Description de l'actif, du passif, des capitaux propres et des ratios financiers

Le bilan de l’agriculture canadienne a pour objectif : d’enregistrer la valeur de l’actif des entreprises agricoles; de comptabiliser la valeur des dettes des entreprises agricoles; d’enregistrer la valeur de capitaux propres des entreprises agricoles; de présenter des ratios financiers standards qui sont fondés sur des estimations tirées des données du bilan et du compte de valeur ajoutée; d’utiliser le concept de l’établissement; de présenter l’information au 31 décembre, par province.

On a conçu quatre types de comptes de bilan pour le secteur agricole canadien afin de distinguer l’actif et le passif des entreprises agricoles de ceux des ménages des exploitants agricoles et des propriétaires non-exploitants. Ces derniers sont des personnes ou des entreprises dont les activités ne relèvent pas du secteur agricole mais de la location de biens de production aux exploitants agricoles.

Dans cette série, seules les données afférentes au bilan du secteur agricole (jeu 2) sont fournies parce que ce sont celles qui reflètent le plus adéquatement les éléments de l’actif utilisés dans la production agricole. Les autres comptes de bilan peuvent être communiqués sur demande. Voici les quatre jeux de bilans regroupés qui sont établis pour le secteur agricole canadien :

Jeu 1 - Le Bilan du secteur agricole et des ménages des exploitants agricoles comprend tous les éléments d’actif et de passif du secteur agricole sans égard à la propriété. Il traite les ménages des exploitants agricoles et les entreprises agricoles comme une seule entité. Il inclut également les biens immobiliers agricoles loués des propriétaires non-exploitants et l’encours de la dette relative à ces biens.

Jeu 2 - Le Bilan du secteur agricole a été conçu pour comptabiliser uniquement les éléments d’actif et de passif utilisés dans la production de produits agricoles. Il comprend notamment les biens immobiliers loués de propriétaires non-exploitants et l’encours de la dette relative à ces biens. Aussi inclus sont les automobiles, camions et autres machines agricoles loués aux agriculteurs. Il traite les ménages des exploitants agricoles et les entreprises agricoles comme des entités distinctes, de telle sorte que la partie personnelle des éléments d’actif et de passif détenus par les ménages en est exclue.

Jeu 3 - Le Bilan des entreprises agricoles et des ménages des exploitants agricoles reflète la situation des exploitants agricoles et inclut les éléments d’actif et de passif des entreprises agricoles et des ménages des exploitants agricoles. La valeur des biens immobiliers agricoles donnés en location aux exploitants agricoles par les propriétaires non-exploitants et l’encours de la dette relative à ces biens ne figurent pas dans ce bilan.

Jeu 4 - Le Bilan des entreprises agricoles des exploitants agricoles a été conçu pour comptabiliser uniquement la partie des éléments d’actif et de passif détenue par les exploitants agricoles. Il exclut les éléments d’actif et de passif des propriétaires non-exploitants et des ménages des exploitants agricoles.

Pour la composition du bilan, on suit celle qui est recommandée dans le Manuel d’uniformisation de la comptabilité agricole, publié par le Comité d’uniformisation de la comptabilité agricole, Société du crédit agricole, (1991). Certaines définitions et certains commentaires concernant les concepts et les ratios furent également tirés de ce manuel.

L’analyse au moyen de ratios est un outil financier servant à la gestion et à l’analyse d’une entreprise. Toutefois, pour réaliser une analyse financière appropriée, il faut recourir à d’autres types d’analyse. Il est donc peu judicieux pour une entreprise de se fier uniquement à l’analyse des ratios pour évaluer sa situation financière. Les quatre principaux types de ratios calculés sont : liquidité, solvabilité, rentabilité et efficacité financière.

Les ratios qui figurent dans les tableaux ont été calculés pour l’ensemble du secteur agricole. Il est à noter que la valeur cible et la valeur réelle de ces ratios varient considérablement selon le type d’activités agricoles (élevage du bétail, production végétale, horticulture, etc.).

Lorsqu’on calcule et analyse les ratios financiers, on doit prêter une attention particulière à la méthode d’évaluation de l’actif, au type d’entreprise et à sa taille, ainsi qu’au cycle des affaires et à l’information nécessaire à la préparation de ces ratios. Ces ratios prennent toute leur signification lorsqu’ils sont comparés d’une année à l’autre. Pour de plus amples renseignements concernant le calcul et l’analyse des ratios financiers, veuillez vous reporter au document intitulé Manuel d’uniformisation de la comptabilité agricole.

Les utilisateurs doivent être particulièrement prudents lorsqu’ils recourent aux estimations des données sur les comptes débiteurs, les liquidités, les obligations et l’épargne dans les provinces du Manitoba, de la Saskatchewan, de l’Alberta et de la Colombie- Britannique. Dans ces provinces, les estimations des liquidités, des obligations et de l’épargne peuvent tenir compte des recettes différées sur les céréales, alors qu’ailleurs ces recettes sont généralement comptabilisées au poste comptes débiteurs. Toutefois, cela ne devrait avoir aucune incidence sur les estimations agrégées de l’actif à court terme.

L’actif à court terme comprend les éléments d’actif qui, dans le cours normal des activités de l’entreprise, peuvent être convertis en espèces ou absorbés dans le processus de fabrication en moins d’une année. L’actif à court terme comprend : les liquidités, les obligations et l’épargne; les comptes débiteurs; et les stocks.

Les comptes débiteurs sont des sommes que les entreprises agricoles doivent recouvrer, habituellement par suite de la vente de biens ou de services tels les céréales, le bétail et les travaux à forfait.

Les stocks sont des éléments de biens corporels qui sont destinés à la vente dans le cours normal des activités de l’entreprise ou en cours de fabrication pour devenir des produits destinés à la vente, ou encore, utilisés directement dans la production de biens ou de services. Les stocks sont composés de la volaille et des animaux de marché; des cultures; et des intrants.

La volaille et les animaux de marché englobent notamment le poulet, le dindon, les génisses de boucherie, les bouvillons, les veaux, les porcs autres que les verrats ou les truies, et les moutons destinés à être vendus.

Les cultures comprennent le blé à l’exclusion du blé dur, le blé dur, l’avoine, l’orge, le seigle, le maïs, le lin, le canola, le soya, les graines de moutarde, l’alpiste des Canaries, les graines de tournesol, les pois secs, les pois chiches, les lentilles, le tabac et les pommes de terre.

Les intrants sont composés des aliments pour animaux, des semences, des engrais, des produits chimiques, du carburant et d’autres fournitures utilisées par les entreprises agricoles.

Avant 1991, l’actif détenu par les ménages comprend notamment le mobilier et les appareils électriques. La partie de cet actif, utilisée par l’entreprise agricole, fait référence au matériel de bureau.

Le quota correspond essentiellement à l’octroi d’un permis ou à un droit de vendre une quantité précise d’un produit spécifique. Ce droit est régi par les offices de commercialisation. Certains quotas (tels que les quotas de lait) sont transférables et, par conséquent, se voient attribuer une valeur. Dans les provinces où les quotas sont négociés, la valeur de ces quotas reflète la valeur marchande actuelle. Dans les provinces où le transfert des quotas est interdit, la valeur de ces quotas est incorporée implicitement dans la valeur des immobilisations de l’exploitation agricole, étant donné qu’une partie de la valeur du quota est normalement capitalisée sous forme d’immobilisations.

Les animaux de reproduction se composent d’animaux qui sont élevés aux fins de la reproduction ou de la production de produits d’origine animale. Les animaux de reproduction comprennent les taureaux, les vaches laitières, les vaches de boucherie, les génisses d’élevage laitier, les génisses de remplacement pour la production bovine, les verrats, les truies, les béliers, les brebis et les agneaux de remplacement. Tous les animaux à fourrure élevés sur des fermes sont aussi inclus, puisqu’au 31 décembre la grande majorité, sinon tous, sont des géniteurs.

Les machines comprennent les automobiles, les camions et autres machines dont les instruments aratoires, le matériel utilisé pour le semis, la fertilisation, l’application des produits chimiques, la récolte et la fenaison, l’équipement de laiterie et celui servant à la volaille et au bétail et divers autres éléments. À partir de 1991, les ordinateurs et autre matériel de bureau utilisés en affaires de l’entreprise agricole sont inclus avec les autres machines.

Les immobilisations agricoles se divisent en trois composantes : les terres, les bâtiments de ferme et les maisons. La valeur des terrains comprend tous les terrains agricoles exploités par les exploitants agricoles. La valeur des bâtiments de ferme comprend tous les bâtiments agricoles autres que les maisons. La valeur des maisons comprend tous les logements agricoles occupés par les exploitants agricoles.

Les autres éléments de l’actif immobilisé comprennent les placements à long terme, ainsi que les soldes d’Agri-investissement (ayant débuté en 2008). Avant la fin des programmes en 2007, et la fermeture subséquente de tous les comptes des producteurs en 2009, les soldes du Compte de stabilisation du revenu net (CSRN) et, au Québec, du Compte de stabilisation du revenu agricole (CSRA) étaient également inclus. Cette série débute en 1991.

L’actif total se compose de tous les biens corporels et incorporels ayant une valeur économique au 31 décembre. Il correspond à la sommation de l’actif à court terme, des quotas, des animaux de reproduction, des machines, des immobilisations agricoles et des autres éléments de l’actif immobilisé.

Le passif à court terme comprend les dettes payables dans l’année en cours : par exemple, les dettes et les billets exigibles au cours d’une période inférieure à un an.

Le passif à long terme, dont la période de remboursement est supérieure à un an à compter de la date du bilan, comprend les prêts hypothécaires et les prêts que les exploitants agricoles ont contractés auprès de divers prêteurs pour l’achat d’équipement. Ces prêts sont accordés notamment par les banques à charte, le Financement agricole Canada, la Banque de développement du Canada, les coopératives de crédit, les bureaux régionaux du Trésor, les organismes fédéraux et provinciaux, les compagnies d’assurance, les sociétés de fiducie et de crédit, les sociétés approvisionneuses, des particuliers, les programmes de paiements anticipés et ceux en vertu de la Loi sur les terres destinées aux anciens combattants.

Le passif total comprend toutes les opérations effectuées antérieurement par une entreprise, qui l’obligeront plus tard à verser des sommes d’argent. Le passif total correspond à la somme du passif à court terme et du passif à long terme.

Les capitaux propres font référence à la participation du ou des propriétaires dans l’entreprise. Il correspond à la différence entre l’actif total et le passif total; il représente la partie de l’actif de l’entreprise détenue par les exploitants. L’avoir est augmenté de l’apport net des propriétaires à l’actif de l’entreprise et des bénéfices nets cumulés. Les capitaux propres étant par définition un élément résiduel, toute variation dans la valeur de l’actif et du passif entraînera un changement proportionnellement plus grand de la valeur de l’avoir.

La liquidité mesure la capacité de l’entreprise à s’acquitter de ses dettes lorsqu’elles deviennent exigibles. Trois ratios de liquidité sont calculés à l’aide des valeurs du bilan : le ratio du fonds de roulement, le ratio de trésorerie et le ratio de la structure financière.

Le ratio du fonds de roulement mesure la capacité de l’entreprise à s’acquitter de ses dettes lorsqu’elles deviennent exigibles, sans que ses activités normales en soient perturbées. Si le ratio du fonds de roulement est supérieur à 1, on considère que l’entreprise possède suffisamment de liquidités; un ratio inférieur à 1 peut révéler un problème éventuel de liquidités. Il est à noter qu’une position favorable en matière de liquidités peut fournir des informations erronées quant au niveau d’excédent de l’actif à court terme sur les dettes à court terme étant donné qu’une partie importante de l’actif à court terme peut être constituée de stocks difficiles à convertir en espèces. De même, la valeur du ratio peut varier en fonction du cycle de production, c’est-à-dire que les résultats obtenus peuvent différer énormément en fonction de certains facteurs : par exemple, un ratio qui est calculé lorsque les inventaires sont très élevés, comme c’est le cas à l’automne, diffère de celui qui est calculé au printemps, lorsque les inventaires sont relativement épuisés. Ce ratio ne permet pas non plus de prédire à quelle période se produisent les mouvements de l’encaisse ni s’ils sont appropriés.

Le ratio de trésorerie constitue une variante du ratio du fonds de roulement et vise à éliminer certains désavantages qui résultent de l’utilisation du ratio du fonds de roulement. Le ratio de trésorerie correspond au quotient de l’encaisse, des titres négociables et des comptes débiteurs par le passif à court terme. L’exclusion des stocks de ce calcul permet d’obtenir une évaluation du niveau de liquidités « immédiat » des entreprises agricoles. Un ratio de trésorerie égal à 1 indique que l’entreprise a suffisamment de disponibilités (actif) pour couvrir les dettes à court terme. La valeur cible du ratio varie toutefois en fonction du type d’activités agricoles : par exemple, la valeur cible du ratio pour des activités laitières sera différente de celle désirée pour des activités céréalières. Ce ratio ne permet pas non plus de prédire à quelle période se produisent les mouvements de l’encaisse ni s’ils sont appropriés.

Le ratio de la structure financière mesure la part du passif à court terme par rapport au passif total. Ce ratio, combiné au ratio du fonds de roulement, renseigne sur le niveau de solvabilité d’une entreprise. Un ratio de structure financière élevé peut révéler des problèmes de solvabilité. Toutefois, ce n’est pas toujours le cas, en particulier si les dettes à long terme des entreprises agricoles sont relativement faibles : le problème de solvabilité est alors inexistant. Par conséquent, au moment d’analyser ce ratio, on doit tenir compte du montant de l’endettement et des mouvements d’encaisse des entreprises agricoles.

La solvabilité fait référence aux mesures financières qui permettent d’évaluer le niveau d’endettement d’une entreprise par rapport au montant de capital qui y a été investi. On calcule trois ratios de solvabilité à partir des données du bilan : le ratio de levier, le ratio d’autonomie financière et le ratio d’endettement. Ces différents ratios déterminent le niveau de risque encouru par les investisseurs, que ce soit les créanciers ou les exploitants; le risque est proportionnel au niveau d’endettement.

Le ratio de levier correspond à la valeur du passif par dollar de capitaux propres. Il mesure la part des capitaux empruntés dans le financement de l’entreprise par rapport à la part des capitaux propres. Plus le ratio est élevé plus la part du financement par emprunt est importante. Un ratio de levier égal à 0,5 indique par exemple que le financement par capitaux propres de l’entreprise agricole est deux fois plus élevé que le financement par emprunt. Plus la valeur du ratio est élevée plus le financement de l’entreprise est effectué par emprunt, et plus le risque s’accroît. La valeur cible pour le ratio est fonction du bénéfice dégagé par l’entreprise agricole et d’autres facteurs tels que le risque associé à la production : les entreprises agricoles qui affichent de fortes variations au niveau du bénéfice ou encore qui présentent des risques élevés désireront un ratio inférieur.

Le ratio d’autonomie financière représente la valeur des capitaux propres par dollar d’actif total. Il mesure la part de l’actif total qui est financée par les capitaux propres plutôt que par emprunt. Plus la valeur du ratio est élevée, plus les propriétaires participent au financement de l’actif de l’entreprise comparativement aux créanciers.

Le ratio d’endettement, représenté par le quotient du passif total par l’actif total, permet d’évaluer l’importance du levier financier utilisé par l’entreprise, ou encore la part de l’actif total financée par emprunt. Plus la valeur de ce ratio est élevée, plus le risque financier est grand.

La rentabilité fait référence à la capacité d’une entreprise à réaliser un bénéfice en utilisant ses ressources. Les ratios de rentabilité sont obtenus au moyen des données du bilan et du compte de valeur ajoutée. Il convient d’établir une relation entre ces deux comptes étant donné qu’ils sont liés conceptuellement et méthodologiquement. Trois ratios de rentabilité sont calculés : le ratio de rotation des capitaux, le rendement de l’actif et le rendement des capitaux propres.

Le ratio de rotation des capitaux évalue la capacité de l’entreprise à utiliser efficacement son actif pour produire un bénéfice. Plus la valeur du ratio est élevée plus l’entreprise utilise efficacement son actif. La valeur cible du ratio de rotation des capitaux varie fortement en fonction du type d’activités agricoles. Il est à noter que le ratio établit une comparaison entre une période de temps et un point précis dans le temps, c’est-à-dire, les produits se rapportent à une période comptable précise tandis que l’actif total correspond à un moment précis de cette période. Par conséquent, l’analyse du ratio peut induire en erreur lorsque l’actif total subit des fluctuations importantes à la hausse ou à la baisse au cours de la période comptable.

Le rendement de l’actif constitue une mesure du rendement du capital investi, c’est-à-dire qu’il reflète le bénéfice par dollar de capitaux propres et de capitaux obtenus par emprunt. Plus la valeur du ratio est élevée plus grand est le rendement de l’actif.

Le rendement des capitaux propres mesure le rendement des capitaux investis par le propriétaire dans son entreprise, c’est-à-dire qu’il reflète uniquement le rendement par dollar de capitaux propres.

La valeur du travail non rémunéré des familles et des exploitants n’étant pas estimée, cette situation peut influer sur l’utilité et le calcul du rendement de l’actif et du rendement des capitaux propres. Il est préférable de ne pas comparer ces derniers ratios à d’autres ratios de rendement de l’actif et de rendement des capitaux propres sauf si on a eu recours à la même méthode de calcul. De même, ces ratios ne tiennent pas compte des gains en capital non matérialisés qui peuvent être inclus dans la valeur d’éléments d’actif tels que les terres agricoles. Plus le ratio du rendement des capitaux propres est élévé, plus le rendement des investissements est grand. Toutefois, une valeur élevée de ce ratio peut signifier un recours plus marqué au financement par emprunt. Ce ratio doit donc être analysé à la lumière d’autres ratios.

Pour les ratios du rendement de l’actif et du rendement des capitaux propres, les rendements obtenus reflètent les différents bilans. Dans le cas des jeux 1 et 2, qui incluent les biens des propriétaires non-exploitants, le rendement tient compte du loyer versé à ces derniers. Dans le cas des jeux 1 et 3, qui enregistrent la part personnelle de l’actif détenue par les ménages, les salaires perçus par les ménages sont inclus dans le rendement.

L’efficacité financière fait référence à la capacité d’une entreprise à utiliser efficacement ses ressources.

Le ratio de couverture de l’intérêt est le ratio auquel on a le plus souvent recours lorsqu’on désire établir dans quelle mesure l’entreprise peut rembourser les intérêts sur sa dette. À l’instar des ratios du rendement de l’actif et de l’avoir des propriétaires, le ratio de couverture de l’intérêt obtenu reflète si on a tenu compte ou non des propriétaires non-exploitants et de la part personnelle de l’actif détenue par les ménages.

Hé-coutez bien! Épisode 31 - La crise du bonheur au Canada (et pourquoi ce n'est pas tout noir)

Date de diffusion : le 9 avril 2026

Nº de catalogue : 45-20-0003
ISSN : 2026003

La crise du bonheur au Canada (et pourquoi ce n'est pas tout noir)

Écoutez « Hé-coutez bien! » sur :

Tout le monde veut être heureux, mais dans quelle mesure les Canadiens sont-ils heureux? Dans l’épisode du balado Hé-coutez bien! joignez-vous aux experts en qualité de vie de Statistique Canada et d’Engage Nova Scotia afin d’explorer l’importance des programmes portant sur la qualité de vie et ce qu’ils nous révèlent sur notre bien-être.

Animatrice

Annik Lepage

Invités

Travis Facette, Danny Graham (Narration par Yves Gilbert)

Écoutez

Hé-coutez bien! Épisode 31 - La crise du bonheur au Canada (et pourquoi ce n'est pas tout noir) - Transcription

Transcription

Bienvenue à Hé-coutez bien! un balado de Statistique Canada, où nous rencontrons les personnes derrière les données et découvrons les histoires qu'elles révèlent. Je suis votre animatrice, Annik Lepage.

Vous est-il déjà arrivé de demander au hasard à quelqu'un s'il est heureux dans la vie ? Eh bien, en préparant cet épisode, j'ai commencé à faire exactement ça. Et laissez-moi vous dire que c'est une drôle de question à poser à l'improviste. Les gens vous regardent un peu bizarrement — et c'est tout à fait compréhensible. En apparence, c'est une question simple et inoffensive, mais elle touche profondément à nos sentiments personnels.

Les gens voulaient savoir pourquoi je posais la question, et je n'avais pas vraiment de bonne raison à leur donner. Mais je ne suis pas la seule à m'intéresser à la satisfaction à l'égard de la vie des Canadiens. Le domaine de la qualité de vie prend de l'ampleur auprès des chercheurs. Et ici, à Statistique Canada, mes collègues du Programme de la statistique de la qualité de vie racontent une histoire fascinante sur les niveaux actuels de bien‑être et de satisfaction à l'égard de la vie déclarés par les Canadiens.

Aujourd'hui, je me suis entretenue avec Travis Facette, un analyste au Programme de la statistique de la qualité de vie ici à Statistique Canada, ainsi qu'avec Danny Graham, chef de l'engagement à Engage Nova Scotia, un organisme sans but lucratif établi à Halifax et voué à l'amélioration de la qualité de vie, du bien‑être et de la résilience de tous les résidents de la Nouvelle‑Écosse.

Je leur ai demandé ce que les plus récentes données révèlent sur notre niveau de bonheur. Je leur ai aussi demandé d'expliquer comment on mesure la satisfaction à l'égard de la vie alors que chacun peut en avoir une définition différente. Enfin, j'ai voulu savoir comment les données de leurs équipes sont utilisées concrètement pour améliorer notre qualité de vie.

Sans plus tarder, voici notre conversation.

Annik: Bonjour Travis. Merci d'être avec nous aujourd'hui. Pourriez-vous nous dresser le tableau? Qu'est-ce que les chercheurs comme vous et votre équipe observent en ce moment du côté de la qualité de vie, du bien-être et de la satisfaction à l'égard de la vie?

Travis: Certainement, avec plaisir. Je suis heureux d'être ici.

Je vais commencer par dire que nous suivons le pourcentage de Canadiens qui déclarent un niveau élevé de satisfaction à l'égard de la vie, et les données nous montre que ce pourcentage diminue au Canada. Il est toujours le cas qu'environ la moitié des Canadiens déclarent encore une grande satisfaction à l'égard de la vie. Mais on observe que de l'été 2021 au printemps 2025, la satisfaction à l'égard de la vie a reculé d'une moyenne de 2,2 points de pourcentage par année. C'est assez notable.

