Les dons de bienfaisance des Canadiens

par Martin Turcotte

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Introduction

Chaque année, des millions de personnes font des dons en argent à des organismes de bienfaisance ou sans but lucratif. En contribuant financièrement à des organismes et des groupes qui soutiennent des causes qu'ils ont à cœur, les donateurs désirent contribuer au bien-être de leurs concitoyens ou faire valoir des principes et des valeurs auxquels ils croient. Les gouvernements reconnaissent la différence que peuvent faire ces dons pour la collectivité en donnant des crédits d'impôt pour encourager les contribuables à donner ou en fournissant une contribution équivalente au montant donné par les particuliers dans le cas de certaines causes.

Les sources de financement des organismes de bienfaisance ou sans but lucratif peuvent varier sensiblement selon le secteur, avec un apport plus ou moins important de subventions gouvernementales; de dons d'entreprises; de dons de fondations et ainsi de suite. Malgré cette diversité, la presque totalité des organismes comptent sur les dons des particuliers pour accomplir leur mission et atteindre leurs objectifs. À plusieurs égards, mieux connaître ces donateurs et leurs motivations peut permettre aux organismes de prendre des décisions éclairées.

Dans le présent article, on s'intéresse à différentes dimensions des dons de charité effectués par les Canadiens en 2010. En premier lieu, on présente des renseignements relatifs aux donateurs et aux dons, pour les comparer à ceux de 2007. On établit aussi un portrait des types d'organismes qui ont obtenu des montants plus élevés, en faisant une distinction entre les organismes religieux et les autres types d'organismes. Les personnes qui donnent à des organismes religieux diffèrent, à certains égards, de celles qui donnent à des organismes non religieux.

Dans la dernière section, on s'intéresse aux raisons qui motivent les gens à faire des dons et aux raisons qu'ils évoquent pour ne pas donner davantage. On porte notamment attention à certaines choses qui ont dérangé les donateurs lorsqu'ils ont été sollicités. Ces renseignements sont précieux pour de nombreux organismes sans but lucratif qui désirent améliorer leur fonctionnement et faire en sorte que les donateurs aient confiance en leurs pratiques et continuent de donner.

Toutes les données présentées dans cet article sont tirées de l'Enquête canadienne sur le don, le bénévolat et la participation (ECDBP). On a demandé aux répondants de déclarer les montants qu'ils ont donnés à des organismes de bienfaisance ou sans but lucratif. Les dons déclarés à l'ECDBP n'étant pas tous admissibles à un reçu officiel, ces données ne sont pas directement comparables aux données recueillies à partir des déclarations de revenus. Pour plus de détails sur ces données et pour des définitions de divers concepts auxquels on fait appel dans cet article, voir « Ce qu'il faut savoir au sujet de la présente étude ».

 

Ce qu'il faut savoir au sujet de la présente étude

La présente étude est fondée sur les données de l'Enquête canadienne sur le don, le bénévolat et la participation (ECDBP), menée auprès d'un échantillon de personnes âgées de 15 ans et plus totalisant 15 482 répondants en 2010 et 21 827 répondants en 2007.

Classification des organismes

On a demandé aux répondants de fournir le nom des organismes auxquels ils ont fait des dons durant l'année. À partir des résultats des enquêtes des années antérieures, on a pu classifier un bon nombre d'organismes selon leur raison d'être et leur activité principale (car certains d'entre eux œuvrent dans plusieurs domaines). Pour certains organismes non répertoriés, on a demandé aux répondants de préciser ce que faisait l'organisme. Les organismes ont été classés à l'aide de la classification internationale des organismes sans but lucratif. Celle-ci se divise en 15 grands groupes d'activités :

Arts et culture : Cette catégorie regroupe des organismes et des activités des domaines généraux et spécialisés des arts et de la culture. Elle comprend : médias et communications; arts visuels, architecture, poterie; arts d'interprétation; sociétés historiques, littéraires et humanistes; musées; et zoos et aquariums.

Sports et loisirs : Cette catégorie regroupe les organismes et les activités liées au sport amateur (les centres de conditionnement physique et de mieux-être) et les clubs de loisirs (comprend les clubs sociaux).

Éducation et recherche : Cette catégorie regroupe des organismes et des activités d'éducation et de recherche, qu'il s'agisse d'administration, de prestation, de promotion, de mise en œuvre, de soutien ou de services. Elle comprend 1) les organismes se consacrant à l'enseignement primaire ou secondaire; 2) les organismes se consacrant à d'autres formes d'enseignement (éducation des adultes, éducation permanente, écoles de formation professionnelle et technique); et 3) les organismes se consacrant à la recherche (recherche médicale, sciences et technologie, sciences sociales).

Universités et collèges : Cette catégorie regroupe les organismes et les activités liés à l'enseignement supérieur. Elle comprend les universités, les écoles de gestion des affaires, de droit et de médecine.

Santé : Cette catégorie regroupe les organismes dont les activités sont liées à la santé et qui consistent principalement à fournir des services aux malades externes. Elle comprend le traitement externe des maladies mentales, les services d'intervention d'urgence et autres services (éducation en santé et mieux-être publics; soins ambulatoires; services de consultation externe; services médicaux de réadaptation externes; et services médicaux d'urgence).

Hôpitaux : Cette catégorie comprend les hôpitaux, les maisons de soins infirmiers, les hôpitaux psychiatriques, et des activités liées à la réadaptation, p. ex., soins de santé aux malades hospitalisés et thérapie de réadaptation en milieu hospitalier.

Services sociaux : Cette catégorie regroupe des organismes et des établissements fournissant des services sociaux à une collectivité ou à un public cible. Elle comprend trois sous-groupes : 1) services sociaux (dont les organismes fournissant des services aux enfants, aux jeunes, aux familles, aux personnes handicapées et âgées, ou encore des services sociaux personnels ou d'entraide); 2) services d'urgence et de secours; et 3) services de soutien et de maintien du revenu.

Environnement : Cette catégorie regroupe des organismes voués à la protection de l'environnement qui offrent des services axés sur la sauvegarde de l'environnement; la lutte antipollution et la prévention de la pollution; l'éducation relative à l'environnement et à la salubrité de l'environnement; et la protection des animaux. Elle comprend deux sous-groupes, soit l'environnement et la protection des animaux.

