Nouvelles tendances dans le mode de vie et la conjugalité des personnes âgées d’aujourd’hui et de demain

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par Anne Milan, Irene Wong, Mireille Vézina

[Communiqué dans Le Quotidien] [Article intégral en PDF]

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Début du texte

Début de l'encadré

Aperçu de l’étude

S’inscrivant dans le contexte du vieillissement de la population et de la diversification de la situation des particuliers de tous les groupes d’âge dans le ménage, la présente étude examine, à la lumière des données des recensements de la population et de l’Enquête sociale générale de 2011, les trajectoires conjugales et la situation dans le ménage de la population âgée actuelle (personnes de 65 ans et plus) et future (personnes âgées de 55 à 64 ans).

  • En 2011, 92% des personnes âgées de 65 ans et plus vivaient dans des ménages privés et 8% vivaient dans des logements collectifs. La proportion de personnes âgées de 85 ans et plus vivant dans des logements collectifs a diminué entre 1981 et 2011, passant de 41 % à 35 % chez les femmes et de 29 % à 23 % chez les hommes.
  • La grande majorité des personnes âgées en ménage privé vivaient en couple. En 2011, 76 % des hommes âgés vivaient en couple, en légère hausse par rapport à 1981 (75 %). La proportion de femmes âgées vivant en couple s’établissait à 49 % en 2011, soit plus que la proportion de 40 % observée en 1981.
  • Moins d’années séparent les conjoints des couples canadiens âgés que ce n’était le cas trois décennies plus tôt. En effet, 49 % des 1,7 million de couples âgés en 2011 présentaient une différence d’âge de trois ans ou moins, comparativement à 40 % en 1981.
  • Entre 1981 et 2011, la proportion de divorcés ou de séparés a augmenté, passant de 4 % à 12 % chez les personnes âgées de 65 ans et plus. Chez les futurs aînés, âgés de 55 à 64 ans, la proportion de divorcés ou de séparés tournait autour de 20 % en 2011, comparativement à un peu plus de 6 % en 1981.
  • La plupart des personnes âgées sont restées avec le même conjoint ou partenaire durant leur vie en couple, mais la part de ceux ayant vécu des unions multiples était plus élevée dans les groupes d’âge plus jeunes. En 2011, 26 % des hommes et 19 % des femmes dans la population des 65 à 74 ans avaient vécu plus d’une union durant leur vie. Dans la population des 55 à 64 ans, ces proportions s’élevaient à environ 3 sur 10 à la fois pour les hommes et les femmes.

Fin de l'encadré

Introduction

Tout comme de nombreux pays industrialisés, le Canada a une population vieillissante et la proportion de femmes et d’hommes âgés de 65 ans et plus devrait augmenter au cours des prochaines décennies. Le vieillissement de la population peut s’expliquer par le faible taux de fécondité des dernières décennies, par l’augmentation de l’espérance de vie et par la progression de la grande cohorte des baby-boomers, nés entre 1946 et 1965, dans la structure par âge. En 2011, on recensait près de 5 millions de personnes âgées, représentant 15 % de l’ensemble de la population, comparativement à 2,4 millions de personnes âgées en 1981, soit 10 % de la population. En 2031, la population âgée du Canada pourrait compter 9,6 millions de personnes, représentant 23 % de la population totaleNote1.

La croissance de l’effectif des personnes âgées coïncide avec une diversification des situations familiales dans l’ensemble de la population. La situation dans le ménage et la vie conjugale sont conditionnées par les changements sociaux, démographiques et législatifs, qui touchent tous les groupes d’âge à des degrés divers et qui pourraient avoir une incidence plus marquée sur les générations futures d’aînés. Les caractéristiques familiales et la situation dans le ménage des aînés actuels et des futurs aînés (que ceux-ci soient des conjoints mariés ou des partenaires en union libre, qu’ils vivent seuls ou dans un logement collectif) auront des conséquences sur les soins prodigués par les parents et amisNote2, sur les besoins en matière de logement et sur le bien-être économique et social de cette populationNote3. Par exemple, les rôles et les attentes à l’égard d’anciens membres de la famille peuvent être incertains après la dissolution d’une union. À l’inverse, les personnes âgées qui n’ont vécu aucune union ou qui en ont vécu une seule pourraient avoir peu ou pas d’enfants adultes dans leur réseau social ou de soins.

