Mobilité intergénérationnelle en éducation : l'achèvement d'études universitaires selon le niveau de scolarité des parents

par Martin Turcotte

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Introduction

Au Canada, comme ailleurs dans le monde, il existe une très forte corrélation entre la scolarisation des parents et celle de leurs enfants1. En effet, les jeunes adultes dont un ou deux parents ont terminé leurs études universitaires sont beaucoup plus susceptibles de terminer les leurs aussi. Les études ont même démontré que le niveau de scolarité des parents avait une incidence encore plus grande que leur niveau de revenu sur la probabilité des jeunes de poursuivre et de terminer des études universitaires2. Cette association existe aussi, quoiqu'elle soit moins prononcée, en ce qui a trait aux études collégiales ou à celles faites dans une école de métiers : les enfants dont les parents ont poursuivi de telles études sont plus susceptibles de suivre le même parcours scolaire que leurs parents.

Les facteurs qui permettent d'expliquer la corrélation qui existe entre la scolarité des parents et celle des enfants sont multiples. Tout d'abord, en ce qui a trait aux aspects financiers, les parents qui sont plus scolarisés ont aussi des revenus plus élevés. Comme les personnes très scolarisées ont tendance à former des unions avec un partenaire qui présente un profil éducationnel similaire3, les revenus et les avoirs familiaux en sont d'autant bonifiés. Ces ressources financières permettent notamment à ces parents d'épargner plus facilement et d'aider leurs enfants à financer leurs études postsecondaires. Cet avantage financier est d'autant plus réel pour les familles dont les femmes sont plus scolarisées. Lorsque ces femmes ont des enfants, elles en ont, en moyenne, un nombre moins élevé (ce qui leur permet donc d'allouer plus de ressources financières à chacun d'eux, de la petite enfance jusqu'aux études postsecondaires).

Afin de réduire l'inégalité des chances en éducation selon l'origine sociale, les gouvernements et diverses fondations offrent une aide financière aux jeunes qui ont la capacité d'entreprendre des études universitaires, mais qui proviennent de familles à plus faible revenu. En dépit de l'existence de cette aide, les jeunes provenant de milieux moins favorisés, dont moins de parents ont fréquenté le collège ou l'université, demeurent moins susceptibles de fréquenter l'université et d'obtenir un diplôme4. En effet, comme le démontrent plusieurs recherches canadiennes récentes, les contraintes financières (droits de scolarité ou manque de soutien financier) n'expliquent qu'en partie le peu de participation aux études universitaires des jeunes de ces familles5. Les facteurs culturels liés à la scolarisation des parents auraient une plus grande importance que l'aspect financier dans la poursuite des études de ces jeunes.

Par exemple, certains auteurs soulignent que les parents plus scolarisés fournissent à leurs enfants un environnement plus favorable à leur développement cognitif dès le plus jeune âge, qui se manifeste, entre autres, par de meilleures notes au secondaire6. D'ailleurs, il a été démontré que les enfants dont les parents étaient très scolarisés fournissaient des efforts plus soutenus et avaient des habiletés en lecture au secondaire supérieures à celles des enfants de parents moins scolarisés. Ces aptitudes importent beaucoup dans la poursuite et la réussite d'études postsecondaires7. Aussi, les parents titulaires d'un diplôme universitaire ont de plus grandes aspirations quant à la scolarisation de leurs enfants et ont plus tendance à les leur transmettre. Par exemple, selon une étude récente menée auprès d'élèves issus de familles à plus faible revenu qui poursuivent des études postsecondaires, ceux dont les parents avaient un diplôme universitaire étaient nettement plus susceptibles d'avoir su depuis toujours qu'ils voulaient continuer leurs études après le secondaire (environ 50 %, comparativement à 31 % pour ceux dont les parents n'avaient obtenu qu'un diplôme d'études secondaires)8.

