une analyse multivariée, les principaux facteurs associés au risque d’être victime de harcèlement criminel sont le fait d’avoir subi de la violence durant l’enfance, d’être aux prises avec des troubles d’apprentissage et d’avoir une perception négative de certaines caractéristiques de son voisinage.
  • Certains segments de population, dont les Autochtones et les personnes ayant déclaré être homosexuelles ou bisexuelles, étaient surreprésentés parmi les victimes de harcèlement criminel. Toutefois, une analyse multivariée démontre que l’identité autochtone ou l’orientation sexuelle ne sont pas en soi des facteurs de risque, et fournit d’autres explications possibles de cette surreprésentation de victimes parmi les membres de ces groupes.
  • Deux victimes sur cinq (39 %) ont signalé le harcèlement criminel à la police, et une minorité d’entre elles (21 %) ont indiqué que des accusations avaient été portées. Le quart (25 %) des victimes qui avaient signalé le harcèlement criminel à la police ont dit que, à leur connaissance, une ordonnance d’interdiction de communiquer avait été rendue à un moment donné contre la personne qui les traquait.
  • Le harcèlement criminel commis par un partenaire intime présentait d’importantes différences par rapport aux autres types de harcèlement criminel. Par exemple, il s’agissait du seul type de harcèlement criminel qui n’a pas diminué de 2004 à 2014. La surreprésentation des femmes victimes, un lien plus étroitement associé à la violence et les taux plus élevés de signalement à la police figuraient parmi les autres différences clés.
  • Dans le cas du harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime, une analyse multivariée a fait ressortir des facteurs de risque particuliers qui seraient liés au fait d’avoir vécu des types précis de relations intimes, en particulier des relations conjugales ayant pris fin. Ces facteurs de risque comprennent le fait d’avoir des enfants à la maison ou de vivre seul.

Fin de l'encadré

Introduction

Le harcèlement criminel s’entend d’une attention répétée et importune qui amène la victime à craindre pour sa sécurité ou celle d’une de ses connaissances, une infraction visée par l’article 264 du Code criminel du CanadaNote  Note . Par définition, le harcèlement criminel fait en sorte que la victime ne se sente pas en sécurité, mais il peut se manifester par des actes qui ne comprennent pas de menaces manifestes de violence physique. Il peut s’agir, par exemple, de menaces de divulguer des renseignements personnels de nature délicate, ou d’avances romantiques non désirées qui font que la personne ne se sente pas en sécurité, malgré l’absence de menaces de préjudice physique. Le harcèlement criminel peut comprendre tout un éventail de comportements, comme le fait d’attendre à l’extérieur du domicile, de l’école ou du lieu de travail d’une personne, la surveillance physique ou électronique, des dommages causés aux biens et divers types de communications importunes, tel que défini dans le Code criminel (par. 372(2) et (3)). Le harcèlement criminel comporte souvent une série de comportements répétés, par opposition à un appel téléphonique, courriel ou autre acte harcelant isolé.

D’après les définitions utilisées aux fins du Code criminel et de l’Enquête sociale générale (ESG) sur la sécurité des Canadiens (victimisation), le harcèlement criminel en soi ne comprend pas les menaces verbalisées de violence physique dirigées contre la victime, ni la violence physique même. Il s’agit là d’actes distincts visés au Code criminel, à savoir les infractions de profération de menaces (art. 264.1) et de voies de fait (art. 265). Les données déclarées par la police montrent que ces crimes se produisent souvent ensemble (ministère de la Justice du Canada, 2012). De ce fait, dans le cadre de l’ESG, les Canadiens qui ont été victimes de harcèlement criminel se voient poser une série distincte, mais liée, de questions à propos de la violence physique dont ils auraient été menacés ou qu’ils auraient réellement subie.

Le harcèlement criminel se produit dans le contexte de différents types de relations, y compris celles avec un partenaire intime actuel ou ancien, entre connaissances, et entre étrangers. Les recherches sur les motivations des harceleurs révèlent que leurs motifs se rattachent souvent au lien entre le harceleur et la victime. Certains harceleurs sont motivés par [Traduction] « une croyance illusoire en une destinée romantique, le désir de reconquérir une relation passée [ou] une envie sadique de tourmenter la victime » (Miller, 2012). Par ailleurs, il arrive souvent qu’une maladie mentale soit diagnostiquée chez les personnes qui traquent de purs étrangers (McEwan et Strand, 2013). Sans égard aux motivations du harceleur, ce type de victimisation peut avoir de lourdes conséquences pour les personnes ciblées.

Les victimes de harcèlement criminel peuvent subir un grave préjudice psychologique qui peut avoir des effets durables et limiter leurs activités quotidiennes. Parfois, les victimes sont assujetties à de la violence et à des agressions physiques. Des recherches démontrent que, dans le contexte de la violence aux mains d’un partenaire intime en particulier, le harcèlement criminel précède souvent des voies de fait et des homicides violents (McFarlane, Campbell et Watson, 2002). De ce fait, les professionnels du système de justice pénale et des services aux victimes considèrent le harcèlement criminel à la fois comme un crime grave en soi et comme un signe précurseur de violence pire (ministère de la Justice du Canada, 2012). Au Canada, les lignes directrices à l’intention des policiers et des procureurs de la Couronne établissent des liens entre le harcèlement criminel et des crimes violents tels que les voies de fait et l’homicide (ministère de la Justice du Canada, 2012).

À partir des données autodéclarées par les victimes, le présent article de Juristat traite de la prévalence et de la nature du harcèlement criminel au Canada et offre un regard sur son évolution au fil du temps. Une analyse des différentes relations interpersonnelles liées au comportement de harcèlement criminel est présentée, la partie 2 étant consacrée en particulier au harcèlement criminel dans les relations entre partenaires intimes. On se sert d’une analyse multivariée au moyen d’une régression logistique afin d’isoler divers facteurs associés au risque d’être victime de harcèlement criminel, pour ensuite donner un aperçu des répercussions du harcèlement criminel sur les victimes — et de leurs démarches en vue d’obtenir de l’aide.

Début de l’encadré

Encadré 1
Comment l’Enquête sociale générale permet de mesurer le harcèlement criminel

L’Enquête sociale générale (ESG) de 2014 sur la sécurité des Canadiens (victimisation) comprenait plusieurs questions servant à mesurer les expériences des répondants en ce qui a trait à plusieurs comportements liés au harcèlement criminel. Ces comportements reflètent la définition d’acte de harcèlement criminel dans le Code criminel du Canada. Voici les questions posées dans le cadre de l’ESG :

Au cours des cinq dernières années, avez‑vous fait l’objet d’une attention répétée et importune qui vous a fait craindre pour votre sécurité ou pour celle d’une de vos connaissances? C’est‑à‑dire :

  • …est‑ce que quelqu’un vous a téléphoné à maintes reprises ou a fait des appels silencieux ou obscènes?
  • …est‑ce que quelqu’un vous a envoyé des messages importuns à travers des courriels, des textes, Facebook ou d’autres sites de médias sociaux?
  • …est‑ce que quelqu’un vous a envoyé des lettres, des cartes ou des cadeaux inappropriés?
  • …est‑ce que quelqu’un a tenté de communiquer avec vous contre votre volonté, de quelque manière que ce soit?
  • …est‑ce que quelqu’un vous a suivi ou espionné soit en personne ou en utilisant un appareil de surveillance électronique (tel qu’un GPS)?
  • …est‑ce que quelqu’un vous a attendu à l’extérieur de votre domicile?
  • …est‑ce que quelqu’un vous a attendu à l’extérieur de votre lieu de travail, de l’école ou d’autres endroits où vous vous trouviez alors que cette personne ne devait pas y être?
  • …est‑ce que quelqu’un vous a demandé un rendez‑vous avec insistance malgré un refus catégorique de votre part?
  • …est‑ce que quelqu’un a diffusé des renseignements ou des photos inappropriés, indésirables ou personnels vous concernant sur un site de médias sociaux?
  • …une personne a‑t‑elle tenté de vous intimider ou de vous menacer en intimidant ou en menaçant quelqu’un d’autre?
  • …une personne a‑t‑elle tenté de vous intimider ou de vous menacer en blessant vos animaux de compagnie?
  • …une personne a‑t‑elle tenté de vous intimider ou de vous menacer en causant des dommages à vos biens?

Pour être considéré comme du harcèlement criminel, le comportement doit avoir amené le répondant à craindre pour sa sécurité ou pour la sécurité d’une personne qu’il connaissait.

Le cycle de 2014 de l’ESG représentait la deuxième fois où des renseignements détaillés sur le harcèlement criminel ont été recueillis dans le cadre de cette enquête. Le harcèlement criminel a été mesuré pour la première fois lors du cycle de 2004 de l’ESG; depuis, on pose des questions détaillées sur le harcèlement criminel chaque fois qu’on recueille des données dans le cadre du cycle de l’enquête sur la victimisation. De légères modifications ont été apportées à certaines questions du cycle de 2014, compte tenu de l’évolution de la technologie :

  • On a élargi la question sur les courriels importuns en ajoutant les messages textes, Facebook ou sur d’autres médias sociaux comme exemples de communications importunes.
  • L’utilisation d’appareils de surveillance électronique tels qu’un GPS a été ajoutée à la question concernant le fait d’être suivi ou espionné.
  • Une nouvelle question a été ajoutée à propos de la diffusion en ligne de renseignements personnels indésirables.

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Partie 1 : La prévalence, les caractéristiques et les tendances du harcèlement criminel autodéclaré

Diminution du harcèlement criminel de 2004 à 2014

Il ressort de l’Enquête sociale générale (ESG) de 2014 sur la sécurité des Canadiens (victimisation) qu’environ 1,9 million de Canadiens ont été victimes de harcèlement criminel à un moment donné au cours des cinq années précédant l’enquête, ce qui représente environ 6 % de la population du Canada âgée de 15 ans et plus. Environ 8 % des femmes et 5 % des hommesNote  ont déclaré avoir été traqués par un harceleur (tableau 1)Note .

Les données autodéclarées montrent que le harcèlement criminel a diminué du tiers de 2004 à 2014Note . En 2004, près de 1 Canadien sur 10 (9 %) a déclaré avoir été traqué au cours des cinq années ayant précédé l’enquête, comparativement à 2014. Des reculs semblables ont été enregistrés chez les femmes (par rapport à 11 % en 2004) et chez les hommes (par rapport à 7 % en 2004) (tableau 2). Au cours de la même période, le taux global de victimisation avec violence autodéclarée a baissé de 28 % (Perreault, 2015).

La diminution du harcèlement criminel autodéclaré qui a été enregistrée de 2004 à 2014 coïncidait avec le repli du harcèlement criminel mesuré en fonction des données déclarées par la police pour une période semblable. D’après les plus récentes données policières disponibles, le taux de harcèlement criminel a fléchi de 19 % de 2006 à 2016, tandis que les crimes violents dans l’ensemble ont diminué de 24 % (Keighley, 2017)Note .

En 2014, le pourcentage de personnes indiquant qu’elles avaient été traquées était généralement semblable d’une province et d’un territoire à l’autre, à quelques exceptions prèsNote . Par exemple, la prévalence du harcèlement criminel était moins élevée chez les habitants de Terre‑Neuve‑et‑Labrador (4 %) comparativement à ceux de la majorité des autres provinces et territoires. Une autre exception était que le harcèlement criminel était plus courant dans les Territoires du Nord‑Ouest (10 %) que dans les provinces (sauf le Manitoba et la Saskatchewan). À part ces exceptions, il y avait peu de différences entre les provinces, tandis que les différences entre les territoires n’étaient pas statistiquement significatives.

Par ailleurs, le Manitoba, la Saskatchewan et les Territoires du Nord‑Ouest comptent parmi les provinces et les territoires qui affichent invariablement des taux plus élevés de crimes violents autodéclarés et déclarés par la police (Keighley, 2017; Perreault, 2015; Perreault et Simpson, 2016). Le taux d’affaires de harcèlement criminel déclarées par la police, en particulier, était plus élevé dans les Territoires du Nord‑Ouest que dans tout autre territoire (sauf au Nunavut) ou province en 2016. Il est toutefois intéressant de constater que ce taux était le plus faible au Manitoba et se situait près de la moyenne canadienne en SaskatchewanNote , ce qui tranche nettement avec les données autodéclarées sur le harcèlement criminel.

