Hé-coutez bien! Saison 2, épisode 2 - Consultation santé? Visite branchée!

Date de diffusion : le 7 avril 2022

Nº de catalogue : 45-20-0003
ISSN: 2816-2269

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Les soins de santé sont un privilège qui revêt une très grande importance aux yeux des Canadiens. Cela dit, les soins de santé virtuels étaient très peu courants avant la pandémie de COVID-19. Dès le début de la pandémie, en mars 2020, les Canadiens n'ont eu d'autre choix que de revoir la façon dont ils accèdent aux soins de santé. Les consultations, qui auraient normalement eu lieu dans le cabinet du médecin, se déroulaient dorénavant par téléphone ou par clavardage vidéo. Il s'est écoulé deux ans et l'on constate que la plupart des soins de santé sont maintenant offerts virtuellement. La question est de savoir si l'accès aux soins de santé virtuels va disparaître lorsque la pandémie prendra fin. Avec notre invité, docteur Yanick Beaulieu, cardiologue-intensiviste, pionnier et innovateur dans le domaine des soins virtuels, nous allons nous pencher sur ces obstacles, sur les changements que nous avons observés durant la pandémie, et sur les mesures qui sont prises pour que les soins virtuels deviennent une réalité permanente.

Animatrice

Mélanie Charron

Invité

Docteur Yanick Beaulieu, cardiologue-intensiviste, pionnier et innovateur dans le domaine des soins virtuels

Écoutez

Hé-coutez bien! Saison 2, épisode 2 - Consultation santé? Visite branchée! - Transcription

Bienvenue à Hé-Coutez bien! un balado de Statistique Canada, où nous faisons la connaissance des personnes derrière les données et découvrons les histoires qu'elles révèlent. Je suis votre animatrice, Mélanie.

Et si je vous demandais à quand remonte la dernière fois où vous vous êtes rendu dans la salle d'attente du bureau de votre médecin? Pour bon nombre d'entre nous, je parie que la réponse est quelque chose comme « pas depuis mars 2020 ». Certains n'avaient peut-être jamais eu de réunion virtuelle avec leurs professionnels de la santé avant la pandémie, mais pour plusieurs, les rendez-vous médicaux en ligne sont maintenant possibles. L'on peut dire que cela a changé la donne! Plus besoin de prendre congé pour traverser la ville en métro et de s'asseoir dans une salle d'attente souvent bondée de patients.

Les soins de santé virtuels ne sont pas nouveaux, mais la COVID-19 en a certes accéléré son adoption généralisée partout au pays. Quels sont les avantages et les inconvénients des soins de santé virtuels? Est-ce que ces nouveaux accès sont là pour rester?

Mélanie : Bonjour Docteur Beaulieu. J'aimerais que vous vous présentiez pour nos auditeurs.

Dr Yanick Beaulieu : Oui, mon nom est Yannick Beaulieu. Je suis cardiologue et intensiviste à l'hôpital du Sacré-Cœur et à l'Institut de cardiologie de Montréal et je suis impliqué dans le milieu des affaires depuis une vingtaine d'années, relié à la médecine, donc entrepreneur, innovateur et clinicien.

Mélanie : Tout d'abord, dites-nous ce que sont les soins virtuels?

Dr Yanick Beaulieu : Quand on parle de médecine virtuelle, c'est l'ensemble des soins de santé qui utilise la technologie. Alors par exemple, si quelqu'un fait une prescription à distance ou le, le patient n'a qu'à se présenter à la pharmacie, la prescription est prête. Si un texto est envoyé entre une infirmière clinicienne, un médecin ensuite, le patient, bien sûr la composante de vidéoconférence en est une. Si y a du monitoring des fois les gens ont leurs signes vitaux, la tension artérielle, la saturation d'oxygène, le rythme cardiaque qui est envoyé par l'internet. Alors tout ça est donc un regroupement de soins qu'on appelle virtuel, qui est très globale, très important en termes de de de de sa versatilité. Alors c'est important de voir ça dans l'ensemble et non juste de penser à la vidéoconférence traditionnelle.

Mélanie : Quel est l'impact de la COVID-19 sur les soins virtuels actuellement?