Les conséquences de ces résultats de recherche sur les politiques sont nombreuses. Selon plusieurs spécialistes, bien que les mesures dont le seul objectif serait d'aider financièrement les jeunes de familles à plus faible revenu à accéder aux études postsecondaires et de les terminer soient importantes, elles ne seraient pas suffisantes pour améliorer l'égalité des chances9. Il faudrait en effet leur ajouter des politiques qui donnent accès aux enfants de parents moins scolarisés à des ressources dont ils sont peut-être privés et qui sont toutes reliées aux succès scolaires et à la poursuite d'études postsecondaires (meilleur accès à du matériel et à des activités culturelles, démonstration d'attitudes et de valeurs positives concernant l'utilité des études, etc.). En bref, si les causes de l'inégalité des chances en éducation sont multiples et complexes, un fait persiste : il existe un écart quant aux chances d'obtenir un diplôme universitaire entre les enfants qui proviennent de milieux familiaux où les parents ont obtenu un diplôme universitaire et les autres. Mais cet écart diminue-t-il?

Au cours des dernières décennies, la proportion de jeunes adultes titulaires d'un diplôme universitaire a progressé de façon substantielle. Mais qu'en est-il de l'évolution du degré d'association entre la scolarisation des parents et celle de leurs enfants? La forte progression de la scolarisation universitaire observée chez les jeunes adultes, particulièrement les femmes, se fait-elle au même rythme chez les jeunes issus de familles dont les parents ont un niveau de scolarité moins élevé?

Le but du présent article est de vérifier si on assiste, depuis quelques années, à une progression de la mobilité intergénérationnelle du point de vue de la scolarisation universitaire. Autrement dit, on se demande si les personnes qui proviennent de familles dont les parents n'ont pas terminé d'études universitaires sont elles-mêmes plus susceptibles d'en avoir terminé que ce n'était le cas il y a près de 25 ans et si l'écart qui les sépare des personnes dont les parents ont achevé des études universitaires a diminué au fil du temps.

Pour répondre à cette question, on fait appel aux données de 12 cycles différents de l'Enquête sociale générale couvrant la période allant de 1986 à 2009. L'analyse porte sur les personnes de 25 à 39 ans nées au Canada (pour plus de détails sur la méthodologie et les concepts, consulter : « Ce qu'il faut savoir au sujet de la présente étude »). Pour les personnes nées ailleurs qu'au Canada, des facteurs différents, probablement reliés aux caractéristiques sociales, culturelles et économiques du pays d'origine, peuvent influer sur la mobilité intergénérationnelle en éducation. D'autres études portent sur la mobilité en éducation des enfants d'immigrants10.

 

Ce qu'il faut savoir au sujet de la présente étude

L'Enquête sociale générale (ESG), qui est menée annuellement depuis 1985, a deux objectifs principaux : 1) rassembler des données sur les tendances sociales de manière à suivre l'évolution des conditions de vie et du bien-être des Canadiens et 2) fournir des renseignements sur des questions de politique sociale précises qui suscitent déjà ou qui susciteront de l'intérêt. La présente étude permet de répondre à ces deux objectifs. Afin de suivre l'évolution de la relation entre la scolarité des parents et celle de leurs enfants, on fait appel aux données de 12 années différentes : 1986, 1994, 1995, 1999, 2000, 2001, 2003, 2004, 2005, 2006, 2008 et 2009. Ces années correspondent à celles pour lesquelles on a recueilli des renseignements sur le niveau de scolarité atteint par les parents des répondants. Afin de faciliter l'interprétation des tableaux, les données sont présentées pour six cycles de l'ESG seulement. Le modèle de régression logistique prend néanmoins en considération les données des 12 cycles.

Le groupe d'âge retenu est celui des personnes de 25 à 39 ans. Habituellement, la plupart des personnes ont achevé leurs études à l'âge de 25 ans. Afin d'augmenter la taille des échantillons, on a élargi le groupe d'âge des 25 à 34 ans, utilisé dans plusieurs études, jusqu'à 39 ans. La taille des échantillons variait d'un cycle à l'autre, allant d'un minimum de 3 007 répondants en 1994 à 6 371 répondants en 1999. En 2009, soit la dernière année analysée, l'échantillon comptait 3 508 répondants, représentant 5,4 millions de personnes de 25 à 39 ans nées au Canada.