Comme dans l’ensemble du Canada, le harcèlement criminel touchait plus souvent les femmes que les hommes dans la plupart des provinces et des territoires, selon les données autodéclarées par les victimes. Faisaient exception Terre‑Neuve‑et‑Labrador, l’Île‑du‑Prince‑Édouard, la Saskatchewan et le Nunavut, où les taux de harcèlement criminel chez les hommes et les femmes n’étaient pas statistiquement différents (graphique 1). Par contre, en 2004, les taux de harcèlement criminel chez les femmes et les hommes étaient statistiquement semblables à l’Île‑du‑Prince‑Édouard, en Nouvelle‑Écosse, au Nouveau‑Brunswick et au Manitoba.

Graphique 1 Harcèlement criminel autodéclaré, selon le sexe de la victime, provinces et territoires, 2014

Tableau de données du graphique 1
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1. Les données sont présentées selon Province et territoire (titres de rangée) et Femmes et Hommes†, calculées selon pourcentage de la population unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Province et territoire Femmes Hommes†
pourcentage de la population
Terre-Neuve-et-Labrador 5Note E: à utiliser avec prudence 3Note E: à utiliser avec prudence
Île-du-Prince-Édouard 5Note E: à utiliser avec prudence 5Note E: à utiliser avec prudence
Nouvelle-Écosse 8Note * 4
Nouveau-Brunswick 8Note * 4Note E: à utiliser avec prudence
Québec 8Note * 6
Ontario 7Note * 5
Manitoba 10Note * 5Note E: à utiliser avec prudence
Saskatchewan 9 6Note E: à utiliser avec prudence
Alberta 8Note * 4
Colombie-Britannique 7Note * 4
Yukon 12Note E: à utiliser avec prudenceNote * 4Note E: à utiliser avec prudence
Territoires du Nord-Ouest 14Note E: à utiliser avec prudenceNote * 6Note E: à utiliser avec prudence
Nunavut 10Note E: à utiliser avec prudence 7Note E: à utiliser avec prudence
Canada 8Note * 5

De 2004 à 2014, les reculs provinciaux les plus marqués des taux d’incidents de harcèlement criminel autodéclarés ont été observés en Nouvelle‑Écosse, en Alberta et en Colombie‑Britannique (-4 points de pourcentage respectivement) (graphique 2). Par ailleurs, les taux n’ont pas varié de façon statistiquement significative à l’Île‑du‑Prince‑Édouard, au Nouveau‑Brunswick, au Manitoba et en Saskatchewan. Il convient de souligner que ces provinces sont aussi celles où les taux de harcèlement criminel contre les femmes n’ont pas diminué, ce qui témoigne du fait que les taux provinciaux de harcèlement criminel reflètent essentiellement les taux de harcèlement criminel contre les femmes.

Graphique 2 Harcèlement criminel autodéclaré par les victimes, provinces, 2004 et 2014

Tableau de données du graphique 2
Tableau de données du graphique 2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 2. Les données sont présentées selon Provinces
(titres de rangée) et 2014 et 2004†, calculées selon pourcentage de la population unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Provinces
2014 2004†
pourcentage de la population
Terre-Neuve-et-Labrador 4Note * 7
Île-du-Prince-Édouard 5Note E: à utiliser avec prudence 8Note E: à utiliser avec prudence
Nouvelle-Écosse 6Note * 10
Nouveau-Brunswick 6Note * 8
Québec 7Note * 9
Ontario 6Note * 9
Manitoba 8 10
Saskatchewan 7 8
Alberta 6Note * 10
Colombie-Britannique 5Note * 9
Canada 6Note * 9

La plupart des victimes de harcèlement criminel sont des femmes de 15 à 34 ans

Comme c’est le cas de l’ensemble des crimes violents, le harcèlement criminel était plus courant chez les jeunes et la fréquence diminuait avec l’âge (Perreault, 2015) (graphique 3). Un peu moins de la moitié (48 %) des victimes de harcèlement criminel avaient entre 15 et 34 ans; près de 1 personne sur 10 (9 %) appartenant à ce groupe d’âge a déclaré avoir été victime de harcèlement criminel. Ainsi, le harcèlement criminel était significativement plus fréquent dans ce groupe d’âge que dans les autres. Après neutralisation de l’effet d’autres facteurs, comme le sexe, l’état matrimonial et diverses caractéristiques, les personnes de 15 à 34 ans étaient plus susceptibles d’être traquées que les personnes plus âgées (modèle 1)Note .

Graphique 3 Harcèlement criminel autodéclaré par les victimes, selon le sexe et le groupe d’âge de la victime, Canada, 2014

Tableau de données du graphique 3
Tableau de données du graphique 3
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 3 Groupe d’âge, 15 à 34 ans, 35 à 54 ans, 55 ans et plus et Total, calculées selon pourcentage de victimes unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Groupe d’âge
15 à 34 ans 35 à 54 ans 55 ans et plus Total
pourcentage de victimes
Hommes 18 14 6 38
Femmes 31 20 11 62
Total 48 35 17 100

Les femmes formaient la majorité (62 %) des victimes de harcèlement criminel en 2014. Les jeunes femmes, en particulier, étaient surreprésentées : près du tiers (31 %) des victimes de harcèlement criminel étaient des femmes de 15 à 34 ans. Cette surreprésentation des jeunes femmes situe le harcèlement criminel parmi d’autres formes de victimisation, dont l’agression sexuelle, la violence aux mains d’un partenaire amoureux et les formes les plus graves de violence conjugale — où il y a aussi un nombre disproportionné de femmes victimes (voir, par exemple, Burczycka et Ibrahim, 2016; Conroy et Cotter, 2017; Perreault, 2015). Après neutralisation de l’effet de nombreux autres facteurs ayant un lien connu avec le harcèlement criminel et d’autres formes de victimisation, le fait d’être une femme donnait lieu à une probabilité plus élevée de 85 % d’être victime de harcèlement criminel (modèle 1).

Le harcèlement criminel comporte le plus souvent des menaces ou de l’intimidation envers une personne connue de la victime

Le plus souvent, le type de harcèlement criminel ou de comportement harcelantNote  que subissaient les victimes prenait la forme de menaces ou d’intimidation envers une autre personne faisant partie de la vie de la victime, comme l’enfant ou un autre membre de la famille de la victime — une expérience déclarée par 4 victimes sur 10 (39 % des victimes ou environ 720 000 Canadiens)Note . Un peu moins du tiers (31 %) des victimes ont dit avoir reçu des appels téléphoniques répétés, silencieux ou obscènes, et 28 %, des communications importunes par courriel, par messagerie texte ou sur les médias sociaux, qui les ont fait craindre pour leur sécurité ou pour celle de quelqu’un qu’elles connaissaient. Près du quart (24 %) des victimes de harcèlement criminel ont déclaré que des biens leur appartenant avaient été endommagés (tableau 3).

Les victimes de harcèlement criminel étaient ciblées différemment selon leur sexe. Par exemple, 46 % des victimes de sexe masculin ont fait état de menaces et d’intimidation envers quelqu’un qu’elles connaissaient, comparativement à 35 % des victimes de sexe féminin; les hommes étaient aussi plus susceptibles de déclarer que leurs biens personnels avaient été endommagés (28 % par rapport à 21 % chez les femmes). Par ailleurs, les femmes étaient nettement plus susceptibles que les hommes d’avoir reçu des appels téléphoniques répétés, silencieux ou obscènes (38 % par rapport à 20 %) ou des communications importunes par courriel, par messagerie texte ou sur les médias sociaux (31 % par rapport à 23 %), et d’avoir été espionnées en personne ou au moyen d’un appareil de surveillance électronique (21 % par rapport à 12 %).

Dans son étude sur la cyberintimidation et le cyberharcèlement criminel des jeunes personnes au Canada, Hango (2016) a constaté qu’une proportion élevée de Canadiens de 15 à 29 ans avaient été ciblés par l’utilisation répétée de communications électroniques destinées à les harceler ou à leur faire peurNote . Ces comportements touchaient 17 % de la population de 15 à 29 ans, et la fréquence diminuait avec l’âge (Hango, 2016). Ce constat peut s’expliquer par le fait que les jeunes personnes sont généralement plus susceptibles d’être traquées : dans la présente étude, l’examen des types de harcèlement criminel les plus fréquents chez les victimes de divers âges n’a révélé aucune différence significative entre les victimes de 15 à 34 ans et celles de 35 à 54 ans au chapitre du cyberharcèlement criminel. Autrement dit, les jeunes victimes étaient tout aussi susceptibles que les victimes plus âgées d’avoir été importunées par des courriels, des messages textes ou des communications sur les médias sociaux (31 % et 28 %, respectivement), ou encore, d’avoir vu leur harceleur diffuser des renseignements personnels indésirables à leur sujet sur les médias sociaux (5 %E et 7 %E)Note .

Les grands changements dans la façon dont les gens utilisent la technologie modifient les comportements de harcèlement criminel. En 2004, par exemple, la plateforme Facebook en était encore à ses débuts (Blodget, 2012), tandis que des services comme Twitter, Instagram et Snapchat n’avaient pas encore vu le jour. Une étude a démontré que, même au cours de la période relativement courte allant de 2010 à 2012, la proportion de Canadiens utilisant Internet qui fréquentaient les sites de réseautage social est passée de 58 % à 67 % (Statistique Canada, 2013).

En 2004, les répondants à l’Enquête sociale générale (ESG) ont été interrogés à propos du harcèlement criminel revêtant la forme de communications importunes par courriel : 6 % des victimes de harcèlement criminel avaient vécu une expérience de ce genre. En 2014, la question sur les courriels importuns s’est étendue aux messages importuns envoyés par messagerie texte ou affichés sur les médias sociaux (voir l’encadré 1), et les données résultantes ont révélé que 28 % des victimes avaient été traquées de cette façon. Cet écart de 22 points de pourcentage représentait la variation la plus marquée parmi les types de harcèlement criminel mesurés en 2004 et en 2014. Il se peut que certaines personnes traquées sur les premières plateformes de médias sociaux accessibles en 2004 n’aient pas déclaré leur victimisation dans le cadre de l’ESG en raison de la façon dont la question était formulée, mais il est sans doute plus probable que l’écart découle de l’augmentation globale de la participation des gens aux réseaux sociaux en ligne (graphique 4).

Graphique 4 Types de harcèlement criminel subi par les victimes, Canada, 2004 et 2014

Tableau de données du graphique 4
Tableau de données du graphique 4
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 4. Les données sont présentées selon Type de comportement de harcèlement criminel (titres de rangée) et 2014 et 2004†, calculées selon pourcentage de victimes unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Type de comportement de harcèlement criminel 2014 2004†
pourcentage de victimes
Menacer ou intimider quelqu’un d’autre 38Note * 43
Appels téléphoniques répétés, silencieux ou obscènes 31Note * 47
Endommager les biens ou blesser les animaux de la victimeTableau de Note 1 28Note * 20
Communications importunes (courriel, messagerie texte, médias sociaux)Tableau de Note 2 28Note * 6
Espionnage ou surveillance électronique ou en personneTableau de Note 3 17Note * 28
Attendre à l’extérieur du domicile de la victime 17 15
Attendre à l’extérieur du lieu de travail ou de l’école de la victime 15Note * 19
Demander un rendez-vous avec insistance 11 12
Autres communications importunes 8 8
Lettres, cartes, cadeaux inappropriés 5Note * 9
Diffuser des renseignements inappropriés sur les médias sociauxTableau de Note 4 5Note E: à utiliser avec prudence Note ..: indisponible pour une période de référence précise

Parmi les types de harcèlement criminel subis le plus souvent par les victimes, la proportion de victimes dont les biens ont été endommagés ou dont les animaux de compagnie ont été blessés a aussi augmenté de façon significative (passant de 20 % en 2004 à 28 % en 2014)Note . Les diminutions les plus marquées ont été enregistrées au chapitre de la proportion de victimes qui ont été espionnées (passant de 28 % en 2004 à 17 % en 2014) et de la proportion de victimes qui ont reçu des appels téléphoniques répétés, silencieux ou obscènes (passant de 47 % en 2004 à 31 % en 2014). Ce dernier recul pourrait sans doute être lié à la diminution continue des conversations téléphoniques traditionnelles, qui ont essentiellement été remplacées par le courriel et la messagerie texte (Dillman, 2017).