Développement et logement : Cette catégorie regroupe des organismes offrant des programmes et des services visant à favoriser le développement des collectivités et l'amélioration du bien-être économique et social de la société. Elle comprend trois sous-groupes : 1) développement économique, social et communautaire (dont les organismes communautaires et les organisations de quartier); 2) logement; et 3) emploi et formation.

Droit, défense des intérêts et politique : Cette catégorie regroupe des organismes et des groupes qui œuvrent pour la protection et la promotion des droits de la personne et des autres droits; qui défendent les intérêts sociaux et politiques de la population en général ou de groupes particuliers; qui offrent des services juridiques; et qui servent à promouvoir la sécurité du public. Elle comprend trois sous-groupes : 1) associations civiques et organismes de défense; 2) services juridiques; et 3) organismes politiques.

Octroi de subventions, collecte de fonds et promotion du bénévolat : Cette catégorie regroupe des organismes de bienfaisance sans but lucratif ou les organismes dont le but est de promouvoir les activités non lucratives comme les fondations accordant des bourses et des subventions, les organismes faisant la promotion du bénévolat et les organismes de collecte de fonds.

Organismes internationaux : Cette catégorie regroupe des organismes qui favorisent la bonne entente entre les gens de nationalités et de cultures diverses et qui, de plus, fournissent des secours d'urgence et travaillent au développement et au mieux-être à l'étranger.

Religion : Cette catégorie regroupe des organismes qui mettent en valeur les croyances religieuses et célèbrent des services et des rites religieux (par exemple, les églises, les mosquées, les synagogues, les temples, les sanctuaires, les séminaires, les monastères et autres institutions religieuses du genre), ainsi que leurs organismes auxiliaires.

Associations professionnelles et d'affaires, et syndicats : Cette catégorie regroupe des organismes qui soutiennent, régissent et protègent les intérêts du milieu professionnel, des affaires et du travail.

Groupes non classés ailleurs

Définitions

Don en argent

Un don en argent est le montant versé à un organisme de bienfaisance ou sans but lucratif pendant la période de référence de 12 mois ayant précédé l'enquête. L'argent versé au même organisme plusieurs fois par la même méthode de sollicitation est considéré comme étant un seul don. Ainsi, l'argent donné à un organisme religieux au cours des 12 mois ayant précédé l'enquête par une collecte au lieu de culte est considéré comme étant un seul don.

Afin de comparer les montants des dons effectués en 2010 à ceux de 2007, on a ajusté, à l'aide de l'indice des prix à la consommation, les montants de 2007 afin de tenir compte de l'inflation.

Donateurs

Personnes qui ont effectué au moins un don en argent à un organisme de bienfaisance ou sans but lucratif pendant la période de référence de 12 mois ayant précédé l'enquête. Cette définition exclut les dons de monnaie déposés dans les boîtes placées à cet effet près des caisses à la sortie des magasins, dans les centres commerciaux à Noël, à l'entrée des magasins, etc.

Montant moyen des dons annuels

La valeur moyenne des dons versés par les donateurs aux organismes de bienfaisance ou sans but lucratif au cours de la période de référence, c'est-à-dire au cours des 12 mois ayant précédé l'enquête. Ce n'est pas la moyenne pour la population entière.

Principaux donateurs

Les principaux donateurs sont définis comme étant le quartile (25 %) des donateurs ayant donné le plus d'argent.

Environ 10,6 milliards en dons en 2010

En 2010, la somme totale des dons en argent effectués par des particuliers à des organismes de bienfaisance ou sans but lucratif a atteint 10,6 milliards de dollars, soit essentiellement le même montant par rapport à 20071 (tableau 1).

Tableau 1 Donateurs et dons, population âgée de 15 ans et plus, 2007 et 2010Tableau 1 Donateurs et dons, population âgée de 15 ans et plus, 2007 et 2010

Le montant moyen annuel par donateur était de 446 $ en 2010 alors que le montant médian était de 123 $. Le montant médian indique que la moitié des donateurs avaient fait un don moins élevé que cette somme et que l'autre moitié avait donné plus2.

En plus des dons en argent, plusieurs personnes font des dons de vêtements, de jouets ou de produits ménagers à des organismes de bienfaisance ou sans but lucratif (79 %) (Graphique 1). D'autres personnes font quant à elles des dons de nourriture (62 %). En tout et pour tout, presque tous les Canadiens de 15 ans et plus, soit 94  % d'entre eux, avaient donné des biens matériels, de la nourriture ou avait fait un don en argent.

Les raisons qui font en sorte que certaines personnes donnent plus que d'autres sont nombreuses : degré de conscience de l'existence d'un besoin, impression de pouvoir faire une différence, coût relatif du don par rapport au revenu disponible, valeurs plus ou moins altruistes ou prosociales, désir de reconnaissance sociale, bénéfices psychologiques reliés au fait de donner, le fait d'être sollicité et la façon de l'être3. Des études ont montré qu'en plus de bénéficier à la collectivité, le fait de donner pouvait accroître le bien-être psychologique, l'estime personnelle ou encore le statut social et la réputation des donateurs eux-mêmes4.

Ces facteurs motivant les dons n'influent évidemment pas sur tous de la même façon. Ils aident néanmoins à comprendre pourquoi certains sous-groupes de la population sont plus susceptibles que d'autres d'effectuer des dons à des organismes de bienfaisance ou sans but lucratif — et pourquoi ce sont souvent ces mêmes sous-groupes qui sont portés à donner des montants plus élevés.

Graphique 1 Pourcentage de la population qui a fait des dons à des organismes de bienfaisance et sans but lucratif, selon le type de don, population âgée de 15 ans et plus, 2007 et 2010Graphique 1 Pourcentage de la population qui a fait des dons à des organismes de bienfaisance et sans but lucratif, selon le type de don, population âgée de 15 ans et plus, 2007 et 2010

Les femmes légèrement plus susceptibles de donner que les hommes

En 2010, comme en 2007, les femmes étaient plus susceptibles que les hommes d'avoir effectué au moins un don en argent (respectivement 86 % d'entre elles par rapport à 82 % des hommes) (tableau 2). Cette différence, qui a été observée dans d'autres pays, pourrait s'expliquer par le fait que les femmes ont des valeurs prosociales en moyenne plus fortes5. En ce qui concerne les montants moyen et médian des dons annuels, il n'existait cependant pas de différence statistiquement significative entre les hommes et les femmes en 2010 ou en 2007 (tableau 2).