L’étude examine la situation dans le ménage et la vie conjugale des femmes et des hommes âgés au Canada. Elle cherche aussi à dégager les nouvelles tendances pour les générations futures d’aînés (les personnes âgées de 55 à 64 ans en 2011) qui affichent des profils familiaux et conjugaux encore plus variés que ceux des aînés actuels. L’étude présente notamment un aperçu de la situation des aînés actuels dans le ménage, la proportion de personnes âgées en couple selon l’âge et le sexe, ainsi que certaines caractéristiques comme la proportion de couples ayant une différence d’âge peu marquée ou formés de conjoints ou de partenaires de sexe opposé ou de même sexe, et la proportion d’aînés actuels et futurs ayant vécu plus d’une union. Dans les cas de dissolution du mariage chez les aînés actuels et futurs qui ont été légalement mariés, on déterminera si cette dissolution résulte d’un divorce ou d’une séparation plutôt que du décès du conjoint, de même que la proportion de la population divorcée ou séparée.

Les données sont principalement tirées du Recensement de la population de 2011 (certaines comparaisons historiques sont aussi présentées) et de l’Enquête sociale générale (ESG) de 2011 (voir l’encadré Sources de données, méthodes et définitions). Les données du recensement sont utilisées pour examiner la proportion de personnes âgées vivant en couple, seules ou avec d’autres, celles qui font partie d’un couple homogame au niveau de l’âge, et celles vivant en union libre. Les données de l’ESG offrent un aperçu rétrospectif des unions conjugales des aînés qui permet notamment de déterminer (1) si la dissolution d’un premier mariage résulte d’un divorce, d’une séparation ou du décès du conjoint, et (2) si une union subséquente a eu lieu. Tout au long de l’article, des comparaisons sont effectuées entre les aînés actuels et les futurs aînés de même qu’avec des groupes plus jeunes, lorsque nécessaire.

Proportionnellement moins de personnes âgées vivent dans des logements collectifs qu’il y a 30 ans

Bien que la plupart des personnes âgées vivent dans des ménages privés, certaines vivent dans des logements collectifs (surtout des établissements de soins de santé et de services connexes) comme des établissements de soins infirmiersNote4. En 2011, 92 % des personnes âgées de 65 ans et plus vivaient dans un ménage ou un logement privé, en couple, seules ou avec d’autres, et 8 % vivaient dans un logement collectifNote5. Comme les femmes jouissent d’une plus grande longévité, elles étaient proportionnellement plus nombreuses (10 %) que les hommes (5 %) à avoir passé une partie de leur vieillesse dans un logement collectif. En 1981, ces proportions s’établissaient à 10 % et 7 %, respectivement. Dans la population de plus de 393 000 personnes âgées qui vivaient en logement collectif sous une forme ou une autre en 2011, environ 7 sur 10 étaient des femmes, soit à peu près la même proportion qu’en 1981.

La plupart des plus jeunes aînés vivaient en couple, comme conjoints mariés ou comme partenaires en union libre. Ils étaient moins nombreux à vivre seuls, avec d’autres ou dans un logement collectif (graphique 1). Par rapport aux aînés plus jeunes, les aînés plus âgés étaient moins nombreux à vivre dans un ménage privé, tout particulièrement en couple, et plus nombreux à vivre en logement collectif, notamment les femmes. Cependant, la proportion de l’ensemble des personnes âgées vivant dans un ménage privé ne tombe pas sous la barre des 50 % avant l’âge de 94 ans chez les femmes et avant l’âge de 99 ans chez les hommes.

