Rapports sur la santé
Hospitalisation en soins de courte durée, selon l’identité autochtone, Canada, 2006 à 2008 inclusivement

par Gisèle Carrière, Evelyne Bougie, Dafna Kohen, Michelle Rotermann et Claudia Sanmartin

Date de diffusion : le 17 août 2016

Les différences dans l’état de la santé, les déterminants de la santé et l’utilisation des services de soins de santé entre les Autochtones et les non-AutochtonesNote 1Note 2Note 3Note 4Note 5Note 6Note 7Note 8Note 9Note 10Note 11Note 12Note 13Note 14Note 15
Note 16Note 17Note 18Note 19Note 20 laissent supposer que la fréquence et la nature des hospitalisations en soins de courte durée peuvent varier. Toutefois, les données au niveau national concernant les hospitalisations d’Autochtones sont rares. Dans certaines provinces, notamment le Manitoba, la Colombie-Britannique, l’Alberta et la Saskatchewan, les dossiers d’hospitalisation comprennent des identificateurs des Premières NationsNote 1Note 2, et ceux-ci sont annexés dans le cas des MétisNote 3. Dans d’autres secteurs de compétence, l’identité autochtone n’est pas systématiquement incluse dans les dossiers d’hospitalisation. Par conséquent, on ne dispose pas de données au niveau national concernant l’hospitalisation des Autochtones.

Les chercheurs ont tenté de combler cette lacune dans les données en estimant l’utilisation des services hospitaliers par les personnes dans les régions comptant des pourcentages élevés et faibles de résidents d’identité autochtoneNote 21Note 22. Toutefois, comme les données géographiques sont sujettes à des erreurs de classificationNote 23, les données au niveau de la personne sont préférables.

La présente étude est fondée sur les données sociodémographiques du Recensement de 2006 (questionnaire détaillé) (y compris l’identité autochtone), qui ont été couplées à la Base de données sur les congés des patients, afin de créer un échantillon se prêtant à l’analyse, pour toutes les provinces et tous les territoires sauf le Québec. L’objectif premier est de produire des chiffres nationaux (en excluant le Québec) sur les hospitalisations dans les établissements de soins de courte durée pour les Autochtones (Premières Nations vivant dans les réserves et à l’extérieur des réserves, Métis et Inuits de l’Inuit Nunangat) et les non-Autochtones. Un deuxième objectif consiste à déterminer, à partir du « diagnostic principal », les premières catégories de diagnostic (chapitres) en importance à l’origine de ces hospitalisations.

Méthodes

Sources des données

Les données du Recensement de 2006Note 24 pour neuf provinces (le Québec non compris) et les territoires ont été couplées à la Base de données sur les congés des patients (BDCP), de l’Institut canadien d’information sur la santé, pour la période de 2006-2007 à 2008-2009, inclusivement. Le fichier de données complètes du recensement (le Québec non compris), qui comprenait environ 23,4 millions d’enregistrements, a servi au couplage avec la BDCPNote 25.

Chaque année, la BDCP regroupe environ trois millions de dossiers d’hospitalisation provenant de tous les établissements de soins de courte durée et certains établissements psychiatriques, pour malades chroniques, de réadaptation et de chirurgies d’un jour au CanadaNote 26Note 27Note 28 (le Québec non compris). En raison de l’exclusion du Québec, ni les habitants de cette province (Inuits du Nunavik y compris), ni ceux des territoires ou d’autres provinces hospitalisés au Québec ne sont représentés dans les données couplées.

On a procédé à un couplage déterministe hiérarchique, sur la base d’identificateurs communs dans les données du recensement et celles de la BDCP : date de naissance, sexe et code postal du lieu de résidence. Une étude de validation a conclu que le fichier couplé convenait pour la recherche liée à la santé et qu’il était largement représentatif de la population canadienneNote 25.

Une limite importante tient au faible taux de couverture au recensement et d’admissibilité au couplage des personnes s’identifiant comme AutochtonesNote 25. Par faible taux de couverture, on entend une plus grande susceptibilité d’être sous-représenté dans les données couplées du recensement. Les personnes dont l’admissibilité au couplage était faible étaient celles dont les enregistrements ne comprenaient pas suffisamment de données pour être inclus dans le couplageNote 25. Cette limite a vraisemblablement entraîné une sous-estimation des taux d’hospitalisation et un biais à la baisse possible dans le cas des Autochtones, comparativement aux non-Autochtones.

Le couplage a été effectué conformément à la Directive sur le couplage d’enregistrementsNote 29 et approuvé par le Comité des politiques de Statistique CanadaNote 30. Des détails concernant la méthode de couplage se trouvent dans un article paru antérieurementNote 25.