Dr Yanick Beaulieu : En fait, dans le contexte de la COVID-19, c'est évident que les soins virtuels ont pris un chemin un peu différent de celui sur lequel le la, la technologie et l'implantation évoluaient. Tant mieux d'un sens mais ce qui est bien important de comprendre, c'est qu'il y a beaucoup, beaucoup de différences dans la façon dont les soins virtuels ont été implémentés, non seulement à travers le monde, mais ne serait-ce que au Canada. Alors par exemple avant la pandémie, si on regarde le Canada au complet, il y avait moins de 5% euh, et même moins 2% dans beaucoup de cas des consultations qui étaient faites en virtuel alors que le potentiel est très grand. Quand on regarde les statistiques pour ce qui est des rendez-vous de suivi entre un patient et son professionnel qu'il connait déjà, donc pour pouvoir avoir des nouvelles, soit un nouveau problème ou un suivi d'un patient connu; la littérature démontre bien qu'environ 70% de ces sessions-là peuvent être faites en virtuel. Des places comme l'Ontario et la Colombie-Britannique étaient en avance où il y avait des réseaux plus déployés qu'ailleurs. Et donc, même s'il y avait beaucoup de vouloir, il y avait beaucoup de choses qui étaient longues à s'installer, que ce soit le côté de la facturation pour les médecins, la mise en place dans les cliniques, la partie technologique de l'internet. Alors quand la COVID-19 est arrivée, il est arrivé un besoin immédiat de passer d'une implantation qui était longue et un peu douloureuse dans certains cas, à une implantation presque immédiate. Alors, il y a eu bien sûr une résurgence et une adoption rapide pour le mieux. Bien sûr, il y a des choses qui se font jamais en virtuel. Mais pour ce qui ce fait, l'adoption est montée à presque 80%. Mais dès que la COVID-19 a commencé à fléchir un peu avant, ce qui se passe maintenant, il y a eu tout de suite un retour rapide à beaucoup moins de téléconsultations, de sorte que quand on regardait des statistiques récentes dans beaucoup de cas, on était revenu a du 5, 8% de consultations virtuelles. Alors donc, il y a eu clairement une adoption importante mais le problème a été que cette adoption-là ne s'est pas faite avec une implantation solide. C'est très bien ce qui a été fait mais il y a encore beaucoup de travail à faire pour pérenniser l'implantation des soins virtuels.

Mélanie : Est-ce qu'il y a des idées préconçues, tant de la part du personnel médical que de la population, au sujet des soins de santé virtuels que vous aimeriez adresser?

Dr Yanick Beaulieu : En fait, quand on parle de soins de santé virtuels, il y a plusieurs idées préconçues qui étaient qui, qui étaient clairement là, qui sont de moins en moins là; qui ont été déjà un peu adressées. Premièrement, il y avait des soignants qui se disaient : « Ahhh en virtuel là…c'est pas pareil » ou même des patients qui disaient : « Moi je veux pas faire ça à distance, je vais le faire en présentiel » et d'autres surtout les catégories plus jeunes qui disaient : « Pourquoi je me déplacerais? Je peux le faire en virtuel ! » Alors il y en a que c'est assez évident pour eux que le virtuel avaient leur place mais beaucoup d'autres qui disaient autant du côté patient que du côté soignant : « Non, ça ne sera pas pareil ». Alors je pense qu'une des premières idées préconçues, c'était que la médecine virtuelle pouvait pas, disons, livrer une qualité de soins adéquate. Beaucoup d'études, même en pré pandémie, ont démontré que c'était pas le cas. Un point très très, très important là que je tiens à clarifier sur les soins virtuels, c'est que l'optimisation de l'utilisation des soins virtuels est dans un cadre de médecine hybride. Qu'est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que faut qu'un patient ait quand même son médecin et qu'il aille souvent une fois par année, par 2 ans, peu importe une façon d'avoir un accès ou y'a un examen de prise de poids tout ça mais que par la suite la relation thérapeutique peut se poursuivre beaucoup beaucoup en virtuel. Alors il y a plein de problèmes, assez simple dermatologique, infection urinaire et tout qui peuvent facilement se répondre par une personne qui ne connaît pas le patient. Mais quand on entre dans des contextes plus chroniques de maladie plus sévère, tout ce que la télémédecine a fait, c'est décaler la prise en charge du vrai problème et qui, ultimement, eu un mauvais impact sur le patient. La plus grosse idée préconçue qui était : «On n'aura pas la même qualité de médecine » et tout ça, je pense qu'on est dépassé ça parce que les gens savent ce qui est indiqué ou pas indiqué en virtuel fait que c'est important de suivre ça. Et que dès que quelqu'un ait pas sûr, que là ça se fasse en présentiel. Et là, c'est là que l'efficacité puis la sécurité est préservée.