Graphique 1A de 75-006-x

Description du graphique 1a

Graphique 1B de 75-006-x

Description du graphique 1b

En outre, la proportion de personnes âgées vivant dans un logement collectif a diminué dans tous les groupes d’âge au cours de la période de 30 ans allant de 1981 à 2011, particulièrement chez les 80 ans et plus (graphique 2). Dans le groupe des 85 ans et plus, la proportion de personnes vivant en logement collectif est passée de 29 % à 23 % pour les hommes et de 41 % à 35 % pour les femmes. Ces changements, toutefois, sont survenus dans un contexte de croissance rapide de la population âgée, phénomène qui s’accélérera encore au cours des prochaines décennies.

Graphique 2 de 75-006-x

Description du graphique 2

La plupart des aînés en ménage privé vivent en couple

La majorité des aînés vivant dans un ménage privé se trouvaient dans un contexte familial sous une forme ou une autre, principalement en couple. Plus des trois quarts (76 %) des hommes âgés et près de la moitié (49 %) des femmes âgées vivaient en couple comme conjoints mariés ou comme partenaires en union libre, selon le Recensement de 2011. Il s’agit d’une légère hausse pour les hommes et d’une progression plus marquée pour les femmes par rapport à 1981, lorsque 75 % des hommes âgés et 40 % des femmes âgées vivaient en couple (graphique 3).

Graphique 3 de 75-006-x

Description du graphique 3

La proportion accrue de personnes âgées vivant en couple peut être attribuable à l’augmentation de l’espérance de vie. Bien que les femmes vivent encore plus longtemps que les hommes, l’espérance de vie des hommes a augmenté plus rapidement au cours des trois dernières décennies. Cette avancée peut prolonger la durée des relations pendant la vieillesse et contribue à expliquer pourquoi les femmes âgées sont maintenant plus susceptibles de vivre en couple. Proportionnellement plus de femmes de 60 ans et plus vivaient en couple en 2011 qu’en 1981 (graphique 4)Note6. La plus forte hausse a été observée chez les femmes de 75 à 79 ans : 46 % des femmes de ce groupe d’âge vivaient en couple en 2011, comparativement à 30 % en 1981. La proportion d’hommes en couple était plus importante en 2011 qu’en 1981, à partir de 70 ans. La progression la plus marquée apparaît dans le groupe des 85 ans et plus : 60 % des hommes de ce groupe d’âge vivaient en couple en 2011, comparativement à 48 % en 1981. La proportion plus élevée de vie en couple chez les hommes du début de la cinquantaine au début de la septantaine, par rapport aux hommes plus jeunes en 2011, pourrait résulter d’une tendance qu’auraient les hommes à s’engager dans une nouvelle relation après la dissolution d’une union antérieure.

Graphique 4 de 75-006-x

Description du graphique 4

La grande majorité des 2,8 millions de personnes âgées de 65 ans et plus vivant en couple en 2011 étaient des conjoints mariés ou des partenaires en union libre de sexe opposé. Environ 0,3 % des aînés vivant en couple en 2011, soit près de 8 000 personnes âgées, étaient des conjoints ou des partenaires de même sexe. Toutefois, chez les futurs aînés, âgés de 55 à 64 ans, plus de 19 700 personnes (soit 0,6 % des effectifs de ce groupe d’âge) vivaient dans un couple de même sexe en 2011. Les groupes d’âge plus jeunes affichaient des taux plus élevés de vie dans un couple de même sexe (1,1 %, par exemple, chez les personnes âgées de 45 à 49 ans en 2011). Il s’agit là d’une autre expression de la diversité familiale qui pourrait s’intensifier dans les générations futures d’aînés si ces personnes continuent de vivre en couple ou de former des couples en vieillissant.