Mais nous avons également constaté un lien étroit entre cette diminution de la satisfaction à l'égard de la vie et l'abordabilité. Au printemps 2025, seulement 28 % des Canadiens qui ont déclaré avoir des difficultés financières ont indiqué un niveau élevé de satisfaction à l'égard de la vie – environ une moitié du pourcentage des personnes qui n'avaient pas ces difficultés.

Annik: Oui, en effet. Ces résultats sont significatifs. Mais, je doute qu'ils surprennent beaucoup de Canadiens. En vous écoutant, je me disais que c'était le vécu de bon nombre d'entre nous.

J'ai le sentiment qu'en entendant certains chiffres que vous nous donnerez aujourd'hui, les gens vont se dire : « Oui, cela correspond assez bien à ma vie dernièrement ». Danny, j'aimerais vous faire intervenir maintenant. Pourriez-vous nous dire ce que ces sujets vous évoquent? On parle de qualité de vie, de bien-être, de satisfaction à l'égard de la vie et de bonheur.

Tout cela est un peu subjectif, et je me demande ce que ces termes veulent dire pour vous, dans le cadre de votre travail et aussi sur le plan personnel.

Danny: Il y a beaucoup à dire sur le sujet, mais je vais vous donner une idée générale. Selon moi, cela ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. L'expérience de chacun est unique; elle varie selon que vous êtes sans domicile, ou que vous pouvez mettre de la nourriture sur la table, ou encore que vous avez tous les biens matériels, mais que vous vous sentez seul et n'avez pas l'occasion de nouer de bonnes relations avec les gens qui vous entourent. Merci pour la question. Pour moi, il s'agit d'avoir une bonne relation avec soi-même, d'entretenir des liens solides avec les gens qui nous entourent et de faire humblement partie du monde naturel, qui regorge de richesses. Et si ce monde pouvait nous parler, il nous dirait probablement que nous ne remplissons pas notre part du marché pour ce qui est de vivre une vie forte, heureuse et harmonieuse dans l'écosystème dans lequel nous nous trouvons.

Annik: Je vois. Nous avons appris dans cet épisode que StatCan produit de nouvelles données dans le domaine de la qualité de vie. Ça, c'est à l'échelle nationale. Qu'en est-il à l'échelle régionale? Pour vous, à Engage Nova Scotia, que montrent les dernières données que vous avez produites?

Danny: Tout a commencé par une enquête menée auprès des habitants de la Nouvelle-Écosse. Une invitation envoyée par la poste pour participer à une enquête de 230 questions sur huit domaines liés au bien-être. Ces domaines peuvent être ventilés en fonction de ce à quoi ils renvoient. Et nous nous sommes vite réjouis du nombre de réponses et des récits partagés.

Ce sont en fait les récits qui ressortent des réponses provenant de notre ensemble de données de 2019. Nous avons donc reçu près de 13 000 réponses à ces 230 questions.

Danny: Et les enjeux qui attirent le plus notre attention, mais dont on ne parle pas, concernent les liens sociaux. La confiance, la solitude, les amitiés sont absolument essentielles au bien-être des gens. Ce qui est également ressorti de l'ensemble de données que nous avons créé, c'est que les liens avec le monde naturel sont fondamentaux pour notre bien-être. Et le sentiment de séparation par rapport au monde naturel est l'un des principaux facteurs à l'origine de la diminution de la satisfaction à l'égard de la vie, de la détérioration de la santé mentale et des problèmes connexes.

Annik: Travis, nous savons bien évidemment à quel point il est important de faire des recherches sur ces sujets-là. Je suis curieux de savoir comment on les mesure exactement. Des concepts comme la qualité de vie, le bien-être et la satisfaction à l'égard de la vie me semblent difficiles à suivre ou, du moins, à mesurer précisément en raison de leur subjectivité. Je sais que vous en avez parlé un peu au début. Vous avez mentionné qu'il existe aussi des mesures objectives. Mais, pour revenir aux mesures subjectives, je suis curieux de savoir comment on arrive à les mesurer.

Travis: Certainement, les mesures subjectives sont vraiment fascinantes pour les chercheurs et les analystes, et nous essayons de trouver la meilleure façon de les mesurer. Et le bonheur est l'un de ces principaux concepts subjectifs, et c'est l'une des idées centrales dans le Cadre de la qualité de vie. Il ne reflète pas seulement ce que les gens possèdent, mais aussi comment ils se sentent.

Alors, comment mesurer ce genre de chose? De notre côté, nous utilisons la question de la satisfaction à l'égard de la vie. C'est une question assez simple, mais en même temps, il est vraiment puissant. On demande aux gens d'évaluer comment ils se sentent à l'égard de leur vie de manière générale. On utilise une échelle de 0 à 10, où 0 correspond à « très insatisfait » et 10, à « très satisfait ».

Quand on pose la question à suffisamment de personnes, on obtient une mesure très précise du bonheur en général. Cela nous permet de mesurer à l'échelle d'une communauté, d'une province ou du pays, et nous pouvons également comparer les changements au fil du temps.

Annik: C'est intéressant. Et quelles sont certaines des limites rencontrées au moment de réaliser cette nouvelle étude de Regards sur la société canadienne? Parce qu'évidemment, la subjectivité est une variable, mais quelles sont les autres difficultés que vous avez eues?

Travis: Absolument. Nous savons que la mesure du bonheur n'est pas une mesure parfaite. Il y a des défis associés à ce genre de mesure subjective. Les gens interprètent ce genre de question différemment, selon leur culture, leur personnalité ou même le type de journée qu'ils sont en train de passer.

C'est pourquoi nous ne comptons pas uniquement sur cette mesure. Nous la combinons avec d'autres indicateurs. Donc, comme je l'ai dit, il n'y a pas un seul indicateur dans le cadre. Il y a beaucoup d'éléments interconnectés qui entrent en jeu, et c'est cette approche globale qui nous permet de dresser un tableau.

Annik: C'est vraiment bon à savoir. Parce que quand j'ai lu l'étude, je me suis dit : « On mesure le bonheur d'une personne, mais cette personne n'avait peut-être pas encore bu son café au moment de répondre à la question ». J'ai l'impression qu'on pourrait interroger une même personne chaque jour, voire chaque heure de la journée, et obtenir une réponse complètement différente.

Donc, c'est intéressant de savoir cela. Danny, de mon point de vue de non-spécialiste, dans les nouvelles, quand on parle de qualité de vie et de choses de ce genre, c'est toujours centré sur la crise du logement et la crise de l'abordabilité. Et, bien sûr, tous ces sujets économiques et concrets sont très importants.

Je ne veux pas du tout les minimiser. Mais, comme vous l'avez dit, des sujets comme le lien avec la nature et les liens avec les autres ne sont pas nécessairement les plus sensationnels à traiter et ils sont souvent négligés. Il y a une autre question que je voulais vous poser : En dehors du fait que nous devions faire face à un coût de la vie très élevé ces temps-ci, nous le ressentons tous.

Doit-on simplement traverser cette crise économique? La vie va-t-elle ensuite reprendre son cours? Le bien-être va-t-il augmenter à nouveau? La satisfaction à l'égard de la vie va-t-elle remonter? Ou est-ce plus compliqué que cela? Il me semble que vous venez d'aborder le sujet, mais pourriez-vous nous en dire davantage?

Danny: J'aimerais d'abord m'assurer que j'ai bien compris certains points que vous avez mentionnés concernant les sujets qui font la une. Et vous avez tout à fait raison, une bonne vie ne se résume pas seulement à une question d'argent, même si, pour certains, c'est effectivement une question de finances et de toit au-dessus de la tête.

C'est un point très intéressant et on parle beaucoup de l'abordabilité. Mais, selon nos recherches, nos données et ce qui ressort de nos outils, les personnes les plus touchées par la question de l'abordabilité sont celles qui ne gagnent pas un salaire décent. Donc, toutes les personnes qui gagnent un revenu d'une quarantaine de milliers de dollars ou moins connaissent un niveau de difficulté complètement différent de celui du reste de la population dans tous les domaines observés. Et, les personnes qui se trouvent dans une situation de logement précaire, elles aussi, rencontrent souvent le même problème. Tout commence souvent par un bon logement, en particulier pour les familles monoparentales, par exemple, qui sont souvent des locataires sur plusieurs générations, qui n'ont pas la chance d'avoir des occasions comme celle de faire des études supérieures. Des éléments qui sont en fait des leviers supplémentaires importants pour mener une vie de qualité.

Donc, les choses vont-elles redevenir comme avant une fois que nous aurons traversé cette crise? Honnêtement, cela va dépendre des choix que nous faisons. Et, de notre point de vue, cela va dépendre, si nous nous posons les bonnes questions, si l'on considère que le seul problème, et c'est en effet un défi en ce moment au Canada, c'est la productivité et une économie saine, forte et même autonome.

Ce sont des sujets importants. Mais si l'on ne prête pas attention aux expériences vécues, en particulier celles des personnes qui ont été systématiquement et structurellement privées des occasions qui ont été offertes à des personnes comme moi tout au long de leur vie, alors nous n'arriverons pas à trouver des solutions qui renforcent la résilience, augmentent le bonheur et améliorent le bien-être mental de nos jeunes adultes.

Annik: Oui, c'est tellement bien dit. Je réfléchis à tout ce que vous venez dire, parce que c'est vraiment important de produire des données de haute qualité sur ces sujets pour qu'ils ne restent pas que de simples concepts. On sent que les choses bougent. Mais le fait de savoir que des efforts sont déployés, qu'il y a une dynamique croissante chez les chercheurs et que les gens s'y intéressent, c'est bon à savoir.

C'est rassurant. Et cela m'amène à l'une des questions que je brûle d'envie de vous poser : Quel serait le plan idéal, selon Danny Graham? Quelles sont, selon vous, les questions les plus urgentes, ou peut-être quelques-unes des questions les plus pressantes, auxquelles nous pourrions ou devrions nous attaquer pour améliorer la qualité de vie des Canadiens?

Danny: Eh bien, nous ne pouvons pas résoudre un problème que nous ne comprenons pas. À Engage, nous avons fait un vrai travail novateur pour mesurer les perceptions, les expériences et les comportements de nos concitoyens. Et nous avons créé cet ensemble de données complet et tridimensionnel. Nous l'avons exploré et il y a des thèmes qui en ressortent : la notion de liens sociaux, le nombre d'amitiés et leur qualité, les expériences de solitude, les expériences de discrimination et la confiance mutuelle.

C'est très important. Les populations auxquelles nous devrions prêter une attention particulière sont les jeunes adultes, les familles monoparentales, les personnes de la communauté 2ELGBTQIA+, les communautés autochtones et d'autres groupes racisés qui connaissent cette situation, et ce, depuis plus longtemps et de manière plus profonde que d'autres.

Ce sont les communautés de personnes auxquelles nous devons prêter une attention particulière. Puis, l'autre chose, c'est simplement la question de la suffisance du temps et le fait de ralentir le rythme et d'être en lien avec la nature. Cela peut paraître superficiel pour certaines personnes, mais la recherche montre que plus nous passons de temps dans la nature, en étant respectueux et connectés au monde naturel, plus nous sommes capables d'agir de manière systématique dans notre intérêt et dans celui des autres personnes de notre communauté.

Donc, pas de solution toute faite. Mais, je pourrais complètement me tromper sur les priorités les plus importantes du moment. Toutefois, permettez-moi de souligner le concept clé, qui découle de notre vision à Engage Nova Scotia. Selon moi, nous ne parviendrons pas au niveau de compréhension nécessaire sans deux choses.

Il nous faut une façon plus robuste, tridimensionnelle et ambitieuse de mesurer comment vont réellement les Canadiens, et cela nécessite des enquêtes à grande échelle et de grands échantillons. Et puis, honnêtement, il faut que nous soyons confiants dans la manière d'appliquer, de façon sûre et méthodologiquement rigoureuse, l'intelligence artificielle à notre compréhension des choses.

Nous n'atteindrons pas le niveau de compréhension nécessaire pour bâtir des sociétés plus saines et plus fortes sans ces deux choses : des mesures plus robustes et significatives du bien-être et de bons outils qui nous fournissent rapidement des renseignements qui ne se trouvent pas ailleurs.

Annik: D'un point de vue extérieur, quand je vois toute la réflexion qui accompagne ces décisions et la façon dont vous en parlez en général, c'est vraiment encourageant, je trouve. C'est bien de savoir que des organisations, comme Statistique Canada et Engage Nova Scotia, adoptent vraiment une approche mesurée et réfléchie par rapport à la manière dont elles mesurent les données et dont elles vont utiliser ces données.

Il ne s'agit pas simplement de recueillir des données et de les diffuser juste pour dire de le faire. Le but est vraiment que ce soit utile aux Canadiens d'une manière qui est significative. Donc, c'est génial d'entendre cela. Et où se situe le Canada à cet égard par rapport au reste du monde? Les tendances que nous observons actuellement sont-elles plus prononcées au Canada?

Travis: Ces résultats dont nous avons parlé aujourd'hui concordent avec les observations faites dans le World Happiness Report de 2024. Ce rapport est publié par le Wellbeing Research Center et l'Université d'Oxford, en partenariat avec Gallup, le Réseau des solutions de développement durable de l'ONU, ainsi qu'un comité de rédaction indépendant.

Malheureusement, on a trouvé que les jeunes adultes au Canada, c'est-à-dire les personnes de moins de 30 ans, se classaient moins bien que ceux d'autres pays — en fait, 58e parmi les pays participants en matière de bonheur. Par comparaison, le Canada se classait au huitième rang pour ce qui est des adultes plus âgés, c'est-à-dire ceux de 60 ans et plus.

Annik: On sait qu'il y a des sujets de préoccupation. Mais c'est aussi encourageant de savoir que StatCan produit des données sur le sujet et qu'il s'intéresse aux tendances. Avez-vous des nouvelles positives à nous communiquer à ce propos?

Travis: Oui, j'en ai, certainement. Donc, ce qu'il faut retenir ici, c'est que ce ne sont pas seulement les défis, ce sont aussi les progrès réalisés.

Le Cadre de la qualité de vie pour le Canada a maintenant atteint une étape importante. Ses 91 indicateurs ont été pleinement définis, et pour la plupart d'entre eux, les données sont accessibles. Cela signifie que les chercheurs, les décideurs, et les analystes disposent désormais d'une base de données beaucoup plus riche pour comprendre le bien-être sous toutes ses dimensions : la prospérité, la santé, la société, la saine gouvernance et l'environnement.

Tout cela compte. Les indicateurs clairs et cohérents, ainsi que des données de qualité, créent une base solide pour passer à l'action de manière significative. Ils nous aident à passer de concepts larges — comme le bien-être, et le bonheur — à des renseignements concrets.  Nous pouvons ainsi comprendre les domaines dans lesquels les Canadiens s'épanouissent et ceux dans lesquels un soutien supplémentaire pourrait être nécessaire.

Quand on transforme ces grandes idées générales en quelque chose de concret, ils peuvent nous aider à apporter de réelles améliorations.

Annik: Danny, pourquoi est-il important que des organisations, comme Statistique Canada et Engage Nova Scotia, collaborent pour relever ces défis, comme celui de la qualité de vie?

Danny: Je me souviens exactement de ce que je ressentais dans mon seul cours de statistique, pendant mes études de premier cycle. On pense que les statistiques sont des données ennuyeuses.

Et trop souvent, c'est le cas. Mais si vous les recueillez de manière à pouvoir transformer l'information en récits, à mettre en lumière les perceptions, les expériences et les comportements de chacun, c'est la meilleure façon d'interpeller les gens. Vous révélez alors l'âme de nos communautés. Et aujourd'hui, il existe des moyens de faire ressortir cette âme et de faire quelque chose qui a une réelle incidence. Mais cela n'est pas juste entre les mains d'Engage Nova Scotia, de Statistique Canada et des autres ministères gouvernementaux.

Je mentionne souvent ce point de données troublant. La satisfaction à l'égard de la vie chez les jeunes adultes au Canada a chuté au cours des 15 dernières années, plus que dans les 130 autres pays également mesurés, à l'exception de l'Afghanistan, du Venezuela, de la Jordanie et du Liban. Il y a une réelle crise en ce qui concerne la satisfaction à l'égard de la vie chez les jeunes Canadiens.

Il serait bon de commencer à en comprendre les causes et d'arrêter de spéculer. Les gens s'empressent de répondre que c'est l'abordabilité, la pandémie, les médias sociaux, l'anxiété climatique. Et il y a peut-être du vrai dans tout cela, mais nous n'avons aucun moyen de comprendre pourquoi nous en sommes là. Et si nous ne cherchons pas davantage à explorer des façons de mesurer, de comprendre et de trouver des solutions, alors nous resterons impuissants, incapables de réagir correctement à la situation.

Annik: Pour finir, Danny, y a-t-il des idées fausses dans le domaine de la qualité de vie dont vous aimeriez nous parler?

Danny: Selon moi, l'une des idées fausses est de penser qu'il y a un programme derrière tout cela.

Il n'y a pas de programme particulier, si ce n'est des sociétés globalement plus saines, plus fortes, plus dynamiques et inclusives. Il est question d'une économie plus forte qui nous donne une plus grande souveraineté et autodétermination. Il est question de bonnes relations avec tout le monde. Donc, il n'y a pas de programme particulier sur le plan social, économique ou environnemental.

C'est une question de bon sens. Comme quelqu'un de l'Université Simon Fraser me l'a décrit il n'y a pas si longtemps : il devrait être évident pour nous que le plus important, c'est de nous appuyer sur des enquêtes et de comprendre comment nous nous sentons réellement, tant que les données sont fiables et de qualité. C'est la première étape pour résoudre les problèmes que nous avons de la difficulté à comprendre.

Au dos de ma nouvelle carte de visite, il y a ce message : ici, en Nouvelle-Écosse, si vous partagez avec nous votre histoire, que vous répondez à l'enquête, vous contribuerez à semer un avenir meilleur pour tous dans notre province, et espérons-le, dans tout le Canada.

Annik: Si les gens souhaitent en savoir plus sur la qualité de vie, le bien-être, la satisfaction à l'égard de la vie, tous les sujets dont nous avons parlé, ainsi que sur le travail que vous faites à Engage Nova Scotia, où peuvent-ils aller?

Danny: Engagenovascotia.ca est une bonne ressource. L'Indice canadien du mieux-être en est une autre. Le Réseau canadien de connaissances sur le bien-être en est une troisième. Évidemment, il y a le Carrefour de la qualité de vie de Statistique Canada. Le site Web du Centre WISE de l'OCDE est fantastique dans ce domaine. Les gens peuvent aussi nous envoyer un courriel s'ils le souhaitent et explorer avec nous à Engage Nova Scotia la façon dont tout cela peut être pertinent pour d'autres personnes dans leur communauté.

Donc, notre conseil d'administration indépendant se réjouit de ce que nous faisons en Nouvelle-Écosse et prête une attention particulière à la responsabilité implicite que nous estimons avoir, celle d'aider les personnes qui, comme nous, souhaitent promouvoir le bien-être de manière réfléchie et profonde. Donc, pour les personnes que cela intéresse, n'hésitez pas à nous contacter à Engage Nova Scotia pour engager la conversation.

Annik: Danny, merci beaucoup pour cette discussion passionnante. Pour ma part, j'ai appris beaucoup de choses et j'espère que les auditeurs ont également appris des choses. Alors, merci de votre temps et de votre expertise.

Danny: Merci, Max. Bonne continuation.

Annik: Travis, pour les gens qui aimeraient en savoir plus sur la qualité de vie, le bien-être, la satisfaction à l'égard de la vie, ce genre de sujets, où peuvent-ils aller?

Travis: Les données du Programme de statistiques sur la qualité de vie sont accessibles sur le site Web de Statistique Canada. C'est ce qui est vraiment super, c'est que les renseignements et les données sont accessibles aussi bien aux décideurs qu'à tous les Canadiens.

Le Carrefour de la qualité de vie est un guichet unique où vous pouvez trouver toutes ces données et explorer les répartitions à l'échelle nationale et provinciale, les tendances au fil du temps et les caractéristiques démographiques.

Le carrefour comprend aussi des tableaux de bord interactifs, des données téléchargeables et des produits de visualisation qui facilitent la comparaison des indicateurs.

Annik: Formidable. Eh bien, merci beaucoup de votre temps et de votre expertise.

Travis: C'était un plaisir. Merci.

Vous venez d'écouter Hé-coutez bien! Merci à nos invités Travis Facette et Danny Graham. Si vous souhaitez en savoir plus sur la satisfaction à l'égard de la vie, la qualité de vie ou le bien‑être, consultez le lien dans les notes de l'émission où vous pourrez trouver les travaux de Jenneke et de Danny.

Ce balado est offert partout où vous écoutez vos balados. Vous y trouverez également la version française de notre émission, intitulée Hé‑coutez bien! Si vous aimez cette émission, n'hésitez pas à l'évaluer, à laisser un commentaire et à vous abonner. Et comme toujours, merci de votre écoute.

Hé-coutez bien! Épisode 30 - Tout sur le PIB… sans vous endormir, promis!

Date de diffusion : le 2 février 2026

Nº de catalogue : 45-20-0003
ISSN : 2026002

Hé-coutez bien! Épisode 30 - Tout sur le PIB… sans vous endormir, promis!

Écoutez « Hé-coutez bien! » sur :

Le produit intérieur brut (PIB) nous renseigne sur la santé et la taille de l'économie canadienne. Mais pour ceux d'entre nous qui ne possèdent pas ou ne dirigent pas d'entreprises de plusieurs millions de dollars, pourquoi est-ce même important? Dans cet épisode, Audrey Ann Bélanger Baur, chef à Statistique Canada, explique comment le PIB est utile de manière inattendue ainsi que pourquoi pour certains ménages canadiens, les chiffres ne semblent pas toujours correspondre à la réalité.

Statistiques des comptes économiques

Animatrice

Annik Lepage

Invités

Audrey Ann Bélanger Baur

Écoutez

Hé-coutez bien! Épisode 30 - Tout sur le PIB… sans vous endormir, promis! - Transcription

Transcription

Annik : Bienvenue à Hé-coutez bien! un balado de Statistique Canada où nous rencontrons les personnes derrière les données et découvrons les histoires qu'elles révèlent. Je suis votre animatrice, Annik Lepage.

Aujourd'hui, on va s'intéresser à un mot qu'on entend partout aux infos et dans les journaux : le fameux PIB, ou produit intérieur brut. C'est un terme qui revient tout le temps dès qu'il est question de l'état de notre économie… mais au fond, est-ce qu'on sait vraiment ce que ça veut dire?