Tableau 2 Taux de donateurs, montants moyens et médians des dons annuels, selon les caractéristiques personnelles et économiques, population âgée de 15 ans et plus, 2007 et 2010Tableau 2 Taux de donateurs, montants moyens et médians des dons annuels, selon les caractéristiques personnelles et économiques, population âgée de 15 ans et plus, 2007 et 2010

Dons, revenu du ménage et niveau de scolarité

Selon des résultats de recherches antérieures, le fait d'occuper un emploi, de détenir un diplôme universitaire et d'appartenir à un ménage ayant des revenus plus élevés, augmente la probabilité d'effectuer des dons et les montants donnés6. Ainsi, en 2010, les personnes dont les revenus annuels du ménage étaient de 120 000 $ ou plus avaient fait un don moyen de 744 $, comparativement à 427 $ pour celles dont les revenus se situaient entre 80 000 $ et 99 999 $.

Disposer de ressources financières plus importantes crée la possibilité d'effectuer des dons plus élevés. Le fait que les dons à des organismes de bienfaisance soient déductibles d'impôt et que le système d'imposition soit progressif, signifie que les coûts réels des dons aux organismes enregistrés diminuent lorsque le niveau de revenu augmente. Des études ont démontré que les personnes ayant des revenus plus élevés étaient plus fréquemment sollicitées pour des dons, ce qui augmente aussi les occasions qu'elles ont de donner et la pression sociale de le faire7.

Les écarts observés selon le niveau de scolarité des donateurs étaient aussi marqués. En 2010, 77 % des personnes dont le plus haut niveau de scolarité était un diplôme d'études secondaires avaient effectué un don en argent, et leur don moyen s'élevait à 373 $. En comparaison, 91 % de celles qui détenaient un diplôme universitaire avaient donné, et leur don moyen était de 715 $ (tableau 2).

Les diplômés universitaires ont des revenus annuels moyens plus élevés, offrant ainsi la possibilité de faire des dons plus élevés. Au-delà de leurs revenus, les personnes plus scolarisées possèdent d'autres caractéristiques sociales et attitudes dont on a démontré qu'elles étaient associées à des dons plus élevés. Parmi celles-ci, mentionnons une plus grande tendance à faire confiance aux autres de façon générale, c'est-à-dire une confiance sociale plus élevée8 et des réseaux de connaissances plus étendus et diversifiés, qui favorisent une augmentation des sollicitations9.

Les donateurs actifs sur le plan religieux effectuaient des dons moyens de 1 004 $

Les personnes qui sont plus actives sur le plan le religieux, c'est-à-dire celles qui assistent à des réunions ou à des services religieux au moins une fois par semaine, sont plus portées à effectuer des dons et donnent plus en moyenne. En 2010, 93 % d'entre elles avaient donné de l'argent à un ou plusieurs organismes de bienfaisance ou sans but lucratif, leur don annuel moyen étant de 1 004 $. En comparaison, 83 % des donateurs qui pratiquaient moins souvent ou pas du tout avaient effectué un don, leur don annuel moyen étant de 313 $.

Des études ont montré que les personnes qui ont de fortes convictions religieuses ont aussi souvent des valeurs prosociales et altruistes plus ancrées, ce qui les incitent à donner plus de leur temps et de leur argent aux autres10. De plus, parce qu'elles sont intégrées à des réseaux de pratiquants, elles seraient plus souvent sollicitées et ressentiraient plus de pression sociale à donner et à respecter les normes du groupe11. Cela étant dit, les raisons qui peuvent expliquer l'écart entre personnes actives et moins actives sur le plan religieux sont nombreuses12 et elles peuvent avoir une incidence variable selon l'appartenance religieuse13.

Les dons tendent à augmenter avec l'âge

En 2010, comme lors des années précédentes, les personnes de 15 à 24 ans (73 %) et celles de 25 à 34 ans (80 %) faisaient partie des groupes d'âge un peu moins susceptibles d'effectuer des dons que la moyenne. Parmi les groupes d'âge se situant au-delà de 35 ans et plus, les taux de donateurs variaient peu, oscillant aux alentours de 88 % (tableau 2).

Les montants moyens et médians des dons annuels avaient tendance à augmenter parallèlement avec l'âge. Par exemple, les personnes âgées de 75 ans et plus avaient fait des dons moyens annuels de 725 $, par rapport à 431 $ chez les 35 à 44 ans et 143 $ chez les 15 à 24 ans. Les montants médians respectifs pour ces trois groupes d'âge étaient de 231 $ pour les 75 ans et plus, de 127 $ pour les 35 à 44 ans et de 30 $ pour les 15 à 24 ans (tableau 2).

Tableau 3 Pourcentage de personnes appartenant à la catégorie des principaux donateurs, et répartition des principaux donateurs, selon les caractéristiques personnelles et économiques, population âgée de 15 ans et plus, 2010Tableau 3 Pourcentage de personnes appartenant à la catégorie des principaux donateurs, et répartition des principaux donateurs, selon les caractéristiques personnelles et économiques, population âgée de 15 ans et plus, 2010

Les personnes plus âgées donnent davantage, elles sont également plus susceptibles d'être actives sur le plan religieux. En 2010, 32 % des personnes de 75 ans et plus et 27 % de celles âgées entre 65 et 74 ans étaient actives sur le plan religieux, comparativement à 13 % des personnes âgées entre 35 et 44 ans.

D'ailleurs, lorsqu'on considère uniquement les personnes actives sur le plan religieux, il n'existe pas de différences sensibles selon l'âge en ce qui a trait aux montants moyens donnés. Ainsi, les personnes de 75 ans et plus actives sur le plan religieux avaient donné en moyenne 1 178 $ en 2010, un montant très similaire à ceux enregistrés dans tous les autres groupes d'âge (sauf chez les 15 à 24 ans, où il était plus bas). Le fait que les baby-boomers soient moins religieux que leurs parents pourrait avoir à moyen terme un effet négatif sur les montants des dons effectués par les aînés14.