Les tendances de l’espérance de vie ont également une incidence sur la proportion d’aînés vivant seuls. En 2011, 35 % des femmes de 65 ans et plus en ménage privé vivaient seules, en légère baisse par rapport au taux de 36 % observé en 1981. Chez les hommes âgés, la tendance est inversée : la proportion d’entre eux vivant seuls a augmenté, passant de 14 % à 17 %, au cours de la même période. Dans les groupes les plus âgés (85 ans et plus), qui ont des besoins et des problèmes généralement plus aigus en matière de soins, de sécurité financière et de logement, 56 % des femmes et 28 % des hommes en ménage privé vivaient seuls en 2011Note7.

Le reste des aînés en ménage privé vivaient dans d’autres situations : avec des personnes apparentées, comme parents seuls ou avec des personnes non apparentées seulement. La proportion de personnes âgées vivant dans d’autres situations a diminué, passant de 23 % en 1981 à 16 % en 2011 chez les femmes et de 11 % à 7 % chez les hommes. Les situations dans le ménage qui prennent la forme d’une cohabitation de personnes apparentées ou de plusieurs générations peuvent permettre un soutien émotif, financier ou fonctionnel des générations plus jeunes aux plus âgées et des plus âgées aux plus jeunesNote8. En 2011, 5 % des aînés âgés de 65 ans et plus vivaient avec des personnes apparentées, soit 7 % des femmes et 3 % des hommesNote9. Par ailleurs, 7 % des femmes âgées et 2 % des hommes âgés étaient des parents seuls en 2011, c’est-à-dire qu’ils vivaient avec des enfants adultes n’ayant eux-mêmes ni enfant ni conjoint ou partenaire dans le même logis. Enfin, un faible pourcentage de femmes et d’hommes âgés (environ 2 %) vivaient avec des personnes non apparentées, comme des colocataires.

Plus de couples d’aînés sont homogames qu’il y a trois décennies

Les différences d’âge entre les conjoints ou les partenaires dans un couple peuvent aussi avoir un impact sur la situation dans le ménage des aînés. Les couples homogames au niveau de l’âge sont définis comme étant ceux pour lesquels la différence d’âge entre les conjoints ou les partenaires n’excède pas trois ans. Les couples hétérogames affichent des différences de plus de trois ans entre les membres. Les couples hétérogames, particulièrement dans la population âgée, pourraient être plus touchés que les couples homogames par le décalage temporel dans le passage de la vie active à la retraite ou par les différences dans l’état de santé des deux membres. Ces deux écarts peuvent aussi avoir des conséquences sur la situation financière et sur les soins requis. Par contre, lorsque les différences d’âge sont moins prononcées dans les couples, le veuvage peut survenir plus tardivement.

Globalement, les différences d’âge dans les couples âgés (c’est-à-dire ceux dans lesquels au moins un membre est âgé de 65 ans et plus) tendent à diminuer. En 2011, 49 % des 1,7 million de couples âgés étaient homogames, contre 40 % en 1981 (graphique 5). À titre de comparaison, les couples où les deux conjoints ou partenaires étaient âgés de moins de 65 ans affichaient un taux d’homogamie plus élevé (62 %) et pratiquement inchangé par rapport à 1981 (61 %). Dans 85 % des couples âgés homogames, les deux conjoints ou partenaires étaient âgés de 65 ans et plus en 2011.

Graphique 5 de 75-006-x

Description du graphique 5

Dans les couples hétérogames, les hommes sont plus susceptibles que les femmes d’être le conjoint ou le partenaire le plus âgéNote10. Pour 23 % des couples âgés en 2011, l’homme avait au moins sept ans de plus que sa conjointe ou partenaire. Pour 3 % des couples âgés, la femme avait au moins sept ans de plusNote11. Par ailleurs, pour 22 % des couples âgés en 2011, l’homme avait de quatre à six ans de plus, et pour 3 % des couples, c’est la femme qui avait de quatre à six ans de plus.