La première fois que j'ai prêté attention au PIB, c'était pendant un cours d'économie. Je me souviens que mon professeur avait dessiné un énorme graphique circulaire au tableau, expliquant que le PIB était un moyen de mesurer tout ce que nous produisions en tant que pays. Plus tard dans la semaine, je suis allée au café avec des amis et je me suis demandé : est-ce que même ce croissant fait partie du PIB? La réponse est oui! Cette prise de conscience m'a fait comprendre à quel point nous sommes tous liés à ces grands chiffres nationaux.

Dans cet épisode, nous allons analyser ces liens. Nous explorerons ce que le PIB nous apprend, ce qu'il ne nous apprend pas et pourquoi, que vous achetiez un croissant ou que vous planifi ez une politique gouvernementale, le PIB est important pour vous.

Audrey : Bonjour, je m'appelle Audrey Anne Bélanger Bauer. Je suis une chef à Statistique Canada qui travaille notamment dans la division qui s'occupe du calcul du PIB.

Annik :  Les économistes à Statistique Canada ont un indicateur préféré, le fameux PIB ou Produit intérieur brut.

Pourriez-vous me donner une définition de ce que c'est et à quoi il sert?

Audrey : Oui, donc le PIB mesure la demande finale au prix du marché de tous les biens et services qui sont produits au Canada sur une période déterminée. C'est une mesure qui est très importante pour suivre la performance de l'économie, la santé en générale de l'économie aussi avoir une idée de la taille de l'économie.

Annik :  Alors pourquoi les Canadiens devraient ils se préoccuper du PIB?

Audrey :  Le PIB c'est une mesure sur laquelle on s'entend internationalement pour pouvoir mesurer et comparer les économies. Et on voit une belle corrélation, en fait entre un PIB qui croît et le niveau de vie aussi qui s'améliore dans les pays. Et donc, il y a beaucoup de politiques qui mettent l'accent sur la croissance du PIB pour justement s'assurer que cette économie-là sert la population.  Et que donc plus de revenus sont acquis dans le pays et qu'en général, les gens ont de meilleures opportunités.

Annik : Et que reflète le PIB et qu'est-ce qu'il ne reflète pas?

Audrey :  Le PIB est une excellente mesure de l'activité productrice et elle est assez exhaustive aussi. C'est un très bon indicateur de la croissance économique, la prospérité économique spécifiquement, on sait que quand le pays croît, il y a une corrélation avec l'augmentation du nombre d'emplois qui sont aussi offerts et qui est associé avec un plus haut niveau de vie et des meilleures opportunités économiques. C'est aussi attaché à un cadre international qui est très robuste où le PIB est calculé de façon cohérente à travers tous les pays et aussi pour nous-mêmes à travers le temps, ça nous donne des opportunités de se comparer et de voir à quel point différentes politiques ont un impact.

Par contre, le PIB ne va pas offrir d'information détaillée au niveau de chaque ménage. Ça ne donne pas beaucoup d'information sur la disparité dans le pays ou pour faire ressortir certaines vulnérabilités. Ça exclut aussi le travail qui n'est pas payé parce qu'on se concentre sur des chiffres qui sont assez accessibles. On regarde les revenus qui ont été gagnés. On regarde aussi les dépenses qui ont été faites, mais si une activité productrice n'est pas associée avec un échange d'argent pour l'instant, on ne le voit pas dans le PIB. Mais internationalement, ce sont des faiblesses qui ont été reconnues et le calcul du PIB et les recommandations faites évoluent à travers le temps. Jusqu'à maintenant, on utilisait le Système de comptabilité nationale de 2008 pour mesurer notre PIB. Et une nouvelle version 2025 est sortie qui nous recommande justement d'avoir des extensions au PIB pour regarder ces disparités, pour avoir plus d'informations sur comment les Canadiens vont avoir des expériences variées, même si l'économie croît. Similairement ils recommandent aussi d'avoir des comptes satellites, de regarder certains enjeux spécifiquement. Un de ces exemples, la distribution économique des ménages, on regarde la consommation, l'épargne, le patrimoine des Canadiens et on évalue la distribution de celle-ci. Est-ce que les Canadiens qui ont épargné tant au niveau agrégé qui sort dans le PIB ça a été la même chose pour tout le monde ou est-ce que c'est seulement le quintile le plus élevé qui a été capable d'épargner et les autres non? Et ça, on publie ces données-là à chaque trimestre et aussi de façon annuelle.

Annik :  Alors si un pays affiche un PIB fort, est-ce que ça veut dire que tout va bien?

Audrey :  Ça veut dire qu'il y a des choses qui vont bien, certainement, mais ça ne veut pas nécessairement dire que tout va bien.  Il peut y avoir des disparités.  On pense à, par exemple, la pandémie qu'on a eu au Canada avec les confinements qui ont ébranlé un peu l'économie.  Il n'y avait pas beaucoup de croissance économique pendant un certain temps et l'augmentation des prix du logement était une source de croissance économique, pas parce qu'une maison qui est revendue pour un montant plus élevé, se traduit par une croissance économique. Il n'y a pas eu une production, mais il y a quand même des salaires qui sont associés.  Et il y a quand même des services qui ont été donnés. Et ça, on va les capturer. Et parce qu'il y avait beaucoup, beaucoup d'échanges, on voyait une certaine croissance, mais ça, c'était un seul domaine qui avait beaucoup de croissance alors qu'il y en avait d'autres, on n'en voyait pas beaucoup, du tout ou même une décroissance.  Et donc non, même si l'économie croît, ça ne veut pas dire que c'est la même expérience partout dans l'économie. Et si on voit que l'économie a de la difficulté ça ne veut pas dire que c'est l'économie au total qui a de la difficulté et même il y a des interrelations avec les industries aussi et ça on va le voir ressortir aussi.

Annik : Au-delà du PIB quels autres outils existent pour comprendre les différentes facettes de notre économie?

Audrey :  Donc les autres outils sont principalement les extensions qu'on ajoute aux comptes nationaux ou les comptes satellites. Donc les comptes satellites, par exemple, on a le compte du tourisme qui, à travers différentes industries, fait ressortir tout ce qui est relié au tourisme pour comprendre cette activité spécifique.

On a aussi d'autres programmes comme le compte de productivité canadienne, qui nous permet d'avoir une vision de l'efficacité de l'économie. Est-ce que les ressources sont utilisées de façon efficace pour produire le plus avec le même niveau de travail. Et quand on est capable de faire ça, on voit encore une augmentation de niveau de vie.

On voit qu'il y a des augmentations dans les salaires qui sont possibles parce qu'il y a des profits qui augmentent et des revenus qui rendent davantage qui peuvent à ce moment-là, être passés au travailleur. Sans cette augmentation de la productivité du travail, c'est difficile de voir ces augmentations.

Donc ça, c'est d'autres outils qu'on va regarder pour bien comprendre l'économie.

Annik :  Alors Audrey, en tant qu'experte, est ce qu'il y a quelque chose que je n'ai pas mentionné et que vous aimeriez discuter.

Audrey :  Oui, j'aimerais revenir rapidement sur l'aspect des prix quand on calcule le PIB. Donc, j'ai mentionné que quand une maison est revendue et augmentée en prix, cette augmentation de prix n'est pas reflétée dans le PIB parce que la maison n'a pas été produite elle existait déjà. Et dans le PIB, on ne veut pas prendre en considération, juste la croissance des prix. On veut vraiment mesurer ce qui produit de la même façon que si on vendait des voitures à 50 000 dollars une année et que l'année d'après elle se vendait à 60 000 dollars mais que le même nombre de voitures ont été vendus, il n'y a pas eu de croissance parce qu'on utilise un déflateur de prix pour vraiment se concentrer sur le volume qui a été produit et non le prix seulement.

De plus à Statistique Canada, on utilise les trois méthodes pour calculer le PIB qui existent : la méthode fondée sur la production, la valeur ajoutée où on regarde ce qui a été produit, on soustrait tous les coûts associés à la production et juste cette valeur ajoutée et additionnée à travers toutes les industries.

Une autre méthode, c'est celle qui est fondée sur les revenus où on additionne tous les revenus qui ont eu lieu pour la production des biens et services. Donc si on faisait du pain par exemple, ça inclurait tous les revenus pour tous les ingrédients, ceux qui ont produits les ingrédients, tous les revenus de la compagnie d'emballage même de pain et les salariés, et finalement aussi les revenus qui sont reliés au capital pour la personne qui est propriétaire de la boulangerie, par exemple.

Et finalement on regarde aussi le calcul du PIB selon les dépenses. Ça, c'est juste l'envers. Et donc on prend la somme de toutes les dépenses à travers l'économie, celle des consommateurs, des administrations publiques, du gouvernement, les investissements des entreprises et aussi les exportations du Canada qui sont produites au Canada mais ici, on soustrait les importations parce que ce n'est pas nous qui les avons produites. Dans un monde idéal, les trois méthodes seraient équivalentes, mais il y a toujours des différences dans les données où certaines données sont disponibles à différents moments pour les calculs, vont avoir un niveau de qualité différent, peut y avoir des erreurs dans les mesures, des erreurs via les enquêtes. Et donc on sait qu'elles ne seront pas parfaitement égales, mais au Canada, plutôt que de choisir une des trois méthodes comme étant la valeur officielle du PIB on calcule les trois à chaque trimestre, à chaque année et ensuite on va faire une réconciliation et ça c'est la mesure officielle du PIB pour le Canada. Et quand on rapporte à chaque trimestre, on se concentre toujours sur la croissance d'un trimestre à l'autre. Et quand Statistique Canada rapporte ces données on parle vraiment juste du pourcentage de croissance directe. D'autres pays, par exemple les États-Unis et dans les médias au Canada, on va jumeler ça, les données vont être rapportées de façon annualisée. Et donc on assume que le taux de croissance de ce trimestre-là est le même pour tous les trimestres de l'année.

Audrey : Généralement, on n'aura pas le même taux de croissance à chaque trimestre d'une année. Et donc le taux croissance est rapporté de façon d'une croissance annuelle avec le chiffre est un peu plus grand, peut-être un peu plus facile à saisir de cette façon-là, mais en réalité, la croissance pour le trimestre est environ quatre fois moins grande parce qu'il y a quatre trimestres. Et donc on voudrait s'assurer que les utilisateurs de données de Stat Can connaissent cette différence-là pour pouvoir bien comprendre des données qui sont partagées. Parce que même si la croissance du PIB l'agrégat est partager de façon annualisée, souvent pour les différentes composantes du PIB ce sera quand même nos données qui ne le sont pas. Mais on ne voudrait pas qu'il y ait confusion.

Annik : Si on veut en savoir plus sur le PIB où peut-on aller?

Audrey : Il y a tellement d'outils sur le PIB sur le site web de Statistique Canada, on a plusieurs articles qui décrivent le PIB et les différentes composantes pour amener les utilisateurs vers nos tableaux. Pour chaque méthode de calcul du PIB on a plusieurs tableaux et on a même d'autres tableaux qui vont plus en détail dans les composantes. Donc, il y a beaucoup, beaucoup d'information. Il y a les articles du Quotidien qui sont publiés avec chaque diffusion de nos données à chaque trimestre et année. Et finalement, on a aussi un portail sur les statistiques des comptes économiques qui est la place où s'arrêter pour aller chercher toutes nos données capables de tout trouver facilement.

Alors j'encourage tout monde à se rendre au portail.

Annik : Merci. Merci beaucoup Audrey.

Audrey : Merci à toi.

Annik : Vous venez d'écouter Hé-coutez bien! Merci à notre invitée Audrey Anne Bélanger Bauer.

Vous pouvez vous abonner à ce balado partout où vous écoutez vos émissions. Vous y trouverez également la version anglaise de notre émission intitulée Eh Sayers. Si vous avez aimé cet épisode, n'hésitez pas à l'évaluer, à laisser un commentaire et à vous abonner. Merci de nous avoir écouté.

Hé-coutez bien! Épisode 29 - Le grand quiz du sapin de Noël

Date de diffusion : le 7 janvier 2026

Nº de catalogue : 45-20-0003
ISSN : 2026001

Hé-coutez bien! Épisode 29 - Le grand quiz du sapin de Noël

Écoutez « Hé-coutez bien! » sur :

Vous croyez tout savoir sur les sapins de Noël? Mettez vos connaissances à l’épreuve!

Dans cet épisode spécial de Hé-coutez bien!, nos collègues s’affrontent dans un quiz consacré à l’industrie canadienne du sapin de Noël.

Découvrez quel pays a lancé cette tradition, combien les producteurs canadiens ont récolté en 2023, les chiffres étonnants des exportations et importations, ainsi que d’autres anecdotes festives.

Après l’écoute, vous deviendrez l’expert incontournable des sapins de Noël pendant vos soirées des Fêtes!

Mon beau sapin, roi des forêts - Statistique Canada

Animatrice

Annik Lepage

Invités

Martin Charlebois, Erika Pavelka, Isabelle Payer

Écoutez

Hé-coutez bien! Épisode 29 - Le grand quiz du sapin de Noël - Transcription

Transcription

Annik : Bienvenue au tout premier quiz de Noël de Hé-coutez bien!

Aujourd'hui, mes collègues s'affrontent autour d'un thème incontournable… les sapins de Noël!

Les règles sont simples : je poserai à chaque participant 6 questions valant chacune 1 point, plus 1 question bonus valant 3 points. Celui ou celle qui aura le plus de points à la fin de l'émission gagne. Et que gagnent-t-ils? Absolument rien …sauf la gloire éternelle.

Accrochez vos guirlandes, le jeu commence!

Et maintenant rencontrons nos candidats.

Martin :  Je m'appelle Martin Charlebois, je suis producteur vidéo ici à Statistique Canada.

Isabelle : Mon nom est Isabelle Payer, je suis chef de la section des communications innovatrices.

Erika : Moi, je m'appelle Erika Pavelka et je travaille comme contrôleur principal de la qualité en traduction ici à Statistique Canada,

Annik : Prêtes pour les questions?

Isabelle : Absolument,

Martin : Je pense.

Annik : Ok, alors la première question. D'après le recensement de l'agriculture de 2021, combien de fermes canadiennes ont déclaré cultiver des sapins de Noël?

Martin : Wow, bonne question. Je vais essayer de donner une vraie réponse.

Annik : Oui, je sais, ce n'est pas évident.

Martin : Je vais dire 1200.

Isabelle : Je vais dire 5000.

Erika : Je vais deviner 3500.

Annik : Alors la réponse est 1364.

Isabelle : J'aurais perdu sur The Price Is Right

Annik : Oui, exactement.

Erika : Ok, il y en a moins

Annik : Un peu moins, un peu moins.

Annik : Alors deuxième question. En 2021, combien d'acre de terres agricoles servaient à faire pousser ces beaux sapins?

Martin : Aïe, combien d'acres?

Annik : Combien d'acres au Canada?

Martin : Si je dis 1200 environ, si je suis ma logique, puis chaque ferme doit avoir environ… je vais dire… c'est gros un acre, ce n'est pas beaucoup de place pour des sapins.

Donc je vais dire environ…Il faut que je fasse de la mathématique.

Annik :  Oui, oui,

Martin : Je dirais environ 600 000 acres.

Erika :  Il n'y a pas de choix multiple?

Annik : Non

Erika : Ok, alors je regarde dans ma boule de cristal… combien d'acres… je vais dire 631 000

Isabelle : Combien d'acres, sur les 1300 fermes

Isabelle :  Je vais dire 50 000

Annik : Wow! Impressionnant! La réponse est 50 803.

Isabelle : Wow! Je n'ai pas fait de recherche avant l'épisode.

Erika : Pour les prochaines, je vais estimer vers le bas.

Martin :  D'accord. Ok. Donc ils sont tassés là. Pas beaucoup de place les sapins.

Annik : Non, non.

Alors la question 3 est un choix multiple. Devine qu'elle province avait le plus de fermes d'arbres de Noël en 2021 :

a) la Colombie-Britannique, b) le Québec, c) l'Ontario ou d) la Nouvelle-Écosse?

Erika: Le Québec b)

Isabelle :  Ok, je vais aller avec le Québec.

Martin : Je vais dire, Colombie-Britannique

Annik : Est ce qu'il y a une raison?

Martin : Non.

Annik : Ok, ça te tentait

Martin : Juste parce que dans ma tête, c'est ce que j'aurais dit, mais quelque part en moi ça me dit que la réponse est vraiment Québec, mais je vais dire Colombie-Britannique.

Annik : Ok, la réponse… l'Ontario.

Martin :  Je le savais presque.

Annik : T'étais presque là.

Martin : J'étais presque là

Erika :  On apprend quelque chose aujourd'hui

Annik : En montant en dollars, quel a été le total de tous les encaissements reçus par les producteurs canadiens d'arbres de Noël en 2023?

Isabelle :  Je vais dire 9 000 000 de dollars.

Matin : Wow en dollars, je dirais 800 000 dollars.

Erika : 700 000 dollars

Annik :  La réponse est 189 000 000 de dollars

Martin :  Oh ben, voyons. C'est pas vrai ça !

Erika : Est-ce q'on peut recommencer ça.

Annik : Non, pas du tout.

Donc on passe à la catégorie deux.

Cinquième question. Tous les sapins cultivés ici ne restent pas au pays. Certains partent répandre la magie des Fêtes ailleurs dans le monde. Alors choix multiple. Combien d'arbres de Noël le Canada a- t-il exporté en 2023?

  1. Plus de 100 000 b) plus de 500 000 c) plus de 1 000 000 ou d) plus de
  2. 2 000 000

Martin :  Je vais dire c) plus d'un million.

Erika : Je vais aller avec 500 000

Isabelle : d) plus de 2 000 000.

Annik : Bravo, c'est la réponse. Félicitations!

Isabelle : J'aurais pensé qu'il y en avait plusieurs qui seraient resté à l'intérieur du pays. Les autres pays ont peut-être leur propre culture.

Martin : Plus de 2 000 000. Est-ce qu'ils sont pré-coupés ou en pots?

Annik : Aucune idée.

Martin : Aucune idée, d'accord.

Annik :  Sixième question. Même si beaucoup de sapins canadiens s'en vont à l'étranger, le Canada en importe aussi un peu chaque année. En 2023, combien de sapins frais ont traversé nos frontières pour venir ici?

Isabelle : Donc, nous on a envoyé 2 000 000 et on aurait importé… Je vais dire qu'on a importé la moitié donc je vais dire qu'on a importé 1 000 000.

Martin : Combien.  Je vais dire sept.

Erika : Combien de sapin frais sont venus ici? 100 000

Annik :  bravo. Vraiment. 111 000

Erika : 111000. Oui. Ok, ok, c'est étonnant. C'est étonnant.

Annik : Tu m'impressionnes Erika.

Annik : Alors on y va pour la question bonie. La tradition moderne de garder un sapin de Noël dans sa maison pendant les Fêtes vient de quel pays?

Erika :  La Suède

Isabelle :  Je présume que ce n'est pas le Canada. Je vais dire le Canada.

Martin :  L'Allemagne

Annik : Ah bravo Martin !

Martin : Bien sûr

Annik : Et avec 4 points, le grand gagnant est…Martin.

Quoi! Avec 4 points, je gagne avec 4 points? C'est triste hein?

Annik :  Martin, comment te sens-tu? 

Martin : Merci de me le demander. Je me sens comme un flocon de neige le matin de Noel, dans un sapin.

Annik : C'est super! Je suis vraiment contente pour toi.

Vous venez d'écouter Hé-coutez bien. Merci à nos collègues, Isabelle, Martin et Erika. Vous pouvez trouver le lien sur l'article sur les sapins de noel dans les notes de l'épisode.

Vous pouvez vous abonner à ce balado partout où vous écoutez vos émissions. Vous y trouverez également la version anglaise de notre émission intitulée Eh Sayers. Si vous avez aimé cet épisode, n'hésitez pas à l'évaluer, à laisser un commentaire et à vous abonner. Merci de nous avoir écouté et Joyeuses Fêtes!

Hé-coutez bien! Épisode 28 - Les écrans ont remplacé le jeu et notre corps l’a remarqué

Date de diffusion : le 21 novembre 2025

Nº de catalogue : 45-20-0003
ISSN : 2025008

Hé-coutez bien! Épisode 28 - Les écrans ont remplacé le jeu et notre corps l’a remarqué

Écoutez « Hé-coutez bien! » sur :

Le Canada est-il devenu une nation sédentaire?

Les données sur la santé n’ont jamais été aussi accessibles. Nous avons des montres intelligentes pour compter nos pas, des notifications pour surveiller notre temps d’écran et des applications pour suivre notre alimentation quotidienne.

Malgré cette technologie futuriste, les chercheurs sont de plus en plus préoccupés. Et ils le sont tout particulièrement pour la jeunesse canadienne.

Aujourd’hui, nous avons rencontré Philippe Rousseau, analyste à Statistique Canada, pour plonger au cœur des tendances canadiennes en matière d’obésité, d’activité physique et de temps passé devant les écrans. Et les nouvelles données de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé pourraient bien vous surprendre. 

Le Quotidien — La prévalence de l'embonpoint et de l'obésité en hausse au Canada : nouveaux résultats de l'Enquête canadienne sur les mesures de la santé, 2022 à 2024

Animatrice

Annik Lepage

Invité

Philippe Rousseau

Écoutez

Hé-coutez bien! Épisode 28 - Les écrans ont remplacé le jeu et notre corps l’a remarqué - Transcription

Transcription

Bienvenue à Hé-coutez bien!, un balado de Statistique Canada où nous rencontrons les personnes derrière les données et découvrons les histoires qu’elles révèlent. Je suis votre animatrice, Annik Lepage.

Dernièrement, les pages de recommandations personnalisées sur mes réseaux sociaux sont remplies de contenu sur le pilates. Des gens dans des studios lumineux, avec des silhouettes sportives, une posture parfaite, et tout l’équipement spécialisé à portée de main. Ces vidéos sont souvent accompagnées de messages motivants qui disent qu’on peut avoir un corps de danseur avec quelques exercices simples. Ces contenus sont censés nous inspirer — et si ça fonctionne pour vous, tant mieux. Mais pour la plupart des adultes occupés au Canada, j’ai l’impression qu’ils ont souvent l’effet inverse.

Notre invité aujourd’hui a parlé d’un environnement qui favorise l’obésité. On pense à la nourriture ultra-transformée bon marché, aux écrans qui nous captivent, et aux emplois de plus en plus sédentaires — vous voyez le tableau.

Ça m’a fait réfléchir à ce que vivent les jeunes aujourd’hui. Ce n’est pas évident de rester actif dans ce contexte. On sait que les ados passent beaucoup de temps devant les écrans, et si les contenus que l’algorithme leur propose ressemblent à ceux que je reçois, ils sont bombardés d’images de l’activité physique qui ne semblent pas très réalistes dans un monde comme le nôtre.

