Enquête auprès des peuples autochtones de 2012
Pensées suicidaires au cours de la vie parmi les Premières Nations vivant hors réserve, les Métis et les Inuits âgés de 26 à 59 ans : prévalence et caractéristiques connexes


Date de diffusion : le 19 janvier 2016 Correction date: (if required)

Résumé

Les taux de suicide dans la population autochtone au Canada sont plusieurs fois plus élevés que les taux dans la population non autochtone. À partir de données de l’Enquête auprès des peuples autochtones de 2012, le présent article présente des estimations de la prévalence de pensées suicidaires parmi les Premières Nations vivant hors réserve, les Métis et les Inuits âgés de 26 à 59 ans. Il examine les associations entre les pensées suicidaires et la santé mentale, les caractéristiques sociodémographiques et d’autres caractéristiques liées à des pensées suicidaires dans d’autres populations.

En 2012, plus d’un adulte sur cinq des Premières Nations vivant hors réserve, métis et inuit a déclaré avoir eu des pensées suicidaires; ce n’est que parmi les Métis qu’une différence ressortait entre les hommes et les femmes, les femmes étant plus susceptibles de déclarer de telles pensées. Les femmes des trois groupes autochtones étaient plus susceptibles que les femmes non autochtones de déclarer avoir eu des pensées suicidaires. Comparativement aux hommes non autochtones, les Premières Nations vivant hors réserve et les hommes inuits étaient aussi plus susceptibles d’avoir eu des pensées suicidaires.

Les troubles de l’humeur et/ou d’anxiété autodéclarés diagnostiqués par un médecin, la consommation de drogue et le faible niveau d’estime de soi étaient associés à des pensées suicidaires dans les trois groupes et chez les deux sexes. Des facteurs comme la consommation élevée et fréquente d’alcool, le fait d’être veuf(ve), divorcé(e), séparé(e) ou jamais marié(e), et le fait de ne pas être en excellente ou en très bonne santé étaient associés à des pensées suicidaires chez certains, mais pas la totalité, des groupes autochtones et l’un ou l’autre sexe. Les expériences personnelles ou familiales de placement dans un pensionnat indien n’étaient associées que marginalement à des pensées suicidaires chez les femmes métisses, lorsque chaque groupe autochtone et sexe était examiné séparément. Lorsque l’on combinait tous les groupes autochtones, ainsi que les hommes et les femmes, les expériences de placement dans un pensionnat indien étaient associées de façon significative à des pensées suicidaires.

Ces résultats pourraient éclairer d’autres recherches pouvant servir à guider les programmes de prévention du suicide chez les Premières Nations, les Métis et les Inuits.

Introduction

Le suicide est une cause importante de décès parmi les Autochtones au Canada Note 1. Au cours de la période de 1991 à 2001, les taux de suicide étaient près de deux fois plus élevés parmi les Indiens inscrits Note 2 et chez les hommes métis comparativement aux hommes non autochtones, ainsi que chez les Indiennes inscrites comparativement aux femmes non autochtones, selon une analyse à partir des données de la Base canadienne de données sur la mortalité (BCDM) couplées à celles du Recensement de 1991 (Tjepkema et al. 2009)) Note 3. Dans les communautés inuites, entre 1999 et 2003, les taux de suicide étaient 10 fois plus élevés que dans la population canadienne en général (Fondation autochtone de guérison 2007; Agence de la santé publique du Canada 2011).

Les pensées suicidaires sont des prédicteurs et des précurseurs du suicide (Clarke 2010; Coombs et al. 1992; Crosby and Sacks 1994; De Leo et al. 2005; Robins et al. 1959), et elles précèdent presque toujours les tentatives de suicide et les suicides. La prévalence de pensées suicidaires semble être relativement élevée parmi certaines groupes autochtones (Fondation autochtone de guérison 2007; Kumar et al. 2012). Par exemple, en 2006, 13 % des Métis âgés de 20 à 59 ans ont déclaré avoir déjà eu des pensées suicidaires, une proportion plus élevée que dans la population non autochtone (Kumar et al. 2012). Toutefois, peu de données récentes ont été publiées concernant les pensées suicidaires chez les Premières Nations, les Métis et les Inuits, ou au sujet des facteurs qui y sont associés.

Facteurs de risque de pensées suicidaires

Plusieurs facteurs, y compris des facteurs de santé mentale, comme des troubles de l’humeur et d’anxiété, des traits de personnalité, comme un faible niveau d’estime de soi et un sentiment d’impuissance, ainsi que des facteurs sociaux ou familiaux, y compris les difficultés conjugales et le soutien social, semblent être associés à des pensées suicidaires dans de nombreuses populations.