De nombreux Canadiens n'ont pas de fournisseur de soins de santé régulier. En 2020, 14 % des Canadiens de 12 ans et plus ont déclaré ne pas avoir de fournisseur de soins de santé régulier. Ce nombre est encore plus élevé chez les 18 à 34 ans, soit environ 1 personne sur 4.

Mélanie : Selon vous, est ce que les soins virtuels aident à contrer cet enjeu?

Dr Yanick Beaulieu : Oui, parce qu'effectivement c'est un groupe de personnes qui, souvent bon, un : ce sont des grands consommateurs de technologies, personne va à la banque maintenant, tout se fait à distance et donc quand on jase avec ces populations-là, une des premières questions c'est : ' Peux-tu le faire à distance? ' et donc clairement de pouvoir offrir ce mode-là de soins, peut, de façon significative, augmenter l'accès aux soins. Et un bel exemple de ça, c'est les soins pour la santé mentale. Tout dépendamment des problèmes, ils ne veulent pas nécessairement se présenter à un rendez-vous, dès que tu leur offres l'option virtuelle, il y a une adoption du suivi des soins qui est beaucoup plus grand. Et ça, ça l'a été remarqué avant et pendant la pandémie. Alors clairement, je pense que les soins virtuels peut être une façon d'augmenter l'accès aux soins et la consommation des soins de santé par ce groupe d'âge-là.

En 2018, 5,3 millions de personnes au Canada ont déclaré avoir eu besoin d'aide relativement à leur santé mentale au cours de l'année précédente. Juste un peu plus de la moitié d'entre eux estimaient que leurs besoins étaient entièrement satisfaits.

Mélanie : Comment est-ce que les soins de santé virtuels pourraient aider à répondre aux besoins en santé mentale de la population?

Dr Yanick Beaulieu : Quand on regarde les 20 dernières années, et même plus, parce que faut garder en tête que la télémédecine existe depuis 30 à 40 ans. Alors pour certaines personnes ça l'air d'être très nouveau, mais c'est pas le cas du tout. C'est juste que ça a été long à s'implanter, la technologie a évoluée à la vitesse grand V. Les soins pour la santé mentale sont idéales. Pourquoi? Parce que dans la majorité des cas, un examen physique n'est pas nécessaire. Et donc de pouvoir établir un contact avec le patient à distance, que ce soit un enfant, un adolescent, un adulte; la télémédecine s'y prête très bien. Et dans certains cas, s'y prête même mieux. Parce que certains patients peuvent être un peu plus instables et tout, ne veulent pas se déplacer, ça peut être des des phobies d'être dans le public ou y'a toutes sortes de raisons et les soins de santé virtuels se prêtent mieux et augmentent l'adoption au traitement. Donc, les soins de santé mentale sont clairement un un aspect de la télémédecine qui qui gagne à être déployé non seulement pour des traitements mais aussi pour le support aux familles et pour que les intervenants aient un meilleur accès à tout le réseau de soins. Et donc c'est c'est vraiment quelque chose qui je pense, sera pérennisé de façon significative.

20 % des personnes ayant des besoins en santé mentale non satisfaits ont déclaré que des problèmes linguistiques et l'indisponibilité de l'aide constituaient un obstacle d'accès aux soins.

Mélanie : Avez-vous vécu un événement où les soins virtuels ont pu atténuer une barrière linguistique ou auraient pu permettre de le faire?

Dr Yanick Beaulieu : En fait, en termes de de barrière linguistique, la partie de la médecine virtuelle change pas énormément la donne, sauf en fait deux choses. On a souvent des gens qui sont unilingues. Ils vont souvent venir à l'hôpital avec quelqu'un, un proche avec qui on fait l'histoire. Mais disons que la personne est hospitalisée, par la suite, il faut communiquer avec la personne. Alors ça l'aidera pas beaucoup dans la communication directe quoi que des fois on se sert de Google translate mais là où ça aide, c'est pour pouvoir communiquer avec la famille disons le fils est à la maison, on fait une session en virtuel en présence du patient, la personne peut voir son proche, le médecin fait une traduction automatique et tout le monde est un peu rassuré que la bonne information est véhiculée. Alors que, entre autres dans le temps de la COVID vous pouvez vous imaginer aux soins intensifs, surtout dans des contextes de décès imminent et tout, où les familles ne peuvent pas venir à l'hôpital, maintenant on a des tablettes partout et non seulement dans le contexte linguistique mais de pouvoir faire cette communication-là fréquente, ça rassure tout le monde et les gens ont la bonne information. Une implantation plus large des soins virtuels aide à pouvoir mieux communiquer et à ultimement mieux traiter le patient et informé mieux la famille.