Les questions utilisées pour mesurer la scolarité des parents et celle des répondants n'ont pas varié de 1994 à 2009 (on demandait aux personnes de déclarer le plus haut niveau de scolarité qu'elles avaient atteint de même que le plus haut niveau de scolarité atteint par leur père et leur mère). En 1986, un ensemble de questions légèrement différentes ont été posées pour mesurer la scolarité des répondants, mais il demeurait facile de départager les titulaires d'un diplôme universitaire des autres.

Régression logistique

Afin de vérifier dans quelle mesure l'association entre la scolarisation des parents et celle des répondants s'est modifiée avec le temps, on a réalisé une analyse de régression logistique. Pour ce faire, on a regroupé les données des 12 cycles différents au sein d'une même base de données. Celle-ci comptait 55 700 observations.

Dans le modèle de régression logistique, la variable cycle est de type continu et prend une valeur contenue entre le maximum de 23 pour 2009 et le minimum de 0 pour 1986. Pour l'année 2008, par exemple, la variable cycle prend la valeur de 22, pour 2006, elle prend la valeur de 20, pour 2005, la valeur est de 19, et ainsi de suite. En créant une variable d'interaction entre la variable cycle et celle qui mesure la scolarité du parent, on est en mesure de déterminer si la force de l'association entre la scolarité parentale et la probabilité de détenir un diplôme universitaire a diminué ou non au cours de la période.

On a réalisé trois modèles : un pour l'ensemble des personnes de 25 à 39 ans, un pour les femmes de ce groupe d'âge et un autre pour les hommes.

La proportion de diplômés universitaires a plus que doublé de 1986 à 2009 chez les 25 à 39 ans

Mis à part la participation accrue des femmes au marché du travail, une des grandes transformations ayant marqué le dernier quart de siècle est la forte croissance des diplômés universitaires dans la population. Plus spécifiquement, alors qu'un peu moins de 15 % des personnes de 25 à 39 ans nées au Canada étaient titulaires d'un diplôme universitaire en 1986, cette proportion avait plus que doublé pour atteindre 31 % en 2009 (tableau 1).

Tableau 1 Pourcentage de personnes de 25 à 39 ans détenant un diplôme universitaire, 1986 à 2009Tableau 1 Pourcentage de personnes de 25 à 39 ans détenant un diplôme universitaire, 1986 à 2009

Cette hausse était cependant beaucoup plus marquée chez les femmes que chez les hommes. En 1986, les hommes étaient légèrement plus susceptibles d'être titulaires d'un diplôme universitaire que les femmes (respectivement 16 % et 13 % chez les personnes de 25 à 39 ans nées au Canada). En 2009, toutefois, le scénario était inversé : 37 % des femmes de ce groupe d'âge détenaient un diplôme universitaire, comparativement à 27 % des hommes (tableau 1).

En 2009, la probabilité d'être titulaires d'un diplôme universitaire était nettement supérieure pour les personnes dont au moins un des parents détenait un diplôme (56 %) que pour celles dont aucun des deux parents n'était diplômé universitaire (23 %) (tableau 1). L'écart était encore plus grand si on comparait les personnes dont les deux parents étaient titulaires d'un diplôme universitaire à celles dont les deux parents n'avaient obtenu qu'un diplôme d'études secondaires. Dans le cas des hommes, les proportions respectives de diplômés universitaires étaient de 67 % contre 20 % (Graphique 1).

Graphique 1 Chez les femmes de 25 à 39 ans dont les deux parents étaient diplômés universitaires, 77 % détenaient un diplôme universitaire en 2009Graphique 1 Chez les femmes de 25 à 39 ans dont les deux parents étaient diplômés universitaires, 77 % détenaient un diplôme universitaire en 2009

Lorsqu'un seul parent détenait un diplôme universitaire, le fait qu'il s'agisse du père ou de la mère avait une incidence sur le résultat des garçons (le diplôme du père étant plus fortement corrélé avec l'achèvement de leurs études universitaires). En effet, chez les garçons dont le père détenait un diplôme universitaire mais pas la mère, 46 % étaient diplômés universitaires. En comparaison, chez les garçons dont la mère détenait un diplôme universitaire, mais pas le père, la proportion correspondante était de 33 %. Chez les filles, le fait que ce soit le père ou la mère qui détienne le diplôme universitaire importait peu dans le fait d'obtenir son diplôme d'études universitaires (résultats non présentés).