Justement, les chercheurs de Statistique Canada ont analysé de nouvelles données sur l’obésité, l’activité physique et le temps passé devant les écrans. Alors quand j’ai eu la chance.

Philippe : Bonjour, je m'appelle Philippe Rousseau. Je suis un analyste à Statistique Canada. En ce moment, je travaille sur les données de l'enquête canadienne sur les mesures de la santé

Annik : Votre équipe a publié deux articles récemment et on est curieux d’en savoir plus.

Qu'est-ce que vous avez étudié exactement et qu'est-ce que vous espériez découvrir à travers ces recherches?

Philippe : Les deux derniers articles qu'on a publiés portent sur l'obésité et l'activité physique. Ce sont des données qui ont été récoltées entre 2022 et 2024. Donc ça, c'est le dernier cycle de l'Enquête canadienne sur les mesures de la santé et on s'est dit que ce serait intéressant de voir à quel point peut être les pourcentages de gens atteints d'obésité ont changé, surtout considérant que le cycle précédent avait terminé en 2019, donc avant la pandémie. 

Annik : Le terme «obésité» fait référence à quelque chose de très spécifique. Je pense que lorsqu'on parle d'obésité, tout le monde a une idée en tête de ce dont il s’agit mais il se peut qu'on ne sache pas exactement ce que cela signifie. Pouvez-vous expliquer ce que l'obésité est et comment elle est mesurée?

Philippe : Les gens se concentrent beaucoup sur le concept, le lien entre l'obésité et l'accumulation excessive de tissu adipeux, donc de graisse, entre autres, mais ce n'est pas vraiment la présence de graisse qui est le problème, c'est que selon le domaine médical, on sait que des gens qui vivent avec trop de tissus adipeux ont souvent à un âge plus avancé, des problèmes assez graves de santé, notamment des maladies cardiaques, diabète de type 2 et certains cancers. 

Un des moyens qu'on utilise pour mesurer la présence d'obésité au niveau de la population canadienne, c'est qu'on utilise l'indice de masse corporelle qui est un indice quand même assez réducteur. Tout ce qu'on fait, c'est qu’on pèse l'individu et on divise son poids, par sa taille, donc sa grandeur.

Quand on pense à grande échelle mais c'est que cet indicatif-là, bien sûr, ce n'est pas juste de savoir à quel point les gens ont un embonpoint et un surplus de poids, c'est vraiment ok, si ça augmente à chaque cycle clairement, ça montre qu'il y aura probablement plus de problèmes de santé graves dans le futur quand la population va devenir plus âgée.

Annik : Dans les articles que vous venez de publier avec votre équipe, qu’est-ce que les données les plus récentes nous apprennent sur les taux d’obésité au Canada?

Philippe : Ce qui est intéressant qu'on a remarqué dans le dernier cycle qui était entre 2022 et 2024, c'est que la proportion des adultes qui avaient un indice de masse corporel qui indiquait un excès de poids ou une obésité était de 68 % chez les adultes de 18 à 79 ans.

Puis ça, c'est plus haut de 8 % que le cycle précédent, qui était de 2016 à 2019. Donc, si on se rappelle, la pandémie a lieu entre les deux. Donc on est passé de six adultes sur 10 à sept adultes sur 10 qui avaient un excès de poids ou une obésité. Ce qu'on a remarqué aussi, c'est que cette différence n'a pas eu lieu de manière égale à tous les niveaux, puis ce que je veux dire par là, c'est que chez les jeunes adultes de 18 à 39 ans, on voit que ce sont eux qui ont été plus affectés par ce changement-là, cette augmentation-là de nombre de gens qui ont un excès de poids. Puis ça n'a pas été de la même manière non plus chez les hommes et les femmes. Ce qu'on a vu, c'est que les hommes, ça a passé de 22% à 33 %, alors que les femmes, c'était 17% à 29 %. Puis la raison pour que je le mentionne, c'est que oui, les femmes ont un pourcentage plus bas ça, ça a été maintenu, mais les deux groupes ont une augmentation assez conséquente. Les jeunes, eux, ont vraiment été affectés par les changements de la pandémie lorsque l'on parle de l'activité physique spécifiquement.

Ce qu'on avait mesuré en 2018, 2019, c'était que 36 % des jeunes, de 12 à 17 ans rencontraient les exigences d'activité physiques qui étaient d'une heure par jour. Et ça, ce chiffre-là a baissé à 21 % après la pandémie. Et ce qui était encore plus remarquable, c'est que les garçons de ce groupe d'âge donc, de 12 à 17 ans, on est passé de 50 % à 33%. Donc quand même une grosse baisse, mais les filles, c'était 21% à 8 %. Donc c'est seulement une fille sur 10 qui fait une heure d'activité physique par jour.

Annik : Quand on regarde les données de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé entre 2022 et 2024 — comme tu l’as souligné — on remarque deux choses : d’un côté, le taux d’obésité augmente chez les jeunes adultes de 18 à 39 ans, et de l’autre, les adolescentes de 12 à 17 ans sont de moins en moins nombreuses à faire assez d’activité physique.

Du coup, quelqu’un pourrait facilement faire le lien et se dire : « Bon, c’est simple. Les filles bougent moins, donc elles prennent du poids en grandissant. » Ça paraît logique à première vue.

Mais en réalité, c’est loin d’être aussi simple.

Pouvez-vous expliquer pourquoi c’est un peu plus complexe que cela ?

Philippe : Oui, on a souvent tendance à s'imaginer qu’on peut contrôler notre poids en augmentant l’activité physique ou en mangeant moins. Je trouve qu’on simplifie un peu, puis des fois c'est comme ça que les gens communiquent. Ils disent on va au moins s'attaquer à certains aspects qui sont plus simples parce que l'obésité en tant que tel, c'est une condition qui est très complexe, qui est affectée par un très grand nombre de facteurs. On parle de l'environnement dans lequel quelqu'un vit, son statut économique, sa génétique, la société donc dans laquelle elle vit, les comportements. Il y a tellement d'aspect que ça peut devenir un peu submergeant alors où commence-t-on alors c'est sûr que des fois on se dit on ça serait bien de commencer en réduisant la quantité de nourriture que l'on mange ou en augmentant l’activité physique. Mais bien sûr, nous, tout ce que l'on fait, c’est qu'on observe, on ne peut pas établir de cause à effet. Ce qu'on peut par contre recommander, c'est que oui, augmenter l'activité physique a beaucoup d'aspects qui sont importants, encore plus que juste réduire le poids, parce que ce que l'on a remarqué c’est que le fait d’augmenter l’activité physique, le fait de bien dormir, le fait de limiter sa sédentarité, c'est que ça a aussi des effets positifs sur la santé mentale, l'énergie, la longévité. Ce sont tous des aspects sont un peu moins mesurables, mais qui, finalement, ont un impact très important sur la qualité de vie d'une personne.

Annik : Tu parlais de la pandémie tout à l’heure — on sait à quel point elle a été dure, surtout pour les jeunes. Les ados, en particulier, ont vu leur quotidien complètement chamboulé. L’activité physique, qui faisait partie intégrante de leur routine, leur a été retirée presque du jour au lendemain.

Pendant plusieurs années, ils ont été poussés à adopter un mode de vie beaucoup plus sédentaire. Entre les confinements, les cours en ligne, l’école à distance… ils ne sortaient plus, ils ne bougeaient plus autant. Pour cette génération, tout ça a été mis sur pause.

Alors franchement, est-ce qu’on peut vraiment leur reprocher les faibles niveaux d’activité physique qu’on observe aujourd’hui ? Ces dernières données proviennent de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé de 2022 à 2024. Est-ce qu’on est en train de voir un effet résiduel de la pandémie ? Et si vous vous projetez vers les prochaines publications de cette enquête, à quoi vous attendez-vous ? Est-ce que vous pensez que ces chiffres vont baisser à mesure que nous sortons de la pandémie et que les choses reviennent à la normale ?

Philippe : La pandémie a été un événement unique dans le sens que la réponse que l'on a eue à la pandémie a eu un très grand effet sur nos habitudes de vie. Les jeunes en ont vraiment souffert parce que la façon que c'est structuré au Canada, c'est que beaucoup des jeunes qui font une activité physique, ce sont dans des programmes organisés et lors de la pandémie, tout a été annulé même à un certain moment, les jeunes n'avaient pas le droit d'aller jouer dans les parcs. On demandait aux gens de rester chez eux donc vous pouvez vous imaginer qu'un jeune enfant qui a l'habitude de courir, d'aller rencontrer ses amis, c'est un changement drastique et un des défis avec les habitudes, c'est qu'elles sont très difficiles à changer.

Alors le fait qu'on a forcé les jeunes à ne pas faire d'activité physique c'est très difficile à s'ajuster après, une fois qu'on a levé les restrictions. Et puis on parle beaucoup du fait qu’on n’a pas pu faire d’activité physique, mais il ne faut pas ignorer le fait non plus qu'on a commencé à encourager beaucoup plus les temps d'écran.

Ça a été utile à ce moment-là de commencer à faire beaucoup de rencontres sur Teams, on encourageait le fait que les gens se rencontrent de chez eux, mais sur les écrans, on a encouragé les jeunes à apprendre sur leur ordinateur et ce que ça a fait, c'est que ça a entraîné, bien entendu une nouvelle habitude qui était d’utiliser les écrans pour pas mal tout. Ces habitudes-là sont très difficiles à modifier. Donc, ce qui nous inquiète, c'est de voir que si les jeunes déjà commencent à faire plus d’embonpoint, font moins d'exercice, dorment moins bien, passent plus de temps sédentaires, ça nous laisse prévoir qu'il y aura probablement une hausse dans certains problèmes de santé lorsque ces jeunes-là vont frapper l'âge de 50 ans.

Annik : Les conversations autour de l’obésité et de l’activité physique ne sont jamais simples. Ce sont des sujets sensibles, souvent évités justement parce qu’ils peuvent susciter de l’inconfort ou être mal compris. Il y a beaucoup d’idées reçues, et ça rend les échanges parfois délicats.

Est-ce que c’est quelque chose que vous avez remarqué dans vos discussions sur le sujet ? Ce genre de malaise ou de confusion ?

Et si vous aviez l’occasion de clarifier certaines choses — de partager un point que vous jugez important mais que les gens ignorent peut-être — qu’aimeriez-vous qu’ils comprennent à propos de ces enjeux ?

Philippe : Effectivement, ce n'est pas facile de parler de l'obésité et de l'embonpoint. Ce que je recommanderais, c'est de vraiment se concentrer sur les directives, les recommandations d'activité physique, de sédentarité et de sommeil pour les différents groupes d'âge au Canada puis la raison pourquoi je recommande ça, c'est que ce sont des recommandations qui peuvent au préalable sembler un peu drastiques.

Donc pour un adulte, de se faire dire de faire 150 minutes par semaine, ça peut avoir l'air beaucoup, mais au fil des ans, on se rend compte que l'activité modérée vigoureuse, ça veut dire quoi ce n’est peut-être pas aussi intensif, ce que les gens ont tendance à penser. Donc le fait de commencer à prendre une marche et commencer à bouger, le fait de s'étirer un peu plus. Souvent, on s'imagine qu'il faut tout changer une fois qu'il faut rencontrer la recommandation au complet et la satisfaire pour voir des effets bénéfiques, alors qu'en réalité, tout ce qu'on a à faire, c'est de faire un peu plus à chaque jour.

Annik : Pourquoi est-ce que ces résultats sont importants ?

Philippe : La raison pourquoi ce genre d'étude est important c'est parce que ça nous permet d'observer que la population canadienne générale est en train de souffrir de plus en plus d'embonpoint et d'obésité. Et une fois qu'on est capable d'observer ça, ça nous permet de nous dire ok, il faut que l'on modifie ce que l'on fait, il faut que l'on modifie des habitudes. On voit que ce sont surtout les jeunes qui sont affectés. Ce serait important de leur montrer le bon exemple de leur montrer que c'est important d'avoir moins de temps d'écran, de passer plus de temps avec des amis, de passer plus de temps à jouer et à bouger.

Annik : Pour les personnes qui souhaitent en savoir plus sur l’obésité, l’activité physique et le temps passé devant les écrans, vers quelles ressources les orienteriez-vous ?

Philippe : Le gouvernement canadien a plusieurs ressources qui sont intéressantes. La première, ce serait les Lignes directrices du mouvement sur 24 heures et c'est là que l'on peut avoir plus de détails sur quelles sont les recommandations et qu'est-ce que l'on peut faire pour justement les rencontrer. Il y a d'autres groupes comme ParticipACTION qui donnent des rapports sur l’activité physiques qui donnent plein de ressources éducatives pour aider les gens à comprendre quel est le problème et pas juste ça, mais à les éduquer sur des solutions. Et je n'ai pas beaucoup parlé d'alimentation, mais on comprend que c'est un autre aspect qui est très important et je dirige donc les gens vers le Guide alimentaire canadien. Je dirige aussi les gens s'ils veulent en apprendre plus sur les indicateurs de santé de Statistique Canada, à notre site web, qui est donc statcan.gc.ca et de cliquer en haut à gauche sur sujet et de choisir donc le sujet de la santé.

Annik : Merci beaucoup Philippe

Vous venez d’écouter H-coutez bien! Merci à notre invité, Philippe Rousseau. Si vous souhaitez en savoir plus sur l’obésité, l’activité physique et le temps passé devant les écrans, vous pouvez consulter les articles de l’équipe de Philippe — et bien d’autres — sur le site de Statistique Canada. Le lien se trouve dans les notes de l’épisode.

Vous pouvez vous abonner à ce balado partout où vous écoutez vos émissions. Vous y trouverez également la version anglaise de notre émission intitulée Eh Sayers. Si vous avez aimé cet épisode, n’hésitez pas à l’évaluer, à laisser un commentaire et à vous abonner. Merci de nous avoir écouté.

Hé-coutez bien! Épisode 27 - Les Canadiens ne rêvent pas de la Californie ces temps-ci

Date de diffusion : le 18 août 2025

Nº de catalogue : 45-20-0003
ISSN : 2025007

Hé-coutez bien! Épisode 27 - Les Canadiens ne rêvent pas de la Californie ces temps-ci

Écoutez « Hé-coutez bien! » sur :

La Californie?...peut-être pas…

Si vous avez récemment modifié vos projets de voyage aux États-Unis, vous n’êtes pas seul. Ces derniers temps, les Canadiens sont plus du genre à fredonner « Je reviendrai à Montréal » que « Sweet Home Alabama ».

Nous sommes aujourd’hui en compagnie de Laura Presley, qui travaille pour le Programme de la statistique du tourisme à Statistique Canada. Ensemble, nous allons explorer les données sur le tourisme de StatCan et discuter des changements observés en ce qui concerne les voyages.

Statistiques sur les voyages et le tourisme

Animatrice

Annik Lepage

Invitée

Laura Presley

Écoutez

Hé-coutez bien! Épisode 27 - Les Canadiens ne rêvent pas de la Californie ces temps-ci - Transcription

Transcription

Annik : Bienvenue à Hé-coutez bien! un balado de Statistique Canada où nous rencontrons les personnes derrière les données et découvrons les histoires qu'elles révèlent. Je suis votre animatrice, Annik Lepage.

Avez-vous vu cette publicité virale de tourime des Cantons-de-l'Est? Un homme s'approche du comptoir d'enregistrement d'un hôtel, et la femme derrière le comptoir l'accueille en français. L'homme s'excuse de ne pas parler français et explique qu'il est juste de passage. La réceptionniste lui souhaite la bienvenue en anglais et lui demande d'où il vient. Il se penche vers elle et murmure : « Je suis Américain. » La femme réagit en appuyant sur un bouton sous le comptoir, qui fait penser à une alarme silencieuse ou à un bouton d'urgence dans une banque, mais la publicité déjoue les attentes. Le bouton déverrouille une porte et la femme sort de derrière le comptoir pour serrer l'homme dans ses bras. Pendant un instant, l'homme semble surpris, puis confus, puis il sourit et lui rend son étreinte. Un texte apparaît à l'écran, disant : « Venez nous faire un câlin dans les Cantons-de-l'Est. »

C'est une publicité accrocheuse, c'est vrai, mais les Canadiens sont réputés pour leur gentillesse. Pourquoi les offices du tourisme ressentent-ils le besoin de rassurer les voyageurs américains en leur disant que nous ne mordons pas et qu'ils sont les bienvenus ici?

Aujourd'hui, nous allons examiner les données liées au tourisme. Commençons par planter le décor. Les États-Unis sont, bien sûr, géographiquement parlant, notre voisin le plus proche. L'Agence des services frontaliers du Canada, gère 117 postes frontaliers terrestres. Mais évidemment vous pouvez également voyager entre les deux pays par avion ou par bateau. Il y a beaucoup à voir et à faire pour les Canadiens aux États-Unis, et beaucoup aussi pour les visiteurs américains au Canada.

Mais pour les Canadiens, quelle importance revêt un voyage aux États-Unis?

Laura : En 2024, les résidents Canadiens ont effectué 39 millions de voyages aux États-Unis et ça représente trois quarts de tous les voyages à l'étranger des résidents canadiens.

Annik : Il est temps de présenter l'experte d'aujourd'hui!

Laura : Je m'appelle Laura Presley et je suis une analyste sur l'équipe de tourisme à Statistique Canada.

Annik : En temps normal, 75 % des voyages à l'étranger effectués par les résidents canadiens sont des voyages aux États-Unis. Mais les choses sont un peu différentes aujourd'hui.

Laura: Depuis janvier, les voyages aux États-unis par les résidents canadiens sont en déclin. La majorité des voyages par les résidents canadiens aux États-Unis sont effectués par automobile. Alors, en 2024, cela s'élevait à plus que 50 % de tous les voyages hors du pays par les résidents canadiens mais ça fait maintenant six mois que ces voyages sont en déclin et les données nous montrent que ces baisses deviennent plus extrêmes. Par exemple, on a vu une baisse de 38 % en mai avant de retomber à une baisse de 33 % en juin. Ce qui m'intéresse un petit plus, c'est qu'on ne voit pas la même tendance pour les voyages par voie aérienne. Pour ces voyages, les baisses ont commencé beaucoup plus tôt en septembre 2023 et ils sont un petit peu moins extrêmes. Et c'est difficile de dire pourquoi c'est moins extrême, mais c'est possible que ce soit en partie en raison du fait que les voyages par avion sont plus chers et doivent souvent être planifiés plus en avance par contre les voyages par auto sont généralement plus flexibles alors c'est plus facile de changer les plans.

Annik : Les Canadiens voyagent-ils moins en général ou est ce que ce sont surtout les voyages vers les États-unis qui ont diminué?

Laura : Les États-Unis sont la principale destination pour la majorité des voyages par les résidents canadiens, mais les résidents canadiens effectuent quand même beaucoup de voyages aux destinations de pays d'outre-mer. Et ces voyages comptaient pour 25 % de tous les voyages à l'étranger par les Canadiens en 2024 et la proportion de voyage avec les destinations de pays d'outre-mer a augmenté, alors l'augmentation dans les voyages aux pays d'outre-mer ce n'est pas encore assez pour faire contrepoids des diminutions dans le nombre de voyages aux États-unis, mais il faut tenir compte que les données qu'on utilise maintenant, ce sont les données administratives qui comptent seulement le nombre de visiteurs internationaux qui passent à travers nos frontières. Ça veut dire qu'on ne sait pas encore si le nombre de voyages domestiques a augmenté pour aider à compenser les diminutions des visiteurs canadiens aux États-unis. Si j'utilise une expression à propos de gâteau, nous ne savons pas encore si le gâteau est la même taille qu'auparavant, mais la grandeur des pièces a changé ou si le gâteau devient plus petit. On peut obtenir ces données à partir de nos autres enquêtes, comme l'enquête nationale sur les voyages.Et ces données vont être vont devenir disponibles en août.

Annik : Les Américains visitent-ils aussi moins le Canada que par les années passées?

Laura : Alors à ce moment-ci nous avons vu quatre mois consécutifs de diminution d'une année à l'autre pour ces catégories, ces diminutions ont été dans la portée de 5 % à 9 % depuis février. Et même si ces diminutions ne sont pas au même niveau que les diminutions dans le nombre de résidents canadiens qui voyagent aux États-Unis, ils sont encore substantifs et importants, mais c'est vraiment une histoire différente lorsqu'on parle à propos des méthodes de transport. Alors par exemple, en juin 2025, on a vu que le nombre de résidents américains qui sont arrivés au Canada par voie aérienne a diminué par seulement 0,7%, mais par automobile c'est une diminution d'environ 10 % par rapport à l'année précédente.

Annik : Alors je comprends que vos données sont basées sur des données administratives, donc des informations qui sont collectées par l'agence des services frontaliers du Canada à la frontière. Et il y a des avantages et des limites à ces données. L'une d'entre elles étant que vous ne pouvez pas poser des questions d'enquête aux gens. Et bien sûr, il est encore plus difficile d'obtenir des réponses de ceux qui auraient pu voyager mais qui ont choisi de ne pas le faire. Donc, à quel point souhaitez vous obtenir des réponses à la question: Pourquoi? Pourquoi les Canadiens voyagent-ils moins aux États-Unis et vice versa?

Laura: J'aime beaucoup cette question. C'est une très bonne question parce que c'est vrai que nous ne savons pas encore pourquoi les gens ont arrêté de faire les voyages aux États-Unis. Mais ce que je peux dire, c'est qu'il y a encore des avantages à utiliser les données administratives telles que nous utilisons. Un des avantages, c'est vraiment que, en utilisant les données administratives, ça nous aide  à réduire le fardeau de réponse qui a pu être mis sur les voyageurs qui se sont probablement déjà peut être stressés ou pressés à cause de leur voyage. C'est aussi une façon beaucoup moins cher de faire la collecte des données parce que le système administrative de la SFC existe déjà et je devrais dire c'est quoi la SFC? Alors c'est l'Agence des services frontaliers du Canada.

Et un autre avantage d'utiliser les données administratives, c'est que ça nous permet de diffuser les données au public beaucoup plus rapidement que d'autres sources de données telles que les enquêtes. Mais comme vous l'avez dit, nous ne savons pas encore le pourquoi ou la raison pour laquelle les gens n'effectuent pas autant de voyages qu'auparavant. Alors c'est pour cette raison que nous utilisons des enquêtes telles que l'Enquête nationale sur les voyages et l'enquête sur les voyages des visiteurs.

Alors ces enquêtes nous permettent de faire l'analyse plus en profondeur au sujet des dépenses, des destinations, de la durée du voyage ou la raison pour prendre le voyage.

Annik : Et pourquoi ces résultats sont-ils importants, Laura?