Si vous avez une vitesse de téléchargement de 50 mégabits par seconde ou plus, votre Internet permet la prise en charge de plusieurs utilisateurs à la fois, la diffusion de vidéos d'ultra-haute définition alors que plus d'un appareil est connecté, ou le téléchargement rapide d'un film de haute définition. En 2020, selon l'Enquête canadienne sur l'utilisation d'Internet, parmi les répondants qui connaissaient la vitesse de connexion annoncée, 72 % utilisaient cette vitesse plus rapide. Mais un écart géographique subsiste entre ceux qui vivaient à l'intérieur ou à l'extérieur des régions métropolitaines de recensement et agglomérations de recensement. Québec, Montréal, Ottawa, Gatineau, ou Vancouver en sont quelques exemples. Un peu plus des trois quarts des répondants vivant dans ces régions utilisaient cette vitesse plus rapide, comparativement à moins de la moitié de ceux vivant à l'extérieur de ces régions. SOURCE : Accès à Internet au Canada, 2020.

Mélanie : Pourriez-vous nous dresser le portrait actuel de l'accès aux soins virtuels?

Dr Yanick Beaulieu : En fait, quand on regarde l'accès aux soins virtuels, bon première chose, il est évident que même si en 2021 l'accès technologique, technologique étant d'avoir l'appareil, que ce soit iPad, un ordinateur, un téléphone intelligent; en général pour la majorité de la population, c'est pas la restriction à l'accès, mais c'est quand même un des points importants. L'autre partie c'est l'internet. Alors même si on sait qu'une grande partie des foyers canadiens et des gens ont accès à l'internet, il demeure quand même un pourcentage non négligeable que y'a beaucoup de monde qui ont pas encore accès à l'internet haute vitesse qui permet une connexion adéquate pour faire des soins virtuels de de qualité acceptable disons. Donc, il y a une inégalité parce que y a des gens qui n'ont pas la bonne technologie, le bon internet ou qui ne sont pas à l'aise avec la technologie qui n'auront pas accès à ça ou moins accès. Donc le plus important là-dedans pour diminuer cette inégalité-là, c'est ce que l'on appelle en en bon français le onboarding. Quand une clinique veut faire des soins virtuels avec un patient, il doit y avoir un processus pour pouvoir introduire la personne avec des questions-réponses, et ça, c'est une des choses qui manque encore. Ça prend des ressources, du temps et c'est ça qui qui rapidement s'est un peu installé pendant la pandémie mais qu'il va falloir que ce soit solidifié pour pouvoir diminuer les inégalités et que l'accès soit le plus universel possible.

Dr Beaulieu a raison. L'équité d'accès est toujours un enjeu. Par exemple, en 2016, les personnes âgées de 65 ans et plus étaient le groupe le plus susceptible d'avoir eu des contacts avec un médecin au cours des 12 mois précédant l'enquête. Cependant, les aînés en tant que groupe avaient des opinions plus négatives sur les avantages de la technologie et étaient moins susceptibles d'en être les utilisateurs. En 2016, c'était 97,2 % des Canadiens âgés de 15 à 64 ans qui utilisaient internet par rapport à 68 % des aînés.

Mélanie : Quels sont les obstacles qui pourraient mettre en péril une adoption permanente des soins virtuels?