Les troubles de l’humeur et d’anxiété ont été associés à un risque accru de pensées suicidaires. Dans une étude des facteurs de risque de pensées suicidaires dans 17 pays, la présence de troubles de l’humeur et d’anxiété faisait augmenter de près de trois fois les probabilités de pensées suicidaires (Nock et al. 2008). Une étude des hommes et des femmes métis a déterminé que les troubles de l’humeur (épisode dépressif majeur) étaient associés à des pensées suicidaires (Kumar et al. 2012).

Même lorsque l’on tient compte de la dépression et d’autres caractéristiques, l’estime de soi a été associée à des pensées suicidaires chez les adolescents (de Man et al. 1992) et les adultes (de Man and Balkou 1987; Jang et al. 2014; Bagalkot et al. 2014), y compris chez les Métis au Canada (Kumar et al. 2012). En outre, le sentiment d’impuissance et les traumatismes de l’enfance (Mann 2003) sont considérés comme des facteurs de risque de pensées suicidaires.

La consommation de drogue a été liée aux pensées suicidaires, une étude laissant supposer qu’une augmentation du nombre de types de drogues consommés augmentait de beaucoup la probabilité de pensées suicidaires (Borges et al. 2000). Par ailleurs, comparativement à la dépression seule, un trouble lié à l’utilisation de substances combiné à la dépression était associé à une probabilité accrue de pensées suicidaires (Bronisch and Wittchen 1994). La consommation d’alcool, et plus particulièrement l’intensité ou la fréquence, a aussi été identifiée comme étant un facteur de pensées suicidaires (Conner et al. 2003). Par exemple, chez les femmes métisses, la consommation élevée et fréquente d’alcool était associée à des pensées suicidaires au cours de la vie (Kumar et al. 2012). Les effets dépressifs du trouble lié à la consommation d’alcool semblent être à l’origine de cette association (Cottler et al. 2003). Il a aussi été démontré que l’usage du tabac était lié à un risque accru de pensées suicidaires (Clarke et al. 2010; Hintikka 2009). Il a été avancé que le tabagisme chronique semblait favoriser la dépression en évoquant un mécanisme possible pour son association à des pensées suicidaires (Kenny et al. 2001).

Les recherches ont démontré que l’état matrimonial, et plus particulièrement le fait de n’avoir jamais été marié(e), d’être veuf(ve), divorcé(e) ou séparé(e), est associé à des pensées suicidaires (Inder et al. 2014). Dans huit des neuf pays où des enquêtes ont été menées Note 4, le fait d’être divorcé(e) ou séparé(e) était associé à des pensées suicidaires (Weissman et al. 1999). Il semble que le mariage a un effet protecteur contre les pensées suicidaires, du fait qu’il augmente le sentiment d’appartenance (McLaren et al. 2015), qu’il fournit un soutien social, qu’il facilite la participation sociale et qu’il augmente l’estime de soi (Hagedoorn et al. 2006).

Le placement dans un pensionnat indien a exposé de nombreux enfants autochtones à une séparation de leur famille, à des abus physiques et sexuels, et à la disparition de leur langue et de leur identité culturelle (Fondation autochtone de guérison 2007; Haig-Brown 1988; Affaires autochtones et du Nord Canada 2008 ; Knockwood 1992). On a déclaré que les pensées suicidaires étaient plus répandues parmi les jeunes des Premières Nations vivant dans une réserve dont le ou les parents avaient fréquenté un pensionnat indien, comparativement à ceux dont les parents n’avaient pas de tels antécédents (Le Centre de gouvernance de l’information des Premières Nations 2005). L’expérience du placement dans un pensionnat indien a été liée à des taux élevés de maladie mentale, de négligence envers les enfants et d’éclatement de la famille, qui sont tous associés à des pensées suicidaires (Fondation autochtone de guérison 2007).

L’état de santé autoévalué a été associé à des pensées suicidaires, même une fois contrôlés les troubles mentaux, les maladies physiques courantes et les caractéristiques sociodémographiques (Goodwin and Olfson 2002). On a démontré qu’un mauvais état de santé perçu était associé à des troubles mentaux particuliers, y compris la dépression majeure, ce qui laisse supposer un mécanisme possible reliant l’état de santé autoévalué et les pensées suicidaires.

On a démontré que le soutien social (Kumar et al. 2012; Park et al. 2010; Wright 2006). protégeait contre les pensées suicidaires. L’association entre la disponibilité et l’utilisation d’un soutien social et les pensées suicidaires semble être facilitée par un niveau accru d’estime de soi (Kleiman and Riskind 2013).

Même s’il existe certaines preuves qui montrent que nombre de ces facteurs sont aussi associés à des pensées suicidaires parmi certains groupes autochtones au Canada (Kumar et al. 2012; Lemstra et al. 2013). il reste à déterminer si cela est le cas parmi d’autres groupes autochtones.