On sait que de plus en plus de jeunes adultes ont des parents titulaires d'un diplôme univer­sitaire. Alors que 8 % des personnes de 25 à 39 ans avaient des parents titulaires d'un diplôme universitaire en 1986, cette proportion a augmenté sans interruption au cours de la période pour atteindre 26 % en 2009. Mais est-ce que les personnes dont les parents n'ont pas de diplôme universitaire sont plus susceptibles d'en obtenir un qu'elles ne l'étaient auparavant?

Les jeunes adultes dont les parents ont un niveau de scolarité moins élevé étaient plus susceptibles d'être des diplômés universitaires en 2009 qu'en 1986

Chez les personnes dont les parents n'étaient pas diplômés universitaires, la probabilité qu'elles détiennent un diplôme a pratiquement doublé de 1986 à 2009, soit de 12 % à 23 % (tableau 1). Chez celles dont au moins un parent détenait un diplôme universitaire, cette proportion a aussi augmenté mais de façon moins marquée, passant de 45 % en 1986 à 56 % en 2009, soit une proportion 1,25 fois plus élevée. Évidemment, lorsque le pourcentage au début de la période est bas, comme c'est le cas ici pour les personnes dont les parents n'ont pas de diplôme universitaire, une forte croissance est plus probable que lorsque la proportion initiale est plus élevée (comme c'est le cas pour les enfants de parents universitaires).

L'écart de la proportion de diplô­més selon le niveau de scolarité des parents, en points de pourcentages, est demeuré le même de 1986 à 2009 (soit une trentaine de points de pourcentage). Cependant, l'écart relatif a diminué. En 1986, la probabilité d'obtenir un diplôme universitaire était près de quatre fois plus élevée pour ceux dont les parents étaient titulaires d'un diplôme universitaire que pour ceux dont les parents ne l'étaient pas (45 % contre 12 %, soit un ratio de 3,8). En 2009, ce ratio a diminué puisqu'on dénombrait 56 % de diplômés universitaires chez les enfants d'universitaires, contre 23 % chez les autres (probabilité 2,4 fois plus élevée)11.

Afin de confirmer que l'inégalité du point de vue de la mobilité intergénérationnelle en éducation a diminué au fil du temps, on a créé un modèle de régression logistique. Celui-ci permet de vérifier cette hypothèse tout en tenant compte de certains facteurs ayant une incidence sur l'achèvement d'études universitaires et ayant changé dans le temps (en particulier l'incidence du sexe et l'augmentation généralisée de la proportion de personnes titulaires d'un diplôme universitaire). Étant donné que les personnes dont les parents sont nés ailleurs qu'au Canada sont plus susceptibles de détenir un diplôme universitaire (voir tableau 1), le modèle tient aussi compte du lieu de naissance des parents ainsi que de l'âge du répondant.

Les résultats de cette analyse confirment que l'écart relatif en ce qui a trait à l'achèvement d'études universitaires par les personnes dont les parents sont des diplômés universitaires et celles dont les parents ne le sont pas s'est atténué de 1986 à 2009 (tableau A.1). Les facteurs qui peuvent avoir concouru à cette légère diminution de l'inégalité sont complexes et probablement nombreux (changement de culture par rapport à la valeur de l'éducation universitaire, programmes de prêts et bourses, etc.); l'identification de ces facteurs n'est pas possible à l'aide des données disponibles et dépasse les objectifs de la présente étude. Notons aussi que malgré la légère diminution de l'inégalité, l'écart entre les deux groupes demeure sensible et une personne née de parents titulaires d'un diplôme universitaire a nettement plus de chances d'achever des études universitaires que les autres.