En 2014, la majorité des victimes de harcèlement criminel (78 %) ont dit croire que le harcèlement criminel qu’elles avaient subi au cours des cinq années ayant précédé l’enquête était terminé, la proportion étant semblable chez les victimes des deux sexes. Un peu plus de 1 victime sur 10 (12 %) a dit croire que le harcèlement criminel se poursuivait, tandis que 10 % des victimes n’étaient pas certaines si le harcèlement criminel avait pris fin ou non.

Dans l’ensemble, la plupart des victimes de harcèlement criminel ont déclaré qu’elles avaient été harcelées soit pendant une semaine ou moins (26 %), soit pendant plus d’un an (24 %). Les hommes étaient plus susceptibles que les femmes de déclarer avoir été harcelés pendant une semaine ou moins (33 % par rapport à 22 %), tandis que le harcèlement criminel d’une durée d’un à six mois était plus fréquent chez les femmes (24 % par rapport à 17 % chez les hommes). Aucune différence statistiquement significative n’a été constatée entre les deux sexes dans le cas du harcèlement criminel ayant duré un an ou plus (tableau 4).

Une certaine variation a été observée entre les différents types de harcèlement criminel du point de vue de leur duréeNote . Par exemple, l’espionnage en personne ou électronique était un peu plus susceptible que la plupart des autres types de harcèlement criminel d’avoir duré moins d’une semaine (58 %).

Des menaces et de la violence physique sont souvent associées au harcèlement criminel

Tant le Code criminel du Canada que l’Enquête sociale générale (ESG) de 2014 établissent une distinction entre le harcèlement criminel et les menaces de violence physique envers la victime, ainsi que la violence physique même. Toutefois, les données déclarées par la police montrent que ces crimes se produisent souvent ensemble (ministère de la Justice du Canada, 2012). En 2016, par exemple, 29 % des affaires de harcèlement criminel déclarées par la police comportaient un autre crime; près du tiers (32 %) des affaires où le harcèlement criminel constituait l’infraction la plus grave comportaient aussi la profération de menacesNote . Parmi les affaires où le harcèlement criminel était présent sans toutefois constituer l’infraction la plus grave, des voies de fait armées ou causant des lésions corporelles (voies de fait de niveau 2) étaient le plus souvent l’infraction la plus grave (30 %) (Statistique Canada, 2017a).

Au moyen d’une question posée en parallèle dans le cadre de l’ESG, on cherche à savoir auprès des Canadiens victimes de harcèlement criminel si de la violence ou des menaces de violence physique ont été associées à l’expérience de harcèlement qu’ils ont vécue. Les constatations issues de ces données autodéclarées montrent que des menaces de préjudice physique étaient assez souvent associées aux incidents de harcèlement criminel. Un peu moins du tiers (32 %) des victimes de harcèlement criminel ont déclaré que, lors du plus récent incident de harcèlement criminel qu’elles ont vécu, la personne responsable les avait intimidées physiquement ou les avait menacées de violence. En outre, de nombreux incidents de harcèlement criminel comportaient des contacts physiques violents. Près de 1 victime de harcèlement criminel sur 5 (18 %) a indiqué que la personne qui l’avait harcelée lors du plus récent incident l’avait empoignée ou attaquée d’une façon quelconque.

Il est intéressant de constater que les hommes étaient plus susceptibles que les femmes non seulement de déclarer avoir été intimidés physiquement ou menacés par leur harceleur (40 % par rapport à 27 %), mais aussi de faire état de violence physique associée au harcèlement criminel (22 % par rapport à 16 %). Ce constat peut s’expliquer en partie par la définition du harcèlement criminel énoncée dans l’ESG sur la victimisation (et dans le Code criminel). Pour être considérée comme du harcèlement criminel dans le contexte de l’ESG, une expérience doit avoir amené la victime à ressentir de la crainte (pour sa sécurité ou celle d’autres personnes) et à en faire état dans le cadre de l’enquête. Les chercheurs soutiennent depuis longtemps que les normes sexuelles peuvent créer une image de la masculinité qui comprend la bravoure et le courage. Par conséquent, certains hommes peuvent intérioriser ce message au point de ne pas se rendre compte de la crainte suscitée par certaines situations aussi aisément que certaines femmes pourraient le faire (Sutton et Farrall, 2005). Il se peut donc que les incidents de harcèlement criminel déclarés par les hommes dans le cadre de l’ESG — qui requièrent de fait l’élément de crainte — soient biaisés en faveur des incidents plus graves, où il y a eu violence ou menaces manifestes de violence. Essentiellement, il se pourrait que les hommes déclarent moins d’incidents moins graves, ce qui accroît la gravité globale des incidents de harcèlement criminel déclarés par les hommes et dont font état les données. Des explications semblables ont été suggérées en ce qui concerne les perceptions des hommes quant à leur sécurité dans leur voisinage, par exemple (Perreault, 2017).

L’opinion selon laquelle le signalement de la victimisation est sexospécifique est appuyée par le fait que, parmi les victimes de harcèlement criminel, plus de femmes (37 %) que d’hommes (28 %) ont dit avoir craint pour leur vie lors du plus récent incident. Bien que, par définition, un élément de crainte doit être présent pour qu’un incident soit considéré comme du harcèlement criminel, le fait de craindre pour sa vie constitue une expérience plus grave et traumatisante. On peut soutenir que les victimes de sexe masculin étaient peut‑être moins susceptibles de percevoir leur expérience ainsi, ou moins susceptibles de la déclarer dans le cadre de l’ESG. Dans l’ensemble, plus du tiers (34 %) des victimes de harcèlement criminel ont craint pour leur vie par suite du plus récent incident de harcèlement criminel.

Comme il fallait s’y attendre, il était assez fréquent que les victimes intimidées physiquement ou menacées de violence aient craint pour leur vie (48 %), bien que bon nombre des victimes n’ayant pas vécu un incident de harcèlement aussi grave aient également craint pour leur vie (27 %). Les victimes qui avaient été empoignées ou attaquées par un harceleur étaient aussi plus susceptibles d’avoir craint pour leur vie (48 % par rapport à 30 % des victimes n’ayant pas été empoignées ou attaquées).

Les victimes qui avaient été traquées par des hommes étaient plus susceptibles de déclarer que le harcèlement criminel les avait fait craindre pour leur vie (36 %), comparativement aux victimes qui avaient été traquées par des femmes (26 %). Toutefois, le sexe du harceleur avait peu d’incidence quant à savoir si la victime avait subi de l’intimidation physique ou des menaces de violence, ou si elle avait en fait été empoignée ou attaquée physiquement : la prévalence de ces actes était la même, peu importe que la victime ait été harcelée par un homme ou une femme.

Les proportions de victimes de harcèlement criminel qui ont dit avoir été menacées de violence, avoir été empoignées ou attaquées physiquement, ou avoir craint pour leur vie n’ont pas varié de 2004 à 2014.

Harcèlement criminel et agression sexuelle

De récentes recherches canadiennes ont permis d’associer le harcèlement criminel à un risque global accru d’agression sexuelle. En s’appuyant sur les données de l’Enquête sociale générale de 2014, Conroy et Cotter (2017) ont constaté que les personnes qui avaient été traquées au cours des 12 mois précédant l’enquête étaient victimes d’agression sexuelle à un taux plus de 10 fois supérieur à celui observé chez les personnes qui n’avaient pas été traquées (182E par rapport à 17 pour 1 000 personnes)Note . Chez les femmes, le taux d’agressions sexuelles autodéclarées était huit fois plus élevé chez celles qui avaient été victimes de harcèlement criminel au cours des 12 mois précédents que chez celles qui n’en avaient pas été victimes (246E par rapport à 29 pour 1 000 personnes)Note . Bien que ces données représentent les incidents de harcèlement criminel et d’agression sexuelle qui sont survenus pendant la période de 12 mois, il est impossible de connaître l’ordre dans lequel ceux‑ci sont survenus, ou si l’auteur présumé était le même pour ces deux types de crime.

Conroy et Cotter (2017) ont aussi déterminé que certains types de harcèlement criminel étaient davantage associés à un risque accru d’agression sexuelle. En particulier, les victimes de harcèlement criminel qui ont déclaré avoir été observées par quelqu’un qui les a attendues à l’extérieur de leur domicile, de leur école, de leur lieu de travail ou ailleurs au cours des cinq années précédentes affichaient des taux élevés d’agressions sexuelles (163E pour 1 000 personnes). De plus, les constatations présentées par Conroy et Cotter (2017) ont révélé qu’une proportion considérable des victimes d’agression sexuelle qui avaient aussi été victimes de harcèlement criminel ont dit avoir subi de la violence physique (c.‑à‑d. qu’elles avaient été empoignées ou attaquées) par la personne qui les avait traquées (22 %E).

La peur, la colère, la confusion et la frustration sont des conséquences émotionnelles courantes du harcèlement criminel

La plupart des victimes de harcèlement criminel ont dit avoir subi certaines conséquences émotionnelles au moment de leur victimisation (tableau 5). Plus du tiers (35 %) ont déclaré avoir éprouvé de la crainte pendant l’expérienceNote Note . La crainte était une réaction plus courante chez les victimes de sexe féminin (44 %) que parmi celles de sexe masculin (20 %). D’autres conséquences émotionnelles fréquentes du harcèlement criminel chez les victimes de sexe masculin et de sexe féminin étaient le fait de se sentir bouleversé, confus ou frustré (31 %) et de se sentir en colère ou fâché (27 %). Aucune différence n’a été constatée dans les proportions d’hommes et de femmes qui ont subi les deux derniers types de conséquences émotionnelles.

Moins de 1 victime sur 10 (8 %) a indiqué ne pas avoir subi la moindre conséquence émotionnelle, tandis que 1 victime sur 20 (5 %) a déclaré que l’expérience l’avait « peu affectée ». Les victimes de sexe masculin étaient plus susceptibles de déclarer n’avoir subi aucune conséquence émotionnelle (14 % par rapport à 5 %E chez les victimes de sexe féminin) ou avoir été « peu affectées » (8 %E par rapport à 3 %E).

La plupart des harceleurs sont des hommes, mais la proportion de harceleuses est en hausse

En ce qui a trait au plus récent incidentNote  à survenir au cours des cinq années précédentes, près des trois quarts (74 %) des victimes ont indiqué que la personne qui les avait traquées ou harcelées était de sexe masculin. Un peu moins de 1 victime sur 5 a déclaré qu’une femme avait été responsable du harcèlement (19 %), tandis que 7 % ont dit ignorer le sexe du harceleur.

Les femmes étaient plus susceptibles d’indiquer qu’un homme les avait traquées ou harcelées (79 % par rapport à 65 % des victimes de sexe masculin). En revanche, les hommes étaient plus susceptibles de déclarer avoir été traqués ou harcelés par une femme (25 % par rapport à 15 %). La majorité des victimes de harcèlement criminel (77 %) ont déclaré qu’une seule personne avait été responsable de tous les incidents de harcèlement criminel qu’elles avaient subis au cours des cinq années ayant précédé l’enquête.

La proportion de harceleuses a augmenté depuis 2004, d’après les données autodéclarées par les victimes. Plus précisément, en 2014, la proportion de victimes ayant dit avoir été traquées par une femme était plus élevée qu’en 2004 (19 % par rapport à 15 %) (graphique 5). En particulier, la proportion de harceleuses avait nettement augmenté parmi les victimes de sexe masculin (25 % par rapport à 18 % en 2004). Chez les victimes de sexe féminin, en revanche, aucune augmentation correspondante n’a été observée quant à la proportion de victimes ayant indiqué que leur harceleur était de sexe féminin.

Graphique 5 Harcèlement criminel autodéclaré et perpétré par des femmes, selon le sexe de la victime, Canada, 2004 et 2014

Tableau de données du graphique 5
Tableau de données du graphique 5
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 5. Les données sont présentées selon Année (titres de rangée) et Hommes, Femmes et Total, calculées selon percent of victims unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Année Hommes Femmes Total
percent of victims
2004† 18 14 15
2014 25Note * 15 19Note *

Les victimes de harcèlement criminel sont le plus souvent traquées par une connaissance

En 2014, la plupart des victimes ont indiqué qu’elles avaient été traquées par quelqu’un qu’elles connaissaient. La moitié (49 %) des victimes ont déclaré que leur harceleur était une personne qu’elles connaissaient et qui n’était pas un partenaire intime actuel ou ancien (tableau 6). Ces personnes comprenaient les amis (16 %), les collègues de travail ou les camarades de classe (9 %), les personnes que la victime connaissait de vue (9 %), les membres de la parenté (8 %) et les voisins (8 %). Les types de liens entre victimes et harceleurs étaient semblables parmi les victimes des deux sexes.