Le présent article comprend des estimations pour 2012 de la prévalence au cours de la vie de pensées suicidaires parmi les adultes des Premières Nations vivant hors réserve, les Métis et les Inuits, comparativement aux non-Autochtones, et examine les caractéristiques associées à de telles pensées.

Résultats

Plus d’un Autochtone sur cinq a déclaré des pensées suicidaires

Près du quart des Premières Nations vivant hors réserve (24,0 %) et des Inuits (23,5 %), et un Métis sur cinq (19,6 %), ont déclaré avoir déjà eu des pensées suicidaires.

Les Métisses étaient plus susceptibles que les hommes métis d’avoir eu des pensées suicidaires (23,4 % comparativement à 14,9 %), mais aucune différence entre les femmes et les hommes n’est ressortie parmi les Premières Nations vivant hors réserve (25,8 % comparativement à 21,4 %) ou les Inuits (23,8 % comparativement à 23,1 %) (graphique 1) Note 5.

Graphique 1 Prévalence des pensées suicidaires au cours de la vie parmi les populations des Premières Nations vivant hors réserve, métisse, inuite et non autochtone, de 26 à 59 ans, selon le sexe, Canada, 2012

Description du graphique 1

Le titre du graphique est « Graphique 1 Prévalence des pensées suicidaires au cours de la vie parmi les populations des Premières Nations vivant hors réserve, métisse, inuite et non autochtone, de 26 à 59 ans, selon le sexe, Canada, 2012 ».
Ceci est un graphique à colonnes groupées.
Il y a au total 2 catégories sur l'axe horizontal. L'axe vertical débute à 0 et se termine à 35 avec des mesures à tous les 5 points.
Il y a 4 séries dans ce graphique.
L'axe vertical s'intitule « pourcentage ».
L'axe horizontal s'intitule « Sexe ».
Le titre de la série 1 est « Premières Nations vivant hors réserve ».
La valeur minimale est 21,4 et ceci correspond à « Hommes ».
La valeur maximale est 25,8 et ceci correspond à « Femmes ».
Le titre de la série 2 est « Métis ».
La valeur minimale est 14,9 et ceci correspond à « Hommes ».
La valeur maximale est 23,4 et ceci correspond à « Femmes ».
Le titre de la série 3 est « Inuits ».
La valeur minimale est 23,1 et ceci correspond à « Hommes ».
La valeur maximale est 23,8 et ceci correspond à « Femmes ».
Le titre de la série 4 est « Non-Autochtones (provinces seulement) ».
La valeur minimale est 11,1 et ceci correspond à « Hommes ».
La valeur maximale est 13,8 et ceci correspond à « Femmes ».

Tableau de données du Graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Prévalence des pensées suicidaires au cours de la vie parmi les populations des Premières Nations vivant hors réserve Hommes, Femmes, Pourcentage et 95% confidence interval(figurant comme en-tête de colonne).
  Hommes Femmes
Pourcentage 95% confidence interval Pourcentage 95% confidence interval
  from to   from to
Premières Nations vivant hors réserve 21,4Note * 19,6 23,3 25,8Note * 22,0 29,5
Métis 14,9 11,2 18,7 23,4Note * 18,3 28,4
Inuits 23,1Note * 16,0 30,3 23,8Note * 19,3 28,2
Non-Autochtones (provinces seulement) 11.1Note  9,6 12,5 13.8Note  12,0 15,5

Comparativement aux hommes non autochtones (11,1 %), les hommes des Premières Nations vivant hors réserve (21,4 %) et les hommes inuits (23,1 %) étaient plus susceptibles d’avoir eu des pensées suicidaires. Ce n’était pas le cas pour les hommes métis. Les femmes des trois groupes autochtones étaient plus susceptibles que les femmes non autochtones de déclarer des pensées suicidaires (13,8 %).

Les troubles de l’humeur et/ou d’anxiété, la consommation de drogue et le manque d’estime de soi étaient associés à des pensées suicidaires

La prévalence de pensées suicidaires était plus forte chez les Premières Nations vivant hors réserve, les Métis et les Inuits adultes qui déclaraient des troubles de l’humeur et/ou d’anxiété comparativement à ceux qui ne déclaraient pas de tels troubles (tableau 1). Pour tous les groupes autochtones, cela était aussi le cas pour les personnes dont l’estime de soi n’était pas élevée comparativement à celles qui déclaraient un niveau élevé d’estime de soi.