Chez les femmes dont les parents ne détiennent pas de diplôme universitaire, la part de celles qui en détiennent un a presque triplé de 1986 à 2009

L'augmentation du pourcentage de diplômés universitaires chez les personnes dont les parents n'ont pas terminé leurs études universitaires est principalement attribuable aux femmes. En effet, en 1986, parmi les femmes dont les parents n'avaient pas de diplôme universitaire, seulement 10 % d'entre elles en détenaient un. Cette proportion a bondi à 28 % en 2009, soit un pourcentage presque trois fois plus élevé. Chez les hommes, la progression a été beaucoup plus modeste, la proportion correspondante étant passée de 14 % en 1986 à 18 % en 2009 (tableau 1).

Ces résultats illustrent que la réduction de l'inégalité des chances du point de vue de l'achèvement des études universitaires est principale­ment attribuable aux femmes. Dans le cas des hommes, en 1986, la probabilité de terminer des études universitaires pour ceux dont les parents étaient titulaires d'un diplôme universitaire était 3,1 fois plus élevée que pour leurs homologues dont les parents n'étaient pas diplômés (42,5 % / 13,7 % = 3,1) (tableau 1). En 2009, ce ratio était légèrement moindre, soit de 2,8.

Le scénario était fort différent pour les femmes. En 1986, la probabilité de détenir un diplôme universitaire chez les femmes dont les parents avaient obtenu un diplôme universitaire était 4,6 fois plus élevée que la probabilité de celles ayant des parents avec un niveau de scolarité moins élevé. En 2009, la différence entre les deux groupes avait diminué sensiblement et le ratio entre les deux proportions n'atteignait plus que 2,2, (62 % / 28 % = 2,2) (tableau 1). Le tableau A.1 confirme ce résultat. Pour les femmes, le degré d'association entre le fait d'avoir des parents diplômés universitaires et le fait de détenir un diplôme universitaire diminue avec le temps. Pour les hommes, le résultat n'est pas statistiquement significatif.

La scolarisation des parents a une incidence moins grande pour les immigrants de deuxième génération que pour les personnes nées au Canada

Des études antérieures ont démontré que les enfants d'immigrants (deuxième génération) étaient proportionnellement plus nombreux à terminer des études universitaires que les enfants nés au Canada12. Les résultats de la présente étude sont conformes à ces conclusions. En 2009, 40 % des personnes de 25 à 39 ans avec au moins un parent né à l'étranger étaient titulaires d'un diplôme d'études universitaires, par rapport à 29 % de ceux dont les deux parents étaient nés au Canada. Cet écart est aussi manifeste en ce qui a trait à la langue, ceux ayant une langue maternelle autre que le français ou l'anglais étaient plus susceptibles d'être diplômés universitaires que les autres.

Les résultats de la présente étude permettent aussi de constater que pour les personnes dont au moins un des parents est né à l'étranger, l'origine sociale a une incidence moins déterminante sur les chances qu'elles achèvent des études universitaires (comparativement aux personnes dont les parents sont nés au Canada). Ces résultats sont conformes à ceux d'autres études sur la question13.

Par exemple, en 2009, parmi les personnes dont au moins un des parents était né ailleurs qu'au Canada, les proportions respectives de personnes détenant un diplôme universitaire étaient de 30 % pour celles dont les parents n'étaient pas diplômés universitaires et de 62 % pour celles dont au moins un parent était diplômé. Évidemment, il s'agit d'une proportion deux fois plus élevée pour les personnes issues de familles de parents titulaires d'un diplôme universitaire. Cependant, pour les personnes dont les deux parents étaient nés au Canada, l'écart relatif entre celles qui provenaient d'une famille où les parents avaient terminé des études universitaires et les autres était encore plus grand, respectivement 53 % et 21 %, soit une proportion 2,5 fois plus élevée. Le modèle statistique confirme ces résultats (tableau A.1). En bref, si le fait d'avoir des parents titulaires d'un diplôme universitaire augmente les chances d'être diplômé universitaire, cette incidence est moindre pour les immigrants de seconde génération.

Proportionnellement, le niveau de mobilité intergénérationnelle est relativement semblable aux États-Unis et au Canada

Les données les plus récentes de la General Social Survey américaine montrent des écarts très similaires à ceux enregistrés au Canada en ce qui a trait à la mobilité intergénéra­tionnelle en éducation. En effet, de la période de 2006 à 2008, parmi les Américains de 25 à 39 ans nés aux États-Unis et dont les parents étaient titulaires d'un diplôme universitaire, 56 % étaient eux-mêmes diplômés; il s'agissait de la même proportion que celle enregistrée au Canada en 200914. Chez ceux dont les parents n'avaient pas terminé d'études universitaires, le portrait était aussi similaire, avec environ le quart des Américains détenant un diplôme universitaire.