Certains résultats de recherche suggèrent que les aînés donnent plus parce qu'ils pourraient devenir plus sensibles aux besoins des personnes à l'extérieur de leur milieu familial lorsque la situation financière de leurs propres enfants se stabilise15. Malgré que la situation financière de certaines personnes âgées soit précaire, en particulier celle de certaines femmes vivant seules16, bon nombre d'autres aînés sont libres d'hypothèque et sans personne à charge, ce qui peut leur permettre d'effectuer des dons plus élevés.

Les personnes qui font du bénévolat donnent plus

On sait qu'il existe de fortes associations entre le don, le bénévolat et l'aide apportée à autrui : les personnes qui participent à l'une de ces activités sont également plus susceptibles de participer à une autre d'entre elles. En plus d'avoir des valeurs prosociales plus marquées, les personnes qui effectuent du bénévolat sont plus susceptibles d'être sollicitées dans le cadre de leurs activités et de subir une certaine pression sociale (d'autant plus si c'est par des personnes qu'elles connaissent bien)17. Ainsi, en 2010, parmi les personnes ayant fait 60 heures ou plus de bénévolat au cours de l'année précédente, 91 % avaient fait un don et leur don moyen s'élevait à 784 $ (tableau 2). En comparaison, 79 % des personnes n'ayant pas fait de bénévolat au cours de l'année avaient fait un don, celui-ci s'élevant en moyenne à 288 $.

Les donateurs de l'Alberta, de la Colombie-Britannique et de la Saskatchewan donnent plus

En 2010, les résidents de Terre-Neuve-et-Labrador et de l'Île-du-Prince-Édouard comptaient parmi les plus susceptibles d'avoir effectué un ou des dons à des organismes de bienfaisance ou sans but lucratif (respectivement 92 % et 91 %) (tableau 4). À l'inverse, ce sont les résidents des Territoires du Nord-Ouest (60 %) et du Nunavut (59 %) qui avaient eu le moins tendance à effectuer des dons.

Tableau 4 Taux de donateurs et pourcentage de personnes appartenant à la catégorie des principaux donateurs, selon la province ou le territoire, population âgée de 15 ans et plus, 2007 et 2010Tableau 4 Taux de donateurs et pourcentage de personnes appartenant à la catégorie des principaux donateurs, selon la province ou le territoire, population âgée de 15 ans et plus, 2007 et 2010

En 2010, les montants moyens des dons étaient les plus élevés dans ces trois provinces : l'Alberta (562 $), la Saskatchewan (544 $) et la Colombie-Britannique (543 $) (Graphique 2). La proportion de la population qui faisait partie du groupe des principaux donateurs atteignait aussi un sommet dans ces provinces (tableau 4). À l'inverse, les montants moyens les plus faibles ont été enregistrés au Québec (208 $) et à Terre-Neuve-et-Labrador (331 $).

Graphique 2 Montant moyen et médian des dons annuels, selon la province ou le territoire, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010Graphique 2 Montant moyen et médian des dons annuels, selon la province ou le territoire, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010

Les résidents du Québec effectuent des dons moyens moins élevés que ceux des autres régions. Ce constat a déjà été fait dans d'autres études18 et ressort également lorsqu'on examine d'autres sources de données19. Le fait de donner à des organismes de charité découle notamment d'un processus de socialisation et est influencé par le contexte social et culturel dans lequel les personnes évoluent. Par exemple, une étude européenne a montré que les normes sociales encourageant les dons de charité étaient plus fortes dans les pays et régions de religion protestante et que les catholiques qui vivaient dans des milieux où les catholiques étaient fortement majoritaires étaient moins susceptibles d'effectuer des dons de charité20.

À l'échelle du pays, les proportions de francophones et d'anglophones qui avaient effectué des dons étaient similaires21. Toutefois, les anglophones donnaient sensiblement plus que leurs homologues francophones, soit des dons moyens respectifs de 523 $ et de 184 $ (tableau 2).

Les principaux donateurs ont contribué à 83 % du total des dons

Les donateurs peuvent être répartis par catégorie du montant qu'ils ont donné au cours de l'année. On considère que les principaux donateurs sont ceux qui appartiennent au quartile supérieur de donateurs, soit les 25 % de ceux ayant fait les dons les plus élevés au cours d'une année donnée. En 2010, les principaux donateurs sont ceux qui avaient fait des dons d'au moins 358 $.

Bien que les principaux donateurs représentent seulement le quart de tous les donateurs, le montant cumulatif de leurs dons représentait 83 % de la somme totale recueillie par les organismes de bienfaisance ou sans but lucratif. À lui seul, le décile (10 %) des personnes ayant effectué les dons les plus importants a contribué à 63 % de l'ensemble des dons (Graphique 3). Cette importance des principaux donateurs est demeurée pratiquement inchangée par rapport à 2007.

Graphique 3 Répartition des donateurs et de la valeur totale des dons annuels, selon le montant donné, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010Graphique 3 Répartition des donateurs et de la valeur totale des dons annuels, selon le montant donné, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010

Les personnes qui étaient plus susceptibles de faire partie de la catégorie des principaux donateurs avaient sensiblement les mêmes caractéristiques que celles qui avaient tendance à effectuer des dons plus importants. Il s'agissait des personnes de 75 ans et plus (32 % d'entre elles étaient des principaux donateurs en 2010), des veufs et veuves (32 %), des titulaires d'un diplôme universitaire (33 %) et des personnes dont le revenu du ménage était de 120 000 $ et plus (33 %) (tableau 3). De plus, les principaux donateurs étaient proportionnellement plus nombreux dans les provinces où les dons moyens étaient les plus élevés.

Les organismes religieux reçoivent 40 % de la valeur totale des dons annuels

Comme c'est le cas aux États-Unis et dans certains pays européens22, les organismes religieux sont ceux qui reçoivent la part la plus importante de la valeur totale des dons. Des 10,6 milliards donnés par les Canadiens en 2010, 4,26 milliards l'ont été à des organismes religieux. Cela représentait 40 % de la valeur totale des dons, en baisse par rapport à la proportion de 46 % enregistrée en 2007 (tableau 5).

Tableau 5 Taux de donateurs et sommes versées aux différents types d'organismes de bienfaisance ou sans but lucratif, population âgée de 15 ans et plus, 2007 et 2010Tableau 5 Taux de donateurs et sommes versées aux différents types d'organismes de bienfaisance ou sans but lucratif, population âgée de 15 ans et plus, 2007 et 2010

Parmi les dons destinés à des organismes non religieux, les plus communs sont ceux destinés aux organismes du secteur de la santé (excluant les hôpitaux). En 2010, ces organismes ont ainsi amassé 1,59 milliard ou 15 % de l'ensemble des dons. Les Canadiens ont aussi donné 615 millions aux hôpitaux (6 % du montant total des dons).

