Date de diffusion : le 9 octobre 2026
Nº de catalogue : 45-20-0003
ISSN : 2816-2269
Le Recensement de l’agriculture de 2021 a révélé que la production de légumineuses au Canada avait enregistré une croissance sans précédent, qui a permis au pays de se classer au troisième rang des plus grands producteurs de légumineuses au monde.
Animateur
Martin Charlebois
Invités
Omar Youssouf
Écoutez
Hé-coutez bien! Épisode 35 - Les légumineuses : il n'y a pas que les haricots qui sont magiques! - Transcription
Transcription
Martin : Bienvenue à Écoutez bien, un balado de Statistique Canada, où nous rencontrons les personnes derrière les données et découvrons les histoires qu'elles révèlent. Je suis votre animateur Martin Charlebois. Je ne sais pas si cette opinion fera l'unanimité, mais à mon avis, les fèves comptent facilement parmi les meilleurs légumes qui soient.
Ou plutôt des fruits, je suppose, si on veut être technique. Leur polyvalence est tout simplement inégalée. Rien que d'y penser, j'en ai déjà faim. Des cuisines d'Amérique du Sud et celles d'Asie, d'Europe et d'ailleurs, les fèves sont omniprésentes. Les fèves font partie de cette grande catégorie de cultures que les chercheurs, les agriculteurs et les autres connaisseurs appellent les légumineuses.
Vous avez déjà entendu ? En parcourant les données de StatCan, j'ai récemment découvert que le Canada est une véritable puissance mondiale en matière de production et d'exportation de légumineuses. En 2024, le Canada s'est classé au troisième rang des plus grands producteurs de légumineuses au monde. Et c'est sans parler des pois secs et des lentilles pour lesquelles nous sommes le premier exportateur sur les marchés mondiaux.
Qui l'aurait cru, je me suis dit. Alors, j'ai creusé un peu plus sur la question. Il se trouve qu'il existe tout un monde fascinant derrière la production canadienne de légumineuses qui demande qu'à être exploré. J'étais prêt de me lancer dans l'aventure, mais je pouvais pas entreprendre ce voyage seul.
J'avais donc besoin d'un guide. Heureusement, je connaissais la personne tout indiquée pour m'accompagner.
Omar : Je m'appelle Omar Yousuf, je suis le directeur adjoint par intérim ici à Statistique Canada, représentant de la division d'agriculture.
Martin : Omar, je tenais à m'entretenir avec vous. C'est entre autres parce que j'ai récemment appris que le Canada s'est classé au troisième rang mondial des plus grands producteurs de légumineuses en 2024.
Comment c'est arrivé ? Depuis quand le Canada figure-t-il parmi les géants de la production de fèves ?
Omar : C'est une histoire assez intéressante. Les légumineuses à grains représentent une réussite très importante dans l'agriculture canadienne. Et ça a vraiment été construit à travers plusieurs décennies.
Donc ce n'était pas quelque chose qui s'est passé du jour au lendemain. Le Canada, comme tu l'as dit, c'est un important producteur et exportateur mondial des lentilles, pois secs, les pois chiches, les haricots secs ainsi que les féveroles, aussi connus comme les faba beans en anglais. Et les légumineuses y jouent un rôle assez important du point de vue économique, surtout dans le commerce international.
Et quand ça vient du point de vue agronomique aussi, ils jouent un rôle très important, c'est-à-dire dans le contexte des différentes rotations de cultures que les fermiers utilisent dans leur production.
Martin : J'entends souvent parler des légumineuses. Pouvez-vous me donner quelques exemples de cultures qui font partie de cette catégorie
Omar : Ici au Canada et à travers le monde aussi, quand ça vient à les légumineuses, on parle souvent des lentilles, les pois secs, les pois chiches, les haricots verts et le faba beans, les féveroles. Mais il y a beaucoup de différents types de cultures qui s'incluent dans ce domaine aussi. Donc on peut voir plusieurs types de lentilles, plusieurs types de pois secs.
Donc il y a beaucoup de variétés qui sont incluses dans le domaine et la famille des légumineuses.
Martin : Ils sont pas mal tous verts.
Omar : Pas vraiment. Il y en a de différentes couleurs. C'est très varié, l'industrie, honnêtement, et avec la recherche qui a été faite, il y a tellement de variations et de variétés dans cette industrie-là.
Martin : En 2025, le Canada produit 3,4 millions de tonnes de lentilles, en hausse de 38,3 % par rapport à 2024. Ça semble assez prononcé comme augmentation. Est-ce qu'on sait pourquoi les lentilles, tout particulièrement, sont prisées ces temps-ci ?