Même lorsque d’autres facteurs étaient pris en compte, ces associations se maintenaient parmi les hommes et les femmes de tous les groupes autochtones (tableau 2). Par exemple, les hommes des Premières Nations vivant hors réserve qui avaient des troubles de l’humeur/ou d’anxiété étaient plus de trois fois plus susceptibles d’avoir eu des pensées suicidaires (47 % comparativement à 15 % Note 6) que ceux n’ayant pas de tels troubles. Les Inuits qui avaient un niveau élevé d’estime de soi étaient moins susceptibles dans une proportion de 60 % d’avoir eu des pensées suicidaires que ceux qui n’avaient pas un niveau élevé d’estime de soi (18 % comparativement à 43 %).

Les pensées suicidaires étaient plus répandues chez les personnes qui avaient utilisé des médicaments sur ordonnance à des fins récréatives ou des drogues de la rue que chez celles qui n’avaient pas fait un tel usage Note 7. Cette tendance a été notée dans les trois groupes autochtones et, parmi eux, tant chez les hommes que chez les femmes. Ce rapport se maintenait lorsque les autres caractéristiques étaient prises en compte. Dans le cas des hommes des Premières Nations vivant hors réserve et des Métis, ceux qui avaient fait usage de telles drogues étaient environ deux fois plus susceptibles d’avoir déclaré des pensées suicidaires comparativement à ceux qui n’avaient pas fait usage de droguesNote 6.

Les hommes et les femmes inuits qui déclaraient une consommation élevée et fréquente d’alcool l’année précédente étaient à peu près deux fois plus susceptibles d’avoir déclaré des pensées suicidaires comparativement à ceux qui n’avaient pas eu une telle consommation (tableau 1). Lorsque d’autres facteurs étaient pris en compte, l’association était significative uniquement chez les femmes inuites (tableau 2). Aucune association significative ne subsistait entre ceux qui déclaraient et ne déclaraient pas de consommation élevée et fréquente d’alcool parmi les hommes et les femmes des Premières Nations vivant hors réserve et des Métis, ainsi que les hommes inuits.

Les pensées suicidaires étaient plus répandues parmi les Premières Nations vivant hors réserve, les Métis et les Inuits qui fumaient quotidiennement (tableau 1). Toutefois, après la prise en compte d’autres caractéristiques, l’usage quotidien de tabac n’était pas associé à des pensées suicidaires (données non présentées).

Sauf pour les hommes inuits, les adultes de tous les groupes autochtones qui déclaraient être en excellente ou en très bonne santé étaient moins susceptibles d’avoir eu des pensées suicidaires au cours de la vie que ceux qui évaluaient leur santé moins favorablement (tableau 1). Lorsque d’autres facteurs étaient pris en compte, seuls les hommes des Premières Nations vivant hors réserve, les métisses et les Inuites qui déclaraient avoir une excellente ou une très bonne santé étaient moins susceptibles d’avoir eu des pensées suicidaires (18 % comparativement à 24 % parmi les hommes des Premières Nations vivant hors réserve, et 18 % comparativement à 27 % pour les femmes métisses et inuitesNote 6) (tableau 2).

Le fait d’être veuf(ve), divorcé(e), séparé(e) ou de n’avoir jamais été marié(e) était associé à des pensées suicidaires dans certains groupes autochtones

Les femmes des Premières Nations vivant hors réserve et les hommes et les femmes métis qui étaient veufs, divorcés ou séparés, ainsi que ceux qui n’avaient jamais été mariés, étaient plus susceptibles que ceux qui étaient mariés ou vivaient en union libre d’avoir déclaré des pensées suicidaires (tableau 1). Lorsque l’influence d’autres facteurs était prise en compte, la probabilité de pensées suicidaires demeurait significativement plus faible chez ceux qui étaient mariés ou vivaient en union libre, comparativement à ceux qui étaient veufs, divorcés ou séparés pour les hommes métis et inuits et pour les femmes des Premières Nations vivant hors réserve. Cela était le cas aussi lorsque les hommes métis mariés ou vivant en union libre étaient comparés aux hommes métis qui n’avaient jamais été mariés (tableau 2).

Les femmes des Premières Nations vivant hors réserve, les hommes métis et les femmes métisses ayant eu une expérience personnelle ou familiale de placement dans un pensionnat indien étaient plus susceptibles que ceux n’ayant pas eu une telle expérience d’avoir eu des pensées suicidaires (tableau 1). Dans d’autres groupes, même si les estimations tendaient vers une prévalence plus élevée chez ceux ayant une expérience personnelle ou familiale de placement dans un pensionnat indien par rapport à ceux n’ayant pas une telle expérience, les différences n’étaient pas statistiquement significatives. Lorsque d’autres caractéristiques étaient prises en compte, les pensées suicidaires comportaient une association marginale Note 8 avec l’expérience de placement dans un pensionnat indien uniquement chez les Métisses (tableau 2). Afin de déterminer si la non-association peut être due aux petites tailles d’échantillon, l’analyse a été répétée au moyen d’un échantillon combiné (c’est-à-dire en combinant les trois groupes et les deux sexes). Dans cette analyse, l’expérience de placement dans un pensionnat indien était associée de façon significative avec l’occurrence de pensées suicidaires (données non présentées).