Laura : De notre avis, le tourisme est vraiment une réflexion du sentiment canadien par rapport au Canada et le monde. Ce que je veux dire, c'est que chaque fois que les gens effectuent un voyage, ils prennent des décisions sur la manière qu'ils vont dépenser leur argent et leur temps. Alors chaque fois qu'ils décident de changer leur destination, chaque fois qu'ils décident de rester chez eux au lieu d'effectuer un voyage il s'agit vraiment d'une réponse à la question de ce qu'ils pensen c'est important. D'une perspective plus administrative, nos données forment la base de plusieurs politiques nationales au sujet du tourisme et ils sont aussi utilisées par plusieurs communautés d'une côte à l'autre pour informer et améliorer leurs services.

Annik : Alors y a-t-il quelque chose que vous auriez aimé inclure dans votre rapport mais que vous n'avez pas pu faire ou est ce que cela vous a donné des idées pour une étude plus approfondie?

Laura : Oui. alors pour nous les données administratives qu'on utilise ne nous permettent pas de faire l'étude des voyages domestiques au Canada, alors nous avons vraiment hâte de recevoir les données de l'Enquête nationale des voyages en août, ce qui va nous permettre de faire cette étude sur les voyages domestiques par les Canadiens au Canada.

Annik : Et où pouvons nous trouver plus d'informations sur ce sujet?

Laura : Pour obtenir d'autres renseignements liés au au tourisme, on peut consulter le portail Statistiques sur les voyages et le tourisme.

Annik : Merci beaucoup, Laura.

Laura : Merci beaucoup, Annik.

Annik : Vous venez d'écouter Hé-coutez bien! Merci à notre invitée, Laura Presley Si vous souhaitez en savoir plus sur les voyages et le tourisme, que ce soit entre le Canada et les États-Unis ou plus largement, vous pouvez consulter la page Statistiques sur les voyages et le tourisme sur le site Web de Statistique Canada. Le lien se trouve dans les notes de l'émission.

Vous pouvez vous abonner à cette émission partout où vous écoutez vos balados. Vous y trouverez également la version française de notre émission, intitulée Eh Sayers! Si vous avez aimé cette émission, n'hésitez pas à la noter, à la commenter et à vous abonner. Merci de nous avoir écouté!

Statistiques sur les voyages et le tourisme

Hé-coutez bien! Épisode 26 - Une taxe sur vos deux maisons!

Date de diffusion : le 16 juillet 2025

Nº de catalogue : 45-20-0003
ISSN : 2025007

Écoutez « Hé-coutez bien! » sur :

Deux pays, égaux en noblesse,
Dans la belle Amérique du Nord, où nous plaçons notre scène,
Sont entraînés d’une ancienne amitié à une tragédie commerciale nouvelle.
Dans le champ des données sur le commerce et les droits de douane, que pourrions-nous glaner?

Venez écouter Marie-Christine Bernard, directrice dans la division de l’analyse stratégique à Statistique Canada, alors que nous nous entretenons avec elle sur l’évolution du commerce avec notre voisin le plus proche, sur ce que les premiers chiffres suggèrent à propos du conflit et sur les éventuelles répercussions de la situation sur l’économie canadienne.

Regard sur le Canada et les États-Unis

Animatrice

Annik Lepage

Invitée

Marie-Christine Bernard

Écoutez

Hé-coutez bien! Épisode 26 - Une taxe sur vos deux maisons! - Transcription

Transcription

 Annik : Bienvenue à Hé-coutez bien! un balado de Statistique Canada où nous rencontrons les personnes derrière les données et découvrons les histoires qu'elles révèlent. Je suis votre animatrice, Annik Lepage.

Vous savez comment c'est… un autre jour, un autre tarif! Au cas où vous ne le sauriez pas nous vivons une fois de plus une période exceptionnelle et nous sommes en conflit commercial avec notre meilleur ami. Il y a eu beaucoup d'incertitudes sur ce que cela signifie et quelles en sont les implications.

Nous sommes donc ici avec une experte de StatCan pour en discuter.

Marie-Christine : Je suis Marie-Christine Bernard, directrice dans la division de l'analyse stratégique à Statistique Canada.

Annik : Pouvez-vous nous expliquer brièvement ce qui se passe avec notre partenaire commercial le plus proche? Quelles sont les dernières nouvelles?

Marie-Christine :  En fait depuis le début de l'année, il y a des tensions commerciales avec les États-Unis. Au début de l'année, l'administration américaine a annoncé qu'elle voulait mettre des droits de douane sur les marchandises en provenance du Canada. Alors, au fil des mois, février, mars, ça s'est concrétisé. En mars, on a vu des droits de douane, principalement sur l'acier, des produits de l'acier et de l'aluminium. Et en avril, il y a eu d'autres droits de douane sur les automobiles ainsi que sur d'autres marchandises qui ne sont pas tout à fait conformes avec l'accord Canada- États-Unis-Mexique sur le libre-échange.

Annik : Alors, quelle est l'importance de nos relations avec les États-Unis? Et plus précisément, quel est le degré d'intégration des relations entre le Canada et les États-Unis?

Marie-Christine :  Nous sommes très, très reliés à l'économie américaine, pour le commerce des marchandises près du trois quarts de nos exportations vont vers les États-Unis. Dans certains secteurs, c'est même encore plus prononcé pour le secteur de l'automobile près de 90 % de la production d'automobiles canadiennes est destinée au marché américain. Nous sommes grandement intégrés. Si on regarde, par exemple, la part de l'économie canadienne de l'activité économique au Canada, qui est près de 17 % du PIB canadien, dépend des échanges entre le Canada et les États-Unis, ce qui représente environ deux 2, 6 millions d'emplois. Ce n'est quand même pas non plus négligeable. Et pour le secteur manufacturier, c'est plus de 500,000 emplois qui dépendent du commerce entre le Canada et les États-Unis.

Annik :  Quels sont les secteurs les plus menacés alors?

Marie-Christine :  Pour les secteurs les plus menacés présentement, on a vu avec les droits de douane que certaines compagnies ont déjà commencé à annoncer des mises à pied ainsi que d'autres secteurs dans l'économie canadienne, parce que ce ne sont pas que les droits de douane qu'ils vont affecter. Il y a aussi beaucoup d'incertitudes, puisque c'est possible qu'il y ait d'autres droits de douane qui soient appliqués alors les compagnies sont plus hésitantes présentement à faire des plans d'affaires, à faire des investissements au Canada. Alors les impacts sont beaucoup plus larges que seulement les exportations du Canada vers les États-Unis.

Annik : Et que suggèrent les premiers chiffres au fur et à mesure que le conflit commercial se développe?

Marie-Christine :  Bien, ce qu'on a observé présentement, c'est qu'au début de l'année, avec les discussions qu'il y aurait des droits de douane les entreprises ont pris cette opportunité pour revoir et exporter davantage avant que les droits de douane soient mis en place. Alors la fin de l'année 2024 avait quand même été assez bonne pour l'économie canadienne. On avait vu les exportations qui augmentaient dans les derniers mois de 2024 et ça s'est poursuivi également au début de l'année en 2025. Mais une fois que les droits de douane ont été appliqués, on a vu les exportations qui ont reculé grandement dans les mois suivants.

Annik : Savons-nous comment les entreprises et les ménages s'adaptent à cette période de perturbation et d'incertitude?

Marie-Christine :  Oui, puisqu'on a des enquêtes qui regardent les perspectives pour les entreprises ainsi que pour les consommateurs. Qu'est-ce qu'on observe du côté des entreprises, c'est que, malgré qu'elles ne soient pas toutes affectées présentement, elles prennent des mesures pour atténuer l'incertitude économique présentement. Alors, du côté des entreprises, on a vu qu'elles sont plus prudentes avec leur décision d'investissement ainsi qu'avec leurs embauches. Du côté du marché du travail, on a vu pratiquement aucune création d'emploi depuis la fin de 2024 et par le fait même, on a aussi observé une augmentation du taux de chômage, principalement dans les régions qui sont plus affectées par les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis.

Pour ce qui est des consommateurs, c'est certain que l'incertitude économique et les nouvelles qu'on l'on voit présentement affectent aussi leurs intentions de faire un achat majeur tel une grosse dépense, comme un véhicule. Ou même du côté du marché immobilier qui a beaucoup ralenti au Canada dans les derniers mois.

Annik : Et quels défis représente la diversification de l'économie?

Marie-Christine :  Ça, c'est une très bonne question avec ce qui se passe présentement. Notre principal partenaire commercial étant les États-Unis et aussi nos exportations sont grandement concentrées dans le secteur de l'automobile et dans le secteur énergétique, c'est certain qu'une diversification ça va prendre quand même quelques temps si le Canada essaie d'explorer de nouveaux marchés. Il y a eu dans les dernières années, des nouveaux accords d'échanges commerciaux avec d'autres pays, principalement dans la région de l'Asie. Mais ça prend du temps étant donné que, géographiquement, ce n'est pas les mêmes conséquences que d'échanger avec les États-Unis.

Annik : Il y a également des défis plus profonds auxquels l'économie canadienne est confrontée, par exemple, une productivité faible et des pressions sur l'accessibilité financière. Comment ces défis affectent-il notre capacité à surmonter la tempête?

Marie-Christine :  Bien ça, c'est une bonne question puisque la productivité des travailleurs, c'est un enjeu qui dure depuis quelques années déjà et probablement que ça va être un enjeu qui va devenir encore plus important à adresser étant donné le ralentissement économique qui s'ensuit avec les tensions commerciales avec les États-Unis et qu'est-ce qu'on a observé avec la productivité. C'est une croissance qui était beaucoup plus faible, près de la moitié plus faible de qu'est-ce qu'on a observé aux États-Unis. Alors pour les entreprises, ça affecte leur compétitivité. Alors leurs coûts de production sont plus élevés ici au Canada qu'aux États-Unis. Alors ça, c'est un enjeu majeur. C'est un point principal que le nouveau gouvernement canadien veut adresser dans les prochaines années. Pour ce qui est des consommateurs, l'enjeu de la productivité, bien sûr, affecte le niveau et le standard de vie au Canada, puis qu'est-ce qu'on a observé dans les dernières années c'est avec les pressions inflationniste, avec aussi le prix de l'immobilier et l'inaccessibilité à pouvoir obtenir une maison mais ça affecte grandement les consommateurs canadiens présentement.

Annik : Quels sont les indicateurs clés que nous devrions surveiller à court terme alors que la situation continue à évoluer?

Marie-Christine :  Bien, il y a plusieurs indicateurs économiques présentement d'intérêt que l'on peut suivre avec les données mensuelles. Bien sûr, le commerce avec les États-Unis comme je l'ai mentionné, qui a augmenté, qui était très favorable au début de l'année mais dans les derniers mois, nous avons vu des baisses entre février et le mois d'avril. D'autres indicateurs c'est peut-être le marché du travail, puisque même si les entreprises présentement ne sont pas très enclins à engager des nouveaux travailleurs, on n'a pas observé des mises à pied massives présentement ou des mises à pied plus prononcées que dans les derniers mois. Présentement, la tendance est qu'il est plutôt difficile d'entrer dans le marché du travail ou de trouver un nouveau travail. Aussi d'autres statistiques très intéressantes qui sortent à tous les mois c'est bien sûr les dépenses des ménages, les livraisons manufacturières, dans quelle mesure elles vont être affectées par les tensions commerciales et l'incertitude économique.

Annik : Où peut-on aller pour obtenir plus d'information sur le sujet ?

Marie-Christine :  On a créé un portail sur le site de Statistique Canada où vous pouvez voir les derniers quotidiens ainsi que les recherches qui portent principalement sur les échanges et les liens entre le Canada et les États-Unis. À tous les jours, le portail est mis à jour.

Annik : Vous venez d'écouter Hé-coutez bien! Merci à notre invitée, Marie-Christine Bernard. Vous pouvez vous abonner à cette émission partout où vous recevez vos balados. Vous y trouverez également la version anglaise de notre émission intitulée Eh Sayers. Si vous avez aimé cette émission, n'hésitez pas à la noter à la commenter et à vous y abonner.

Et merci de nous avoir écouté!

Hé-coutez bien! Épisode 25 - La religion en déclin? Oui, mais…

Date de diffusion : le 6 mai 2025

Nº de catalogue : 45-20-0003
ISSN : 2025005

Écoutez « Hé-coutez bien! » sur :

Le Recensement a révélé que 12,6 millions de personnes ont déclaré ne pas avoir d'affiliation religieuse en 2021, soit plus d'un tiers de la population canadienne. Mais y a-t-il plus que cela?

Avec nos invités Simon-Pierre Lacasse, analyste principal à StatCan, et Sarah Wilkins-Laflamme, professeure agrégée à l'université de Waterloo, nous explorons les causes de cette tendance, nous cherchons à savoir si « sans religion » signifie « sans spiritualité » et comment l'histoire varie de la Colombie-Britannique spirituelle au catholicisme culturel du Québec, en passant par les églises fraîchement repeintes des provinces de l'Atlantique.

Animatrice

Annik Lepage

Invités

Simon-Pierre Lacasse, Sarah Wilkins-Laflamme

Écoutez

Hé-coutez bien! Épisode 25 - La religion en déclin? Oui, mais… - Transcription

Transcription

Annik : Bienvenue à Hé-coutez bien!, un balado de Statistique Canada, où nous rencontrons les personnes derrière les données et découvrons les histoires qu'elles révèlent. Je suis votre animatrice, Annik Lepage. 

Tous les dix ans, le recensement demande aux Canadiens de déclarer leur appartenance religieuse. Le recensement de 2021 en fait partie, tout comme ceux de 2011, 2001 et 1991. Chaque décennie, nous obtenons un nouvel aperçu de la composition religieuse de notre pays, ce qui nous donne un coup d'œil sur son évolution.

Une tendance récente notable en matière de religion au Canada est la croissance des populations musulmanes, hindoues et sikhes. Cette évolution est logique, compte tenu de l'immigration qui s'est produite au cours des dernières décennies.

Mais ce que je trouve particulièrement intéressant, et ce sur quoi nous allons nous pencher aujourd'hui, c'est la montée des Canadiens « sans-religion ».

Selon le recensement de 2021, 12,6 millions de Canadiens ont déclaré n'avoir aucune appartenance religieuse. Cela représente plus d'un tiers de la population canadienne, et cette proportion a plus que doublé en 20 ans, passant de 16,5 % en 2001 à 34,6 % en 2021.

Qui sont-ils ? Qu'est-ce qui définit ce groupe?

Plongeons dans le vif du sujet.

Simon-Pierre : Bonjour, je m'appelle Simon-Pierre Lacasse. Je suis l'analyste principal au centre de la statistique sociale et de la population à Statistique Canada.

Sarah : Oui, bonjour tout le monde. Moi, je m'appelle Sarah Wilkins-Laflamme. Je suis professeure agrégée à l'Université Waterloo.

Annik : Que savons-nous des profils démographiques des personnes non affiliées religieusement ?

Simon-Pierre : Ce qu'on sait de cette population-là d'abord, c'est qu'elle est en moyenne plus jeune que la population canadienne avec un âge moyen de 36 ans, alors que pour l'ensemble de la population canadienne, c'est un peu plus de 41 ans.

On sait que c'est une population aussi qui est proportionnellement plus masculine. C'est donc plus de 52,6 % de la population masculine qui s'identifie comme n'ayant pas de religion alors qu'elle représente un peu moins de 50 % dans la population générale. On a aussi plus de gens qui ne sont pas mariés ou qui ne vivent pas en union libre c'est 46,1 %, alors que dans la population générale, on est à 42 % donc proportionnellement plus élevés. Et puis aussi un autre aspect important, c'est que c'est surtout une population qui est non immigrante. C'est-à-dire qu'on a 82 % des personnes qui ne déclarent pas de religion ou des perspectives séculières, alors que leur poids dans la population générale est d'un peu moins de 75 % donc encore proportionnellement plus élevé chez les non immigrants, c'est à dire les personnes qui sont nées au Canada.

Annik : Avez-vous quelque chose à ajouter à ce portrait démographique des Canadiens non affiliés? Et avez-vous eu des surprises dans le cours de vos recherches?

Sarah : C'est le portrait que je vois aussi, à travers mes recherches, mais juste pour en mettre un peu plus de détails de l'examiner un peu plus en profondeur l'effet vraiment principal, la grosse division qu'on voit, c'est celui des différences générationnelles. Donc, les jeunes ont beaucoup plus de chances d'être sans religion que les adultes plus âgés. Donc, par exemple, dans le dernier recensement en 2021, au Canada, les jeunes adultes de 18 à 35 ans, il y avait 43 % d'eux qui se disaient sans religion contre seulement 28 % chez les adultes plus âgés. Donc, des grosses différences entre générations. Et c'est ça l'effet principal qu'on voit à travers l'Occident aussi, pas juste au Canada, mais à travers la plupart des pays occidentaux. Il y a aussi lié au fait que les gens nés à l'étranger ont moins de chance d'être sans religion et aussi les minorités raciales au Canada sont moins susceptibles de se dire qu'ils n'ont pas de religion, et donc 26 % des membres de minorités raciales ont déclaré ne pas avoir de religion lors du recensement de 2021 à travers le Canada contre un 38 % pour le restant de la population, donc des taux plus faibles de sans-religion parmi les minorités raciales et ceux nés à l'étranger. ll y a également des taux plus élevés de sans-religion dans l'Ouest canadien. Donc, juste au-dessus de la moitié de la population en Colombie-Britannique va se dire sans-religion dans le dernier recensement de 2021, contre un 27% par exemple au Québec.  Il existe encore un écart entre hommes et femmes. Les hommes ont un peu plus de chance de se dire sans religion, mais cet écart-là est plus petit qu'auparavant, que dans les décennies antérieures.

Donc maintenant, il y a environ 32 % des femmes qui s'y sont en religion dans le dernier recensement contre un 36 % chez les hommes. Donc, seulement un écart de quatre points de pourcentage dans les années antérieures, c'était beaucoup plus élevé que ça, il y avait une différence beaucoup plus grande.

Alors, c'est un écart qui a diminué, que moi je m'attends va disparaître dans les prochaines années parce qu'on a aussi vu la disparition d'autres différences démographiques qui étaient là dans le passé, donc par exemple, des différences dans le taux de sans-religion selon le niveau d'éducation ou la résidence rurale.

Auparavant, il y avait de plus grandes différences, mais maintenant, c'est pas mal disparu au fur et à mesure que la population des sans-religion a augmenté et que le phénomène s'est normalisé dans notre société. Donc, par exemple, chez ceux qui n'ont pas de diplôme universitaire ou qui ont des diplômes universitaires, c'est environ le tiers qui se dit sans religion, peu importe, parmi les deux groupes-là.

Et pour la résidence rurale, il y a un 36% des personnes vivant à l'extérieur d'une région métropolitaine du recensement qui se dit sans religion, et ça se compare à 33 % chez les gens qui vivent dans les grandes villes.

Annik : Le Recensement de 2021, a révélé que plus d'un tiers de la population canadienne déclarait ne pas avoir d'affiliation religieuse. Alors lorsque j'ai regardé ces données, je me suis dit, oh, ça fait beaucoup d'athées au Canada.

Mais ça serait une erreur de penser que sans religion signifie nécessairement être athée.  Alors, pourriez-vous nous parler de la diversité au sein de l'étiquette sans religion tout d'abord? Et quelles autres étiquettes pourraient entrer dans cette catégorie?   

Sarah : Ouais, c'est ça. En effet, il existe de nombreuses identités spécifiquement non-religieuses, auxquels certains ou certaines s'identifient. Donc, il y a les athées, oui, mais aussi des agnostiques, des humanistes laïcs, des libres-penseurs et plusieurs autres étiquettes également. Mais, à vrai dire, la plupart des « sans religion » ne s'identifient même pas à l'une ou l'autre de ces étiquettes. Ils n'ont rien de particulier en matière de religion et lorsqu'on pose la question est-ce que vous êtes athée ou quelque chose comme non j'ai pas vraiment réfléchi j'ai vraiment pas vraiment rien auquel je m'identifie à cet effet et donc on voit un peu de tout parmi la catégorie des sans-religion. Ça comprend une diversité de pensées, d'opinions, de croyances et de spiritualité. Ce n'est pas seulement des gens qu'on peut dire entièrement rationnels ou scientifiques ou anti-surnaturels. Il y en a bien sûr, il y en a quelques-uns, mais la plupart on voit une diversité de leur façon de penser. Et donc, par exemple, en 2023, le projet de recherche Non-Religion in a Complex Future, auquel je participe, a mené une enquête auprès de la population générale au Canada et a constaté que c'est seulement le quart des personnes sans religion au Canada qui s'identifient vraiment comme athées.

Annik : À part la diversité des étiquettes, il existe également une diversité de pensées, d'opinions, de croyances et de spiritualités. Pourriez-vous expliquer un peu comment l'absence d'affiliation religieuse ne signifie pas nécessairement l'absence de croyances religieuses ou spirituelles? Avez-vous des exemples qui vous ont surpris dans vos recherches ?

Sarah : Oui, environ le quart des « sans religion » qui sont, on peut les nommer un peu spirituelles sans religion ou non religieuses, spirituelles. Donc ce sont des gens qui ont des croyances ou des pratiques qui sont moins traditionnelles, moins conventionnellement religieuses, mais en fin de compte qui se lient un peu plus au surnaturel. On pense ici à des croyances à un univers mystérieux ou connecté aux énergies. On parle des pratiques comme le yoga, des activités de méditation, par exemple. Puis ce n'est pas tout le monde qui définit ces pratiques-là en tant que spirituelles, mais il y a quand même une partie de la population qui le font.

Et donc, c'est des gens vraiment qui ont des liens au surnaturel ou des, une façon de comprendre le monde, il y a des éléments surnaturels à l'intérieur de ces compréhensions-là, mais qui en fin de compte n'ont pas vraiment de lien avec des organismes ou des organisations religieuses. Et donc on voit ces gens-là parmi les « sans religion ». On voit aussi une toute petite minorité de gens qui sont quand même assez actifs sur le plan religieux, mais qui s'identifient pas nécessairement à une tradition particulière, mais on voit aussi une grande proportion des « sans religion » qui sont vraiment pas beaucoup de liens avec le spirituel et religieux, ils sont plutôt indifférents, ils pensent pas à ces questions-là.

Annik : D'où viennent les non affiliés. C'est une population qui augmente. Mais qu'est ce qui alimente cette croissance?