Au troisième rang des types d'organismes ayant recueilli les sommes cumulatives les plus importantes, on retrouvait les organismes et établissements fournissant des services sociaux à une collectivité ou à un public cible (enfants, personnes handicapées, ménages à faible revenu, etc.). En 2010, 11 % du montant total des dons effectués par les Canadiens de 15 ans et plus, soit 1,16 milliard, était destiné à des organismes de services sociaux. Il s'agissait d'une hausse de 21 % par rapport au montant récolté en 2007.

Pour la première fois en 2010, on a demandé aux participants de l'ECDBP s'ils avaient fait des dons pour des secours aux victimes d'une catastrophe naturelle, par exemple en Haïti ou au Chili. En 2010, 20 % des personnes de 15 ans et plus avaient donné de l'argent pour venir au secours de victimes d'une catastrophe naturelle. La somme totale recueillie atteignait 571 millions de dollars (un montant non inclus dans le montant total des dons afin de préserver la comparabilité historique des données).

Les femmes plus portées que les hommes à donner à des organismes du secteur de la santé

Les femmes étaient, de façon générale, plus sujettes que les hommes à faire des dons à des organismes de bienfaisance ou sans but lucratif (respectivement 86 % et 82 %). Des écarts plus importants apparaissaient lorsqu'on s'intéressait à certains types d'organismes spécifiques. Par exemple, en 2010, 57 % des femmes avaient effectué au moins un don à un organisme de santé, comparativement à 49 % des hommes (tableau 6). Les femmes étaient aussi plus susceptibles que les hommes d'avoir donné à des organismes qui œuvraient dans le secteur des services sociaux et aux hôpitaux.

Tableau 6 Taux de donateurs aux différents types d'organismes, selon le sexe et le groupe d'âge, population âgée de 15 ans et plus, 2010Tableau 6 Taux de donateurs aux différents types d'organismes, selon le sexe et le groupe d'âge, population âgée de 15 ans et plus, 2010

À l'inverse, les hommes étaient plus portés à effectuer des dons destinés à des organismes de sports et loisirs et à des organismes d'octroi de subventions, de collecte de fonds et de promotion du bénévolat.

L'âge avait aussi une incidence sur les types d'organismes soutenus prioritairement. Par exemple, 49 % des personnes de 75 ans et plus ont effectué un ou plusieurs dons à des organismes religieux, par rapport à 35 % des personnes de 35 à 44 ans (tableau 6). Les aînés plus âgés avaient aussi une propension relativement élevée à effectuer au moins un don aux hôpitaux, 25 % d'entre eux l'ayant fait par rapport à 16 % des 35 à 44 ans. Il est possible que les personnes âgées soient plus sensibilisées aux besoins des hôpitaux que les plus jeunes.

À l'inverse, les personnes de 75 ans et plus étaient moins portées à donner à des organismes en éducation (12 % par rapport à 29 % des 35 à 44 ans) ou à des organismes sportifs (12 % contre 17 % chez les 35 à 44 ans).

Les personnes actives sur le plan religieux contribuent à 71 % des montants donnés à des organismes religieux

Le financement des organismes religieux dépend d'abord et avant tout des contributions des personnes qui assistent aux réunions ou aux services religieux au moins une fois par semaine, c'est-à-dire les personnes actives sur le plan religieux. En 2010, environ 1 personne sur 6 pouvait être considérée comme active sur le plan religieux (16 %). À elles seules, ces personnes avaient contribué à 71 % des montants donnés à des organismes religieux.

Du point de vue des montants moyens, les donateurs actifs sur le plan religieux donnaient 688 $ annuellement à des organismes religieux, comparativement à 61 $ chez les donateurs non actifs ou moins actifs sur le plan religieux (Graphique 4). Les personnes actives religieusement donnaient aussi à des organismes non religieux un montant plus élevé que les personnes non actives ou moins actives sur le plan religieux.

Graphique 4 Montants moyens des dons versés à des organismes religieux et non religieux, selon la pratique religieuse, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010Graphique 4 Montants moyens des dons versés à des organismes religieux et non religieux, selon la pratique religieuse, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010

D'autres groupes de la population contribuaient, par rapport à leur poids démographique, à une part importante de l'ensemble des dons qui sont destinés aux organismes religieux. C'était, par exemple, le cas des aînés plus âgés : alors que les personnes de 75 ans et plus représentaient seulement 6 % de la population des 15 ans et plus en 2010, les dons qu'elles avaient effectués équivalaient à 12 % de la somme totale des dons destinés aux organismes religieux en 2010 (tableau 7). La plus grande tendance des personnes âgées à assister à des réunions ou services religieux au moins une fois par semaine peut expliquer cette réalité.

Tableau 7 Répartition des dons versés aux organismes religieux et non religieux, selon les caractéristiques personnelles et économiques, population âgée de 15 ans et plus, 2010Tableau 7 Répartition des dons versés aux organismes religieux et non religieux, selon les caractéristiques personnelles et économiques, population âgée de 15 ans et plus, 2010

À l'inverse, la contribution financière des francophones aux organismes religieux était faible par rapport à leur représentation dans la population. Alors que les francophones représentaient 22 % de la population des 15 ans et plus, ils n'avaient contribué qu'à 5 % de l'ensemble des sommes recueillies par les organismes religieux.

La part que représentaient les dons effectués à des organismes religieux par rapport à la valeur totale des dons variait beaucoup d'une province à l'autre. En Saskatchewan et à Terre-Neuve-et-Labrador, respectivement 52 % et 51 % du montant total des dons était destiné à des organismes religieux, les proportions les plus élevées parmi les provinces et territoires. En comparaison, cette proportion était de 20 % au Québec (Graphique 5).