La part des aînés divorcés ou séparés est en hausse

La plupart des aînés actuels et des futurs aînés n’ont formé, au cours de leur vie, qu’une seule union, soit un mariage soit une union libre. Selon l'ESG de 2011, c'était le cas de 77 % des personnes âgées de 65 ans et plus et des deux tiers (67 %) des futurs aînés, âgés de 55 à 64 ans. Dans les deux groupes d’âge, le mariage était de loin la forme d’union la plus fréquente : 99 % chez les 65 ans et plus et 94 % dans le groupe des 55 à 64 ans.

La longévité des unions peut être exprimée par la proportion d’aînés qui célèbrent leurs noces d’or, marquant 50 années de mariage. En 2011, 21 % des femmes et 10 % des hommes âgés de 65 à 74 ans avaient franchi cette étape, dans un mariage actuel ou antérieur. Il n’est pas surprenant de constater qu’une proportion beaucoup plus forte de personnes âgées de 75 ans et plus (74 %) avaient célébré cet anniversaire, sans écart notable entre les hommes et les femmes. Cette situation pourrait changer pour les générations futures puisque, d’une part, la longévité accrue des femmes et des hommes augmenterait les probabilités de franchir cette étape, alors que, d’autre part, les taux plus élevés de dissolution des unions dans les cohortes plus jeunes pourraient empêcher certains couples de durer aussi longtemps.

La dissolution des unions est, toutefois, une réalité à laquelle les aînés doivent faire face un jour ou l’autre, à cause du décès de leur conjoint, d’un divorce ou d’une séparation. Le passage à une situation « hors mariage » ou « hors couple » à un âge avancé peut avoir des conséquences négatives sur le bien-être émotif ou financer durant la vieillesse, surtout en l’absence de ressources adéquates ou de stratégies d’adaptationNote12. Chez les femmes âgées qui ont été mariées au moins une fois et dont le premier mariage a pris fin, la dissolution de l’union a été causée par le décès du conjoint dans 65 % des cas. Chez les hommes âgés, le divorce et la séparation représentaient les causes les plus courantes de dissolution de l’union, ces motifs étant observés dans 61 % des cas.

Si certains aînés divorcent plus jeunes et maintiennent cet état matrimonial au fil des ans, d’autres le font plus tardivement; c’est ce que certains appellent depuis peu le « divorce gris »Note13. L’augmentation des taux de divorce, dans le sillage de l’adoption des lois sur le divorce en 1968 et 1986, a considérablement accru la proportion de personnes âgées divorcées ou séparées au cours des dernières décennies (graphique 6)Note14. En 2011, 12 % des personnes âgées de 65 ans et plus étaient divorcées ou séparées, ce qui représente trois fois la proportion observé en 1981. Les aînés âgés de 55 à 64 ans étaient de plus en plus nombreux à se déclarer divorcés ou séparés durant cette période de 30 ans, particulièrement ceux âgés de 55 à 59 ans (la proportion de divorcés ou de séparés dans ce groupe étant passé de 6 % en 1981 à 20 % en 2011). Même chez les personnes âgées de 85 ans et plus, 4 % étaient divorcées ou séparées en 2011 comparativement à 1 % en 1981.

Graphique 6 de 75-006-x

Description du graphique 6

La dissolution du mariage attribuable à un divorce ou une séparation survient généralement plus tôt dans la vie que lorsqu’elle résulte du décès du conjoint. Selon l’ESG de 2011, l’âge moyen des personnes de 55 ans plus au moment de la dissolution d’un premier mariage en raison du décès du conjoint était de 61,5 ans, sans écart sensible entre les hommes et les femmes. En revanche, dans le groupe des personnes de 55 ans et plus dont le premier mariage s’est terminé par un divorce, l’âge moyen au moment du divorce s’établissait à 39,0 ans, soit 40,3 ans chez les hommes et 37,8 ans chez les femmes. Par conséquent, il est plus probable de vivre une union subséquente plus rapidement après la rupture d’un premier mariage qu’après la mort d’un conjoint. Les unions multiples et les remariages seront examinés dans la section suivante.