Dr Yanick Beaulieu : En fait, il y en a plusieurs. Je pense un point qui est très important pour la population à toujours garder en tête, c'est que malgré tous les avancements qu'on a faits, l'implantation de la télémédecine demeure, pas partout, mais dans beaucoup de cas, assez fragile. Alors il y a des centres qui implantaient déjà bien la télémédecine où ça l'a juste été un boost pis ils sont encore plus avancés pis ça roule vraiment bien. Mais dans beaucoup de contextes, le problème qu'on a vu, c'était les ressources. Alors si tu veux développer un programme de télémédecine disons dans une clinique de médecine de famille, ben ça prend des ressources, ça prend quelqu'un qui va être capable de dire, ben je m'occupe de pouvoir créer les profils, communiquer avec les patients c'est la gestion du changement. Alors ces ressources-là, ben il faut qu'elles soient ajoutées, faut qu'elles soient déployées. On a vu dans la pandémie au tout début, il y a beaucoup de ressources qui ont été mises là-dessus et quand les choses ont commencé à aller mieux des centres hospitaliers disaient : « on se fait enlever les ressources qu'on s'était faites donner! » et le programme ne peut pas survivre par magie. Dans les défis, c'est de mettre les bonnes ressources. Ensuite côté technologique, même si c'est quand même beaucoup mieux, ça demeure que dans beaucoup d'hôpitaux, la bande passante est mauvaise. Les médecins veulent faire de la télémédecine mais l'internet n'y est pas. Il y a le la composante technologique intra-hospitalière quand les médecins veulent se connecter et il y a toute la composante aussi de la facturation. Alors si un médecin passe 2 jours sur sur 5 à faire de la télémédecine, ben il faut qu'il y ait une façon d'être rémunéré ni plus ni moins, mais adéquatement. Il y a maintenant le Conseil numérique qui va sortir, qui sont des soins virtuels entre médecins. Pour qu'au lieu que t'attende six mois pour voir, par exemple un cardiologue, ben le médecin de famille pourra parler par conseil numérique et avoir une opinion très très rapide. Et ça y aura des codes de facturation et tout. Fait que ça avance, ça avance mais y'a plusieurs enjeux pour lesquels il ne faut pas faut pas lâcher la balle pour que toutes ces points-là soient adressées pour pérenniser et augmenter l'adoption. Parce que sinon si une partie de la chaîne n'est pas bien adaptée, ça peut être un obstacle à un déploiement qui se fait avec succès.

Le Canada continue d'avoir un système de santé axé sur les soins-hospitaliers pour les personnes qui sont en fin de vie, malgré leur préférence de mourir dans leur communauté ou d'autres milieux comme dans les maisons de fin de vie. En 2020, 55 % des décès au Canada ont eu lieu dans un hôpital.

Mélanie : Les soins de santé virtuels ont-ils leur place dans les unités de soins palliatifs?

Dr Yanick Beaulieu : Donc, les soins de santé virtuels dans le contexte des soins palliatifs ont tout à fait leur place. Et en fait, si je peux vous donner un petit exemple, alors dans la dernière compagnie que j'avais mis sur pied en télémédecine dès 2012 pour augmenter l'accès aux soins, la supervision à distance, la télémédecine, euh bien avant la pandémie, on a commencé à travailler avec des associations de soins palliatifs dans le grand Montréal pour différents volets. Un des volets était clairement d'améliorer l'accès entre autres, si quelqu'un est en fin de vie, les familles, les proches sont souvent confrontés à des situations où le proche, qui est en fin de vie, est inconfortable, a de la douleur et c'est important de ne pas avoir à attendre trois jours ou d'avoir à aller à l'urgence ou autre pour ces genres de situations-là. Fait que les soins virtuels se prêtaient très bien à ça. Alors on a travaillé donc avec plusieurs associations de soins palliatifs régionales pour déployer à leurs aidants. Donc beaucoup des infirmiers infirmières qui eux déployaient avec les familles pour pouvoir par vidéoconférence ou simplement par texto, amener une composante de soins virtuels. Alors clairement, l'utilisation des soins virtuels peut avoir une grosse différence pour les patients qui sont en soins palliatifs.

Mélanie : Pourriez-vous nous parler du succès d'une intervention qui n'aurait pas pu réussir sans l'usage des soins virtuels?

Dr Yanick Beaulieu : En fait, euh une chose très intéressante qui moi, m'intéresse ça fait 20 ans que je suis impliqué non seulement dans la partie clinique médicale avec les patients, mais dans la partie d'enseignement et d'éducation. Qui, dans les 10 dernières années, je l'avais redirigée pour pour tout ce qui est en support à distance pour mieux aider à faire des techniques, des procédures, une de ceux-là est l'échographie. Mais ça s'applique donc dans plein d'autres choses. C'est par exemple des diabétiques, des patients qui ont eu des interventions, qui retournent à la maison et qui ont des plaies complexes. Et pour s'occuper d'une plaie complexe, ça prend quelqu'un qui a une expertise. Alors il y a des programmes qui ont été développées au Québec où des infirmières expertes se connectent en virtuel avec des infirmières qui sont très bonnes, mais qui n'ont pas l'expérience de soins de plaies. Et donc l'infirmière à distance peut voir la plaie, peut interagir pour pointer vers les structures, mentionner quoi faire. Et ça évite au patient de se déplacer. Parce qu'il y a soit le service où l'infirmière va à la maison pour les patients avec mobilité réduite, avec tout le kit de télémédecine; ou le patient se déplace dans un centre local, tout près de chez lui ou chez elle, et l'infirmière à distance peut donner des soins qui peuvent prendre 5 minutes, un support mais qui peut tout changer. Parce que si ce support-là n'est pas approprié, le patient peut avoir besoin d'être hospitalisé, faire une grosse infection et tout. Et quand on pense qu'un soin de plaie par année peut coûter entre 9 et 10,000 dollars par patient et qu'il y a des centaines de milliers de patients par année qui ont des soins de plaies complexes, si on optimise ce processus-là, non seulement on aide le patient, mais on diminue de beaucoup le coût des soins.