Cela étant dit, une étude a montré que le revenu du ménage jouait un rôle plus déterminant quant à la poursuite d'études universitaires aux États-Unis qu'au Canada. Plus spécifiquement, elle démontrait que la poursuite d'études universitaires était moins courante chez les étudiants à plus faible revenu et les membres des minorités visibles aux États-Unis que chez leurs homologues au Canada15. D'autres données montrent une relation plus forte aux États-Unis qu'au Canada entre le revenu des parents et les résultats des élèves au secondaire16.

Résumé

La progression des jeunes adultes ayant achevé des études univer­sitaires a été considérable au cours des 25 dernières années. Il y a une cinquantaine d'années à peine, seuls les membres d'une élite, ainsi que certains cas exceptionnels, pouvaient envisager de poursuivre des études universitaires. Les inégalités dans l'achèvement d'études universitaires selon l'origine familiale ont légèrement diminué au cours du dernier quart de siècle. En 1986, parmi les personnes de 25 à 39 ans nées au Canada et dont les parents n'avaient pas terminé d'études universitaires, seulement 12 % détenaient un diplôme universitaire. En 2009, cette proportion avait presque doublé et presque le quart (23 %) des personnes dans cette situation détenaient un diplôme universitaire. Étant donné cette progression, l'écart relatif qui les séparait des personnes dont les parents détiennent un diplôme universitaire a diminué de 1986 à 2009. Cela étant dit, les inégalités sont loin d'avoir disparu. Aujourd'hui encore, les personnes qui sont nées dans des familles au sein desquelles les parents sont diplômés de l'université sont nettement plus susceptibles de poursuivre de telles études que les autres.

Des différences entre les hommes et les femmes sont claires. Les femmes de 25 à 39 ans sont aujourd'hui plus susceptibles que les hommes du même groupe d'âge de détenir un diplôme universitaire. La progression a été particulièrement marquée chez celles dont les parents n'ont pas fait d'études universitaires : en 2009, 28 % d'entre elles étaient diplômées, comparativement à seulement 18 % des hommes dans la même situation. En ce sens, les femmes ont grandement contribué à réduire l'écart qui existe, au total, entre les personnes dont les parents sont diplômés universitaires et les autres.

Martin Turcotte est analyste principal à la Division de la statistique sociale et autochtone de Statistique Canada.

Tableau A.1 Régression logistique des facteurs associés aux chances de détenir un diplôme universitaire chez les personnes de 25 à 39 ansTableau A.1 Régression logistique des facteurs associés aux chances de détenir un diplôme universitaire chez les personnes de 25 à 39 ans