Plus du quart (27 %) des victimes ont été traquées par un étranger. Le harcèlement criminel commis par un étranger était plus courant chez les victimes de sexe masculin (31 %) que parmi celles de sexe féminin (24 %).

Un peu plus de 1 victime sur 5 (21 %) a déclaré que la personne responsable du plus récent incident de harcèlement criminel qu’elle avait subi au cours des cinq années ayant précédé l’enquête était un partenaire intime — c’est‑à‑dire un conjoint marié, un conjoint de fait ou un partenaire amoureux (actuel ou ancien). Plus de victimes ont été traquées par un partenaire amoureux (12 %) que par un conjoint (8 %). Dans l’ensemble, le harcèlement criminel commis par un partenaire intime était nettement plus fréquent chez les victimes de sexe féminin (25 %) que parmi celles de sexe masculin (14 %).

Le harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime diffère du harcèlement criminel commis par une autre personne connue de la victime ou par un étranger à un certain nombre d’égards, dont les niveaux de violence auxquels il est associé et ses facteurs de risque connus. Pour ces raisons, et étant donné le risque particulier qu’il pose pour les femmes, le harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime est examiné plus à fond dans la deuxième partie du présent rapport.

Les segments de population vulnérables sont surreprésentés parmi les victimes de harcèlement criminel

Bon nombre d’études démontrent que, au Canada, certains groupes sont souvent surreprésentés à l’égard de nombreuses formes de victimisation. Ces groupes comprennent les personnes ayant une incapacité, les personnes ayant des antécédents de victimisation pendant l’enfance, les personnes ayant des antécédents d’itinérance, les personnes déclarant être gaies, lesbiennes ou bisexuelles, et les Autochtones (Beauchamp, 2004; Boyce, 2016; Burczycka et Conroy, 2017; Cotter, à paraître en 2018; Perreault, 2009; Perreault, 2015; Rodrigue, 2016). Les données de l’Enquête sociale générale (ESG) de 2014 montrent que ces groupes sont aussi touchés de manière disproportionnée par le harcèlement criminel. Comme d’autres formes de victimisation, le harcèlement criminel était particulièrement répandu chez les femmes appartenant à ces groupes vulnérables. Toutefois, une analyse multivariée démontre que le risque de subir du harcèlement criminel n’est pas plus élevé pour tous ces groupes lorsque d’autres facteurs sont pris en compte, ce qui laisse entendre qu’une dynamique complexe sous‑tend la victimisation par un harceleur.       

Pour les personnes ayant des antécédents de victimisation pendant l’enfance, la prévalence du harcèlement criminel à l’âge adulte était particulièrement forte, et leur risque d’en être victimes était accru. En général, les personnes qui ont subi de la violence physique ou sexuelle pendant l’enfance sont exposées à un risque élevé de divers autres types de victimisation plus tard dans la vie, qu’il s’agisse de violence dans les relations interpersonnelles ou de victimisation avec violence en général (Burczycka et Conroy, 2017; Perreault, 2015). Il en va de même pour la victimisation de la part d’un harceleur : la prévalence du harcèlement criminel était trois fois plus élevée parmi les personnes ayant subi de la violence étant enfantsNote  (12 %), comparativement aux personnes ne présentant pas ces antécédents (4 %). Le harcèlement criminel touchait une proportion trois fois supérieure de victimes de violence durant l’enfance, tant chez les femmes (15 % par rapport à 5 % des non‑victimes) que chez les hommes (9 % par rapport à 3 %) (tableau 7).

Pour les personnes ayant subi de la violence physique ou sexuelle pendant l’enfance, le risque d’être victimes de harcèlement criminel à l’âge adulte était près de trois fois plus élevé, même quand d’autres facteurs de risque de harcèlement criminel connus étaient présents. Ce constat fait de la violence subie durant l’enfance l’un des plus importants facteurs associés au risque d’être victime de harcèlement criminel mesurés dans le cadre de l’ESG de 2014 (modèle 1).

De même, des antécédents d’itinérance constituent un facteur associé à la victimisation (Perreault, 2015; Rodrigue, 2016). La prévalence de la victimisation par un harceleur était plus de trois fois plus élevée parmi les personnes ayant connu une période d’itinérance que chez celles qui n’avaient jamais été sans‑abri (16 % par rapport à 5 %). Près du cinquième (19 %) des femmes ayant des antécédents d’itinérance avaient été traquées, tout comme 12 % de leurs homologues de sexe masculin. Quand de multiples autres facteurs de risque de harcèlement criminel connus étaient pris en compte, le fait d’avoir été sans‑abri demeurait un important facteur associé au risque d’être victime de harcèlement criminelNote .

Selon des recherches, les troubles d’apprentissage constituent un facteur de risque de victimisation (Cotter, à paraître en 2018). Les constatations découlant de l’ESG de 2014 indiquent une fréquence particulièrement élevée de victimisation par un harceleur chez les personnes atteintes d’un trouble d’apprentissageNote . Un peu plus de 1 personne sur 5 (21 %) aux prises avec un problème qui rend l’apprentissage difficile pour elle a dit avoir été victime de harcèlement criminel, comparativement à 6 % des personnes n’ayant pas de problème de ce genre. Le harcèlement criminel touchait particulièrement les femmes atteintes d’un trouble d’apprentissage (25 %) et il était également prévalent chez leurs homologues de sexe masculin (16 %). Même après neutralisation de l’effet d’une multitude de facteurs souvent associés au risque de victimisation, la probabilité d’être la cible de harcèlement criminel était deux fois plus élevée parmi les personnes qui ont dit avoir un trouble d’apprentissage (modèle 1).

Tout comme les personnes atteintes d’un trouble d’apprentissage, celles qui étaient aux prises avec un trouble émotionnel, mental ou psychologique qui limite leur vie quotidienne (19 %) étaient nettement plus susceptibles d’avoir été victimes de harcèlement criminelNote , comparativement aux personnes n’ayant pas de problème de ce genre (6 %). Le harcèlement criminel a touché 21 % des femmes et 15 % des hommes qui ont dit être atteints d’un trouble émotionnel, mental ou psychologique. Chez les personnes aux prises avec ce type d’incapacité, le risque d’être victimes de harcèlement criminel était 55 % plus élevé, même après la prise en compte d’autres facteurs de risque (modèle 1). Chez les personnes ayant une incapacité physiqueNote , le risque d’être victimes de harcèlement criminel était également plus élevé, après la prise en compte d’autres facteurs communément associés à la victimisation (y compris d’autres types d’incapacités) (modèle 1). Au chapitre de la prévalence, 1 personne sur 10 (10 %) ayant une incapacité physique a subi du harcèlement criminel, comparativement à 6 % des personnes ne présentant pas de limitation de ce genre. Il en était ainsi tant pour les femmes atteintes d’une incapacité physique (12 %) que pour leurs homologues de sexe masculin (7 %).

Au Canada, les Autochtones subissent différents types de victimisation plus souvent que les non‑Autochtones (Boyce, 2016; Perreault, 2015). C’était également le cas du harcèlement criminel : 1 personne sur 10 (10 %) déclarant une identité autochtone a été victimisée de cette façon, comparativement à 6 % des non‑Autochtones (tableau 7). Comme pour d’autres types de crimes, les femmes autochtones étaient particulièrement surreprésentées (14 %). Cependant, une fois que d’autres facteurs de risque étaient pris en compte — dont la violence subie durant l’enfance, les antécédents d’itinérance, les troubles psychologiques ou mentaux et les troubles d’apprentissage —, le fait d’être Autochtone n’augmentait pas en soi le risque chez les femmes comme chez les hommes d’être victimes de harcèlement criminel.

Cette constatation reflète le fait que, collectivement, les Autochtones présentent une fréquence plus élevée des autres facteurs de risque de harcèlement criminel; c’est la prévalence des facteurs de risque tels que la violence subie pendant l’enfance, la maladie mentale et les antécédents d’itinérance qui accroît le risque pour les Autochtones d’être victimes de harcèlement criminel. En effet, des études canadiennes indiquent que les Autochtones présentent une fréquence plus élevée de violence subie durant l’enfance (Burczycka et Conroy, 2017), d’itinérance (Boyce, 2016) et de troubles mentaux (Boyce, Rotenberg et Karam, 2015). Des études portant sur le risque d’autres formes de victimisation des Autochtones ont mené à des conclusions semblables, et ont fait ressortir une concentration de facteurs de risque chez les Autochtones (Boyce, 2016; Perreault, 2015). Bon nombre de chercheurs rattachent la présence de ces facteurs de risque aux expériences de colonialisme et de racisme et au traumatisme intergénérationnel qu’elles engendrent (Commission de vérité et réconciliation du Canada, 2015).

Tout comme les Autochtones au Canada, les personnes déclarant être gaies, lesbiennes ou bisexuelles représentent une communauté à risque élevé de divers types de victimisation (Beauchamp, 2004; Perreault, 2015). Ainsi, le harcèlement criminel était plus de deux fois plus fréquent parmi ce groupe (14 %) que chez les personnes hétérosexuelles (6 %). Cette constatation était valable tant chez les hommes que chez les femmes. Toutefois, comme c’était le cas du risque de harcèlement criminel chez les Autochtones, lorsque des facteurs de risque tels que la violence subie pendant l’enfance et l’itinérance étaient pris en compte, le fait d’être gai, lesbienne ou bisexuel n’augmentait pas le risque d’être victime de harcèlement criminel; cela laisse entendre que le profil de risque des personnes gaies, lesbiennes ou bisexuelles a peut‑être plus à voir avec ces autres facteurs de risque. Par exemple, les personnes disant appartenir à ce groupe affichent une fréquence plus élevée de violence subie pendant l’enfance (Burczycka et Conroy, 2017), un facteur associé au risque d’être l’objet de harcèlement criminel.

La consommation de drogues et les sorties fréquentes en soirée augmentent le risque d’être victime de harcèlement criminel

Pendant des décennies, les théories concernant la victimisation ont laissé entendre que le risque auquel les personnes sont exposées est lié à la mesure dans laquelle leurs activités routinières et modes de vie particuliers les mettent dans des situations où une victimisation est susceptible de survenir. La théorie des activités routinières et des modes de vie a été appliquée avec succès à la détermination des facteurs de risque de victimisation et est largement utilisée dans le milieu de la recherche (Bunch, Clay‑Warner et Lei, 2015; Reyns et autres, 2016). Dans leur étude de 2015, Bunch et autres se sont appuyés sur les données longitudinales recueillies dans le cadre de l’enquête nationale américaine sur la victimisation criminelle pour analyser le risque de victimisation et situer les recherches précédentes fondées sur des données transversales. Leurs constatations révèlent qu’un risque accru de victimisation est indiscutablement lié à certaines caractéristiques démographiques comme l’âge, le sexe et l’état matrimonial, et que certaines caractéristiques liées au mode de vie (p. ex. la fréquence des sorties en soirée) ont une incidence sur le degré de risque associé à ces caractéristiques démographiquesNote . Cela porte à conclure qu’un lien complexe entre le risque de victimisation et diverses caractéristiques démographiques et comportementales peut exister à l’égard du harcèlement criminel comme il en existe un pour d’autres formes de victimisation.

Les constatations présentées par Bunch et autres (2015) aident à contextualiser l’information sur le harcèlement criminel provenant de l’Enquête sociale générale (ESG) de 2014. Par exemple, les personnes vivant seules étaient proportionnellement un peu plus nombreuses que celles qui partageaient leur ménage avec d’autres à être victimes de harcèlement criminel (7 % par rapport à 6 %) (tableau 7). Toutefois, lorsque des facteurs comme l’âge, le sexe et l’état matrimonial étaient pris en compte, le fait de vivre seul n’accroissait pas le risque de subir du harcèlement criminel, ce qui laisse entendre que certaines autres caractéristiques typiques des personnes vivant seules — par exemple, l’état matrimonial et l’âge — peuvent déterminer davantage si elles deviendront ou non victimes de harcèlement criminel (modèle 1).