Graphique 5 Pourcentage de la valeur totale des dons versés à des organismes religieux, selon la province ou le territoire, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010Graphique 5 Pourcentage de la valeur totale des dons versés à des organismes religieux, selon la province ou le territoire, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010

Les personnes dont les revenus du ménage avant impôt dépassaient 120 000 $ et les titulaires d'un diplôme universitaire contribuaient proportionnellement le plus aux organismes non religieux. En fait, les diplômés universitaires, qui représentaient 24 % de la population, ont contribué à 45 % des dons recueillis par les organismes non religieux (tableau 7). Ils ont donné 441 $ en moyenne à des organismes non religieux, comparativement à 265 $ en moyenne à des organismes religieux (Graphique 6). Chez les personnes qui ne possédaient pas de diplôme universitaire, cet écart du don moyen entre organismes religieux et non religieux était moins important.

Graphique 6 Montants moyens des dons versés à des organismes religieux et non religieux, selon le niveau de scolarité, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010Graphique 6 Montants moyens des dons versés à des organismes religieux et non religieux, selon le niveau de scolarité, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010

Les principaux donateurs ont fourni 92 % des sommes amassées par les organismes religieux

En plus de compter particulièrement sur certains sous-groupes de la population pour leur financement, les organismes religieux sont plus dépendants des grands donateurs que les organismes non religieux. En effet, tel qu'illustré au Graphique 7, les principaux donateurs contribuaient à une part plus importante des sommes accumulées par les organismes religieux que par les organismes non religieux. En 2010, les principaux donateurs (soit ceux ayant donné 358 $ ou plus) avaient fourni 92 % du montant total versé aux organismes religieux (Graphique 7). En comparaison, les principaux donateurs avaient contribué à 76 % de la valeur totale des dons accumulés par les organismes non religieux.

Graphique 7 Répartition de la valeur des dons versés aux organismes religieux et non religieux, selon le montant donné, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010Graphique 7 Répartition de la valeur des dons versés aux organismes religieux et non religieux, selon le montant donné, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010

Un tiers des Canadiens ont donné suite à une sollicitation dans un centre commercial ou dans la rue

Il est important, pour les organismes de charité qui organisent des campagnes de financement, de savoir de quelle façon les donateurs effectuent leurs dons. Dans le cadre de l'Enquête nationale sur le don, le bénévolat et la participation, on a demandé aux répondants s'ils avaient effectué un don en étant sollicité de différentes manières : par la poste, à la maison, au téléphone, au travail, et ainsi de suite.

En 2010, une grande proportion de Canadiens ont effectué des dons en réponse à une sollicitation dans un centre commercial ou dans la rue (32 %) ou en parrainant quelqu'un (30 %) (tableau 8). Malgré qu'elles soient répandues, ces deux méthodes de collecte de fonds ne sont pas celles qui rapportent le plus aux organismes. En effet, du montant total des dons effectués en 2010, 3 % seulement avait été récolté par des activités de parrainage et un autre 2 %, à la suite d'une sollicitation dans un centre commercial ou dans la rue.

Tableau 8 Taux de donateurs et montant des dons accumulés selon le mode de sollicitation ou la manière d'effectuer les dons, population âgée de 15 ans et plus, 2010Tableau 8 Taux de donateurs et montant des dons accumulés selon le mode de sollicitation ou la manière d'effectuer les dons, population âgée de 15 ans et plus, 2010

La méthode de collecte qui rapportait le plus, tout en étant fort commune, était la quête faite à l'église, à la synagogue, à la mosquée ou dans un autre lieu réservé au culte. En 2010, 30 % des personnes de 15 ans et plus avaient fait un don en étant sollicitées de cette façon. Aussi, 3,9 milliards de dollars ont été recueillis à la suite d'une quête dans un lieu de culte en 2010, soit nettement plus que de toutes autres façons.

La façon dont les donateurs effectuaient des dons variait d'une province à l'autre (tableau 9). Par exemple, alors que 25 % des donateurs ontariens ont fait un don à la suite d'une sollicitation faite par la poste, c'était le cas de 19 % des donateurs terre-neuviens. À l'inverse, les donateurs terre-neuviens étaient beaucoup plus susceptibles que leurs homologues ontariens d'avoir fait un don à la suite d'une sollicitation porte-à-porte (respectivement 55 % et 26 %).

Tableau 9 Taux de donateurs selon différentes méthodes de sollicitation, par province ou territoire, population âgée de 15 ans et plus, 2010Tableau 9 Taux de donateurs selon différentes méthodes de sollicitation, par province ou territoire, population âgée de 15 ans et plus, 2010

Les donateurs de Terre-Neuve-et-Labrador et du Québec se distinguaient de ceux des autres provinces par leur propension plus grande à avoir donné à la suite d'une sollicitation à la radio ou à la télévision (respectivement, 19 % et 15 % l'avaient fait, en comparaison à seulement 5 % en Ontario).

Les obligations religieuses moins souvent évoquées comme raison pour faire un don

Par rapport à 2007, les raisons évoquées par les donateurs pour effectuer des dons de charité ont très peu changé. Ainsi, la compassion envers les gens dans le besoin demeurait la raison la plus fréquemment évoquée par les donateurs (89 %), suivie du fait de « croire personnellement à la cause » (85 %) et de désirer « contribuer à la collectivité » (79 %) (Graphique 8).

Graphique 8 Raisons motivant les dons en argent, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2007 et 2010Graphique 8 Raisons motivant les dons en argent, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2007 et 2010

Comparativement à 2007, le seul changement en ce qui a trait aux raisons de faire des dons concernait le désir de donner afin de remplir des obligations religieuses ou d'autres croyances. En 2010, cette raison a été considérée comme importante par 27 % des donateurs, comparativement à 32 % en 2007 (Graphique 8).

Les donateurs de la Saskatchewan plus susceptibles de prévoir réclamer un crédit d'impôt

En 2010, le fait que les gouvernements donnent un crédit d'impôt était une raison importante de donner pour 23 % des donateurs. Cela n'empêche pas que 46 % des donateurs avaient l'intention de réclamer un crédit d'impôt pour un don effectué au cours des 12 derniers mois.

La propension à prévoir réclamer un crédit d'impôt variait selon la province. C'est au Nunavut (22 %), au Québec (35 %) et dans les Territoires du Nord-Ouest (37 %) que les donateurs étaient les moins susceptibles de déclarer que quelqu'un de leur ménage allait réclamer un crédit d'impôt (Graphique 9). En comparaison, les proportions respectives étaient de 56 % pour les donateurs de la Saskatchewan et de 53 % pour ceux du Manitoba et de l'Île-du-Prince-Édouard.

