Établir un cadre pour l'environnement

17 avril 2013

Les séries chronologiques représentent l'exemple idéal de l'analyse statistique. Mesurer les mêmes choses de la même façon sur une longue période peut être une source d'observation privilégiée sur la nature et la portée des changements au fil du temps. Sommes-nous plus riches ou plus pauvres? Plus vieux ou plus jeunes? Achetons-nous plus ou moins?

Statistique Canada produit depuis longtemps des séries chronologiques de statistiques sociales, comme le recensement, et de statistiques économiques, comme le Système de comptabilité nationale.

L'organisme produit des statistiques environnementales depuis relativement peu de temps, mais il a tout de même élaboré une vaste gamme de produits visant l'environnement, tels que L'activité humaine et l'environnement et EnviroStats. Toutefois, Statistique Canada reconnaît qu'il y a encore beaucoup de travail à faire, et l'organisme s'apprête à déployer des efforts pour combler les écarts restants.

Après de vastes consultations, Statistique Canada a élaboré un cadre qui lui permettra d'adopter, pour les statistiques environnementales, une approche comparable à celle qu'il utilise depuis longtemps pour les statistiques économiques et sociales. Quel sera le résultat? « Statistique Canada passera d'un monde où l'on élabore des statistiques environnementales au cas par cas à un monde où l'on élabore des statistiques dans un cadre explicite, reposant sur des principes, des priorités et des méthodes de mise en œuvre convergents », déclare Robert Smith, directeur de la Division des comptes et de la statistique de l'environnement.

Pourquoi est-ce important? Il est important d'établir un cadre, puisque des données solides et dignes de foi constituent une source fondamentale pour comprendre l'environnement et pour élaborer des politiques visant à utiliser les ressources de façon judicieuse.

Capital naturel

Le concept de capital naturel constitue le fondement de l'exercice. En termes simples, le capital naturel considère l'environnement comme un ensemble de ressources générateur de biens et de services environnementaux. L'air pur et l'eau fraîche en sont de bons exemples.

Le capital naturel est un concept qui est déjà profondément enraciné dans la façon dont on perçoit le monde, déclare M. Smith. « Il est bon d'être en mesure d'adapter le même concept pour l'utiliser dans le domaine des statistiques environnementales. L'utilisation de concepts, de définitions et de termes communs permet de créer des ponts entre les domaines statistiques. Le cadre constitue un bon outil pour permettre aux gens qui ont des perspectives différentes de trouver un terrain d'entente. Le cadre devrait fournir de l'information d'intérêt tant pour l'écologiste que pour l'économiste. »

Les mesures économiques existantes, comme le PIB, ne tiennent pas complètement compte du fait que l'exploitation des ressources s'accompagne souvent de coûts en ce qui concerne le capital naturel. Par exemple, lorsqu'on extrait des ressources pétrolières, le montant qui reste pour utilisation future diminue. Lorsqu'on les transforme, il peut y avoir des répercussions sur la qualité de l'écosystème, accompagnées de répercussions connexes sur la santé des humains.

Grâce au cadre, nous pourrons mesurer l'évolution des actifs naturels du Canada tant sur le plan physique que pécuniaire, le cas échéant. Un élément important qu'apporte Statistique Canada est constitué par la possibilité d'intégrer les statistiques environnementales dans le système statistique général. C'est ici que la cohérence entre le cadre et les autres domaines statistiques s'avère précieuse.

Robert Smith et son équipe ont eu leur part de discussions philosophiques sur le cadre, notamment sur la question de faire de l'environnement une ressource pécuniaire ou des biens de consommation. En outre, il mentionne que le cadre a été largement accepté par les intervenants. Il offre un ensemble robuste, uniforme et cohérent de concepts qui s'appuie sur un large corpus d'ouvrages scientifiques — des qualités qu'un bon cadre statistique devrait être en mesure d'offrir.

Encore une fois, l'uniformité dans la collecte des données représentera un avantage considérable. « Nous aurons désormais une base à partir de laquelle nous pourrons créer une série chronologique cohérente de données qui seront utiles pour dresser un portrait plus vaste et plus cohérent. Nous disposerons également d'un ensemble de données environnementales compatibles avec d'autres données. Dans la mesure où l'histoire environnementale est également une histoire économique et sociale, nous pourrons faire ressortir de façon plus probante ses dimensions intersectorielles. »

Chef de file à l'échelle internationale

À bien des égards, Statistique Canada continue sa tradition bien établie en élaborant un cadre pour les statistiques environnementales. L'organisme a longtemps joué un rôle de premier plan à l'échelle internationale pour ce qui est des aspects conceptuel et pratique de l'élaboration des statistiques environnementales, et cette dernière initiative s'appuie sur ce bon renom. « Le Canada est l'un des premiers pays à élaborer un cadre explicite, à le rédiger et à le présenter à l'échelle internationale en disant "voici notre cadre" », déclare fièrement M. Smith.

Toutefois, le cadre qui existe aujourd'hui n'en est qu'à ses débuts. Il doit être élaboré et transformé en manuel opérationnel pour les statistiques environnementales, et ce processus nécessitera un certain temps. Les concepts représentent l'étape la plus facile — les mettre en vigueur de façon pratique constituera un défi.

Malgré ces défis, on planifie combler les principaux écarts de données dès que possible. À cette fin, un groupe de spécialistes se réunira en mai pour indiquer à l'organisme les domaines dans lesquels celui-ci devrait commencer à investir.

Comme pour tous les programmes statistiques, le nouveau cadre n'est pas gravé dans le marbre. Il évoluera au fil du temps, tout comme notre compréhension de l'environnement et de son lien avec l'économie et la société évolue. M. Smith s'attend à ce que, dans 20 ans, ses successeurs utilisent une version plus perfectionnée du cadre que celle qu'il a créée avec ses collègues. Il espère également que ses successeurs pourront clairement discerner, rétrospectivement, le moment où Statistique Canada s'est lancé sur le sentier menant à des statistiques environnementales plus uniformes et cohérentes.

Le mois prochain : Regards sur la société canadienne

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