Omar : Premièrement, je pense que cette histoire de cette augmentation, cette puissance-là qu'on voit dans l'industrie, elle s'applique non seulement dans les lentilles, mais à travers plusieurs différents types de légumineuses.
L'expansion de cette industrie, spécifiquement ceux de légumineuses en général, comme je l'ai dit, s'est vraiment accélérée à partir des années, je dirais 1980. La superficie totale consacrée aux légumineuses a passé d'environ 500 000 acres en 1981 à un sommet de 10,5 millions d'acres en 2016. Cette augmentation-là, tu peux le voir à travers les données qu'on publie, c'est vraiment incroyable.
Il y a plusieurs facteurs qui ont contribué à cette croissance. Premièrement, les conditions de culture sont favorables dans les prairies spécifiquement et c'est là où on voit la majorité des légumineuses, incluant les lentilles. C'est important aussi à mentionner la recherche et le développement des variétés qui sont beaucoup plus adaptées aux conditions canadiennes.
Et ça, c'est vraiment grâce à la recherche que l'industrie est en train de faire présentement et à travers les années. Il y a eu beaucoup plusieurs partenariats entre l'industrie et le gouvernement qu'ils ont pu-- et les universités, les producteurs aussi. Tous les, les, les joueurs importants dans l'industrie, c'est une collaboration qui permet vraiment à, à démontrer la valeur et la qualité de nos légumineuses.
Et ça, ça a contribué à cette augmentation. Je dirais aussi, il y a une forte demande non seulement ici au Canada, mais à l'extérieur qui contribue à ces, ces augmentations-là. Donc c'est, c'est vraiment une combinaison de plusieurs facteurs qui, qui, qui poussent l'industrie à continuer à pousser des légumineuses.
Et comme je l'ai dit, ça inclut plusieurs facteurs.
Martin : J'ai une question personnelle dans le fond. Est-ce que le monde cherche dans le fond à trouver des remplacements à la viande dans le fond, comme en type de protéine ? Est-ce qu'ils vont plus vers les légumineuses pour essayer de s'éloigner un peu plus de la viande, de trouver de la variété dans le fond pour-- dans leur alimentation
Omar : Je dirais que c'est sûr qu'on voit une croissance quand ça vient à la demande, les différentes protéines qui viennent de plusieurs différentes sources. Si tu vas au supermarché ou bien tu fais tes, tes, tes courses, tu vas avoir beaucoup de demandes et d'affichages directement liés à tel produit, à telle protéine.
Donc c'est, c'est vraiment lié à la protéine. Et les légumineuses, c'est une source de protéine. On est capable de, d'extraire la, la protéine de différents types de légumineuses. Donc, je dirais que ce n'est pas vraiment une, une alternative nécessaire à, à la viande à cause que ces produits-là sont toujours en demande, mais c'est une bonne alternative, je dirais.
Martin : Quelle est la valeur des légumineuses ? Leur culture rapporte-t-elle gros par rapport à d'autres cultures commerciales comme le maïs ?
Omar : Je pense que c'est important de mentionner quand qu'on parle de la valeur, ce n'est pas nécessairement seulement une valeur monétaire. Il y a beaucoup de valeur agronomique quand ça vient à la production des, des légumineuses.
Certains de ces avantages-là sont vraiment apparents à travers les différentes rotations de cultures que les fermiers utilisent. Spécifiquement, les légumineuses peuvent fixer l'azote, ce qui peut réduire les besoins des engrais azotés. Et leur intégration dans les différentes rotations peuvent aussi aider à briser certains cycles de maladie, qui est très avantageux pour les fermiers.
Non seulement ça, mais comme je l'ai dit, il y a une forte demande à l'extérieur du pays ainsi qu'à l'intérieur. Donc ça, c'est une valeur aussi pour les fermiers. Et on le voit aussi à travers les données, les recettes monétaires agricoles sont constamment environ dans les trois milliards de dollars.
Donc c'est, c'est vraiment une, une industrie qui, qui est importante dans le domaine d'agriculture.
Martin : Comment mesure-t-on la production de légumineuses au Canada ? Je sais que le principal outil de mesure, c'est le recensement de l'agriculture, dont les résultats sont attendus cette année ou l'année prochaine.
Utilisons-nous d'autres outils ou des méthodes pour mesurer notre production de légumineuses ?
Omar : T'as raison. Le recensement, c'est une source très très importante pour essayer de développer genre une bonne compréhension de l'industrie agricole. Spécifiquement par rapport à les légumineuses, on a d'autres sources aussi, notamment les séries des rapports sur les grandes cultures.