Dans l’analyse non ajustée, un niveau de revenu après impôt du ménage plus élevé était corrélé à une probabilité plus faible d’avoir eu des pensées suicidaires (tableau 1). Toutefois, le rapport n’était plus significatif lorsque d’autres facteurs étaient pris en compte. Aucune association n’est ressortie entre le niveau de scolarité ou l’éloignement et la déclaration de pensées suicidaires (données non présentées).

Conclusion

En 2012, plus d’un adulte sur cinq des Premières Nations vivant hors réserve, métis et inuit âgé de 26 à 59 ans a déclaré avoir déjà eu des pensées suicidaires au cours de sa vie. Sauf parmi les hommes métis, les pensées suicidaires étaient plus répandues parmi les groupes autochtones que parmi leurs homologues non autochtones.

Pour les hommes et les femmes de tous les groupes autochtones, le fait d’avoir un trouble de l’humeur et/ou d’anxiété et de consommer de la drogue était associé à une probabilité accrue de pensées suicidaires, tandis qu’un niveau élevé d’estime de soi était associé au contraire, même lorsque d’autres facteurs étaient pris en compte. Les associations avec la consommation élevée et fréquente d’alcool, l’état de santé autodéclaré et l’état matrimonial étaient moins uniformes, variant selon le groupe autochtone particulier et le sexe des répondants.

Les pensées suicidaires étaient plus répandues parmi les femmes des Premières Nations et les hommes et les femmes métis ayant une expérience personnelle ou familiale de placement dans un pensionnat indien, avant le contrôle d’autres facteurs. Après correction pour tenir compte d’autres facteurs, l’expérience de placement dans un pensionnat indien était associée de façon marginale à des pensées suicidaires uniquement chez les femmes métisses. Les petits échantillons disponibles pour l’analyse, lorsque chaque groupe autochtone a été désagrégé selon le sexe, peuvent avoir contribué à l’absence d’association observée. Lorsque les données pour les trois groupes autochtones et les deux sexes ont été combinées, l’expérience de placement dans un pensionnat indien était associée de façon significative à des pensées suicidaires, ce qui laisse supposer que les constatations précédentes sont peut-être le résultat des petites tailles d’échantillon.

Nombre des caractéristiques considérées comme significatives dans la présente étude ont été associées à des pensées suicidaires dans d’autres populations. Conformément à cela, des analyses parallèles utilisant les données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes – Santé mentale (ESCC-SM) de 2012 (données non présentées) ont démontré que, tout comme pour les groupes autochtones, les troubles de l’humeur et/ou d’anxiété, un faible niveau d’estime de soi et la consommation de drogue étaient associés à une prévalence plus forte de pensées suicidaires chez les adultes non autochtones. Toutefois, dans le cas des hommes et des femmes non autochtones, le fait d’être veuf(ve), divorcé(e) ou séparé(e) n’était pas associé à des pensées suicidaires, contrairement à l’association déterminée pour les femmes des Premières Nations vivant hors réserve, ainsi que les hommes métis et inuits. Par ailleurs, dans le cas des adultes non autochtones des deux sexes, le fait d’être célibataire était associé à des pensées suicidaires Note 9, alors que cela était le cas uniquement pour les hommes métis. D’autres études ont produit des résultats partagés, certaines laissant supposer une association entre l’état matrimonial et les pensées suicidaires (Weissman et al. 1999), tandis que d’autres ne comportaient pas une telle association (Kessler et al. 2005). Le fait de déclarer une excellente ou une très bonne santé était associé à une probabilité plus faible de pensées suicidaires chez les hommes et les femmes non autochtones, alors que cela était vrai uniquement pour les hommes des Premières Nations vivant hors réserve et pour les Inuites et les Métisses.

Dans l’ensemble, certains facteurs de risque, comme les troubles de l’humeur ou d’anxiété, le faible niveau d’estime de soi et la consommation de drogue, étaient associés à des pensées suicidaires dans les trois groupes autochtones et dans la population non autochtone. La prévalence plus forte de certains des facteurs de risque, comme les troubles de l’humeur, chez les Premières Nations vivant hors réserve et les Métis comparativement à la population non autochtone (Gionet and Roshanafshar 2013) peut laisser supposer une importance plus grande de ce facteur de risque pour les pensées suicidaires parmi ces groupes autochtones. D’autres caractéristiques, comme l’état matrimonial et l’état de santé autoévalué, comportaient une association différente parmi les groupes autochtones et la population non autochtone.