Graphique 9 Pourcentage de donateurs qui avaient l'intention de réclamer un crédit d'impôt, selon la province ou le territoire, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010Graphique 9 Pourcentage de donateurs qui avaient l'intention de réclamer un crédit d'impôt, selon la province ou le territoire, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010

Les principales raisons de ne pas avoir donné davantage changent peu

Divers facteurs peuvent limiter les dons en argent que les gens peuvent ou voudraient faire au cours d'une année. Dans le cadre de l'ECDBP, on demandait aux donateurs de dire si un ou plusieurs énoncés expliquaient pourquoi ils n'avaient pas donné davantage.

En 2010, comme lors des années précédentes, la raison déclarée par la plus forte proportion des donateurs était « qu'ils ne pouvaient pas se permettre de faire un plus gros don » (71 %, une proportion inchangée par rapport à 2007). La deuxième raison avec laquelle les donateurs étaient le plus fréquemment en accord était qu'ils étaient satisfaits du montant qu'ils avaient déjà donné (Graphique 10). Venait ensuite le fait d'avoir donné de l'argent directement aux gens plutôt qu'à des organismes (39 %).

Graphique 10 Raisons de ne pas faire davantage de dons en argent, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2007 et 2010Graphique 10 Raisons de ne pas faire davantage de dons en argent, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2007 et 2010

La perception des donateurs en ce qui a trait à la façon dont les organismes feraient usage de leur argent semblait moins positive qu'auparavant. En effet, lorsqu'on a demandé aux donateurs pourquoi ils n'avaient pas donné plus qu'ils ne l'avaient fait en 2010, 37 % se sont dits d'accord avec l'énoncé selon lequel « vous ne croyiez pas qu'on utiliserait efficacement votre argent », comparativement à 33 % en 2007.

Les hommes étaient plus susceptibles que les femmes de ne pas avoir donné plus parce qu'ils croyaient que leur argent ne serait pas utilisé efficacement (Graphique 11). De plus, cette perception avait tendance à augmenter avec l'âge. Chez les hommes aînés, c'est plus de la moitié des donateurs qui disaient ne pas avoir donné plus parce qu'ils croyaient que leur argent ne serait pas utilisé efficacement. Le sommet était atteint chez les hommes de 75 ans et plus : 56 % d'entre eux ont exprimé cette opinion, comparativement à 43 % des femmes du même groupe d'âge.

Graphique 11 Pourcentage des donateurs qui n'ont pas donné plus parce qu'ils pensaient que l'argent ne serait pas utilisé efficacement, selon le groupe d'âge et le sexe, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010Graphique 11 Pourcentage des donateurs qui n'ont pas donné plus parce qu'ils pensaient que l'argent ne serait pas utilisé efficacement, selon le groupe d'âge et le sexe, donateurs âgés de 15 ans et plus, 2010

Une des préoccupations des organismes qui sollicitent l'appui financier des Canadiens est certainement de faire en sorte que l'expérience des personnes sollicitées soit positive. En 2010, le tiers des donateurs ont affirmé qu'ils n'avaient pas donné plus parce qu'ils n'avaient pas aimé la façon dont on leur avait demandé de contribuer (Graphique 10). Cette dernière proportion était pratiquement inchangée par rapport à 2007.

Aux personnes qui n'ont pas aimé la façon dont on leur avait demandé de contribuer, on a demandé de préciser ce qui leur avait déplu. Comme lors des années précédentes, le ton qu'on a utilisé pour les solliciter (impoli, trop insistant, etc.) demeurait la source première d'irritation des donateurs qui n'avaient pas aimé les méthodes de sollicitation employées (47 %, par rapport à 43 % en 2007) (Graphique 12).

Suivait la fréquence ou le nombre de sollicitations (29 %), les multiples sollicitations faites par le même organisme (20 %) et l'heure à laquelle on a fait la sollicitation (14 %).

Graphique 12 Raison de l'insatisfaction, donateurs de 15 ans et plus n'ayant pas aimé la méthode de sollicitation, 2007 et 2010Graphique 12 Raison de l'insatisfaction, donateurs de 15 ans et plus n'ayant pas aimé la méthode de sollicitation, 2007 et 2010

Résumé

En 2010, 84 % des Canadiens de 15 ans et plus, représentant un peu moins de 24 millions de personnes, ont déclaré avoir effectué au moins un don en argent à un organisme de bienfaisance ou sans but lucratif. Le taux de donateurs était aussi de 84 % en 2007.

Le montant total des dons a atteint 10,6 milliards en 2010, pratiquement inchangé par rapport à 2007. Le don moyen de 446 $ en 2010 était aussi inchangé par rapport à celui enregistré en 2007.

Les donateurs qui étaient actifs sur le plan religieux, c'est-à-dire ceux qui assistent à des réunions ou à des services religieux au moins une fois par semaine, avaient fait des dons moyens de 1 004 $ en 2010. En comparaison, les donateurs non actifs ou moins actifs sur le plan religieux avaient donné en moyenne 313 $. Parmi les donateurs susceptibles d'effectuer les dons moyens les plus élevés, on comptait les aînés, les titulaires d'un diplôme universitaire, ceux appartenant à un ménage ayant des revenus plus élevés, et ceux qui faisaient du bénévolat 60 heures ou plus par année.

Comme lors des années précédentes, les principaux donateurs ont joué un rôle important dans le financement des organismes de bienfaisance ou sans but lucratif (les principaux donateurs sont ceux qui appartenaient au quartile des donateurs ayant effectué les dons les plus élevés, soit au moins 358 $ en 2010). Plus spécifiquement, les 25 % de donateurs ayant effectué les dons les plus élevés ont contribué à 83 % de la valeur totale des dons.

Les organismes religieux sont demeurés les grands bénéficiaires des donateurs. En 2010, les organismes religieux ont accumulé le plus grand montant de dons en argent, soit 4,26 milliards de dollars. Toutefois, la proportion que représente ce montant sur l'ensemble des dons effectué est à la baisse (40 %, par rapport à 46 % en 2007). Les organismes du secteur de la santé (excluant les hôpitaux) sont ceux qui, après les organismes religieux, ont récolté la somme la plus importante en 2010, soit 1,59 milliard de dollars.