De même, la consommation excessive d’alcool — c’est‑à‑dire le fait d’avoir consommé cinq boissons alcoolisées ou plus en une même occasion au cours du mois ayant précédé l’enquête — constitue un facteur de risque de victimisation globale avec violence selon certaines études (Perreault, 2015). De même, les expériences de harcèlement criminel étaient un peu plus courantes chez les personnes à qui il était arrivé de consommer de l’alcool à l’excès au cours du mois ayant précédé l’enquête que chez les autres (7 % par rapport à 6 %), particulièrement pour les femmes (11 % par rapport à 7 %). Cependant, une fois que l’âge, le sexe et d’autres facteurs pertinents étaient pris en compte, la consommation excessive d’alcool même n’augmentait pas le risque d’être victime de harcèlement criminel.

Par contre, après la prise en compte d’autres facteurs de risque clés, il a été établi que la consommation de droguesNote  au cours du mois ayant précédé l’enquête augmentait de moitié (52 %) le risque d’être victime de harcèlement criminel (modèle 1). Quant à la prévalence du harcèlement criminel, elle était plus de deux fois plus élevée chez les personnes qui avaient consommé des drogues au cours du mois ayant précédé l’enquête comparativement aux abstinents (14 % par rapport à 6 %). Parmi les consommatrices de drogues, la prévalence du harcèlement criminel était particulièrement forte (23 %), tandis que 1 homme sur 10 (10 %) ayant consommé des drogues a dit avoir été victime de harcèlement criminel. Il importe de souligner que l’ESG ne permet pas d’établir l’ordonnancement temporel des événements (c.‑à‑d. de déterminer si une caractéristique donnée s’est manifestée avant ou après l’incident de victimisation); les comportements tels que les épisodes de consommation excessive d’alcool et la consommation de drogues peuvent être une réaction de certaines personnes à leurs expériences de victimisation.

En général, les sorties fréquentes en soirée — que ce soit pour rencontrer des amis, travailler ou suivre des cours — étaient associées à un risque un peu plus élevé d’être victime de harcèlement criminel. Le harcèlement criminel était plus courant chez les personnes qui ont fait état d’un plus grand nombre d’activités en soirée par mois : 8 % des personnes qui ont dit avoir 11 activités en soirée ou plus par mois avaient été traquées, le harcèlement criminel étant le plus courant chez les femmes qui affichaient cette fréquence de sorties en soirée (10 %). Par comparaison, 5 % des personnes comptant 10 activités en soirée ou moins par mois ont déclaré avoir été traquées. Après la prise en compte de facteurs tels que l’âge, le sexe, la consommation de drogues et autres, la fréquence des activités en soirée s’est avérée un facteur associé au risque de subir du harcèlement criminel, lorsque les personnes sortant en soirée 10 fois ou moins par mois étaient comparées avec celles qui le faisaient 11 fois ou plus. Ces constatations sont conformes à l’analyse par Reyns et autres (2016) des données recueillies lors du cycle de 2004 de l’ESG, qui a fait ressortir un effet correspondant du nombre de sorties en soirée sur le risque d’être victime de harcèlement criminel.

Les victimes de harcèlement criminel vivent dans des voisinages où elles perçoivent des problèmes sociaux

La prévalence du harcèlement criminel était plus élevée chez les personnes qui éprouvaient des sentiments négatifs à l’égard de leur voisinage et de leur communauté, comparativement à celles qui décrivaient leur voisinage de manière plus positive. Par exemple, le harcèlement criminel touchait deux fois plus souvent les personnes qui ont déclaré que leur voisinage présentait des signes de problèmes sociauxNote  (8 %) que les personnes qui n’ont pas décrit leur voisinage ainsi (4 %) (tableau 7). C’était le cas tant chez les hommes (7 %) que chez les femmes (10 %). Autrement dit, 7 victimes de harcèlement criminel sur 10 (70 %) ont déclaré que leur voisinage présentait au moins une des caractéristiques typiques des problèmes sociaux, comparativement à 51 % des non‑victimes de harcèlement criminel. Même après la prise en compte de divers autres facteurs de risque, le fait de vivre dans un voisinage caractérisé par des problèmes sociaux était associé à un risque accru d’être victime de harcèlement criminel (modèle 1). Fait intéressant, il n’y avait pas de lien entre le revenu du ménage et le risque d’être victime de harcèlement criminel.

De même, la prévalence du harcèlement criminel était plus élevée chez les personnes qui jugeaient improbable ou plutôt improbable que leurs voisins alertent la police s’ils étaient témoins d’un crime (12 %) que chez les personnes ayant déclaré qu’il serait très probable ou plutôt probable que leurs voisins le feraient (6 %). Il en était ainsi tant pour les femmes (14 %) que pour les hommes (10 %E). Une fois que d’autres facteurs de risque étaient pris en compte, le fait de vivre dans un endroit où l’on estimait que les voisins n’alerteraient pas la police était associé à un risque plus élevé d’être victime de harcèlement criminel (modèle 1).

Tout comme les perceptions à l’égard de ses voisins et de son voisinage, le sentiment d’appartenance à sa communauté était un facteur déterminant : ainsi, les personnes dont le sentiment d’appartenance était plus ou moins faible ou très faible étaient plus susceptibles d’avoir été traquées (10 %) que celles dont le sentiment d’appartenance était fort (5 %). Un faible sentiment d’appartenance à la communauté était associé au risque d’être victime de harcèlement criminel même quand d’autres facteurs — dont les problèmes sociaux dans le voisinage et les perceptions à l’égard des voisins — étaient pris en compte (modèle 1).

Il importe de souligner que, bien qu’il semble exister un lien entre les problèmes sociaux, les perceptions à l’égard des voisins, le sentiment d’appartenance à la communauté et les expériences de harcèlement criminel, l’Enquête sociale générale ne permet pas d’établir l’ordonnancement temporel de ces événements : autrement dit, on ne sait pas si le fait de subir du harcèlement criminel influe sur la façon dont les victimes perçoivent leur communauté, ou si certains aspects des communautés augmentent le risque pour les résidents d’être victimes de harcèlement criminel.

Bien qu’il soit plus courant pour les résidents de grandes régions urbaines de percevoir l’existence de problèmes sociaux dans leur voisinage et d’avoir un faible sentiment d’appartenance à la communauté (Cotter, 2016; Schellenberg, 2004), le harcèlement criminel n’était pas concentré dans les zones de forte urbanisation. La prévalence de la victimisation par un harceleur et le risque de subir du harcèlement criminel étaient les mêmes pour les résidents des régions métropolitaines de recensementNote  que pour les personnes vivant à l’extérieur de ces régions, lorsque les autres facteurs étaient pris en compte.

Près de 4 victimes de harcèlement criminel sur 10 déclarent en avoir parlé à la police

Près de 4 victimes de harcèlement criminel sur 10 (39 %) ont indiqué que leurs expériences avaient été signalées à la police, une proportion qui était semblable pour les hommes et les femmes (tableau 8). Ce résultat est comparable à ce qu’on observe pour d’autres formes de victimisation mesurées au moyen de l’Enquête sociale générale de 2014. Par exemple, la police a été appelée à intervenir dans 29 % des incidents de violence conjugale, d’après les données autodéclarées (Burczycka et Ibrahim, 2016). La probabilité de signalement d’un incident de harcèlement criminel à la police était statistiquement semblable pour presque tous les types de harcèlement criminelNote . En outre, la proportion d’incidents de harcèlement criminel qui ont été signalés à la police était statistiquement semblable, que la victime ait été harcelée par un homme ou par une femme.

Le harcèlement criminel qui était associé à des comportements violents et menaçants était plus souvent signalé à la policeNote . Les victimes qui ont craint pour leur vie étaient les plus susceptibles de déclarer que la police était intervenue (53 % des victimes qui ont craint pour leur vie), suivies de celles qui ont été intimidées ou menacées (52 %) et de celles qui ont été empoignées ou attaquées (48 %)Note .

Les victimes qui n’ont pas signalé l’incident à la police ont le plus souvent déclaré qu’il s’agissait d’un délit anodin et qu’il ne valait pas la peine d’être signalé (21 %), et qu’il s’agissait d’une affaire privée qui a été réglée de façon informelle ou qu’elles ne voulaient pas que quelqu’un d’autre soit au courant (19 %). Ces raisons étaient invoquées aussi fréquemment par les victimes de sexe masculin que par celles de sexe féminin.

Des accusations ont été portées dans moins du quart des incidents de harcèlement criminel

La plupart des victimes de harcèlement criminel ont indiqué que, même parmi les incidents signalés à la police, peu ont donné lieu à d’autres mesures de la police ou des tribunaux. Un peu plus de 1 victime sur 5 (21 %) ayant signalé une expérience de harcèlement criminel à la police a dit que, à sa connaissance, des accusations avaient été portées contre le harceleur dans l’incident le plus récent — une proportion qui était semblable pour les victimes des deux sexes (tableau 9)Note . Dans les cas où des accusations avaient été portées, les victimes ont indiqué que l’accusation la plus courante était celle de voies de fait (38 %). Un peu plus du quart (27 %E) des accusations déposées portaient sur le harcèlement, suivi des menaces (24 %E) et du méfait (7 %E). D’autres accusations, dont celles de manquement aux conditions de la probation, de dommages causés aux biens et d’infractions relatives aux armes, représentaient 21 %E des accusations portées dans les incidents de harcèlement criminel.

Les affaires où les victimes avaient été empoignées ou attaquées physiquement étaient les plus susceptibles de donner lieu à des accusations (30 %E). Des accusations ont été portées dans 27 % des affaires où la victime avait craint pour sa vie et dans 23 % des affaires comportant de l’intimidation physique ou des menacesNote . En ce qui a trait au sexe du harceleur, les incidents de harcèlement criminel commis par un homme étaient plus susceptibles d’avoir mené au dépôt d’accusations (24 % par rapport à 13 %E des incidents de harcèlement commis par une femme), malgré le fait que le harceleur n’était pas plus susceptible que la harceleuse d’avoir intimidé physiquement ou menacé la victime, ni de l’avoir empoignée ou attaquée physiquement.

Le quart (25 %) des victimes qui avaient signalé le harcèlement criminel à la police ont dit que, à leur connaissance, une ordonnance d’interdiction de communiquer avait été rendue à un moment donné contre la personne qui les traquaitNote . Les ordonnances d’interdiction de communiquer ou de protection étaient plus souvent rendues dans les incidents ciblant des victimes de sexe féminin (30 %) comparativement aux victimes de sexe masculin (14 %E) (tableau 9). Toutefois, lorsque les harceleurs étaient comparés avec les harceleuses, aucune différence n’a été constatée dans la proportion d’incidents où une ordonnance d’interdiction ou de protection a été rendue (graphique 6).

Graphique 6 Incidents de harcèlement criminel signalés à la police, menant à des accusations et à des ordonnances d’interdiction de communiquer ou de protection, selon le sexe du harceleur, Canada, 2014

Tableau de données du graphique 6
Tableau de données du graphique 6
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 6 Signalés à la police, Signalés et ayant mené à
des accusations et Signalés et ordonnance d’interdiction
ou de protection rendue, calculées selon pourcentage de victimes unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Signalés à la police Signalés et ayant mené à
des accusations
Signalés et ordonnance d’interdiction
ou de protection rendue
pourcentage de victimes
Harceleur† 42 24 26
Harceleuse 35 13Note E: à utiliser avec prudenceNote * 24Note E: à utiliser avec prudence
Total 39 21 25

Les victimes de harcèlement criminel ont indiqué que, parmi les ordonnances d’interdiction ou de protection qui avaient été instaurées, 2 sur 5 (41 %) avaient été violées. La plupart des victimes (72 %) qui ont vu leur harceleur violer l’ordonnance ont déclaré avoir signalé cette violation à la police.

La proportion de victimes de harcèlement criminel qui ont fait appel à la police et aux tribunaux n’a pas varié de 2004 à 2014. Il n’y avait pas de différences quant à la proportion de victimes qui ont signalé le plus récent incident de harcèlement criminel à la police, ni de variations des proportions de victimes qui ont déclaré que des accusations avaient été portées, ou qu’une ordonnance d’interdiction avait été rendue. Parmi les victimes ayant indiqué qu’une ordonnance d’interdiction avait été mise en place, des proportions semblables de victimes en 2004 et en 2014 ont déclaré que l’ordonnance avait été violée et, le cas échéant, qu’elles avaient signalé la violation à la police.