Notes

  1. ORGANISATION DE COOPÉRATION ET DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUES. 2010. « A family affair: intergenerational social mobility across OECD Countries », Economic Policy Reforms: Going for Growth, partie II, chapitre 5, p. 3 à 20.
  2. FINNIE, Ross, Richard E. MUELLER, Arthur SWEETMAN et Alex USHER. 2010. « Nouveaux points de vue en ce qui a trait à l'accès aux études postsecondaires », Questions d'éducation : le point sur l'éducation, l'apprentissage et la formation au Canada, vol. 7, produit no 81-004-X au catalogue de Statistique Canada.
  3. MARTIN, Laetitia et Feng HOU. 2010. « Elles partagent leur vie : femmes, tendances relatives aux unions et scolarité », Tendances sociales canadiennes, no 90, produit no 11-008-X au catalogue de Statistique Canada.
  4. Certains ont suggéré qu'un des facteurs qui pourraient aider à expliquer l'écart persistant en ce qui a trait à l'accès aux études supérieures selon l'origine familiale est le fait que les jeunes des familles à plus faible revenu, malgré la disponibilité de l'aide financière, doivent subir des difficultés financières plus importantes durant leurs études et après celles-ci (principalement parce que leurs parents ne peuvent pas faire de dons ou payer directement pour leurs études et qu'ils accumulent plus de dettes). La solution serait des bourses, plutôt que des prêts, destinés aux jeunes étudiants provenant de familles à faible revenu. Voir pour plus de détails : CARMICHAEL, Lorne et Ross FINNIE. 2008. « Family income, access to post-secondary education and student grants: why equal access requires more than loans », Who Goes? What Matters? Accessing and Persisting in Post-Secondary Education in Canada, publié sous la direction de R. Finnie, R.E. Mueller, A. Sweetman et A. Usher, Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, Queen's Policy Studies Series, p. 347 à 368.
  5. FINNIE, R., R.E. MUELLER, A. SWEETMAN et A. USHER. 2008. Who Goes? What Matters? Accessing and Persisting in Post-Secondary Education in Canada, Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, Queen's Policy Studies Series.
    Cependant, l'incidence des ressources financières familiales n'est pas nulle. Voir aussi : FRENETTE, Marc. 2007. Pourquoi les jeunes provenant de familles à plus faible revenu sont-ils moins susceptibles de fréquenter l'université? Analyse fondée sur les aptitudes aux études, l'influence des parents et les contraintes financières, Direction des études analytiques, documents de recherche, no 295, produit no 11F0019M au catalogue de Statistique Canada.
  6. Voir par exemple FINNIE et al. 2010.
  7. FINNIE, Ross et Richard E. MUELLER. 2008. « The backgrounds of Canadian youth and access to post-secondary education: new evidence from the Youth in Transition Survey », Who Goes? What Matters? Accessing and Persisting in Post-Secondary Education in Canada, publié sous la direction de R. Finnie, R.E. Mueller, A. Sweetman et A. Usher. Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, Queen's Policy Studies Series, p. 79 à 107.
  8. FINNIE, Ross, Stephen CHILDS et Andrew WISMER. 2010. When did you decide?, version 02-24-10, A MESA Project L-SLIS Research Brief, Toronto, Ontario, Canadian Education Project.
  9. Voir pour des exemples FINNIE, Ross, Marc, FRENETTE, Richard E. MUELLER et Arthur SWEETMAN. 2010. Pursuing Higher Education in Canada: Economic, social and Policy Dimensions, Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, Queen's Policy Studies Series.
  10. Par exemple, ABADA, Teresa, Feng HOU et Bali RAM. 2008. Différences entre les groupes dans les niveaux de scolarité des enfants d'immigrants, Direction des études analytiques, documents de recherche, no 308, produit no 11F0019M au catalogue de Statistique Canada.
  11. Il est à noter que la mobilité intergénéra­tionnelle telle que mesurée par le taux de diplomation universitaire d'une génération à l'autre ne tient pas compte de l'inflation possible de certains diplômes pour obtenir des emplois semblables. Il existe certes une proportion plus grande de diplômés, mais il ne s'agit pas nécessairement de mobilité intergénérationnelle qui amène davantage de revenus. Par ailleurs, il se peut que la progression de la mobilité intergénérationnelle varie selon les champs d'études. Il est cependant impossible de vérifier cette hypothèse avec les données de l'Enquête sociale générale.
  12. ABADA et al. 2008.
  13. Par exemple AYDEMIR, Abdurrahman, Wen-Hao CHEN et Corak MILES. 2008. Mobilité intergénérationnelle du niveau de scolarité chez les enfants des immigrants au Canada, Direction des études analytiques, documents de recherche, no 316, produit no 11F0019M au catalogue de Statistique Canada.
  14. La taille des échantillons de la General Social Survey américaine étant plus petite que celle de l'Enquête sociale générale canadienne, deux cycles de données ont été combinés pour produire ces estimations. Les poids d'enquête nécessaires à cette procédure sont fournis avec les données disponibles de la General Social Survey.
  15. FRENETTE, Marc. 2005. « L'accès aux études postsecondaires est-il plus équitable au Canada ou aux États-Unis? », Direction des études analytiques, documents de recherche, no 244, produit no 11F0019M au catalogue de Statistique Canada.
  16. Organisation de coopération et de développement économiques. 2010.
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