La présente étude fournit les estimations les plus récentes de la prévalence de pensées suicidaires au cours de la vie pour trois groupes autochtones, à savoir les membres des Premières Nations vivant hors réserve, les Métis et les Inuits, et pour chaque sexe dans chacun de ces groupes. Elle fait aussi état des caractéristiques associées à des pensées suicidaires chez ces groupes autochtones. D’autres recherches sont nécessaires pour examiner d’autres caractéristiques, comme le soutien social, le stress au quotidien et le sentiment d’impuissance. La détermination de facteurs communs et uniques associés aux pensées suicidaires parmi les différents groupes autochtones s’ajoute aux ouvrages publiés sur les facteurs qui pourraient éclairer l’élaboration de programmes de prévention du suicide.

Limites

Il se peut que les pensées suicidaires fassent l’objet d’une sous-déclaration en raison de la stigmatisation liée au suicide et, aussi, de l’incapacité à se rappeler de telles pensées, particulièrement si elles se sont produites il y a longtemps.

Les estimations de la prévalence pour les Autochtones et les non-Autochtones proviennent d’enquêtes distinctes (EAPA et ESCC-SM), qui utilisent des bases d’échantillonnage, des questions et un enchaînement de questions différents. En outre, les « pensées suicidaires au cours de la vie » représentent une variable correspondant à une question dans les données de l’EAPA, mais à une variable dérivée dans les données de l’ESCC-SM. Ces différences peuvent avoir des répercussions sur la comparabilité des estimations.

L’exclusion des Premières Nations vivant dans des réserves de l’Enquête auprès des peuples autochtones a empêché l’analyse de cette population. Au Manitoba, il a été démontré que les taux de suicide sont plus élevés parmi les Premières Nations vivant dans des réserves comparativement aux populations des Premières Nations vivant hors réserve (Malchy et al. 1997). Au niveau national, des pensées suicidaires au cours de la vie ont été déclarées par 22,0 % des adultes des Premières Nations vivant dans des réserves au cours de la période de 2008 à 2010 (First Nations Information Governance Centre 2012), ce qui est une proportion légèrement plus élevée que pour les Premières Nations vivant hors réserve âgés de 18 ans et plus en 2012 (19,5 %).

Comme il est noté précédemment, plusieurs caractéristiques, comme le soutien social, le stress au quotidien et le sentiment d’impuissance, qui ont été associées à des pensées suicidaires dans des recherches antérieures, n’ont pas pu être explorées parce qu’elles n’étaient pas disponibles dans l’Enquête auprès des peuples autochtones, pas plus que des approximations appropriées. Par ailleurs, les périodes de référence de caractéristiques comme la consommation élevée et fréquente d’alcool et le revenu du ménage ne sont pas les mêmes que la période de référence pour les pensées suicidaires.

Il se peut que certaines associations et leur importance soient affectées par la validité des mesures de l’EAPA de 2012. Par exemple, les troubles diagnostiqués de l’humeur et/ou d’anxiété autodéclarés peuvent ne pas produire des estimations de la prévalence comparables à celles qui seraient obtenues au moyen d’un instrument validé, comme le WMH-CIDI (World Mental Health – Composite International Diagnostic Interview instrument) de l’Organisation mondiale de la santé (World Health Organization 2004). De même, la capacité d’une seule question à mesurer l’estime de soi comparativement à une échelle validée reposant sur plusieurs questions est inconnue, tout comme les répercussions de l’utilisation de cette variable dans l’analyse. Par ailleurs, même si la consommation élevée et fréquente d’alcool est la mesure de la consommation d’alcool utilisée ici, d’autres recherches ont utilisé des mesures de la fréquence et de l’intensité de la consommation d’alcool comme prédicteurs possibles des pensées suicidaires (Conner et al. 2003).

Enfin, les données sont transversales, c’est-à-dire qu’elles représentent un instantané dans le temps. Même si la présente analyse comporte plusieurs caractéristiques étant associées à des pensées suicidaires, on ne peut pas déduire de rapports de cause à effet.

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Annexe

Données et méthodes

Données

Les données sont tirées de l’Enquête auprès des peuples autochtones (EAPA) de 2012 et de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes – Santé mentale (ESCC-SM) de 2012. La première a servi à l’analyse des pensées suicidaires chez les membres des Premières Nations vivant hors réserve, les Métis et les Inuits; la deuxième a été utilisée pour comparer les estimations de l’EAPA et celles pour la population non autochtone.