Le profil des donateurs aux organismes religieux différait à certains égards du profil des donateurs à des organismes non religieux. Les aînés donnaient relativement plus aux organismes religieux. Alors que les personnes de 75 ans et plus représentaient 6 % de la population, ils avaient contribué à 12 % de la valeur totale des dons effectués à des organismes religieux.

Les raisons pour lesquelles les personnes effectuent des dons à des organismes sont demeurées relativement inchangées au cours des dernières années. À l'exception, des motifs religieux qui sont un peu moins souvent évoqués en 2010 qu'en 2007.

Du point de vue des raisons pour lesquelles les donateurs n'ont pas donné plus, on a constaté une progression du pourcentage de ceux qui croyaient que leur argent ne serait pas utilisé efficacement. En 2010, 37 % des donateurs ont exprimé ce point de vue, par rapport à 33 % en 2007.

Finalement en 2010, presque tous (94 %) les Canadiens âgés de 15 ans et plus avaient donné des biens matériels, de la nourriture ou avaient fait un don en argent.

Martin Turcotte est analyste principal à la Division de la statistique sociale et autochtone de Statistique Canada.


Notes

  1. Tous les montants pour 2007 présentés dans cet article ont été ajustés pour tenir compte de l'inflation entre 2007 et 2010.
  2. La différence entre la moyenne et la médiane s'explique par le fait que certains donateurs, qui effectuent des dons relativement très élevés, tirent la moyenne vers le haut.
  3. Pour une revue très complète et récente de la littérature sur les mécanismes et les facteurs influençant les dons de charité, voir : BEKKERS, René et Pamala WIEPKING. 2010. « A literature review of empirical studies of philanthropy: eight mechanisms that drive charitable giving », Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly,vol. 40, no 5.
  4. Voir WIEPKING, Pamala et Ineke MAAS. 2009. « Resources that make you generous: effects of social and human resources on charitable giving », Social Forces,vol. 87, no 4.
  5. BEKKERS, René et Pamala WIEPKING. 2011.  « Who gives? A literature review of predictors of charitable giving », Voluntary Sector Review,vol. 2, no 3;
    PIPER, Greg et Sylke V. SCHNEPF. 2008. « Gender differences in charitable giving in Great Britain », Voluntas,vol. 19.
  6. BEKKERS, René et Pamala WIEPKING. 2011;
    BORGONOVI, Francesca. 2008. « Divided we stand, united we fall: religious pluralism, giving and volunteering », American Sociological Review,vol. 73, no 1.
  7. BRYANT, Keith W., Haekyung JEON-SLAUGHTER, Hyojin KANG et Aaron TAX. 2003. « Participation in philanthropic activities: donating money and time », Journal of Consumer Policy,vol. 26.
  8. WANG, Lili et Elizabeth GRADDY. 2008. « Social capital, volunteering, and charitable giving », Voluntas, vol. 19;
    BEKKERS, René. 2003. « Trust, accreditation, and the philanthropy in the Netherlands », Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly,
    vol. 32, no 4;
    BROOKS, Arthur C. 2005. « Does social capital make you generous? », Social Science Quarterly,vol. 86, no 1;
    Pour une revue d'autres études similaires démontrant la même chose, voir : BEKKERS, René et Pamala WIEPKING. 2010.
  9. La raison étant que les personnes qui ont des réseaux plus diversifiés et étendus sont plus susceptibles d'être sollicitées et de donner par la suite. Voir BEKKERS, René et Pamala WIEPKING. 2010; WIEPKING, Pamala et Ineke MAAS. 2009;  et WANG, Lili et Elizabeth GRADDY. 2008.
  10. BEKKERS, René et Theo SCHUYT. 2008. « And who is your neighbor? Explaining denominational differences in charitable giving and volunteering in the Netherlands », Review of Religious Research,vol. 50, no 1;
    BROWN, E. et J. FERRIS. 2007. « Social capital and philanthropy: an analysis of the impact of social capital on individual giving and volunteering », Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly, vol. 36, no 1.
  11. BEKKERS, René et Pamala WIEPKING. 2010;
    BEKKERS, René et Pamala WIEPKING. 2011.
  12. REITSMA, Jan, Peer SCHEEPERS et Manfred TE GROTENHUIS. 2006. « Dimensions of individual religiosity and charity: cross-national effect differences in European countries? », Review of Religious Research,vol. 47, no 4.
  13. BERGER, Ida E. 2006. « The influence of religion on philanthropy in Canada », Voluntas,vol. 17.
  14. WILHELM, M.O., P.M. ROONEY et E.R. TEMPEL. 2007. « Changes in religious giving reflect changes in involvement: Age and cohort effects in religious giving, secular giving, and attendance », Journal for the Scientific Study of Religion,vol. 46, no 2.
  15. AUTEN, G.E. et D. JOULFAIAN.1996. « Charitable contributions and intergenerational transfers », Journal of Public Economics,vol. 59.
  16. MILAN, Anne et Mireille VÉZINA. 2010. « Les femmes âgées », Femmes au Canada : rapport statistique fondé sur le sexe, produit no 89-503 au catalogue de Statistique Canada.
  17. BEKKERS, René et Pamala WIEPKING. 2010;
    BROOKS, A. 2005. « Does social capital make you generous? », Social Science Quarterly,vol. 86, no 1.
  18. KITCHEN, Harry. 1992. « Determinants of charitable donations in Canada: a comparison over time », Applied Economics,vol. 24.
  19. Pour obtenir plus de détails, prière de consulter les tableaux CANSIM 111-0001 (données administratives) et 203-0001 (données de l'Enquête sur les dépenses des ménages).
  20. WIEPKING, Pamela et René BEKKERS. 2009. « Explaining differences in charitable giving in Europe », Nederland in Vergelijkend Perspectief, publié sous la direction de Harry Ganzenboom et Marion Wittenberg, Tweede Nederlandse workshop.  European social survey. DANS: Den Haag.
  21. Dans cette étude, les « francophones » sont les personnes qui parlent le français le plus souvent à la maison et les « anglophones » sont celles qui parlent l'anglais le plus souvent à la maison.
  22. GIVING USA. 2011. The annual report on philanthropy for the year 2010 – Executive Summary, Giving USA Foundation – The Center on Philanthropy at Indiana University;
    WANG, Lili et Elizabeth GRADDY. 2008.
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