On mesure les superficies ensemencées, les superficies récoltées, le rendement, la production ainsi que les stocks des grandes cultures. Le programme aujourd'hui, il combine trois périodes d'enquête auprès des producteurs spécifiquement et trois occasions qui sont fondées par des modèles qu'on utilise pour essayer de réduire le fardeau qui est imposé sur les fermiers, mais aussi continuer à délivrer puis à diffuser, je dirais, des données qui sont importantes pour l'industrie.
Donc, c'est une combinaison d'informations qu'on utilise pour essayer de bien capter l'information et la situation, je dirais plus, par rapport à qu'est-ce qui se passe dans l'industrie des légumineuses. Donc, c'est une combinaison d'informations.
Martin : T'as mentionné trois périodes. Peux-tu élaborer les trois périodes
Omar : Oui, donc la première période, c'est notre enquête de décembre qui spécifiquement demande à les producteurs de nous indiquer c'est quoi leurs intentions par rapport à ce qui vont-- ça, ça va être quoi leur superficie ensemencée. C'est un peu tôt pour demander cette question, mais c'est spécifique pour essayer de déterminer c'est quoi leurs intentions.
On a aussi une question par rapport à cette enquête-là où ce qu'on demande, c'est quoi le, le niveau de stock de, qu'ils ont sur la ferme afin qu'on puisse être capable de l'utiliser dans plusieurs d'autres domaines et, et de diffusion à travers l'année. Ensuite, y a l'occasion en juin et celle-ci, c'est celui où ce qu'on demande qu'est-ce qui a été planté ou qu'est-ce qui va bientôt être planté plus qu'on s'approche plus à travers la période d'ensemencement.
Et finalement, on a notre enquête de novembre où ce qu'on demande à les fermiers de nous indiquer qu'est-ce qui, qu'est-ce qui a été produit finalement. Et c'est une autre source très très importante qui est intégrée dans ce domaine de, de statistiques concernant les grandes cultures.
Martin : Comment les légumineuses cultivées au Canada sont-elles utilisées
Sont-elles surtout destinées à la consommation humaine, peut-être à l'alimentation du bétail ? Est-ce qu'elles sont cultivées à d'autres fins ?
Omar : C'est un peu ce qui rend cette industrie très très intéressante à cause qu'elles sont utilisées pour de plusieurs différentes façons. Premièrement, comme vous l'avez mentionné, et c'est une histoire à travers notre conversation, le marché international, on en exporte beaucoup.
Mais quand qu'on regarde à l'interne, c'est sûr qu'on en a pour la consommation humaine. Donc ça, c'est quand tu vas acheter tes courses et ce genre de trucs-là pour le dîner, pour le souper. Donc c'est sûr qu'on voit cette augmentation-là et puis c'est vraiment un élément qui est introduit dans notre nutrition.
Mais quand ça vient à l'alimentation des animaux aussi, on voit plus en plus de fermiers qui utilisent ces différentes cultures pour alimenter leurs animaux. Et je dirais une dernière chose aussi, c'est l'extraction de la protéine, spécifiquement de ces légumineuses. Ça aussi, c'est toute une industrie qui est en train de continuer à croître à cause de cette demande de protéines qu'on voit pratiquement à tous les jours.
Je dirais que c'est une combinaison d'utilisation et c'est ce qui rend les légumineuses très très intéressantes pour les fermiers.
Martin : Intéressant Que fait le Canada un pays unique pour l'industrie des légumineuses ?
Omar : C'est une combinaison de facteurs.
Premièrement, on a une industrie qui est basée, mais qui commence vraiment dans notre recherche et notre développement. Donc, on a plusieurs différentes initiatives, de la recherche qui est présentement en train de se faire et qui a été fait pour plusieurs décennies, qui supportent vraiment cette production de haute qualité de légumineuses.
Et ensuite, ça, ça a produit une variété, un grand nombre, je dirais, de producteurs qui ont cette expérience à continuer à produire ces légumineuses de haute qualité. Et cela a une bonne transition vers le marché. C'est un de nos atouts. Quand on produit, on est capable de rapidement les mettre au marché, que ça soit un marché international ou que ça soit interprovincial, on est capable de mettre ce produit-là en face des consommateurs et des acheteurs.
Donc c'est une forte combinaison. Et la dernière chose, je dirais, c'est du point de vue agronomique aussi et de climat, on a l'environnement idéal pour produire ces légumineuses et c'est une autre raison pourquoi qu'on continue à les faire.