La plupart des victimes de harcèlement criminel parlent de l’expérience à quelqu’un

La plupart des victimes de harcèlement criminel (84 %) ont parlé de ce qu’elles avaient subi à une personne faisant partie de leur vie, à part la police. Ce constat tranchait nettement avec ce qu’on observe pour bien d’autres formes de victimisation, où peu de victimes discutent de leurs expériences avec autrui (p. ex. voir Burczycka et Conroy, 2017; Conroy et Cotter, 2017; Perreault, 2015). Les femmes étaient plus susceptibles que les hommes d’avoir parlé à quelqu’un du harcèlement criminel (87 % par rapport à 77 %) (graphique 7).

Graphique 7 Personnes autres que la police à qui les victimes d’incidents de harcèlement criminel autodéclarés ont parlé, selon le sexe de la victime, Canada, 2014

Tableau de données du graphique 7
Tableau de données du graphique 7
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 7. Les données sont présentées selon Personne à qui la victime a parlé (titres de rangée) et Hommes†, Femmes et Total, calculées selon percent of victims unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Personne à qui la victime a parlé Hommes† Femmes Total
percent of victims
Parlé à quelqu’un — total 77 87Note * 84
Membre de la famille 68 67 67
Ami ou voisin 60 62 61
Collègue de travail 21 20 20
Conseiller ou psychologue 7Note E: à utiliser avec prudence 13Note * 11
Avocat 8Note E: à utiliser avec prudence 7 7
Médecin ou infirmière 1Note E: à utiliser avec prudence 6Note E: à utiliser avec prudenceNote * 5Note E: à utiliser avec prudence
Conseiller spirituel Note F: trop peu fiable pour être publié 3Note E: à utiliser avec prudence 2Note E: à utiliser avec prudence
Autre 7Note E: à utiliser avec prudence 8 8

Le plus souvent, la personne ou les personnes à qui les victimes se sont confiées étaient des membres de la famille (67 %) ou des amis ou des voisins (61 %). Certaines victimes en ont aussi parlé avec des collègues de travail (20 %) ou des conseillers ou des psychologues (11 %). Il est arrivé moins souvent aux victimes de se confier à des médecins ou des infirmières, à des avocats, à des conseillers spirituels et à d’autres personnes.

Partie 2 : Le harcèlement criminel autodéclaré dans les relations entre partenaires intimes

Les trois quarts des victimes de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime sont des femmes

Le harcèlement criminel perpétré par un partenaire intime actuel ou ancien présente des différences importantes par rapport au harcèlement criminel commis par un étranger ou d’autres personnes. Mentionnons tout particulièrement la surreprésentation des femmes parmi les victimes de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime. De précédentes études canadiennes ont confirmé que les femmes et les filles sont exposées à un plus grand risque de victimisation avec violence aux mains d’un partenaire amoureux et à un niveau de gravité des incidents de violence accru dans leurs relations conjugales (Burczycka et Ibrahim, 2016). Selon les constatations découlant de l’ESG de 2014 sur la sécurité des Canadiens (victimisation), le harcèlement criminel de la part d’un conjoint ou d’un partenaire amoureux actuel ou ancien s’inscrit dans le même profil de victimisation des femmes par des partenaires intimes.

Les données de l’ESG de 2014 révèlent que les femmes au Canada sont surreprésentées parmi la population de victimes de harcèlement criminel : bien qu’elles représentent exactement la moitié (50 %) de la population canadienne (Statistique Canada, 2017b), elles constituent près des deux tiers (62 %) des victimes de harcèlement criminel — y compris les victimes traquées par une connaissance ou une autre personne qu’elles connaissent (61 %) et les victimes traquées par un étranger (57 %) (graphique 8). Toutefois, l’écart le plus important entre les femmes et les hommes en ce qui a trait à la victimisation par un harceleur se rapportait au harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime : à ce chapitre, les femmes représentaient environ les trois quarts (74 %) des victimes — environ 284 000 femmes. Dans l’ensemble, 1 Canadienne de 15 ans et plus sur 50 a déclaré avoir été traquée par un partenaire intime au cours des cinq années ayant précédé l’enquête.

Graphique 8 Lien autodéclaré du harceleur avec la victime, selon le sexe de la victime, Canada, 2014

Tableau de données du graphique 8
Tableau de données du graphique 8
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 8. Les données sont présentées selon Sexe de la victime (titres de rangée) et Étranger, Partenaire intime et Autre personne connue, calculées selon pourcentage de victimes unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Sexe de la victime Étranger Partenaire intime Autre personne connue
pourcentage de victimes
Hommes 43 26 39
Femmes 57 74 61

Outre la surreprésentation des femmes parmi les victimes, une caractéristique clé du harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime est sa relative stabilité au fil du temps. Alors que le harcèlement criminel dans l’ensemble a diminué de 2004 à 2014, le harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime était le seul type de victimisation par un harceleur qui est demeuré inchangé (tableau 10). Le seul type de harcèlement criminel ciblant les femmes qui n’a pas connu de recul de 2004 à 2014 était celui commis par un partenaire intime.

Le harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime touche le plus souvent les jeunes personnes

Le harcèlement criminel en général ciblait davantage les jeunes personnes, mais la prévalence du harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime était particulièrement élevée au sein de ce groupe. Par rapport aux autres types de harcèlement criminel, une proportion nettement plus élevée de personnes traquées par un partenaire intime avaient de 15 à 34 ans. En 2014, 6 personnes sur 10 (60 %) traquées par un partenaire intime avaient de 15 à 34 ans, comparativement à 47 % des personnes traquées par quelqu’un d’autre qu’elles connaissaient et à 44 % des personnes traquées par un étranger. Par ailleurs, le harcèlement criminel commis par un partenaire intime était aussi courant que d’autres types de harcèlement criminel dans le groupe d’âge de 35 à 54 ans, et moins courant dans celui des 55 ans et plus. Ces tendances reflétaient les expériences des victimes de sexe féminin : la prévalence des différents types de liens était semblable parmi les victimes de sexe masculin de différents âges (graphique 9).

Graphique 9 Lien autodéclaré du harceleur avec la victime, selon le groupe d’âge de la victime, Canada, 2014

Tableau de données du graphique 9
Tableau de données du graphique 9
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 9. Les données sont présentées selon Groupe d’âge (titres de rangée) et Étranger, Partenaire intime† et Autre personne connue, calculées selon pourcentage de victimes unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Groupe d’âge Étranger Partenaire intime† Autre personne connue
pourcentage de victimes
15 à 34 ans 44Note * 60 47Note *
35 à 54 ans 33 35 35
55 ans et plus 23Note * 5Note E: à utiliser avec prudence 17Note *

Même après la prise en compte d’autres facteurs de risque connus, les jeunes personnes affichaient un risque plus élevé d’être traquées par un partenaire intime ou par un étranger ou une autre personne qu’elles connaissaient (modèle 2; modèle 3).

Le harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime est plus susceptible de comporter des communications numériques importunes et des dommages causés aux biens

Le harcèlement criminel perpétré par un partenaire intime — qu’il s’agisse d’un conjoint marié, d’un conjoint de fait ou d’un partenaire amoureux (actuel ou ancien) — comportait un ensemble différent de comportements par rapport au harcèlement criminel de la part d’un étranger ou d’une autre personne connue de la victimeNote . Les victimes de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime étaient les plus susceptibles d’avoir reçu des messages importuns sous forme de courriels, de messages textes ou de communications sur les médias sociaux (41 %), la prévalence étant près du double de celle observée chez les personnes qui avaient été traquées par quelqu’un d’autre qu’elles connaissaient (24 %)Note . Le tiers (33 %) des incidents de harcèlement criminel commis par un partenaire intime comportaient des dommages aux biens de la victime, comparativement à 20 % des incidents de harcèlement perpétrés par une autre personne connue de la victime et à 13 %E de ceux commis par un étranger. Les situations où le harceleur a attendu à l’extérieur du domicile (27 %) ou de l’école ou du lieu de travail de la victime (20 %) étaient aussi nettement plus courantes quand le harceleur était un partenaire intime (tableau 11). Plusieurs de ces types de harcèlement criminel sont devenus proportionnellement plus courants depuis 2004, tout comme le harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime comme tel, ce qui laisse entendre que ces hausses sont liées (voir le graphique 3).

Le tiers (33 %) des personnes qui avaient été traquées par un partenaire intime actuel ou ancien ont dit que le harcèlement criminel avait duré pendant un an ou plus, tandis que 29 % avaient été traquées pendant une période d’un mois à six mois. En général, le harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime durait plus longtemps que celui perpétré par un étranger, mais était d’une durée semblable à celle du harcèlement commis par une autre personne connue de la victime (tableau 12).

Les agressions physiques sont plus courantes lorsque les personnes sont traquées par un partenaire intime

Les recherches sur la violence aux mains d’un partenaire intime démontrent que le harcèlement criminel commis par un partenaire intime est souvent plus grave et dangereux que le harcèlement criminel de la part d’autres personnes (McFarlane, Campbell et Watson, 2002). Ces constatations sont corroborées par l’Enquête sociale générale de 2014, qui a démontré que les menaces, les agressions physiques et la crainte pour sa vie étaient plus courantes chez les victimes de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime. Les femmes étaient particulièrement touchées par ces aspects plus graves du harcèlement criminel.

La violence physique envers une victime de harcèlement criminel était nettement plus courante quand le harceleur était un partenaire intime. Le tiers (33 %) des victimes de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime ont déclaré avoir été empoignées ou attaquées physiquement (tableau 12). Ces actes étaient nettement plus courants que les agressions physiques commises par un harceleur qui était un étranger (12 %E) ou une autre personne connue de la victime (16 %). Les femmes, en particulier, étaient exposées à un plus grand risque de violence physique si elles étaient traquées par un partenaire intime (34 %) que si elles l’étaient par une autre personne qu’elles connaissaient (13 %)Note .

Environ 2 personnes sur 5 (42 %) traquées par un partenaire intime ont déclaré avoir été la cible de menaces de violence et d’intimidation physique. Alors que cette proportion était semblable à celle observée chez les personnes traquées par quelqu’un d’autre qu’elles connaissaient (36 %), elle était plus du double de la proportion correspondante parmi les personnes traquées par un étranger (19 %). Pour les femmes en particulier, le harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime actuel ou ancien était plus susceptible de comporter de l’intimidation ou des menaces physiques, comparativement au harcèlement criminel commis par un étranger ou par une autre personne qu’elles connaissaient (45 % par rapport à 11 %E et à 28 %).

Environ 2 personnes sur 5 (42 %) qui avaient été traquées par un partenaire intime ont déclaré qu’elles avaient craint pour leur vie en conséquence. Les femmes étaient particulièrement touchées de cette façon : près de la moitié de celles qui ont subi du harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime ont dit avoir craint pour leur vie (47 % par rapport à 27 %E des victimes de sexe masculin).

Le harcèlement criminel et la violence dans les relations entre partenaires intimes

Le harcèlement criminel commis par un partenaire intime affiche des corrélations avec la violence qui vont au‑delà des agressions physiques survenues pendant l’incident de harcèlement même. Les recherches sur la violence aux mains d’un partenaire intime — à savoir la violence physique ou sexuelle perpétrée par un conjoint marié, un conjoint de fait ou un partenaire amoureux (actuel ou ancien) — documentent le lien qui existe entre ce type de violence et le comportement de harcèlement criminel (McFarlane, Campbell et Watson, 2002). Bon nombre des intervenants en services aux victimes et en matière de protection des victimes considèrent le harcèlement criminel comme un possible signal d’avertissement, une indication selon laquelle la situation pourrait dégénérer en violence physique et sexuelle dans les relations entre partenaires intimes (ministère de la Justice du Canada, 2012).