Simon-Pierre : L'immigration n'est pas le facteur principal de croissance pour les personnes qui ne déclarent pas de religion ou des perspectives religieuses. Donc c'est sûr que n'importe quelle discussion sur la croissance démographique dans la plupart des groupes, l'immigration va jouer un rôle et étant donné la proportion de la population immigrante au Canada, cependant, ce qui est peut-être le plus important ici c'est le fait qu'il y a une part importante des enfants de moins de 10 ans qui sont nés au Canada qui n'ont pas d'affiliation religieuse. Donc ça, c'est un phénomène qui est relié au fait que les parents, eux-mêmes, vont déclarer n'avoir pas d'affiliation religieuse. Et puis la façon que la question est posée dans le recensement spécifiquement, on va dire pour les jeunes enfants, pour les enfants donc, de déclarer la religion dans laquelle les enfants sont élevés. Donc, si les parents n'ont pas d'affiliation religieuse, alors forcément la réponse sera la même pour les enfants. Donc ce serait le facteur principal. Le deuxième facteur de croissance, c'est le fait que la façon dont les gens rapportent leur affiliation religieuse d'un recensement à l'autre peut changer c'est-à-dire qu'une personne pourrait avoir déclaré en 2011 être d'affiliation religieuse musulmane et puis en 2021, déclarer ne pas avoir d'affiliation religieuse. Alors là, ce qu'il faut comprendre, c'est que la façon dont la question est perçue, évidemment, peut changer la façon dont une personne perçoit sa propre relation avec la religion peut avoir changé. Et puis il y a une certaine fluidité dans la façon de répondre entre les cycles de recensement, même chez un même individu.

Annik : L'une des statistiques que j'ai trouvées les plus intéressantes concerne les personnes qui n'ont pas d'affiliation religieuse mais qui sont néanmoins actives sur le plan religieux. Pourriez-vous nous en parler?

Simon-Pierre : Oui. Donc ça, ce sont des données qui ressortent de l'enquête sociale générale ou on pose des questions sur les formes de pratiques religieuses. C'est intéressant de voir qu'on a quand même 17 % en 2019 donc c'est la dernière année où on a fait ou analysé ces données-là qui rapportaient avoir participé à des activités religieuses dans la dernière année. Donc, évidemment, c'est un pourcentage qui va baisser fortement quand on demande, avez-vous pratiqué dans le dernier mois ou à chaque semaine. Donc on parle un peu moins d'une personne sur cinq qui n'a pas de religion qui, par exemple, aurait peut-être assisté à une activité religieuse. Ce qui est important, c'est qu'on doit exclure les mariages et les funérailles qui sont dans la plupart du temps, encadrés par des formes de rituels religieux. Donc, même si on exclut ces formes de cérémonie-là ou de rituels-là, c'est presque une personne sur cinq. Donc qu'est-ce que ça peut représenter? Ça pourrait être, par exemple, une personne catholique au Québec qui aurait assisté à une messe de Noël ou à une forme de célébration peut-être à Pâques, qui sont les rituels qui étaient les plus courus avant qu'il y ait une forme de baisse de religiosité, mais on prend l'exemple spécifique du Québec, mais c'est un exemple peut-être intéressant parce que dans le milieu de la recherche à l'extérieur de Statistique Canada, des chercheuses et des chercheurs ont développé le principe ou le concept de catholicisme culturel pour faire référence au fait que une personne peut s'identifier comme étant catholique sans avoir de forme de pratique mais à l'inverse, on pourrait avoir aussi des gens qui ont déclaré n'avoir pas de religion, mais quand même vont participer à une forme de pratique culturelle qui est religieuse.

Annik : L 'enquête sociale générale a révélé qu'entre 2017 et 2019, 17 % des non-initiés ont participé à une activité religieuse avec un groupe une fois par an. Cela me semble être un chiffre important, et je suis tout à fait d'accord avec la suggestion de Simon-Pierre concernant les traditions religieuses annuelles mais 2 % des non-initiés ont participé à une activité religieuse avec un groupe au moins une fois par mois. C'est peut-être moi, mais je trouve ces deux éléments très surprenants.

Pourriez-vous parler de manière pratique, à quoi cela pourrait-il ressembler ? Quelles sont les pratiques religieuses des non-initiés ? 

Sarah : J'ai l'exemple de Darlene, par exemple, qu'on voit souvent chez plusieurs « sans religion » qui viennent d'une socialisation religieuse, par exemple. Donc, Darlene, c'est un pseudonyme d'une participante de recherche que mon collègue Joel Thiessen a interviewé en Alberta au début des années 2010.

Et Darlene est une ancienne évangélique qui s'était déclarée sans religion par le temps que Joël l'a interviewée. Puis elle a quitté son groupe religieux parce qu'elle n'était pas d'accord avec un bon nombre des croyances qu'il enseignait, qu'il trouvait que le groupe englobait un peu trop sa vie. Mais Darlene croit toujours en Dieu, elle aime encore écouter la musique, la chorale, de temps en temps, et a mentionné qu'elle assiste encore à un service religieux occasionnel, au temps des Fêtes surtout, lorsqu'elle rend visite à sa mère. Mais c'est peut-être parce qu'elle n'a pas d'éducation, pour elle, ce n'est pas vraiment une expérience religieuse, mais c'est plutôt un moyen de faire plaisir à sa mère aussi, d'éviter les conflits familiaux qu'on essaie tous d'éviter au temps des Fêtes. Et donc, c'était vraiment un peu un mélange de, elle avait quitté la religion, mais elle avait encore certaines pratiques qui faisaient partie de sa vie. Et on voit ça souvent, c'est super intéressant parce qu'on le voit souvent chez les personnes qui ont été élevées dans une famille assez religieuse, donc qui a reçu une socialisation religieuse, mais qui ont choisi de quitter la religion plus tard dans leur vie adulte et donc il y a certains aspects de la religion, tels que les aspects liés aux communautés ou à certaines pratiques qui apportent du réconfort, sont encore présents et les gens aiment s'y accrocher, même lorsqu'ils ont délaissé leurs appartenances religieuses.

Donc ça, c'est toujours intéressant. J'ai aussi vu d'autres exemples, par exemple, des gens qui vraiment définissent le yoga comme pratique spirituelle, qui est très importante. Ils sont très dans la spiritualité, l'aspect spirituel du yoga, et ensuite d'autres gens qui complètement à l'envers, au contraire, ils vont définir le yoga juste comme activité physique ou de bien-être mental, plutôt qu'une activité spirituelle.

Donc, il y a des gens qui vraiment les différentes pratiques ont des, définissent ces activités-là différemment, soit plus religieux ou spirituel ou moins religieux et spirituel.

Annik : Le Recensement de 2001 a révélé qu'environ 15 % seulement de la population n'avait pas de religion. Le nombre de personnes sans religion a donc doublé en 20 ans. Nous savons qu'une grande partie de la croissance démographique du Canada est due à l'immigration, mais l'immigration n'est pas la force motrice de ce changement. Quels sont les facteurs sociaux et les conditions qui font qu'en 2025, le Canada compte plus de « sans religion » qu'en 1925 ou même en 1985?

Sarah : C'est la grosse question, hein, donc pourquoi, pourquoi on voit une augmentation assez importante de ces taux de « sans religion »? Et vraiment, au Canada, d'habitude, on trace les débuts de cette tendance-là aux années 60 et la génération des baby-boomers. Donc, dans d'autres pays, ça a commencé un peu plus tôt. Par exemple, en France ou en Grande-Bretagne, ça a commencé un peu avant, aux États-Unis, ça a commencé plus tard. Aux États-Unis, ça a vraiment commencé seulement dans les années 90. Mais ici au Québec et au Canada, on voit surtout les années 60 comme moment clé où ça commence à changer à voir les nouvelles tendances. Et donc, il y a plusieurs changements sociaux qui sont en marche, qui commencent environ au milieu du 20e siècle et qui sont en marche depuis, qui impactent surtout cet effet générationnel des jeunes ayant des taux de plus en plus élevés de sans-religion. Donc on parle, par exemple de la perte d'autorité des chefs religieux et la prise en charge de la plupart des services sociaux, les écoles, les hôpitaux, par exemple, par, l'État providence, donc ça, c'est un, un changement qu'on voit surtout vraiment commencer à prendre un effet important dans le milieu du 20e siècle et aussi au Canada anglophone, il y a le déclin de l'identité nationale plutôt britannique protestante canadienne avec la chute de l'Empire britannique encore une fois au milieu du 20e siècle et un bon nombre de Canadiens voient de moins en moins de lien avec le fait d'être canadien et le fait d'être chrétien. Auparavant, il y avait vraiment des liens, surtout coloniaux, entre la Grande-Bretagne, les églises protestantes et l'identité nationale canadienne-anglaise. Et dans la francophonie canadienne, il y a une tendance similaire à s'éloigner de l'église catholique et de moins en moins liée à l'identité québécoise, à l'identité catholique avec, bien sûr, la Révolution tranquille, surtout des années 60 et la génération des boomers et un lien qui devient de moins en moins fort ou de plus en plus faible à travers les décennies qui suivent les années 60.

Il y a aussi une montée des valeurs qu'on nomme d'individualisme expressif donc, on parle ici de valeurs d'autonomie et d'authenticité personnelle, c'est vraiment lorsqu'on parle aux gens, ça revient souvent dans le discours des gens lorsqu'on leur parle de qu'est-ce qui motive leur décision clé de la vie, leurs valeurs qu'ils tentent d'enseigner à leurs enfants par exemple, ils discutent de ces valeurs-là de choix individuels, d'autonomie, d'authenticité, de vivre leur vraie vie, là, et c'est vraiment des valeurs qui, on les voit monter vraiment depuis les années 60, c'est la génération boomer, et c'est souvent avec notre société de consommation qui sont liées aussi. Et donc l'accent est mis maintenant sur l'autorité de l'individu à faire ses propres choix, plutôt que sur une autorité externe à l'individu provenant de, soit de leader ou de texte religieux par exemple.

Donc on prend ces valeurs presque pour acquis aujourd'hui là, mais ça n'a pas toujours été le cas. Et donc c'est vraiment surtout à travers les années 60 qu'on voit cette montée et ça met moins l'accent sur les activités, la communauté religieuse et beaucoup plus l'accent sur les choix de l'individu, à travers les dernières décennies. Et il y a aussi une montée de ce qu'on appelle la concurrence séculaire, donc il y a juste plus de choix d'activités et de façons de penser qui sont possibles maintenant, qui sont socialement acceptables maintenant, qu'auparavant, par exemple, comparé au 19e siècle. Et donc, si on pense au 19e, au début du 20e siècle, c'était beaucoup plus un monde d'agriculture, un monde rural, où le centre de la vie politique, sociale, communautaire, c'était surtout l'église du village, la paroisse. Et donc, on n'est plus vraiment maintenant, dans cette société, on est beaucoup plus urbanisé, on a beaucoup plus changé nos valeurs. Il y a beaucoup plus de choix de qu'est-ce qu'on peut faire la fin de semaine, comment on peut rester en contact avec les gens, comment on peut être engagé dans la communauté qui ne sont pas nécessairement liés à la religion maintenant, comparativement dans le passé. Donc, c'est vraiment tous ces changements-là ensemble, tu sais, il y a des débats parmi les académiques de quel changement a été le plus important.

Annik : L'histoire de la religion au Canada varie vraiment d'un bout à l'autre du pays. La Colombie-Britannique a l'un des taux d'affiliation les plus bas du pays, mais vous l'appelez la Colombie-Britannique spirituelle. Pourquoi?  

Sarah : Oui, parce que, bien, en fin de compte, les certains indicateurs de spiritualité sont plus élevés, même parmi les « sans religion » en Colombie-Britannique. Il y a plus de la moitié de la population en Colombie-Britannique qui s'identifie sans religion, mais quand j'ai mené une enquête nationale auprès des milléniaux, donc la génération Y, âgés de 18 à 35 ans en 2019, ce que j'ai vu c'est qu'en Colombie-Britannique, il y avait 23 % d'eux qui s'identifiaient sans religion, oui, mais qui s'identifiaient comme spirituels mais non religieux. Et donc, c'est le taux le plus élevé parmi les « sans religion », les jeunes sans-religion au pays, en Colombie-Britannique. Il y avait aussi environ un tiers de cette génération Y qui se disait, parmi ceux qui disaient sans-religion, il y avait le tiers en Colombie-Britannique qui déclarait que leurs croyances spirituelles sont très ou assez importantes dans leur vie.

Encore une fois, un des taux les plus élevés au pays. Et il y avait un 43 % d'eux qui la moitié qui déclarait avoir participé au moins une fois au cours de l'année précédente à l'enquête, à une activité qui définissait comme spirituelle. Et donc, encore une fois, c'est un des taux le plus élevé parmi les « sans religion » au pays.

Donc, vraiment, en Colombie-Britannique, on voit c'est un peu cette façon de penser, cette socialisation qui est plus vers la spiritualité qui a peut-être moins de problèmes historiques ou de mythologie nationale contre une église, comme au Québec, il y a vraiment cette vue de l'Église catholique qui est la grande noirceur avant la Révolution tranquille. Il n'y a pas vraiment ça en Colombie-Britannique. Et donc les gens sont plus ouverts à la spiritualité. C'est même un peu tracé dans le discours public où on voit, par exemple, l'expérience avec la nature ou aller dans les grands parcs et que c'est un peu lié, les gens sont plus ouverts à parler, à utiliser le terme spirituel pour décrire ces expériences-là.

Annik : On sait qu'au Québec, il y a une tendance au catholicisme culturel, sans nécessairement la pratiquer. Pourriez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet? Qu'est-ce qui distingue le Québec des autres régions du Canada?  

Sarah : Oui, bien le Québec est vraiment distinct sur le plan religieux au Canada et donc, dans ce contexte-ci des thèmes qu'on discute, c'est surtout que le fait que les taux de « sans-religion » ont toujours été plus faibles au Québec que dans la plupart des autres régions du pays. Et donc, par exemple, avant les années 60, c'était surtout en raison des taux très élevés de catholiques pratiquants, la vaste majorité la population québécoise pratiquait de façon régulière à l'Église catholique. Après la Révolution tranquille des années 60, c'était surtout à cause de ces taux très élevés de catholiques culturels  et lorsqu'on dit catholiques culturels, ce qu'on veut dire, c'est des gens qui ont pas nécessairement des liens très forts avec l'Église catholique, qui vont pas nécessairement aller à la messe très souvent, ou même pas du tout, et qui même, ils n'aiment pas trop l'Église catholique, sont pas vraiment d'accord avec la plupart de leurs croyances, par exemple, mais qu'ils voient encore un lien identitaire très fort avec le catholicisme, plus généralement, avec leur héritage familial et avec l'identité québécoise, l'identité nationale québécoise. Et donc, ils vont garder l'identité catholique pour ces raisons-là, sans vraiment de lien fort avec l'Église comme telle, et ces catholiques culturels, ces gens-là représentaient la vaste majorité de la population québécoise depuis la Révolution tranquille jusqu'à assez récemment. Donc, dans l'Enquête nationale auprès des ménages de 2011 de StatCan par exemple, il y avait trois quarts de la population québécoise qui se déclarait catholique, mais très peu d'entre eux assistaient à la messe de façon régulière. Et donc c'est seulement 12 % de la population, qui se déclarait ne pas avoir de religion en 2011 au Québec. Et c'est seulement vraiment plus récemment, lors du dernier recensement de 2021, qu'on a constaté un affaiblissement de ce catholicisme culturel dans la province, et une forte augmentation de la population sans religion, donc surtout chez les jeunes, mais aussi parmi tous les groupes d'âge. Donc en 2021, c'était seulement, 54 % des Québécois qui s'identifiaient, comme catholiques quand même, euh, juste un peu plus la moitié de la population, donc c'est quand même un, une grosse proportion, mais plus faible que c'était auparavant. Et maintenant, il y a comme un 27 % qui se disent sans religion.

Et donc, il y a plusieurs débats avec les chercheurs, les penseurs, de pourquoi on a vu ce déclin aussi dramatique du catholicisme culturel dans une dernière décennie environ. Mais, une de mes hypothèses, c'est que tout le débat qui entourait la laïcité au Québec, donc on parle des chartes des valeurs, ou maintenant avec la loi 21, il y a tout eu autour de ces débats, de ces politiques-là, il y avait plusieurs chefs politiques qui tentaient de lier l'identité québécoise maintenant avec la laïcité plutôt qu'avec le catholicisme qu'on voyait plus dans le passé. Et donc là, peut-être pour certains gens dans leurs esprits, leur identité, ils voient plus de liens maintenant avec la laïcité et le Québec plutôt que le catholicisme et le Québec. Et même que la laïcité souvent on l'utilise comme terme pour référer aux politiques de l'État et comment l'État gère la religion et les minorités religieuses dans les espaces publics. Donc, c'est une des hypothèses pourquoi on a vu ce déclin aussi rapide, non seulement juste chez les jeunes, mais aussi chez plusieurs groupes d'âge.

Annik : La région de l'Atlantique affiche des taux de religiosité parmi les plus élevés du pays chez les adultes plus âgés, mais la tendance ne se maintient pas chez la cohorte la plus jeune. Pourriez-vous nous en parler?  

Sarah : Oui, donc, la région de l'Atlantique, c'est une autre de ces régions-là qui ont des tendances particulières et intéressantes au Canada. Donc, les provinces, les quatre provinces de l'Atlantique, c'est vraiment la région où les indicateurs du christianisme se porte un peu mieux surtout comparé à l'Ouest mais même par exemple comparé au Québec ou à l'Ontario donc, on a également constaté une augmentation du nombre de personnes sans religion dans la région de l'Atlantique mais c'est toujours un taux plus faible que dans la plupart des autres régions du pays. Donc c'est, par exemple, c'est 29 % de la population de l'Atlantique qui ont déclaré ne pas avoir de religion. Et c'est surtout un phénomène des jeunes. Bien sûr, l'effet générationnel qu'on discutait, où les enfants qui ont reçu moins de socialisation religieuse ont plus de chances d'avoir zéro lien avec les religions et de se dire sans religion.

Mais cet effet-là, on voit vraiment un gros fossé générationnel dans la région de l'Atlantique, où les générations plus vieilles, par exemple, les gens de 75 ans et plus, la vaste, vaste majorité ont une appartenance chrétienne et vont quand même pratiquer assez régulièrement cette religion comparativement chez les jeunes, il y a un 42 percent des jeunes adultes de 18 à 35 ans qui se disent ne pas avoir de religion dans la région de l'Atlantique. Donc, on voit vraiment le fossé générationnel est un peu à son extrême en Atlantique, mais il y a eu un déclin en Atlantique, au Québec, le déclin a eu comme deux moments, le déclin initial, la Révolution tranquille où les gens ont délaissé la pratique régulière à l'Église catholique et ensuite un autre moment plus récent où ils délaissent l'identité catholique

Annik : Y a-t-il d'autres variations régionales qui, selon vous, méritent d'être soulignées avant qu'on passe à autre chose?

Sarah : Il y a également des variations particulières dans les régions des Prairies, où on voit Alberta et les Saskatchewan et Manitoba, et souvent, on dirait même presque une polarisation entre les « sans religion » qui sont quand même assez important dans la population et aussi des gens qui sont assez religieux.

Mais l'autre région qu'on n'a pas vraiment discuté à ce point-ci, ce sont les territoires du nord, donc le Yukon, les Territoires du nord-ouest, Nunavut. Il y a des grosses populations de « sans religion », mais c'est une raison peut-être un peu différente.  Pour plusieurs populations autochtones, ils ne s'identifient même pas avec le concept de religion. Pour eux, le concept de religion, c'est vraiment un concept occidental, et il y a des effets de l'histoire coloniale là-dedans aussi, et donc ils ne vont pas nécessairement définir leur spiritualité, leur façon de vivre comme religion ou religieux, même s'il y a plusieurs aspects spirituels qui traversent leur vie, et donc il y a une grande proportion des populations autochtones dans le Nord, mais aussi à travers le pays qui s'identifient sans religion, mais la définition de la raison pourquoi ils s'identifient sans religion, c'est un peu différent que les populations non autochtones au Canada. Donc, c'est vraiment, c'est fascinant. On pourrait en discuter, discuter toute la journée, là, mais c'est toujours bon d'y penser qu'il y a des grosses variations régionales dans le pays pour les religieux, ouais.

Annik :  Les répondants ont été interrogés sur la religion lors du dernier recensement, donc en 2021, mais ils ne seront pas interrogés sur cette question encore avant 2031.

Donc, selon vous, quels sont les facteurs qui influenceront la taille des « sans religion » du Canada dans un avenir proche? 

Sarah : Ouais, c'est une super bonne question. C'est toujours important à ce moment-ci de dire que tout scientifiques, incluant les sociologues comme moi, sont poches à prévenir, prévoir le futur, là. Donc, on n'a pas toujours la bonne réponse de qu'est-ce qui s'en vient, là. Mais juste en regardant les tendances en ce moment et de penser peut-être à un avenir prochain, qu'est-ce qu'on pourrait voir? Moi, je m'attends à une augmentation continue du taux de « sans-religion », donc un, même un taux plus élevé en 2031, donc c'était environ un tiers de la population en 2021 qui était « sans-religion ». Je m'attends à un taux plus élevé que ça en 10 ans pour une couple de raisons, surtout à cause de cet effet de remplacement des générations qui se poursuit, donc les membres des générations plus vieilles, dont les taux de religiosité sont en moyenne plus élevés, décèdent et les membres des générations plus jeunes, dont les taux de religiosité sont en moyenne plus faibles, représentent une part de plus en plus importante de la population, donc ils vont prendre une part de la population plus grande en 2031, donc par exemple on parlait des jeunes adultes qui ont des taux de sans religion presque à 50 % presque la moitié de la génération donc, on s'attend que les taux généraux de la population ressemblent de plus en plus à ceux de ces jeunes générations dans le futur.