L’EAPA de 2012 est une enquête nationale auprès des Premières Nations vivant hors réserve, des Métis et des Inuits âgés de 6 ans et plus. Il s’agissait du quatrième cycle de l’EAPA qui était axé sur l’éducation, l’emploi et la santé. L’enquête excluait les personnes vivant dans des réserves et des établissements indiens et certaines collectivités des Premières Nations au Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest. Le taux de réponse a été de 76 %, ce qui a donné lieu à un échantillon d’Autochtones de 28 410 (Cloutier and Langlet 2014). La population à l’étude pour la présente analyse a été limitée aux 26 à 59 ans qui ont répondu aux questions sur les pensées suicidaires, soit un échantillon de 10 306 personnes. Ce groupe d’âge a été choisi parce que les caractéristiques associées aux pensées suicidaires chez les personnes qui en font partie doivent différer par rapport à celles des jeunes adultes (18 à 25 ans) et des personnes âgées (60 ans et plus).

L’ESCC-SM de 2012 était une enquête transversale sur l’état de santé mentale des Canadiens et sur leur utilisation des services de santé mentale (Statistique Canada 2012). Des données ont été recueillies auprès de la population à domicile âgée de 15 ans et plus dans les 10 provinces. L’enquête excluait les personnes vivant dans des réserves et des établissements indiens Note 10, les membres à temps plein des Forces canadiennes et la population vivant en établissement. Le taux de réponse a été de 68,9 %, pour un échantillon de 25 113 personnes (Statistique Canada 2013c). La population à l’étude pour la présente analyse était celle des 26 à 59 ans qui ne s’identifiaient pas comme Autochtones (« non-Autochtones »), soit une taille d’échantillon de 11 822 personnes.

Les questions sur les pensées suicidaires différaient dans les deux enquêtes. Pour l’EAPA, on a posé aux participants une série de questions sur les pensées suicidaires et les tentatives de suicide, y compris la suivante : « Avez-vous déjà sérieusement songé à vous suicider ou à vous donner la mort? » À ceux qui ont répondu « Oui », on a posé une question au sujet des pensées suicidaires l’année précédente : « Est-ce que cela s’est produit au cours des 12 derniers mois? »

Dans l’ESCC-SM, la présence de « pensées suicidaires au cours de la vie » a été fondée sur une variable dérivée à partir d’une combinaison de questions : 1) « Avez-vous déjà vécu [ceci] : Vous avez sérieusement pensé à vous suicider »; et 2) « Pensez à la période de deux semaines ou plus quand vos sentiments d’être [déprimé] étaient les plus sévères et fréquents. Durant cette période, avez-vous sérieusement pensé à vous suicider? » Ceux qui ont répondu « Oui » à la première question ont dû répondre à une question concernant les pensées suicidaires au cours de la dernière année : « Au cours des 12 derniers mois, avez-vous vécu [ceci] : Vous avez sérieusement pensé à vous suicider. »

Analyse

Les données analysées dans la présente étude concernent les pensées suicidaires au cours de la vie : c’est-à-dire avoir déjà sérieusement pensé (à un moment donné au cours de sa vie) à se suicider. Les « pensées suicidaires au cours de la vie » ont été choisies plutôt que les pensées suicidaires au cours de la dernière année, afin d’augmenter la taille de l’échantillon et parce que de nombreuses caractéristiques potentiellement reliées aux pensées suicidaires devaient être relativement uniformes au fil du temps, y compris un niveau élevé d’estime de soi (Brown and Marshall 2006) Note 11, ou avaient trait à une expérience/occurrence au cours de la vie, par exemple, le fait d’avoir reçu un diagnostic de trouble de l’humeur et/ou d’anxiété. Des analyses distinctes ont été effectuées pour les hommes et les femmes, ainsi que les trois groupes autochtones, en raison : 1) d’une plus grande prévalence de pensées suicidaires chez les femmes de nombreuses populations (Crosby and Sacks 1994; Weissman et al. 1999), y compris les Métis (Kumar et al. 2012); 2) des expériences historiques et actuelles variées des Premières Nations, des Métis et des Inuits (Bartlett et al 2007; Peters  2007); et 3) des différences déclarées dans les prédicteurs des pensées suicidaires chez les hommes et les femmes métis (Kumar et al. 2012).

Estimation de la prévalence

La prévalence de pensées suicidaires au cours de la vie a été estimée au moyen de méthodes tenant compte des plans de sondage complexes de l’EAPA et de l’ESCC (Cloutier and Langlet 2014; Statistique Canada 2013c). Les valeurs manquantes (« ne sait pas », « non déclaré », « refus ») ont été exclues du dénominateur au moment du calcul des pourcentages, sauf si elles constituaient plus de 5 % du total (comme dans le cas de l’expérience de placement dans un pensionnat indien). Des différences statistiquement significatives ont été déterminées au moyen de tests propres aux données d’enquête complexes (Isik 2009; Miller et al. 2011; RTI International n.d.; Wiener et al. 2015).