Martin : Comment voyez-vous l'avenir de la production des légumineuses au Canada
Les experts prévoient-ils une croissance de cette industrie ? Qu'est-ce qu'il faudrait pour que le Canada passe du troisième au premier rang des producteurs de légumineuses ? Est-ce qu'on veut vraiment viser le premier rang ?
Omar : Les légumineuses sont vraiment une réussite importante ici au Canada et il y a une forte probabilité qu'on va continuer à avoir cette croissance dans cette industrie.
Il y a plusieurs facteurs ou plusieurs raisons pourquoi l'industrie, puis les différents joueurs de cette industrie s'attendent à avoir cette croissance. Premièrement, le lien entre la recherche et la production est très très forte. C'est-à-dire quand l'industrie, les écoles, les universités font de la recherche, il y a vraiment une connexion entre ce qui va être transmis dans la réalité.
C'est une des raisons pourquoi on voit cette haute qualité de légumineuses sortir du Canada. C'est un avantage pour nous et cette recherche continue et elle ne s'arrête pas. C'est sûr que le futur, on peut potentiellement s'attendre à cette croissance. C'est aussi important à mentionner qu'il y a cette fluctuation.
On voit l'industrie parfois en croissance et en décroissance, mais à travers plusieurs années, à travers pratiquement disons une décennie ou plus, on peut voir cette croissance et on s'attend qu'elle continue.
Martin : Pourquoi est-ce que les enquêtes de StatCan ainsi que le recensement sont importants pour l'industrie des légumineuses
Omar : C'est une très bonne question. Premièrement, les chiffres dont on a parlé aujourd'hui et puis cette histoire qu'on a racontée par rapport à l'industrie des légumineuses, elles n'existent pas simplement à cause qu'on a genre des chiffres qui sont storés dans notre base de données. C'est les producteurs qui nous donnent ces données-là et c'est à cause des fermiers qu'on est capable de raconter cette histoire très impressionnante.
Les réponses qu'on reçoit de nos enquêtes sont de l'information que l'industrie, les universités, les provinces, différents gouvernements sont tous en train d'utiliser pour avancer l'industrie. Quand on parle de le futur de l'industrie des légumineuses ou les grandes cultures en général, ça commence avec cette fondation des données qu'on reçoit directement de nos fermiers.
Donc c'est très important, les données sont très importantes et c'est grâce à nos fermiers qu'on est capable de vraiment raconter cette histoire-là. C'est vrai que c'est les fermiers qui nous donnent cette information-là, mais souvent, ces enquêtes-là, ils viennent à un gros fardeau quand ça vient les, les fermiers.
Et donc, Statistique Canada a commencé une initiative qu'on appelle Act Zero. Et l'objectif de cette initiative, elle est très simple, c'est d'essayer de réduire le fardeau qui est imposé sur les fermiers en utilisant des données alternatives, que ça soit des données administratives, que ça soit des données de différentes sources d'enquête ou que ça soit des données satellites.
Le tout est utilisé pour réduire leur fardeau et essayer d'arrêter de poser plusieurs questions aux fermiers. Et donc c'est, c'est important à le noter pour cette industrie à cause qu'elle a bénéficié de l'initiative Act Zero. En fait, je pense qu'on en a parlé dès le début, il y a trois enquêtes présentement, mais auparavant, il y a quelques années, il y en avait cinq.
Et à un moment donné, il y en avait six. Et donc c'est grâce à cette initiative-là qu'on a pu réduire le nombre de fois qu'on contacte les producteurs pour les grandes cultures spécifiquement. Et on envisage faire plus pour l'industrie agricole en, en, dans son entier. Et j'aimerais juste aussi mentionner que ça ne veut pas dire qu'on va arrêter de, euh, avoir des enquêtes complètement.
C'est cette combinaison d'enquêtes, données alternatives qui nous aide à essayer de déterminer à quel moment qu'on a vraiment besoin d'avoir un contact direct avec les fermiers et quel autre moment qu'on est capable de modéliser cette information pour essayer de continuer à diffuser des données de haute qualité pour l'industrie, tout en gardant l'importance de réduire le fardeau pour nos, nos fermiers.
Martin : Omar, je vous remercie énormément d'avoir participé au balado.
Omar : Merci beaucoup à moi.
Martin : Vous venez d'écouter, Écoutez bien. Merci à notre invité Omar Yousouf. Merci encore à Ken Hester, Nekeisha Patterson, John Say et Eric Davidson pour leur expertise. Vous pouvez vous abonner à ce balado partout où vous écoutez vos émissions. Vous y trouverez la version anglaise de notre émission intitulée Eh Sayers.
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