Les dissolutions des unions ne résultent pas toutes de la rupture, par divorce ou séparation, d’un mariage légal : les unions libres aussi peuvent prendre fin. Lorsque les deux types d’union sont pris en compte, 18 % des personnes âgées ont vécu la dissolution d’une union (mariage ou union libre) et 4 %, la dissolution de deux unions ou plus. Parmi les autres aînés, 74 % vivaient encore dans leur première union et 3 % n’avaient jamais vécu une union. Les dissolutions sont plus fréquentes dans le groupe des futurs aînés âgés de 55 à 64 ans : 25 % avaient vécu la dissolution d’une union et 11 %, la dissolution de deux unions ou plus. Par rapport aux aînés actuels, les futurs aînés étaient moins susceptibles de vivre encore dans leur première union (60 %), et tout aussi susceptibles de n’avoir jamais vécu une union (4 %).

Les unions multiples gagnent en importance chez les futurs aînés

Les personnes âgées s’engagent-elles dans une nouvelle relation après un divorce ou le décès de leur conjoint? Selon l’ESG, une minorité appréciable de personnes âgées le font : 14 % des personnes âgées de 65 ans et plus en 2011 avaient été mariées plus d’une foisNote15. En moyenne, 7,2 ans séparaient la fin du premier mariage du début du second, et la raison de la dissolution du premier mariage avait peu d’incidence.

Lorsque les unions libres sont également prises en considération, 19 % des personnes âgées de 65 ans et plus avaient vécu plus d’une union au cours de leur vie, qu’il s’agisse d’un mariage ou d’une union libre. Les plus jeunes aînés, âgés de 65 à 74 ans, et particulièrement les hommes, étaient encore plus susceptibles d’avoir vécu plus d’une union (graphique 7)Note16. En 2011, 26 % des hommes et 19 % des femmes de 65 à 74 ans avaient été mariés ou avaient vécu dans une relation plus d’une fois. Bien que les proportions correspondantes soient globalement plus faibles chez les aînés de 75 ans et plus, l’écart entre les hommes (18 %) et les femmes (13 %) subsiste. Les futurs aînés, âgés de 55 à 64 ans, étaient relativement plus susceptibles d’avoir formé deux unions ou plus durant leur vie (autour de 3 sur 10), sans écart significatif entre les hommes et les femmes.

Graphique 7 de 75-006-x

Description du graphique 7

Lorsqu’on tient compte des raisons de la dissolution de la première union, on constate que les hommes divorcés ou séparés, en particulier, étaient proportionnellement plus nombreux à avoir formé une deuxième union (graphique 8). Plus des trois quarts (76 %) des hommes âgés ont connu une deuxième union après un divorce ou une séparation, comparativement à 55 % des femmes âgées. Une seconde union était moins fréquente lorsque la dissolution d’un premier mariage était causée par la mort du conjoint (31 % chez les hommes et 13 % chez les femmes). Cependant, ces chiffres traduisent le fait que le décès tend à se produire plus tardivement, ce qui laisse moins de temps pour s’engager dans une nouvelle relation.

Graphique 8 de 75-006-x

Description du graphique 8

Les données précitées montrent que de nombreuses personnes âgées veulent encore vivre en couple. Mais quand elles choisissent cette voie, sont-elles plus ou moins enclines à se remarier?

Lorsque les aînés s’engagent dans une deuxième union, il s’agit généralement, mais pas toujours, d’un mariage. Selon l’ESG de 2011, parmi les personnes âgées qui ont connu une deuxième union, 73 % ont opté pour le mariage et 27 % pour l’union libre, sans grande différence entre les hommes et les femmes.

Bien que le mariage reste la formule privilégiée par les aînés qui s’engagent dans une nouvelle union, l’union libre gagne en popularité dans les groupes plus âgés. Par exemple, dans la population âgée de 65 à 74 ans, le nombre de partenaires en union libre a augmenté de 61 % entre 2006 et 2011, comparativement à une croissance de la population de 15 % observé pour les conjoints mariés de ce groupe d’âgeNote17.