Souvent j'ai des questions des gens qui me demandent, est-ce que l'immigration va freiner un peu cette, cette tendance-là? Est-ce que ça pourrait impacter la tendance des « sans religion »? Mais, en réalité, je ne pense pas parce que, tu sais, on a eu une immigration plus diversifiée sur le plan religieux depuis surtout les années 90 ici au Canada et ça n'a pas vraiment perturbé cette tendance d'augmentation des « sans religion » parce que ça vient d'autres populations en fin de compte, ça vient des gens qui sont nés au Canada, qui viennent originellement de familles traditionnellement chrétiennes, qu'on voit l'augmentation des sans religion. Et plus récemment, le gouvernement fédéral a récemment abaissé ses quotas d'immigration en dessous des niveaux de remplacement de la population. Donc, je ne vois pas vraiment de gros effets de l'immigration qui impacte l'augmentation des « sans religion ». Une autre question que j'ai souvent, c'est en fin de compte, les populations religieuses ont des taux de fertilité plus élevés que les populations non-religieuses. Et c'est vrai, c'est le cas au Canada. À l'encontre de ça, il y a la tendance à la désaffiliation, qui est encore assez forte au Canada, qui contrebalance, en fin de compte, ces différences de fécondité-là. Et donc, par exemple, dans une famille protestante évangélique de trois enfants, en moyenne, un de ces trois enfants-là aura quitté la religion, rendu à l'âge adulte. Et donc, on voit encore, oui, plus d'enfants chez les gens plus religieux, mais aussi une tendance de désaffiliation qui nourrit les « sans religion » aussi. Et donc, pour moi, ça prendrait vraiment un changement structurel plus fondamental à notre société pour voir un changement de cette tendance d'augmentation de ces « sans religion », que, que je vois pas nécessairement à l'horizon, qui est toujours possible, mais que je vois pas venir immédiatement non plus, et moi je parle ici d'un changement qui pourrait affecter les valeurs de l'individualisme expressif dont je parlais tantôt et qui affecte la normalisation du non-religieux, qui affecte la concurrence séculaire, toutes les autres activités auxquelles on a accès, qui sont pas vraiment liées à la religion, les façons de penser qui sont pas nécessairement liées à la religion, et donc, il faut avoir un grand changement de nos sociétés, des tendances qui viennent originalement surtout des années soixante. Ce type de changement social arrive, mais on ne sait pas quand il va arriver, puis elle ne pourra pas, peut-être pas arriver pour un bon bout de temps, et donc on verra ce que l'avenir nous réserve, mais moi je m'attends à une croissance continue des « sans-religion », au moins pour les prochaines années ou quelques décennies.

Annik : Merci beaucoup Sarah!

Sarah : Merci à vous!

Annik : Pourquoi est-il important de s'intéresser à la composition religieuse du Canada?

Simon-Pierre : Mais parce que c'est un aspect fondamental de la diversité ethno culturelle du pays. Statistique Canada a plusieurs ensembles de données pour comprendre cette diversité là qu'on compare, par exemple, sur toutes les données sur les groupes de minorité visibles auxquelles on fait référence, surtout aujourd'hui, comme des groupes racisés mais sinon qu'on parle de l'origine ethnique et culturelle de toutes les données sur l'immigration. Mais une des facettes de cette diversité là c'est la religion. Et puis elles sont parfois interconnectées. Et puis, pour bien comprendre toutes les facettes de la diversité, il faut avoir des données sur la religion. Aussi pour mieux comprendre toutes les réalités vécues par les différents groupes de population canadiennes dans un contexte où il y a une montée de l'islamophobie de l'antisémitisme. C'est évidemment, on a plusieurs données qui confirment ces tendances là, mais pour être sûr de bien comprendre ces populations et le rapport qu'elles entretiennent face au racisme, face à la discrimination, ça nous prend des données pour vraiment, pour comprendre la taille de ces populations au sein du recensement, entre autres.  

Annik : Merci beaucoup Simon-Pierre

Simon-Pierre : Merci à vous !

 Vous venez d'écouter Hé-coutez bien. Merci à nos invités Simon-Pierre Lacasse et Sarah Wilkins-Laflamme.

Pour en savoir plus et consulter les nombreuses données de StatCan sur la religion...

Simon-Pierre : Les ressources web de Statistique Canada offrent tous les tableaux, toutes les analyses, toutes les infographies des données sur l'affiliation religieuse. Et puis une belle porte d'entrée vers toutes ces données-là, c'est d'aller consulter le site web du Centre des statistiques sur le genre, la diversité et l'inclusion.

Annik : Si on veut en savoir plus sur votre travail où pouvons-nous aller ?

Sarah : J'ai puisé une grande partie de mon matériel d'aujourd'hui dans deux de mes livres récents, des livres en anglais, donc il y a « None of the Above » que j'ai co-écrit avec Joel Thiessen, qui a été publié avec New York University Press en 2020, et aussi « Religion, Spirituality and Secularity Among Millennials », qui a été publié en 2023 avec Routledge.

Mais il suffit vraiment de taper mon nom, Sarah Wilkins-Laflamme, sur Google pour trouver un grand nombre de blogues gratuits et de vidéos en ligne gratuits, plusieurs en français d'ailleurs, auxquelles j'ai participé au cours des dernières années et qui traitent de ces thèmes des « sans religion ». Et vous pouvez également consulter mon profil en ligne à l'Université Waterloo où vous trouverez mon adresse électronique et où vous pourriez me contacter par courriel à tout moment.

Annik : Vous pouvez écouter cette émission partout où vous écoutez vos balados. Vous y trouverez également la version anglaise de notre émission, intitulée Eh Sayers. Si vous avez aimé cette émission n'hésitez surtout pas à la noter, à la commenter et à vous y abonner.

Hé-coutez bien! Épisode 24 - Que faut-il faire pour sortir de l’itinérance?

Date de diffusion : le 10 mars 2025

Nº de catalogue : 45-20-0003
ISSN : 2025001

Écoutez « Hé-coutez bien! » sur :

Qu’est-ce qui aide quelqu’un à passer de l’itinérance à la vie en logement?

Nous examinons une nouvelle analyse des données de l’Enquête canadienne sur le logement pour aborder cette question. Lors d’une conversation avec Sylvie Corbin, directrice de la philanthropie à la Mission d’Ottawa et Jean-Philippe Deschamps-Laporte, directeur adjoint dans la division responsable des questions de revenus et de logements à Statistique Canada, nous nous demandons pourquoi l’itinérance (et les données sur l’itinérance!) est plus complexe qu’on ne le pense, quels sont les facteurs qui mènent le plus souvent à la récupération d’un logement et pourquoi il peut être difficile de conserver un logement même après l’avoir récupéré.

Pour en savoir plus, consultez l’article « Sortir de l’itinérance : examen des facteurs contribuant à la récupération et à la conservation d’un logement ».

Animatrice

Annik Lepage

Invités

Jean-Philippe Deschamps-Laporte, Sylvie Corbin

Écoutez

Hé-coutez bien! Épisode 24 - Que faut-il faire pour sortir de l’itinérance? - Transcription

Transcription

ANNIK : Bienvenue à Hé coutez bien!, un balado de Statistique Canada, où nous rencontrons les personnes derrière les données et découvrons les histoires qu'elles révèlent. Je suis votre animatrice, Annik Lepage.

Nous faisons une promesse à chaque épisode : rencontrer les personnes qui se cachent derrière les données et explorer les histoires qui se cachent derrière les chiffres. Souvent, cela signifie rencontrer les personnes qui, à Statistique Canada, produisent et analysent les chiffres, mais cela signifie aussi aller plus loin, essayer de voir et de comprendre la personne qui se cache derrière chaque point de données afin qu'elle soit plus qu'une statistique.

SYLVIE : Il n'y a personne qui demande d'être à la rue. Puis, peut-être s'informer un peu plus à ce niveau-là, puis essayer de comprendre le pourquoi et d'avoir une nouvelle vision des gens qui sont là.

Fréquemment, on pense que les personnes ont des problèmes de toxicomanie. Nous, on l'a vu fréquemment chez nous, où est ce que les gens, arrivent chez nous, ils ont eu une malchance, euh, ils ont perdu leur emploi, ils sont plus capables d'arriver dans leur finance. Ils ne sont pas toxicomanes, ils n'ont pas de problème de dépendance, mais vivre à la rue peut développer ce genre de choses-là, donc avant d'y arriver là, c'est ça que j'aimerais que les gens pensent, vraiment mettre de côté les préjugés qu'on peut y avoir.

SYLVIE : Je suis Sylvie Corbin, directrice de la philanthropie ici à la Mission d'Ottawa et aussi porte-parole du côté francophone.

ANNIK : Pouvez-vous nous parler un peu de la Mission d'Ottawa?

SYLVIE: Oui, on pourrait passer une bonne heure à parler de la Mission. On a environ 250 lits, afin de loger les gens qui n'ont pas d'abri le soir. On offre le service de repas les gens qui habitent avec nous et aussi les gens de la communauté, donc, on a vraiment agrandi notre service de repas. Pendant la pandémie, on s'est vu offert un camion de restauration et notre camion qui avait débuté avec cinq communautés par le passé pour notre camion de restauration et maintenant on en fait 38 par semaine et, au-delà de 10 000 repas par semaine juste par le camion et en tout et partout notre service de repas dépasse les un million annuellement.

Donc, on offre au-dessus d'un million de repas, puis ça, c'est un chiffre qui a vu une croissance fulgurante, après la pandémie, je crois que les repas étaient environ un demi-million, donc on parle d'une croissance énorme, et ça prouve qu'il y a énormément de besoins ici dans la communauté.

Et puis, à la Mission aussi nous offrons au-dessus de 17 programmes, des programmes que ce soit en santé mentale, recherche de logement, éducation, on a une enseignante qui permet aux gens qui n'ont jamais complété leurs études secondaires, de le faire. On donne aussi énormément de soins de santé.

On a une clinique pour les gens qui en ont besoin. On a aussi un hospice de 20 lits pour les gens qui sont vulnérables ou qui n'ont pas d'endroit où habiter.

Donc, ça peut être en fin de vie ou un soin de répit suite à une intervention médicale. On était les premiers en Amérique du Nord, sinon, au monde, à avoir ce genre de choses-là dans un refuge pour sans-abri.

ANNIK : Alors d'après votre expérience, lorsqu'une personne réussit à sortir d'une situation d'itinérance, quels sont les principaux facteurs qui l'aident à faire cette transition?

SYLVIE : Ouais, c'est un soutien. Le facteur premier, c'est de vraiment voir quels sont les besoins. Donc, ils rentrent, ici, puis on leur demande, est-ce que vous avez déjà, regardé toutes les possibilités au niveau du logement? On les aide à faire une recherche pour le logement. Mais un autre facteur qui est très, très important, c'est la recherche, trouver un emploi qui puisse subvenir à leurs besoins. Une des solutions, c'est l'éducation. On a un programme de formation en service culinaire, on accueille des gens ici, ils ont une formation de 4 mois qui leur permettent d'aller travailler dans une cuisine commerciale, que ce soit un restaurant, que ce soit un foyer pour personnes retraitées, les hôpitaux et tout, donc, nos diplômés du programme, à 90 % se trouvent un emploi à leur passage chez nous.

ANNIK : Qu'est-ce qui aide une personne à passer du statut de sans-abri à celui de personne logée?

ANNIK : StatCan vient de publier une nouvelle étude basée sur les données de l'Enquête canadienne sur le logement qui explore précisément cette question, en demandant quels sont les facteurs spécifiques qui permettent le plus souvent de retrouver et de conserver un logement.

JEAN-PHILIPPE : Donc, on a mené un projet de recherche au cours des derniers mois afin de développer des nouvelles connaissances sur l'itinérance. Donc c'est un phénomène qui est très présent au Canada, puis qui amène à beaucoup de questions. Nos utilisateurs à Statistique Canada nous approchent fréquemment afin de mieux comprendre l'enjeu, les facteurs sous-jacents, puis les conséquences de l'itinérance.

Donc, dans le cadre de l'Enquête canadienne sur le logement, le troisième cycle de cette enquête-là, on a ajouté du nouveau contenu où on demande aux gens comment est-ce qu'ils ont réussi à se sortir de l'itinérance pour ceux qui ont eu cette expérience.

ANNIK : Pourriez-vous vous présenter avec votre nom et votre fonction?

JEAN-PHILIPPE : Bien sûr. Jean-Philippe Deschamps-Laporte. Je suis directeur adjoint dans la division responsable des questions de revenus et de logements à Statistique Canada.

ANNIK : Le mot itinérance recouvre en fait un ensemble d'expériences très diverses. Pourriez-vous nous parler de cela et des différentes façons dont une personne peut se trouver en situation d'itinérance?

JEAN-PHILIPPE : Certainement. Donc, il y a un type d'itinérance qu'on appelle hors refuge. Donc, hors refuge, ça fait référence aux personnes qui vivent dans des endroits qui sont normalement non habitables. Donc ça pourrait être dans la rue, dans un bâtiment désaffecté. Donc dans un lieu qui n'est normalement pas associé à l'habitation humaine. On a un autre type d'itinérance donc l'itinérance dans un refuge, Donc c'est des gens qui peuvent être dans un refuge pour personnes en itinérance de type standard si on veut. Il y a aussi des zones de refoulement. Donc, par exemple, actuellement, dans plusieurs parties du Canada, on fait face à une période de froid intense. Et puis très fréquemment, les municipalités mettent en place des infrastructures temporaires pour loger les personnes en situation d'itinérance

Puis on a également l'itinérance cachée. Donc une personne pourrait vivre de manière temporaire chez d'autres avec pas nécessairement une entente de type un bail locatif, puis l'aspect temporaire et l'aspect t possiblement instable caractérise ce type d'itinérance.

ANNIK : Quels sont les défis à relever pour obtenir une image précise de la population en situation d'itinérance au Canada? 

JEAN-PHILIPPE : Donc, les défis sont à la fois opérationnels que éthiques. Donc, lorsqu'on parle de personnes en situation d'itinérance, on fait appel à la notion de vulnérabilité. Des personnes qui peuvent être dans une situation pour une multitude de raisons, ou peut être que répondre à une enquête statistique ce n'est pas nécessairement une priorité ou que simplement ils ont besoin d'un support social financier, de logement, qui prévaut sur le fait de répondre à une enquête statistique. Donc ça, c'est l'aspect, si on veut dire plus éthique, de dire toute personne a un temps fini dans une journée, puis lorsqu'on est particulièrement vulnérable, on doit se questionner est-ce qu'on doit retirer ce temps-là dans la journée d'une personne qui est dans cette situation-là?

Au niveau opérationnel, ce n'est pas simple de se dire on va récolter l'information sur l'ensemble des gens qui sont hors refuge, en refuge puis en itinérance cachée. Cela dit, on a des méthodes au Canada qui sont en place pour comprendre ces différents phénomènes, mais je ne vous cacherai pas, Annik, qu'il y a des enjeux. Donc une des méthodes qu'on utilise, comme dans l'Enquête canadienne sur le logement, c'est la méthode rétrospective. Donc on demande aux gens qui sont logés sur leurs expériences passées

On a aussi la voie des données administratives. La plupart des gens au Canada ont des interactions avec les services, que ce soit sociaux, que ce soit fiscaux.

Par exemple, une personne en itinérance, souvent une des premières choses lorsqu'elle va recevoir des services, c'est que les services sociaux vont l'aider à faire une déclaration fiscale parce que souvent, les gens ont droit à des bénéfices qu'ils ne reçoivent pas lorsqu'ils sont en situation d'itinérance.

Donc nous, avec nos partenaires, avec nos fournisseurs de données, mais par moments, on a l'opportunité d'utiliser à bon escient ces informations administratives afin de décrire les expériences d'itinérance pour cette population. Également, on a des enquêtes qui existent au Canada, pas menées par Statistique Canada, menées par nos partenaires à l'ICC avec leurs partenaires municipaux de dénombrement ponctuels de personnes en situation d'itinérance. Donc, il y a une multitude de méthodes pour arriver à différentes fins. 

ANNIK : Est-ce qu'on a une idée du nombre de personnes qui ne sont pas actuellement en situation d'itinérance et mais qui ont pu en faire l'expérience au cours de leur vie?

JEAN-PHILIPPE : Oui, tout à fait. Donc les plus récents résultats de l'ECL, donc l'Enquête canadienne sur le logement, je vais référer à l'acronyme à partir de ce moment, révèle qu'une personne sur huit ont connu une situation d'itinérance sous une forme ou une autre par le passé. Donc, ce qui constitue 12 % des ménages avaient une personne qui ont pu avoir cette expérience par le passé.

Donc de ce 12 % là, eh bien, 2,6% ont connu un épisode d'itinérance en ou hors refuge et 11,2 % d'itinérance cachée. Donc on voit que l'itinérance cachée dans l'ensemble, au niveau des données récoltées dans l'ECL est plus fréquente que celles en ou hors refuge mais il y a aussi une combinaison c'est pour ça que ces chiffres-là s'additionnent pas sur le chiffre que je vous ai donné précédemment parce que c'est complexe, c'est selon des épisodes, on peut avoir les deux donc c'est ce qui explique ça. Mais de manière générale, on peut comprendre des résultats qu'il est plus fréquent d'avoir des expériences d'itinérance cachées que celle en ou hors refuge.

ANNIK : Le nombre de personnes en situation d'itinérance est important, selon Sylvie.

SYLVIE : Depuis 2018, l'itinérance a augmenté de 20% ici au Canada, donc c'est un chiffre énorme, on le voit à même nos yeux lorsqu'on se promène dans nos rues, dans nos villes et tout.

Un autre facteur qui est très important, c'est l'insécurité alimentaire. Nos collègues à la Banque Alimentaire d'Ottawa, leur dernier rapport, parlait d'une personne sur quatre, donc 25 percent des citoyens d'Ottawa sont en situation d'insuffisance au niveau de leur nourriture à toutes les semaines. Puis, souvent, ce qu'on voit, c'est que les gens vont sauter un repas, deux repas, pour être capable de se payer le loyer.

Ce qu'on a vu le plus, c'est que notre refuge est plein à 100 %, depuis plus de 4 ans. Même on dit 110 % parce qu'on a des lits d'urgence qu'on doit mettre au sol et tout. On a une trentaine de personnes qui dorment assis dans notre salle d'attente, c'est du jamais vu.

ANNIK : En termes de démographie, que savons-nous des personnes sans domicile? Quelles sont les populations surreprésentées? 

JEAN-PHILIPPE : Très bonne question. Merci, Annik. À ce niveau, il y a certains groupes de populations qui sont plus appelés à avoir eu cette expérience au cours de leur vie. Donc, en premier lieu, on parle des personnes autochtones. Donc, un ménage autochtone sur quatre a connu une expérience d'itinérance au cours de sa vie sous une forme ou une autre. On va se le dire, à 27,3 % des ménages autochtones c'est très important. Donc ce serait 8% des ménages autochtones qui ont connu l'itinérance en ou hors refuge, donc une forme plus profonde que celle cachée, ce qui est une proportion bien supérieure à celle de la population générale de 2,6%.

Donc ça, c'est un exemple où un groupe est particulièrement représenté. On a aussi les personnes 2ELGBTQ+, un ménage sur quatre contient des personnes qui ont eu une expérience d'itinérance, donc 24 % et ainsi que les anciens combattants à 16,8%. Donc, il y a certains groupes qui y sont plus appelés à être représentés à ce niveau-là.

Au niveau géographique, on a certains endroits également, où la prévalence de ces expériences est un peu plus forte que la part de la population au sein des 10 provinces qui sont échantillonnées dans l'ECL. Donc la Colombie-Britannique et les provinces des prairies ont des proportions légèrement supérieures en termes d'expérience d'itinérance.

ANNIK : L'Enquête canadienne sur le logement de 2022 a demandé aux ménages ayant vécu une expérience d'exclusion liée au logement, quels étaient les facteurs qui les avaient aidés à retrouver et à conserver un logement. 

Qu'avons-nous appris en commençant peut être par le facteur le plus souvent cité?

JEAN-PHILIPPE : Donc c'est vraiment le cœur de l'article qu'on a publié récemment. Parce qu'auparavant on pouvait expliquer les entrées en itinérance, mais on ne s'était jamais attardé sur la sortie.

C'est une excellente question parce que cette information était préalablement, pas disponible. Donc, comme j'en faisais état précédemment, il y a une multitude de considérations qui peuvent expliquer une situation d'itinérance. Un peu du même souffle, Il y a une multitude de facteurs qui peuvent expliquer les sorties. Donc, parmi ces multiples facteurs, les données révèlent que les éléments financiers dominent. Je fais un petit aparté des données spécifiques de l'enquête et je me permets de commenter les perceptions qui peuvent exister sur les causes.

Donc, l'itinérance a tendance à être davantage visible. Et il y a toutes sortes de problèmes de société qui peuvent être en place. On pense à certaines crises de santé mentale sur les opioïdes par exemple. Les données de l'enquête suggèrent une interprétation différente que l'itinérance. La sortie d'itinérance est intimement associée avec les questions financières donc ce que ça pourrait suggérer puis encore là, je m'étale un peu au-delà des résultats spécifiques, c'est qu'une personne qui vivait avec un revenu fixe disons en 2020 avant la pandémie qui, en Ontario, pouvait être récipiendaire de bénéfices pour un handicap, dans une autre province, pouvait avoir des bénéfices d'aide sociale, mais ces bénéfices-là ont tendance à augmenter légèrement à travers le temps, mais on est dans un marché locatif ou les prix ont augmenté rapidement. Donc, il est possible que les données qu'on voit dans l'ECL qui disent que les gens qui ont trouvé un emploi, ont augmenté leurs revenus, ont trouvé une solution financière bien, il est possible qu'il y ait une association avec ce qu'on peut voir dans la société qu'il y a des gens qui pouvaient avoir de la difficulté avant la pandémie avant les hausses marquées dans le marché locatif, mais qui étaient capables de se payer un loyer et que là les gens qui ont été capables de s'en sortir si c'est une question financière, ça retourne aux dynamiques de logement. Donc, c'est un point là que j'aimerais partager dans ma conversation avec vous, Annik, c'est l'importance des éléments financiers. 

ANNIK : L'accession à la propriété est le rêve de nombreux Canadiens. Parmi les personnes qui ont vécu en situation d'itinérance par le passé, comment ont-ils réussi à accéder à la propriété? Quels sont les facteurs susceptibles d'influencer ce résultat? 

JEAN-PHILIPPE : Donc, l'accession à la propriété résidentielle, c'est la forme ultime d'accumulation d'actifs. Donc pour les Canadiens, posséder leur maison, c'est souvent le plus grand actif et souvent le plus grand passif. Pour y accéder, bien, on doit économiser pour avoir une mise de fonds, puis on doit avoir un revenu pour payer les paiements. Dans un contexte où une personne a vécu en situation d'itinérance ça veut souvent dire que cette personne-là a pu épuiser ses actifs financiers lorsqu'elle s'est retrouvée dans cette situation-là. Puis nos résultats suggèrent que même 10 ans après les expériences d'itinérance, le taux d'accession à la propriété pour les personnes qui ont eu ces expériences est beaucoup plus bas que pour le reste de la population, ce qui est totalement cohérent avec cette histoire d'actif qu'aujourd'hui avec les prix du logement dans les grandes villes canadiennes et même les plus petites villes canadiennes, ça prend du temps pour accumuler une mise de fonds. Donc, si on a eu des expériences qui a fait en sorte qu'on n'avait plus rien, c'est logique d'avoir plus de difficulté d'accéder à la propriété ultérieurement.

ANNIK : Et les personnes qui, avec le temps, ont réussi à trouver un logement sont-elles susceptibles de continuer à être confrontés à des problèmes de logement?