Les données recueillies dans le cadre de l’Enquête sociale générale (ESG) de 2014 sur les expériences des Canadiens relatives à la violence conjugale et à la violence dans le cadre de fréquentations révèlent l’omniprésence de la violence aux mains d’un partenaire intime parmi les victimes de harcèlement criminel. La violence dans le cadre de fréquentations était particulièrement prévalente : plus du cinquième (22 %) des personnes qui avaient été traquées ont dit en avoir été victimes, comparativement à 2 % des autres. Les femmes qui avaient été traquées étaient particulièrement exposées au risque d’être victimes de violence dans le cadre de fréquentations, comme en témoigne le fait que plus du quart (27 %) ont aussi déclaré avoir subi de la violence physique ou sexuelle, ou les deux, aux mains d’un partenaire amoureux. Chez les hommes, 14 % des victimes de harcèlement criminel avaient été assujettis à de la violence dans le cadre de fréquentations (graphique 10).

Graphique 10 Prévalence de la violence autodéclarée dans les fréquentations parmi les victimes disant aussi avoir été traquées, selon le sexe de la victime, Canada, 2014

Tableau de données du graphique 10
Tableau de données du graphique 10
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 10. Les données sont présentées selon Sexe de la victime
(titres de rangée) et Hommes, Femmes et Total, calculées selon pourcentage de victimes de violence dans les fréquentations unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Sexe de la victime
Hommes Femmes Total
pourcentage de victimes de violence dans les fréquentations
Traquées 14Note * 27Note * 22Note *
Non traquées† 2 2 2

Tout comme la violence dans le cadre de fréquentations, la violence conjugale — à savoir la violence physique ou sexuelle commise par un conjoint marié ou un conjoint de fait (actuel ou ancien) — était beaucoup plus courante parmi les personnes qui avaient aussi été victimes de harcèlement criminel. La violence conjugale était plus de quatre fois plus répandue parmi les personnes qui avaient été traquées (14 % par rapport à 3 %). Contrairement à ce qu’on observe pour la violence dans le cadre de fréquentations, la fréquence de la violence conjugale était semblable chez les hommes et les femmes victimes de harcèlement criminel (13 % et 15 %, respectivement) (graphique 11)Note .

Graphique 11 Prévalence de la violence conjugale autodéclarée parmi les victimes disant aussi avoir été traquées, selon le sexe de la victime, Canada, 2014

Tableau de données du graphique 11
Tableau de données du graphique 11
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 11. Les données sont présentées selon Sexe de la victime
(titres de rangée) et Hommes, Femmes et Total, calculées selon pourcentage de victimes de violence conjugale unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Sexe de la victime
Hommes Femmes Total
pourcentage de victimes de violence conjugale
Traquées 13Note * 15Note * 14Note *
Non traquées† 4 3 3

La nature des données de l’ESG est telle qu’il est impossible de savoir si la personne responsable de l’expérience de harcèlement criminel d’une victime est aussi responsable de la violence que cette dernière a subie de la part d’un partenaire intime. Toutefois, les personnes qui ont dit avoir été victimes de harcèlement criminel et avoir subi de la violence de la part d’un partenaire intime ont le plus souvent déclaré que la personne qui les avait traquées était un partenaire intime actuel ou ancien. Par exemple, 61 % des victimes de harcèlement criminel qui avaient aussi subi de la violence dans le cadre de fréquentations ont indiqué que la personne qui les avait traquées était un partenaire intime actuel ou ancien, tout comme 42 % de celles qui avaient subi de la violence conjugale (graphique 12). Ces proportions étaient semblables chez les victimes des deux sexes.

Graphique 12 Lien du harceleur avec la victime parmi les victimes d’incidents de harcèlement criminel autodéclarés disant aussi avoir subi de la violence de la part d’un partenaire intime, Canada, 2014

Tableau de données du graphique 12
Tableau de données du graphique 12
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 12 Violence conjugale, Pas de violence conjugale, Violence dans les fréquentations et Pas de violence dans les fréquentations, calculées selon pourcentage de victimes de harcèlement criminel unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Violence conjugale Pas de violence conjugale Violence dans les fréquentations Pas de violence dans les fréquentations
pourcentage de victimes de harcèlement criminel
Étranger 19Note E: à utiliser avec prudence 30 16Note E: à utiliser avec prudence 25
Partenaire intime 42 15 61 20
Autre personne connue 35 50 22 53

Les victimes de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime signalent plus souvent l’incident à la police

En plus des facteurs de risque, de la gravité et d’autres caractéristiques, le harcèlement criminel commis par un partenaire intime diffère du harcèlement criminel de la part d’autres personnes au chapitre de la fréquence du signalement des incidents à la police. Cependant, une fois que l’incident est venu à la connaissance de la police, les affaires de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime et celles perpétrées par quelqu’un d’autre suivaient des trajectoires relativement semblables dans le système de justice.

Selon les victimes décrivant le plus récent incident qu’elles avaient vécu, près de la moitié (47 %) des incidents de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime ont été signalés à la police, comparativement à 37 % des incidents de harcèlement commis par une autre personne avec qui la victime avait un lien, et à 37 % des incidents de harcèlement perpétrés par un étranger (tableau 13). Les femmes victimes de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime étaient plus susceptibles que leurs homologues de sexe masculin d’avoir signalé le harcèlement à la police (51 % par rapport à 35 %E). Les femmes victimes de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime étaient aussi beaucoup plus susceptibles de signaler leur victimisation à la police que les femmes traquées par un étranger (35 %) ou par une autre personne qu’elles connaissaient (38 %); chez les victimes de sexe masculin, aucune différence statistiquement significative n’a été constatée en fonction du lien avec le harceleur.

Les victimes de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime qui n’ont pas signalé le crime à la police ont invoqué diverses raisons à cet égard, la plus courante étant qu’il s’agissait d’une affaire privée et qu’elles ne voulaient pas que quelqu’un d’autre soit au courant (27 %), et que, selon elles, il s’agissait d’un délit anodin qui ne valait pas la peine d’être signalé (17 %E) (tableau 13)Note . Dans l’ensemble, les raisons invoquées par les personnes traquées par un partenaire intime ressemblaient davantage à celles des personnes traquées par quelqu’un d’autre qu’elles connaissaient qu’à celles des victimes de harcèlement criminel de la part d’un étranger.

Parmi les incidents de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime qui sont bel et bien venus à l’attention de la police, moins du quart (22 %) des victimes ont déclaré que des accusations avaient été portées en lien avec l’affaire au moment de la tenue de l’enquêteNote  (tableau 13). Les types d’accusations comprenaient celles de voies de fait (50 %E), de harcèlement (33 %E) et de menaces (27 %E)Note . Des ordonnances d’interdiction de communiquer ou de protection avaient été rendues contre 37 % des accusés dans les affaires de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime qui ont été signalées à la policeNote . Près de la moitié du temps, ces ordonnances ont été violées (47 %); le cas échéant, la plupart des victimes ont signalé ces violations (78 %).

Au chapitre des mesures prises par le système de justice telles que des accusations et des ordonnances d’interdiction de communiquer, elles étaient semblables, que le harcèlement criminel ait été commis par un partenaire intime ou par d’autres personnes. La proportion de causes qui ont donné lieu à des accusations et les types d’accusations portées étaient semblables, tout comme la fréquence à laquelle des ordonnances d’interdiction étaient rendues et violées (tableau 13).

La plupart des personnes traquées par un partenaire intime ont déclaré qu’elles avaient parlé de l’expérience à quelqu’un d’autre, à part la police (83 %) (graphique 13). Parmi elles, près des trois quarts (72 %) ont parlé à un ami ou un voisin et 18 %, à un conseiller ou un psychologue; les victimes de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime étaient significativement plus susceptibles de se tourner vers ces types de confidents que ne l’étaient les personnes traquées par un étranger ou par quelqu’un d’autre qu’elles connaissaient. À l’instar des victimes de harcèlement criminel commis par un étranger ou par une autre personne qu’elles connaissaient, la plupart des personnes traquées par un partenaire intime (68 %) ont discuté de l’expérience avec des membres de leur famille.

Graphique 13 Personnes autres que la police à qui les victimes d’incidents de harcèlement criminel autodéclarés ont parlé, selon le lien du harceleur avec la victime, Canada, 2014

Tableau de données du graphique 13
Tableau de données du graphique 13
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 13. Les données sont présentées selon Person spoken to (titres de rangée) et Étranger, Partenaire intime† et Autre personne connue, calculées selon pourcentage de victimes unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Personne à qui la victime a parlé Étranger Partenaire intime† Autre personne connue
pourcentage de victimes
Ami ou voisin 56Note * 72 61Note *
Membre de la famille 69 68 66
Conseiller ou psychologue 4Note E: à utiliser avec prudenceNote * 18 12Note *
Collègue de travail 23Note * 14 21Note *
Avocat 3Note E: à utiliser avec prudenceNote * 9Note E: à utiliser avec prudence 9
Médecin ou infirmière Note F: trop peu fiable pour être publié 8Note E: à utiliser avec prudence 4Note E: à utiliser avec prudence
Conseiller spirituel Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié
Autre 8Note E: à utiliser avec prudence 6Note E: à utiliser avec prudence 8Note E: à utiliser avec prudence
Parlé à quelqu’un — total 83 83 85

D’anciens partenaires sont souvent impliqués dans le harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime

Les données de l’Enquête sociale générale de 2014 montrent que le harcèlement criminel de la part d’un ex‑partenaire intime était plus courant que le harcèlement criminel commis par un partenaire actuel : 18 % des victimes de harcèlement criminel avaient été traquées par un ex‑partenaire (tel qu’un ex‑conjoint ou un ex‑partenaire amoureux) (tableau 14). Par comparaison, 3 %E des victimes ont déclaré avoir été traquées par un partenaire intime actuel. Les femmes étaient particulièrement exposées au risque de subir du harcèlement criminel de la part d’un ex‑partenaire (21 % des victimes), comparativement aux hommes (12 %).

Parmi les comportements plus graves associés au harcèlement criminel, les menaces de violence ou l’intimidation physique étaient plus courantes pour les personnes traquées par un partenaire actuel (59 %) que pour celles qui étaient harcelées par un ex‑partenaire (39 %). Aucune différence n’a été observée relativement au fait d’avoir été empoigné ou attaqué physiquement, ou au fait d’avoir craint pour sa vieNote .

Le harcèlement criminel est plus courant dans les fréquentations que dans les mariages

Dans l’ensemble, le harcèlement criminel était plus courant dans les fréquentations actuelles ou anciennes que dans les mariages ou les unions de fait actuels ou anciens (12 % par rapport à 8 % des victimes) (tableau 14). Cela était particulièrement le cas pour les victimes de sexe masculin (9 % par rapport à 5 %E); chez les victimes de sexe féminin, la prévalence du harcèlement criminel était statistiquement semblable dans les deux types de relations.

La violence physique était à peu près aussi fréquente dans les incidents de harcèlement criminel de la part d’un partenaire amoureux que dans ceux commis par un conjoint, tout comme l’étaient les menaces de violence et l’intimidation physique. De même, les victimes de l’un ou l’autre de ces types de harcèlement criminel étaient à peu près aussi susceptibles d’avoir craint pour leur vieNote .

En ce qui a trait aux contacts avec le système de justice, les personnes traquées par un conjoint actuel ou ancien étaient plus susceptibles d’avoir alerté la police (56 %), comparativement à celles traquées par un partenaire amoureux actuel ou ancien (41 %). Toutefois, la prévalence des accusations portées et des ordonnances d’interdiction ou de protection rendues ou violées était à peu près la même pour les personnes traquées par un conjoint actuel ou ancien et celles traquées par un partenaire amoureux actuel ou ancien.

Les facteurs clés associés au risque de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime comprennent le fait d’avoir des enfants et le fait de vivre seul

Sans égard au type de lien entre la victime et le harceleur, certaines caractéristiques de la victime augmentaient le risque de subir du harcèlement criminel. Par exemple, les troubles d’apprentissage et le fait d’avoir subi de la violence pendant l’enfance augmentaient grandement le risque d’être la cible de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime et d’être harcelé par quelqu’un d’autre. La consommation de drogues et l’itinérance étaient aussi des facteurs persistants (modèle 2; modèle 3). Pour leur part, les personnes se disant gaies, lesbiennes ou bisexuelles ne présentaient pas un risque plus élevé de subir du harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime ou d’une autre personne, comme on l’a observé pour le harcèlement criminel dans l’ensemble.