Par conséquent, même si l’union libre reste relativement peu fréquente dans la population âgée, le nombre d’aînés qui choisissent cette forme de relation est appelé à augmenter au cours des prochaines années. En 2011, 94 % des personnes âgées en couple étaient des conjoints mariés et 6 %, des partenaires en union libre. Parmi les futurs aînés, âgés de 55 à 64 ans, 12 % des personnes en couple étaient des partenaires en union libre. De plus, l’union libre est encore plus fréquente chez les jeunes adultes, particulièrement à la fin de la vingtaine.Note18

Conclusion

La plupart des personnes âgées vivent dans un contexte familial, généralement en couple. C’est d’ailleurs le cas d’une proportion plus forte de femmes aujourd’hui qu’il y a plusieurs décennies. Le fait de vivre dans un couple homogame au niveau de l’âge, combiné à l’augmentation de l’espérance de vie, pourrait contribuer au maintien des unions plus longtemps dans la vieillesse, ce qui peut avoir des conséquences sur les soins et le soutien donnés par les parents et amis, de même que sur diverses décisions comme le passage de la vie active à la retraite. La majorité des personnes âgées vivant en couple sont mariées : le nombre de partenaires en union libre est peu élevé, mais augmente rapidement surtout chez les personnes plus âgées qui, souvent, ont déjà été mariées. La proportion de personnes vivant dans des couples de même sexe, bien qu’elle soit faible chez les aînés actuels, est plus forte dans les générations futures d’aînés, aujourd’hui à la fin de la cinquantaine et au début de la soixantaine.

La plupart des aînés et des futurs aînés n’ont vécu qu’une seule union (antérieure ou actuelle), le mariage. Cependant, une part croissante de femmes et d’hommes âgés de 50 ans et plus sont divorcés ou séparés, et la part d’unions multiples chez les plus jeunes aînés et chez les futurs aînés est plus élevée que chez les plus âgés. Les femmes âgées sont plus susceptibles d’avoir connu une dissolution du premier mariage causée par le décès du conjoint, alors que le divorce et la séparation sont les causes les plus fréquentes de la dissolution du premier mariage chez les hommes âgés. La dissolution d’une union en raison d’un divorce survient généralement plus tôt dans la vie que la dissolution causée par la mort d’un conjoint, ce qui peut permettre aux aînés de former des unions subséquentes.

Les personnes âgées acceptent une gamme de plus en plus large de modalités de vie. On doit s’attendre à une diversité encore plus marquée une fois que les cohortes plus jeunes auront atteint la vieillesse. La diversification des situations dans le ménage et des expériences vécues est déjà manifeste dans le groupe des 55 à 64 ans. Des trajectoires familiales et des modalités de vie plus complexes peuvent accroître le nombre des membres des familles élargies – les enfants ou petits-enfants actuels ou passés issus d’une union antérieure, les belles-familles et leur parenté. Par conséquent, les aînés de demain pourraient connaître des expériences familiales et des trajectoires conjugales qui se démarquent de plus en plus de celles des aînés d’aujourd’hui.

Anne Milan est analyste principale à la Division de la démographie, Irene Wong est analyste à la Division de l’accès aux microdonnées et Mireille Vézina est analyste au Centre canadien de la statistique juridique de Statistique Canada.