JEAN-PHILIPPE : Oui, tout à fait. Donc on a différentes mesures au Canada afin de décrire les enjeux ou les problèmes de logement auxquels les ménages font face. Ça peut être au niveau de l'abordabilité, ça peut être en raison du manque d'espace. Donc un nombre trop élevé de personnes par chambre à coucher ou ça peut être en lien avec la qualité, donc de demeurer dans un logement qui a besoin de réparations majeures. Donc, lorsqu'on regarde ces indicateurs-là, les personnes qui ont réussi à fuir l'itinérance ont davantage tendance à faire face à des problèmes de logement sous les trois indicateurs que j'ai mentionnés, même lorsque ces itinérances-là sont distancées par le passé, ce qui suggère peut-être des enjeux à long terme au niveau financier ou ce qui suggère peut-être aussi de dire afin de sortir d'itinérance, je dois être dans un appartement trop petit, donc d'avoir, par exemple, les enfants qui dorment dans la même chambre que les parents, des genres de solution auxquels les gens arrivent afin d'éviter d'être en itinérance. Ou les logements qui sont abordables ou non, qui sont inabordables mais qui demeurent accessibles. D'une certaine manière, au point de vue financier, ce sont ceux de piètre qualité, donc des logements qui pourraient avoir des moisissures qui pourraient avoir des écoulements d'eau, c'est ceux qui coûteraient le moins cher puis qui seraient les seuls qui seraient accessibles pour les personnes qui ont eu des situations d'itinérance et qui pourraient demeurer dans une certaine forme de vulnérabilité.

ANNIK : Pouvez-vous parler de l'impact à long terme de l'itinérance sur le bien-être, en d'autres termes, quel effet l'expérience d'itinérance a-t-elle sur le bien-être, même après que même après qu'une personne ait trouvé un logement? 

JEAN-PHILIPPE : Donc, sans surprise, compte tenu des éléments que je partageais à l'instant, les personnes qui ont réussi à fuir l'itinérance démontrent une qualité de vie, subjective, on s'entend, moindre que les personnes qui n'ont pas eu ces expériences. Puis ça, ça demeure, même lorsque ça a fait 10 ans que les expériences sont passées. C'est difficile à dire si c'est directement lié à l'expérience d'itinérance comme tel ou aux facteurs qui ont expliqué l'épisode en tant que tel. Donc, on voit que même après, les personnes qui ont eu ces expériences-là ont une qualité de qualité de vie moindre que celles qui n'ont pas eu ces expériences-là.

ANNIK : Et de quelle manière l'itinérance laisse-t-elle un impact durable sur les personnes qui en font l'expérience?

SYLVIE : Il y a plusieurs impacts, on parle des impacts de santé, c'est des impacts sérieux. On parle d'une espérance de vie diminuée de façon substantielle. Dans la population générale, un homme peut vivre jusqu'à 79 ans. Une personne qui se trouve en situation, un homme en situation d'itinérance, c'est 55 ans. Donc, l'espérance de vie est diminuée de façon importante. Chez les femmes, l'espérance de vie normale de 84 ans chez les femmes, celle en situation d'itinérance, 48 ans.

Donc, c'est des chiffres ahurissants quand on les entend, c'est sûr qu'en souffrance, il y a toutes sortes de raisons, l'insécurité alimentaire est une des premières raisons. Souvent ils vont être susceptibles d'avoir des maladies comme l'hépatite C, aussi des maladies cardiaques, cancers, asthmes, ce sont tous des maladies qui sont plus prononcées chez ces populations-là. Et puis ils ont la santé plus fragile, donc, il y a un impact important sur tous les autres services. Donc, si on adressait la situation de l'itinérance comme telle, il y aurait même moins d'impact sur les services sociaux, moins d'impact sur les services de santé. Donc, il découle beaucoup de choses lorsqu'on laisse nos voisins, si je peux dire, en situation, précaire quand ils n'ont pas de logement finalement.

ANNIK : Si on veut en savoir plus sur votre travail ou devrait-on aller? 

JEAN-PHILIPPE : J'invite les auditeurs à aller sur la page web de Statistique Canada, on a un portail sur le logement où les données de l'ECL sont accessibles ainsi qu'une panoplie d'informations sur le logement. Parce que l'itinérance qui est le sujet d'aujourd'hui, ça n'évolue pas en vase clos, il y a tout un contexte, tout un système de logement qui influence de toutes sortes de manières positives et adverses également cet enjeu-là spécifique. Donc, j'invite les auditeurs à visiter notre page, notre portail sur le logement où on a la chance de développer des connaissances uniques pour informer cet enjeu de société.

ANNIK : Merci beaucoup, Jean-Philippe. 

JEAN-PHILIPPE : De rien. Merci. 

ANNIK : Sylvie, si on voudrait en savoir plus sur votre travail où peut-on aller? 

SYLVIE : C'est, ottawamission.com. Donc, ottawamission.com et puis on parle beaucoup de nos programmes et des services offerts à la communauté qui en ont le besoin. 

ANNIK : Merci. Merci pour votre temps, Sylvie.

SYLVIE : Annik, je vous remercie beaucoup d'avoir pris le temps de vous informer un peu plus et nous donner cette plateforme afin de parler de notre travail.

ANNIK : Merci d'avoir écouté Hé-coutez bien! Un gros merci à nos invités, Sylvie Corbin et Jean-Philippe Deschamps-Laporte. Si vous souhaitez en savoir plus, vous trouverez un lien vers l'étude de StatCan sur l'itinérance dans les notes de cette émission. Vous pouvez écouter cette émission partout où vous écoutez vos balados. Vous y trouverez également la version anglaise de notre émission, intitulée Eh Sayers. Si vous avez aimez cette émission n'hésitez surtout pas à la noter, à la commenter et à vous y abonner et merci de nous avoir écouté.

Hé-coutez bien! Épisode 23 - Cartographie du bonheur : Comment l'endroit où nous vivons influence notre bien-être

Date de diffusion : le 29 janvier 2025

Nº de catalogue : 45-20-0003
ISSN : 2025001

Écoutez « Hé-coutez bien! » sur :

Vous n'êtes peut-être pas surpris d'apprendre que vos relations avec vos amis et votre famille influencent votre bien-être. Il en va de même pour votre santé et votre travail. Mais qu'en est-il du lieu où vous vivez ? Que vous viviez dans le centre-ville d'une grande ville, dans une ville de banlieue ou dans une communauté rurale, quel impact cela a-t-il sur votre satisfaction de vivre, votre solitude et votre sentiment d'appartenance ? Lauren Pinault, de StatCan, nous rejoint aujourd'hui au micro pour explorer comment les lieux où nous vivons influencent notre bien-être.

Animatrice

Annik Lepage

Invitée

Lauren Pinault (Narration par Valérie Mandia)

Écoutez

Hé-coutez bien! Épisode 23 - Cartographie du bonheur : Comment l'endroit où nous vivons influence notre bien-être - Transcription

Transcription

Bienvenue à Hé-coutez bien! un balado de Statistique Canada où nous rencontrons les personnes derrière les données et découvrons les histoires qu'elles révèlent. Je suis votre animatrice, Annik Lepage.

Annik : Si je vous demandais : « À quel point êtes-vous heureux? », que diriez-vous? « Sur une échelle de 1 à 10, 1 représentant le plus faible niveau de bonheur que vous puissiez imaginer et 10, le plus haut niveau de bonheur, où vous situez-vous? » Quels sont les facteurs que vous prenez en considération? Avez-vous pris un bon déjeuner ce matin? Avez-vous eu une dispute avec votre conjoint? Avez-vous obtenu récemment une promotion au travail? Peut-être voyagez-vous en avion vers la Costa del Sol en Espagne ou vers Tokyo pour des vacances. Si c’est le cas, emmenez-moi! Peut-être vous sentez-vous plutôt neutre parce que vous lavez la vaisselle ou que vous allez au travail.

Tous ces facteurs influencent votre bonheur à chaque instant, mais qu’en est-il de votre vie en général?

Le bonheur, avec un grand « B », c’est-à-dire le sentiment général de satisfaction à l’égard de la vie, dépend de nombreux facteurs. Il y a les relations avec ses amis, sa famille, la satisfaction par rapport au travail et aux revenus, et aussi l’état de santé. La liste est longue.

Un aspect intéressant à envisager est l’influence que le lieu où nous vivons peut avoir sur notre bonheur, avec un grand « B ». C’est l’un des thèmes étudiés dans l’édition spéciale de Regards sur la société canadienne de StatCan.

Annik : Si je vous demandais : « À quel point êtes-vous heureux? », que diriez-vous? « Sur une échelle de 1 à 10, 1 représentant le plus faible niveau de bonheur que vous puissiez imaginer et 10, le plus haut niveau de bonheur, où vous situez-vous? » Quels sont les facteurs que vous prenez en considération? Avez-vous pris un bon déjeuner ce matin? Avez-vous eu une dispute avec votre conjoint? Avez-vous obtenu récemment une promotion au travail? Peut-être voyagez-vous en avion vers la Costa del Sol en Espagne ou vers Tokyo pour des vacances. Si c’est le cas, emmenez-moi! Peut-être vous sentez-vous plutôt neutre parce que vous lavez la vaisselle ou que vous allez travailler.

Tous ces facteurs influencent votre bonheur à chaque instant, mais qu’en est-il de votre vie en général?

Le bonheur, avec un grand « B », c’est-à-dire le sentiment général de satisfaction à l’égard de la vie, dépend de nombreux facteurs. Il y a les relations avec ses amis, sa famille, la satisfaction par rapport au travail et aux revenus, et aussi l’état de santé. La liste est longue.

Un aspect intéressant à envisager est l’influence que le lieu où nous vivons peut avoir sur notre bonheur, avec un grand « B ». C’est l’un des thèmes étudiés dans la nouvelle publication Regards sur la société canadienne de StatCan.

Lauren : Aujourd’hui, nous allons nous concentrer sur la géographie, qui est l’une des manières que je préfère pour aborder les données. Au cours des dernières années, nous avons recueilli des renseignements sur le bien-être et la qualité de vie des Canadiens dans le cadre de l’Enquête sociale canadienne. Lorsque nous sommes en mesure de combiner plusieurs vagues de l’enquête, nous pouvons ensuite analyser le lieu de résidence des personnes répondantes et la manière dont celui-ci peut influencer les réponses à l’enquête.

Annik : Bonjour! Qui parle?

Lauren : Bonjour. Je suis Lauren Pinault. Je suis chef de la section chargée des enjeux émergents à Statistique Canada.

Annik : Quelles sont certaines des hypothèses en jeu lorsque nous parlons du lieu où nous vivons et de l’influence qu’il a sur notre bien-être?

Lauren : Lorsque les gens choisissent un lieu de résidence, ils tiennent compte de nombreux facteurs, comme le coût de la vie, la proximité des amis ou de la famille, l’existence d’un bon emploi, ainsi que l’accessibilité aux événements culturels, par exemple. Je pense donc que, d’une certaine manière, les gens choisissent leur lieu de vie selon ce qui leur convient et selon la mesure dans laquelle ils peuvent choisir leur lieu de vie. Mais nous étudions le bien-être, qui est une idée très complexe. Ainsi, certains aspects d’un endroit agréable à vivre ne sont pas nécessairement appréciés par tout le monde. Par exemple, j’aime beaucoup faire des randonnées en plein air. Je vis en dehors d’Ottawa, ce qui me permet d’avoir facilement accès à la nature. C’est parfait pour moi, mais ça ne convient pas nécessairement à un ami qui désire vraiment avoir accès à des magasins et à des restaurants, et qui veut vivre en plein cœur de la ville. Cette approche n’est donc pas du tout universelle.

Annik : En général, quel est le degré de bonheur des Canadiens?

Lauren : En moyenne, environ la moitié, soit environ 50 % des gens disent avoir un niveau élevé de satisfaction à l’égard de la vie, sur une échelle allant de 1 à 10, et donc qu’ils sont heureux. Ils indiquent une note de 8, 9 ou 10 sur cette échelle.

Annik : Quelle province était la plus heureuse, et peut-être la moins heureuse?

Lauren : Le Québec, qui semble être la province la plus heureuse, se distingue lors de chaque cycle que nous menons. Au Québec, 59 % des personnes se disent très satisfaites de leur vie. Terre-Neuve-et-Labrador suit de près avec 56 % des gens se disant très satisfaits de leur vie.

Annik : Et qu’en est-il des moins heureuses?

Lauren : Les régions les moins bien placées sur cette échelle sont l’Ontario, où 46 % des gens se disent heureux. La Colombie-Britannique et l’Alberta suivent avec 47 % des gens qui se disent heureux.

Annik : Pourquoi donc? Qu’ont-elles en commun, ces provinces relativement heureuses ou malheureuses?

Lauren : Je voudrais bien connaître la réponse à cette question. Je crois que nous adoptons une approche très itérative en sciences. Nous mesurons le « quoi » actuellement. Cette étude répond à la question : « Où voyons-nous ces tendances? ».

La prochaine étude pour laquelle nous aimerions faire un suivi répondrait à la question du « pourquoi » : « Pourquoi voyons-nous ces différences? ». Vous savez, c’est la question en or.

Annik : Mais vous n’avez pas examiné le bonheur que dans les provinces. Vous avez également comparé les petites villes avec les grandes villes. Pouvez-vous nous en dire plus?

Lauren : Dans notre étude, nous avons découvert un moyen de classifier tous les milieux de vie, des plus urbains aux plus ruraux. Nous souhaitions donc éviter la dichotomie très simple entre les zones urbaines et les zones rurales, car elle constitue une façon beaucoup trop simpliste d’envisager les données. Nous avons donc mis au point un nouveau système qui tient également compte de la taille globale de la population, de sa densité et de sa proximité avec d’autres grands centres urbains.

En examinant nos statistiques d’un certain point de vue, nous avons constaté que les gens des zones rurales se disaient légèrement plus heureux. Et c’est  vraiment ce que nous avons observé, y compris dans les zones rurales et reculées, ainsi que dans les petites villes de moins de 100 000 personnes, qui ont échappé à l’influence des autres grands centres urbains.

En revanche, nous avons constaté que les gens étaient moins susceptibles d’indiquer une grande satisfaction à l’égard de la vie dans les plus grandes villes. Mais, comme je l’ai dit, je tiens à préciser que cette constatation représente une mesure moyenne. De nombreuses personnes vivent dans des centres urbains et s’y sentent très heureuses. Cette mesure ne veut donc pas dire que ces centres sont dépourvus de bonheur.

Annik : On peut mesurer la satisfaction à l’égard de la vie en utilisant d’autres méthodes que de leur demander d’emblée « à quel point êtes-vous satisfait de votre vie? ».

Lauren : Tout à fait. L’une des autres façons de mesurer le bien-être consiste à évaluer le sentiment d’appartenance à la collectivité.

Et ce que nous avons vu en matière de tendances lorsque nous avons examiné ce sentiment était un peu différent de notre réflexion sur la satisfaction à l’égard de la vie.

Ainsi, une fois de plus, bien que cette idée se révèle très complexe, nous voulons l’examiner sous différents angles. Nous avons remarqué que le niveau le plus bas de sentiment d’appartenance — c’est-à-dire les personnes les moins susceptibles de déclarer l’éprouver —, était celui des citoyens des banlieues situées en dehors des grands centres urbains du Canada.

Par exemple, dans la ville de Hamilton, où l’influence de Toronto se fait sentir, 43 % des personnes ont déclaré avoir un fort sentiment d’appartenance. Ce chiffre s’avère légèrement inférieur à celui observé dans la ville de Toronto qui s’élevait à 44 %.

Ensuite, le sentiment d’appartenance dans les régions vraiment éloignées et rurales était assez élevé. Par exemple, dans la petite ville de Terre-Neuve, Baine Harbour, ainsi que dans la ville de Westport, près des trois quarts des personnes, donc 74 %, ont déclaré avoir un très fort sentiment d’appartenance à leur collectivité. Encore une fois, nous cherchons toujours une explication à ce sujet. Beaucoup d’influences sont possibles, comme le degré d’intégration dans le tissu social, le fait de devoir effectuer un long trajet qui absorbe une grande partie de votre journée et la mesure dans laquelle vous connaissez vos voisins et les gens qui vous entourent.

Annik : J’aurais pensé, peut-être que c’est le meilleur des deux mondes. Les possibilités d’emploi dans les grandes villes, ainsi que le sentiment de bonheur que l’on semble retirer de la vie dans une petite ville, sont des facteurs qui peuvent inciter à choisir de vivre dans une ville de banlieue. Ce n’est toutefois pas nécessairement le cas.

Lauren : Peut-être que ce n’est pas le cas. Mais, là encore, ce n’est pas la tendance que nous observons pour la satisfaction globale à l’égard de la vie. Je veux dire par là que de vivre dans des régions vraiment éloignées pourrait représenter une très bonne occasion pour certaines personnes. Là encore, cette approche ne constitue pas une approche universelle. Je suppose donc que pour certaines personnes vivant dans ces collectivités, l’éloignement crée des obstacles en ce qui concerne leur sentiment général d’appartenance à leur propre collectivité. Surtout si le fait de vivre éloigné les oblige à se rendre dans un autre lieu pour travailler.

Annik : Quelles sont d’autres dimensions du bonheur? Comment peuvent-elles se manifester, à travers le Canada et dans les collectivités rurales et les grandes villes?

Lauren : Nous avons examiné un grand nombre d’aspects différents, au-delà de la satisfaction à l’égard de la vie et du sentiment d’appartenance. L’un des autres aspects que nous avons examinés est la solitude, le fait que les personnes déclarent ou non se sentir toujours ou souvent seules. Nous pensions, en nous lançant dans ce projet, que la solitude était très liée à la géographie. Ainsi, si vous faites partie d’une population rurale plus âgée, la solitude vous guette peut-être. De même, si vous êtes un nouvel arrivant au Canada et que vous vous trouvez dans un grand centre d’accès, vous pouvez également ressentir cette solitude. Mais nous n’avons pas constaté de grandes variations géographiques lorsque nous avons cartographié les données. En fait, nous avons constaté l’absence de toute tendance géographique forte en ce qui concerne la solitude. Apprendre que la solitude est un problème présent partout, que vous viviez dans une zone rurale ou urbaine, nous a beaucoup intéressés.

Malheureusement, l’endroit où nous vivons ne résout pas tous nos problèmes.

Annik : Qu’en est-il de la part des personnes qui ont dit qu’elles pouvaient compter sur quelqu’un qui les aiderait quand elles en auraient vraiment besoin? Qu’en cas de crise, elles pouvaient appeler quelqu’un.

Lauren : Lorsque nous avons dressé la carte, nous avons constaté que de nombreuses variations existaient et que le clivage entre les zones urbaines et les zones rurales n’était pas vraiment marqué. Par exemple, nous avons remarqué que le pourcentage de personnes déclarant avoir quelqu’un sur qui compter se situait à un niveau inférieur dans les grandes villes comme Toronto et Vancouver, mais aussi dans de nombreuses régions rurales de certaines provinces. Nous avons constaté des pourcentages plus faibles en Alberta et en Ontario, par exemple. La situation varie beaucoup et nous ne comprenons pas vraiment pourquoi nous observons ces tendances, mais, là encore, c’est un sujet que nous aimerions suivre et mieux comprendre.

Annik : Si vous pouviez résumer, qu’avons-nous appris?

Lauren : Ce que j’en retire, c’est que la prise en compte de la géographie dans l’étude des statistiques sociales constitue un angle totalement nouveau pour mieux comprendre les tendances que nous observons. Nous analysons les choses en fonction de l’âge, du sexe et d’autres variables, mais parfois, les analyser en fonction de la géographie s’avère fascinant. Nous découvrons l’existence de nouvelles tendances que nous n’avions pas soupçonnées.

L’autre chose que nous avons apprise, c’est que la géographie a vraiment de l’importance. Par exemple, l’endroit où nous vivons influe sur certaines des variables que nous mesurons. Nous devons assurer un suivi pour mieux comprendre comment tous ces éléments s’intègrent comme facteurs qui influencent notre interprétation des données.

Annik : Pourquoi ces résultats ont-ils une importance particulière?

Lauren : Le bien-être est notre priorité. Le gouvernement considère donc comme une priorité le besoin de comprendre comment les Canadiens s’en sortent. Pour ce faire, nous mesurons toutes les facettes du bien-être, notamment la satisfaction à l’égard de la vie, l’espoir en l’avenir et toutes ces choses importantes. Il est aussi très important de comprendre votre lieu de résidence au Canada et comment ce lieu influence vos réponses aux enquêtes.

Annik : Est-ce qu’il y a quelque chose qui aurait été intéressant de comprendre dans votre publication, mais que vous n’avez pas pu faire? Cela vous a-t-il inspiré pour de futures recherches?

Lauren : J’aime bien votre question, parce que nous désirons en savoir plus sur les raisons qui expliquent ces tendances. Je pense que c’est la question la plus intéressante si nous devions nous y attarder.

Nous mesurons d’autres tendances. Dans ces enquêtes, on retrouve différents types de situations concernant les revenus des ménages ou différents aspects de leur situation de vie. Nous souhaitons mieux comprendre les raisons qui sous-tendent ces tendances dans la géographie et être en mesure d’expliquer certaines des tendances que nous observons.

Je pense qu’il n’y a rien d’autre à ajouter, si ce n’est que nous pensons beaucoup à l’idée de contrôler notre vie et d’avoir une grande influence sur notre bien-être.

Une question demeure sans réponse, mais elle serait fort intéressante à étudier : à savoir si nous choisissons notre lieu de résidence ou si nous nous y trouvons « coincés » parce que nous travaillons là, ou pour toute autre raison. Je me demande jusqu’à quel point le fait que nous puissions choisir où nous voulons vivre au Canada influence réellement notre bien-être.

Annik : Vous venez d’écouter Hé-coutez bien! Merci à notre invitée, Lauren Pinault. Vous pouvez lire son article dans une édition spéciale de Regards sur la société canadienne de Statistique Canada. Vous trouverez un lien dans les notes de cet épisode ou sur le site web de StatCan.

Vous pouvez vous abonner à cette émission partout où vous écoutez vos balados. Vous y trouverez également la version anglaise de notre émission, intitulée Eh Sayers. Si vous avez aimé cette émission, la meilleure façon de nous soutenir est de laisser un commentaire sur le répertoire de balados de votre choix. Merci à l'utilisateur BDebney, qui a écrit : « Quel excellent balado. Les questions abordées sont très intéressantes et offrent une excellente perspective sur les questions qui préoccupent les Canadiens. » Merci beaucoup, nous l'apprécions vraiment. Comme toujours, merci d'avoir écouté.

Sources

Regards sur la société canadienne