Par ailleurs, il existe des différences significatives quant aux facteurs qui exposent les gens au risque d’être victimes de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime, comparativement au harcèlement criminel commis par une autre personneNote . Alors que le sexe de la victime était un facteur de risque pour les deux types de harcèlement criminel — en ce sens que les femmes affichaient un risque plus élevé d’être victimes des deux —, la différence entre les hommes et les femmes était la plus marquée pour ce qui est du harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime. Les femmes étaient près de quatre fois plus susceptibles que les hommes d’être traquées par un partenaire intime, alors qu’elles étaient une fois et demie plus susceptibles que les hommes d’être victimes de harcèlement criminel de la part d’une autre personne. De même, comparativement aux personnes mariées ou vivant en union libre, les personnes séparées ou divorcées présentaient un risque modérément plus élevé de subir du harcèlement criminel de la part d’une personne autre qu’un partenaire intime, mais un risque de près de sept fois plus élevé d’être victimes de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime. Une corrélation semblable a été observée pour les personnes célibataires (jamais mariées).

La présence d’enfants à la maison constituait un important facteur de risque de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intimeNote . Ce risque persiste indépendamment d’autres facteurs, comme l’âge et l’état matrimonial de la victime. En revanche, la présence d’enfants ne représente pas un important facteur associé au risque de subir du harcèlement criminel de la part d’une personne autre qu’un partenaire intime. D’autres facteurs liés uniquement au risque d’être victime de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime étaient le fait de vivre seulNote  et les épisodes de consommation excessive d’alcoolNote , deux facteurs qui augmentaient le risque indépendamment d’autres critères.

Un ensemble complètement différent de facteurs de risque s’appliquait expressément au harcèlement criminel commis par une personne autre qu’un partenaire intime. Au nombre de ces facteurs figurent le fait de sortir en soirée plus de 10 fois par mois, de vivre dans un voisinage où il y a des problèmes sociaux, le fait de croire que les voisins n’alerteraient pas la police s’ils étaient témoins d’un crimeNote , ainsi qu’un faible sentiment d’appartenance à la communautéNote , tous des éléments qui augmentaient la probabilité de subir du harcèlement criminel de la part d’une personne autre qu’un partenaire intime. Les incapacités physiquesNote  et les troubles psychologiques ou mentauxNote  étaient aussi des facteurs de risque, contrairement à ce qu’on a observé dans le cas du harcèlement criminel de la part d’un partenaire intimeNote .

Ces constatations semblent indiquer qu’une dynamique complexe peut sous‑tendre différents types de harcèlement criminel. La victimisation par une personne autre qu’un partenaire intime semble liée de près à l’environnement social général entourant la victime, dont l’existence de problèmes sociaux et l’éventuelle criminalité dans le voisinage et les faibles attaches entre les membres de la communauté; par ailleurs, une limitation d’ordre mental ou physique peut contribuer à accroître le risque de subir du harcèlement criminel parce qu’elle rend une personne vulnérable aux yeux des contrevenants.

Ces deux caractéristiques cadrent avec l’approche en matière de recherche sur la victimisation qui est fondée sur les activités routinières et les modes de vie, selon laquelle l’exposition à des contrevenants motivés (p. ex. les voisinages où la criminalité est élevée) et l’opportunité de la cible (notamment l’incapacité de se défendre physiquement en raison d’une limitation) sont des éléments clés associés au risque de victimisationNote . Alors qu’une bonne partie de ces recherches sont axées sur la victimisation avec violence et les crimes contre les biens, d’autres études ont appliqué ces concepts avec succès au harcèlement criminel (Reyns et autres, 2016). Les données présentées dans le modèle 2 et le modèle 3 de la présente étude laissent entendre que le harcèlement criminel commis par une personne autre qu’un partenaire intime se prête bien à ce genre d’analyse, qui permet de décrire de manière efficace les crimes mettant en cause des étrangers et des connaissances en général.

Il importe de souligner que le harcèlement criminel mettant en cause des partenaires intimes exclut les variables associées à l’exposition à des contrevenants motivés, telles que les caractéristiques du voisinage, ainsi que les variables associées à l’opportunité de la cible (comme les incapacités). Dans ce cas, les facteurs de risque semblent plutôt liés à la rupture de la relation : par exemple, la présence d’enfants suppose une relation sérieuse et durable (dont l’échec peut engendrer un plus grand risque de harcèlement criminel qu’une union moins sérieuse et plus brève); quand des enfants sont présents, il se peut aussi qu’un des partenaires utilise la garde ou d’autres menaces liées aux enfants comme forme de harcèlement, une situation fréquemment observée (Hayes, 2015; Miller et Smolter, 2011). Le fait de vivre seul peut aussi être une indication d’une phase postérieure à une relation : des analyses des données du Recensement canadien de 2016 établissent un lien entre le fait de vivre seul et la séparation et le divorce (Statistique Canada, 2017c). Ces victimes ne se seraient pas encore engagées dans un nouveau mariage ou une nouvelle union libre, qui peuvent être considérés comme un facteur de protection, d’après le lien qui existe entre l’état matrimonial et le risque de harcèlement criminel.

Autrement dit, l’information fournie dans la présente analyse nous renseigne peu sur le risque de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime, si ce n’est de décrire le scénario postérieur à la relation où ce type de victimisation serait à prévoir. Il faudra mener d’autres travaux de recherche pour explorer les possibles facteurs de risque, le parcours allant du harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime à la violence aux mains d’un partenaire intime étant bien établi.

Résumé

Par définition, le harcèlement criminel amène la victime à craindre pour sa sécurité. Bien que le harcèlement criminel puisse revêtir toutes sortes de formes — allant de comportements d’apparence inoffensive à des actes manifestement dangereux —, la crainte ressentie par les victimes est réelle, et le risque de violence est important. Parmi les 1,9 million de Canadiens qui ont été traqués au cours des cinq années précédant l’Enquête sociale générale (ESG) de 2014 sur la sécurité des Canadiens (victimisation), plus de 334 000 ont subi des agressions physiques comme telles associées au comportement de harcèlement criminel.

Les chercheurs et les professionnels du système de justice ont défini un lien entre le harcèlement criminel et la violence aux mains d’un partenaire intime, et les données de l’ESG de 2014 montrent que ces formes interreliées de victimisation sont présentes dans la vie de nombreux Canadiens — particulièrement les femmes. Bien qu’une proportion relativement importante de victimes aient eu recours au système de justice en signalant leurs expériences à la police, peu ont déclaré que des accusations avaient été portées ou que des ordonnances d’interdiction de communiquer avaient été rendues en lien avec leur affaire. Il importe d’étudier plus à fond les raisons pour lesquelles plusieurs victimes de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime n’ont pas obtenu de résultats concrets du système de justice, afin de veiller à ce que les victimes bénéficient d’une protection suffisante contre leur harceleur — et contre la violence qui s’avère être corrélée avec le comportement de harcèlement criminel.

Certains facteurs de risque de harcèlement criminel s’appliquent uniquement au harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime — par exemple, la présence d’enfants ou le fait de vivre seul. D’autres facteurs sont associés au risque de subir du harcèlement criminel de la part d’un étranger ou d’une autre personne connue de la victime, tels que les incapacités d’ordre mental ou physique et les caractéristiques défavorables du voisinage. Ces différences font ressortir la nécessité d’adopter différentes stratégies de prévention qui ciblent différents types de vulnérabilités personnelles. Par ailleurs, certains facteurs de risque semblent jouer un rôle central dans le risque de harcèlement criminel, sans égard au lien entre la victime et le harceleur : les antécédents de mauvais traitements durant l’enfance, la présence de troubles d’apprentissage et les antécédents d’itinérance sont des facteurs tout aussi déterminants pour l’ensemble des types de harcèlement criminel qu’ils le sont pour bien d’autres types de victimisation. La présente étude sur les expériences des Canadiens relatives au harcèlement criminel peut donc constituer une preuve supplémentaire quant à l’importance de remédier à ces vulnérabilités clés, dont le rôle central ne saurait être surestimé.

En dernier lieu, bien que le harcèlement criminel ait diminué ces 10 dernières années selon les données autodéclarées par les victimes, les changements qui ne cessent de se produire offrent une occasion intéressante de mener d’autres études. L’évolution de la technologie et les façons nouvelles dont les Canadiens s’en servent semblent se manifester dans les types de harcèlement criminel que les personnes subissent. Le profil sexuel des harceleurs change, la proportion de femmes commettant du harcèlement criminel étant à la hausse. Enfin, l’absence significative de changement — soit le fait que le harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime ne diminue pas, alors que le harcèlement criminel dans l’ensemble est en recul — confirme les observations de bien des chercheurs selon lesquelles la violence aux mains d’un partenaire intime demeure un grave fléau auquel doivent faire face les femmes, les hommes et les professionnels du système de justice au Canada.

Méthodes pour l’analyse de régression logistique

Seules les caractéristiques significatives ont été conservées dans les modèles finaux. Les variables suivantes ont été testées pour chaque modèle :

Sexe, groupe d’âge, état matrimonial, activité principale, revenu du ménage, identité autochtone, statut d’immigrant, minorité visible, orientation sexuelle, victimisation durant l’enfance, état de la santé mentale autoévalué, personne vivant dans une région métropolitaine de recensement ou une agglomération de recensement, incapacité liée à un trouble émotionnel, mental ou psychologique, trouble d’apprentissage, incapacité physique, présence de désordre social dans le quartier, consommation de drogues, consommation excessive d’alcool, nombre de sorties en soirée, personne vivant seule, a déjà connu une période d’itinérance, perception que les voisins alerteraient la police s’ils étaient témoins d’un crime, sentiment d’appartenance à la communauté locale, présence d’enfants dans le ménage et niveau de scolarité.

Tableaux de données détaillés

Tableau 1 Harcèlement criminel autodéclaré par les victimes, selon le sexe de la victime, provinces et territoires, 2014

Tableau 2 Harcèlement criminel autodéclaré par les victimes, selon le sexe de la victime, provinces, 2004 et 2014

Tableau 3 Types de harcèlement criminel subi et autodéclaré par les victimes, selon le sexe de la victime, Canada, 2014

Tableau 4 Gravité et durée du harcèlement criminel autodéclaré par les victimes, selon le sexe de la victime, Canada, 2014

Tableau 5 Conséquences émotionnelles du harcèlement criminel autodéclaré par les victimes, selon le sexe de la victime, Canada, 2014

Tableau 6 Lien du harceleur avec la victime dans les plus récents incidents de harcèlement criminel autodéclarés, selon le sexe de la victime, Canada, 2014

Tableau 7 Prévalence du harcèlement criminel autodéclaré par les victimes présentant certaines caractéristiques sociodémographiques et liées au mode de vie, selon le sexe de la victime, Canada, 2014

Tableau 8 Incidents de harcèlement criminel autodéclarés, selon l’état concernant le signalement à la police, les raisons de ne pas signaler l’incident à la police et le sexe de la victime, Canada, 2014

Tableau 9 Accusations portées et ordonnances d’interdiction de communiquer ou de protection rendues dans les incidents de harcèlement criminel autodéclarés et signalés à la police, selon le sexe de la victime, Canada, 2014

Tableau 10 Harcèlement criminel autodéclaré par les victimes, selon le sexe de la victime et le lien du harceleur avec celle-ci, Canada, 2004 et 2014

Tableau 11 Types de harcèlement criminel subi et autodéclaré par les victimes, selon le lien du harceleur avec la victime, Canada, 2014

Tableau 12 Gravité et durée du harcèlement criminel autodéclaré par les victimes, selon le sexe de la victime et le lien du harceleur avec celle-ci, Canada, 2014

Tableau 13 Signalement à la police, accusations portées et ordonnances d’interdiction de communiquer ou de protection rendues dans les incidents de harcèlement criminel autodéclarés, selon le lien du harceleur avec la victime, Canada, 2014

Tableau 14 Prévalence et caractéristiques du harcèlement criminel autodéclaré, selon le type de relation entre partenaires intimes et selon le sexe de la victime, Canada, 2014

Modèle 1 Régression logistique : Rapports de cotes exprimant le risque d’être victime de harcèlement criminel, selon les caractéristiques, Canada, 2014

Modèle 2 Régression logistique : Rapports de cotes exprimant le risque d’être victime de harcèlement criminel de la part d’une personne autre qu’un partenaire intime, selon les caractéristiques, Canada, 2014

Modèle 3 Régression logistique : Rapports de cotes exprimant le risque d’être victime de harcèlement criminel de la part d’un partenaire intime, selon les caractéristiques, Canada, 2014

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