Notes

  1. Fondé sur un scénario de croissance moyenne. Voir Statistique Canada. 2010. Projections démographiques pour le Canada, les provinces et les territoires, 2009 à 2036, produit no 91-520-X au catalogue.
  2. Voir Turcotte (2013a) et Sinha (2013).
  3. Voir Milan et Vézina (2011).
  4. Sont comprises toutes les personnes vivant dans des logements privés et collectifs au Canada. Sont exclues les personnes à l’extérieur du Canada, en affectation gouvernementale, militaire ou diplomatique. Le terme « personnes en ménage privé occupé » désigne des personnes ou des groupes occupant un même logement et n’ayant pas de domicile habituel ailleurs au Canada. La population dans les logements privés occupés est la même que la population dans les ménages privés. Le terme « personnes en logement collectif » désigne les personnes vivant dans un établissement commercial, institutionnel ou communautaire, comme un établissement de soins infirmiers ou un hôpital. Pour plus de renseignements sur les logements privés et collectifs, voir le Dictionnaire du Recensement de 2011, (Statistique Canada 2012).
  5. Voir Milan et coll. (2012).
  6. Voir Milan (2013).
  7. La population de 85 ans et plus est aussi parmi les groupes affichant les taux de croissance les plus élevés. Voir Martel et Ménard (2012).
  8. Globalement 6,9 % des personnes âgées de 65 ans et plus (7,9 % des femmes et 5,8 % des hommes) étaient des grands-parents qui cohabitaient avec au moins un petit-enfant, avec ou sans parents présents. De ces 314 400 grands-parents, 87,1 % vivaient dans un ménage multigénérationnel, et 12,9 % dans un ménage caractérisé par l’absence d’une génération.
  9. Les données de l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011 illustrent la diversité au sein de la population âgée; elles montrent notamment que la proportion d’aînés vivant avec des personnes apparentées est plus de deux fois plus élevée chez les immigrants (8,7 %) que dans le reste de la population (3,5 %). Chez les immigrants aînés qui sont arrivés entre 2006 et 2011, cette proportion s’établissait à 27,4 %. Dans la population âgée de 15 à 64 ans, la proportion de personnes vivant avec des parents était également supérieure chez les immigrants (2,7 %) que chez les non-immigrants (1,7 %), et plus forte encore (4,4 %) chez les immigrants de ce groupe d’âge arrivés au pays entre 2006 et 2011.
  10. L’analyse vise un petit nombre de couples de même sexe. Dans ces cas, une femme ou un homme du couple est identifié comme le conjoint ou le partenaire le plus âgé.
  11. En 2011, 31,9 % de tous les couples où les deux membres étaient âgés de moins de 65 ans comptaient un conjoint ou un partenaire de sexe masculin plus âgé. Parmi les couples ayant au moins un membre âgé de 65 ans et plus, 45,5 % comptaient un conjoint ou un partenaire de sexe masculin plus âgé. L’écart par groupe d’âge est plus mince dans les couples comptant une femme, conjointe ou partenaire, plus âgée : 6,4 % dans les couples où les deux membres avaient moins de 65 ans et 5,8 % dans les couples comptant au moins un conjoint ou un partenaire de 65 ans et plus.
  12. Voir Wu et Schimmele (2007).
  13. Voir Brown et Lin (2012).
  14. Voir Milan (2013).
  15. Aucun écart statistique significatif n’a été noté entre les aînés et les futurs aînés quant à la proportion de personnes ayant vécu deux mariages ou plus.
  16. Voir Ménard et Le Bourdais (2012) pour plus de renseignements sur les trajectoires conjugales.
  17. Les aînés n’optent pas tous pour les relations traditionnelles de vie sous un même toit. Certains adultes âgés choisissent la vie en couple chacun chez soi (VCCS); ce sont des personnes qui se considèrent comme vivant en couple, mais qui ne partagent pas le même domicile. Selon une étude récente fondée sur les données de l’ESG, 2 % des personnes âgées de 60 ans et plus étaient dans une relation de VCCS en 2011. Pour plus de renseignements sur les couples âgés dans une relation VCCS, voir Turcotte (2013b).
  18. Au Québec, cette forme d’union se taille déjà une place de plus en plus grande dans la vie conjugale des aînés : 11 % des aînés actuels et 23 % des futurs aînés qui vivaient en couple en 2011 étaient des partenaires en union libre (voir l’encadré Le Québec affiche une plus grande proportion de partenaires en union libre).

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