Caractéristiques ou facteurs de risque associés aux pensées suicidaires au cours de la vie

Les facteurs de risque pris en compte dans la présente analyse sont fondés sur les ouvrages publiés et sur leur disponibilité dans l’Enquête auprès des peuples autochtones. Il s’agit notamment de caractéristiques liées à la santé et de caractéristiques socioéconomiques. Dans le premier cas, il s’agit des troubles de l’humeur et/ou d’anxiété, de l’estime de soi, de la consommation de drogue, de la consommation ou de l’abus d’alcool, et de l’état de santé autodéclaré. Les caractéristiques socioéconomiques comprennent l’état matrimonial, le revenu du ménage, le plus haut niveau de scolarité atteint, l’éloignement et les antécédents personnels ou familiaux de placement dans un pensionnat indien.

Dans la présente étude, les facteurs de risque liés à la santé ont été opérationnalisés de la façon suivante :

Les caractéristiques socioéconomiques ont été opérationnalisées de la façon suivante :

D’autres caractéristiques, comme le soutien social (Kumar et al. 2012; Park et al. 2010; Wright 2006), l’impuissance et les traumatismes pendant l’enfance (Mann 2003), qui ont été associés à des pensées suicidaires dans les ouvrages publiés, n’ont pas été incluses dans l’analyse parce qu’elles n’étaient pas disponibles dans l’Enquête auprès des peuples autochtones, pas plus que des approximations appropriées.

Analyses bivariées et multivariées

Des analyses bivariées ont été menées pour déterminer si les personnes affichant des caractéristiques particulières étaient plus ou moins susceptibles d’avoir eu des pensées suicidaires. On a examiné une caractéristique à la fois, sans rajustement pour tenir compte d’autres facteurs potentiellement associés. Des différences statistiquement significatives ont été déterminées au moyen de tests propres à des données d’enquête complexes (Isik 2009; Miller et al. 2011; RTI International n.d.; Wiener et al. 2015). Pour les variables ordinales, comme les quintiles de revenu du ménage, des tendances dans la corrélation entre les catégories de la variable et des pensées suicidaires ont été vérifiées au moyen du test Cochran-Armitage (SAS Institute 2010).

Des analyses de régression logistique tenant compte simultanément de nombreuses variables ont par la suite été effectuées, afin de déterminer les caractéristiques comportant une association significative avec le fait d’avoir déjà eu des pensées suicidaires, tout en contrôlant les autres caractéristiques. Les caractéristiques incluses dans les régressions logistiques étaient celles qui étaient corrélées avec des pensées suicidaires dans les analyses bivariées, ou dont on a démontré qu’elles étaient associées dans des recherches antérieures.

Dans l’analyse finale, on a habituellement retenu seulement les caractéristiques qui étaient associées de façon statistique à des pensées suicidaires. Toutefois, certaines ont été conservées, peu importe les associations significatives, si elles avaient été associées uniformément/fortement à des pensées suicidaires dans des recherches antérieures (Vittinghoff et al. 2012, p. 147) Note 17. On a retenu le revenu du ménage après impôt corrigé comme approximation pour des facteurs comme le stress au quotidien, et plus particulièrement le stress économique (Dooley et al. 1989 ; Hintikka et al. 2009), qui sont liés à des pensées suicidaires, mais pour lesquels aucune donnée n’est recueillie dans l’enquête.

La prévalence marginale corrigé  (augmentation de la probabilité en présence d’une caractéristique, dans le cas de caractéristiques oui/non, avec correction pour tenir compte d’autres caractéristiques) d’avoir eu des pensées suicidaires a été estimée pour les personnes affichant et n’affichant pas chaque caractéristique. L’augmentation ou la diminution de la probabilité (« double changement » ou « prévalence marginale corrigé  » (Bastos et al. 2015; Buettner et al. 2012)) a été calculée en divisant l’estimation de la probabilité pour les répondants affichant une caractéristique par celle pour les répondants sans la caractéristique. Par exemple, si le double changement était de 2,0 pour une caractéristique particulière, les personnes affichant la caractéristique étaient deux fois plus susceptibles d’avoir eu des pensées suicidaires comparativement à celles qui n’avaient pas la caractéristique, une fois contrôlées les autres caractéristiques. Par contre, si le changement était de 0,5 pour une caractéristique, les personnes affichant la caractéristique étaient la moitié moins susceptibles d’avoir eu des pensées suicidaires que celles n’affichant pas la caractéristique.

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