Mélanie : Lorsque nous pensons aux soins virtuels, on peut se limiter à penser à un rendez-vous téléphonique avec notre médecin, par exemple. Mais si nous élargissons notre vision, quel serait le portrait d'une approche virtuelle ambitieuse?

Dr Yanick Beaulieu : Prenons un peu le séjour d'un patient qui arrive, qui a besoin de voir son médecin qui va sur Internet, clique sur un bouton pour se trouver un rendez-vous, cédule son rendez-vous, reçoit sa confirmation, le patient prend son rendez-vous mais pas en en réel, en virtuel. C'est l'heure de son rendez-vous; se connecte soit au travail soit à la maison; voit son médecin ou son pharmacien ou sa physiothérapeute parce que ça c'est un point important, que les soins virtuels, c'est toute l'équipe de soins. Alors le patient fait sa session et euh disons qu'il a besoin d'avoir une consultation avec travailleur social ou ergothérapeute; que cette prise de rendez-vous là soit aussi prise en virtuel pour peut-être l'évaluation initiale suivie plus tard, une prescription doit être faite. Le médecin la fait en numérique; le patient peut passer à la pharmacie la chercher. Et donc, c'est un petit scénario, mais que dans la vie de tous les jours, une fois que cette boucle-là du virtuel sera vraiment bien implémentée, ça c'est quelque chose qui peut vraiment faire une grande différence. Ce que je viens de décrire là, c'est pas du tout de la science-fiction, il y a beaucoup de places qui donnent ce genre de service-là. Mais c'est pas encore largement disponible. Ce le sera, c'est des choses simples qui vont pouvoir amener toute l'importance pis l'impacte que la médecine virtuelle peut avoir.

Mélanie : Quelle est votre vision sur ce que les soins virtuels pourraient devenir?

Dr Yanick Beaulieu : En fait ma vision sur ce que les soins virtuels pourraient devenir elle est très très simple parce que même si en virtuel on peut faire beaucoup de choses je travaille encore avec des choses où tu sais, tu te mets des lunettes de réalité virtuelle ou réalité augmentée mais pour moi c'est à la base tout, tout ce qu'on a présentement là qui existe et qui fonctionne très bien : les plateformes de rendez-vous, la pharmacie à distance, les soins virtuels, les textos, les conseils numériques; bien pour moi la vision du futur c'est tout simplement d'implémenter ça de façon adéquate. Alors on n'a pas besoin de chercher des technologies davantage funky là, même s'il y en a pis que ça peut-être super intéressant. De pouvoir travailler sur l'implémentation des différentes étapes qui amènent à ce que ce soit solide et pérenne. Pour moi, c'est ça la vision du présent et du futur pour que dans les cinq prochaines années, je veux pas dire dix, parce que c'est beaucoup trop loin; mais que ce soit bien implémenté pour moi, c'est si on est capable de se rendre là, ça sera déjà une très grosse étape pour ce déploiement avec succès de la médecine virtuelle.

Mélanie : Eh bien, c'est tout pour notre discussion docteur Beaulieu. Je vous remercie beaucoup, c'était très intéressant. Vos réponses étaient très complètes, alors on continue d'avoir espoir pour la suite.

Dr Yanick Beaulieu : Merci. Il faut effectivement garder espoir. On a de belles choses en avant de nous, faut juste pas lâcher.

Vous étiez à l'écoute de Hé-Coutez bien. Merci à notre invité docteur Yannick Beaulieu ainsi qu'à toute l'équipe! Vous pouvez vous abonner à cette émission là où vous obtenez vos balados. Vous pourrez également trouver la version anglophone appelée Eh Sayers. Vous avez aimé cet épisode? Allez l'évaluer, la commenter et vous abonner! Merci de nous avoir écouté et à la prochaine!

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