Les personnes qui avaient rempli le questionnaire détaillé du recensement, lesquelles représentaient environ 20 % de la population ne vivant pas en établissement, ont fourni des données sociodémographiques à leur propre sujet, y compris sur l’identité autochtoneNote 24. On avait demandé aux ménages du Nunavut, des Territoires du Nord-Ouest (sauf Yellowknife), du Yukon (sauf Whitehorse) et des établissements indiens et réserves indiennes de remplir le questionnaire détaillé du recensement.

La cohorte du recensement définitive se prêtant au couplage avec la BDCP comprenait 4,65 millions de répondants (questionnaire détaillé). Aux enregistrements pour ces derniers, on a couplé 1 028 604 dossiers d’hospitalisation dans un établissement de soins de courte durée au cours de la période de 2006-2007 à 2008-2009. Selon une étude de validation du fichier couplé, de 7,2 % à 7,7 % des Autochtones ont fait l’objet d’un couplage avec au moins un dossier d’hospitalisation pour cette période. Les chiffres correspondants pour les Premières Nations étaient légèrement plus élevés, soit de 7,6 % à 8,1 %. De 5,0 % à 5,4 % des non-Autochtones ont également fait l’objet d’un couplage avec au moins un dossier d’hospitalisationNote 25.

Le tableau A en annexe présente les chiffres non pondérés se rapportant à la cohorte étudiée, fondée à partir du couplage des données du Recensement de 2006 et de celles de la BDCP.

Identité autochtone

La question portant sur l’identité autochtone au Recensement de 2006 était la suivante : « Cette personne est-elle un Autochtone, c’est-à-dire un Indien de l’Amérique du Nord, un Métis ou un Inuit (Esquimau)? » Les répondants devaient cocher toutes les réponses pertinentes. Les réponses étaient classées ainsi : Indien de l’Amérique du Nord (seulement), Métis (seulement), Inuit (seulement), Autre identité autochtone (identité multiple ou indéterminée), et non-Autochtone. L’analyse porte uniquement sur les personnes ayant déclaré une seule identité autochtone. Environ 3 % des personnes ayant coché Autre identité autochtone (identité multiple ou indéterminée)Note 31 en sont exclues.

Les données géographiques des répondants au recensement ont servi à repérer les Inuits vivant dans l’Inuit Nunangat et les Premières Nations vivant dans les réserves (y compris les établissements indiens) ou à l’extérieur des réserves. Les estimations concernant les Inuits sont fournies uniquement pour les Inuits des régions de l’Inuit Nunangat, c.-à-d. les quatre régions faisant l’objet de revendications territoriales par les Inuits : Nunatsiavut (la côte nord du Labrador), Nunavik (Nord du Québec), Nunavut, et région désignée des Inuvialuits. Ensemble, ces régions rendent compte de 78 % de la population inuite totale. Les chiffres sur les Inuits pour cette analyse excluent le Nunavik, parce que les données sur les congés obtenus des hôpitaux du Québec n’étaient pas disponibles. Par conséquent, 9 565 Inuits (19 % de la population inuite totale)Note 9 sont exclus de l’analyse.

Selon le Recensement de 2006, la population vivant dans les réserves comprend les habitants des huit types de subdivisions de recensement (SDR) qui sont légalement affiliées aux Premières Nations, ainsi que d’autres types de SDR situées dans le nord de la Saskatchewan, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Yukon qui comptent de grandes concentrations de Premières Nations. Par « réserves », on entend les réserves indiennes et les établissements indiens au sens de la loi, d’autres types de terres créées grâce à la ratification d’ententes sur l’autonomie gouvernementale, de même que d’autres collectivités du Nord rattachées aux Premières Nations, conformément aux critères établis par Affaires autochtones et du Nord Canada.

La présente analyse porte sur les Premières Nations vivant dans les réserves, celles vivant à l’extérieur des réserves, les Métis vivant à l’extérieur des réserves, les Inuits de l’Inuit Nunangat (sauf le Nunavik au Québec) et la population non autochtone. Ci-après, le terme « Autochtone » désigne toute personne appartenant à l’un des quatre groupes autochtones susmentionnés. « Inuit » s’entend des Inuits de l’Inuit Nunangat, le Nunavik non compris. Enfin, par « Métis » on entend uniquement les Métis qui habitaient à l’extérieur des réserves.

Hospitalisation

La fréquence des hospitalisations fondées sur le diagnostic principal a été calculée pour chaque groupe d’identité autochtone et pour les non-Autochtones. Une personne pouvait être comptée plus d’une fois si elle avait été hospitalisée à plusieurs reprises au cours de la période de 2006-2007 à 2008-2009.

Les dossiers de congé des patients d’hôpitaux de soins de courte durée provenant de la BDCP qui ont été couplés avec les enregistrements du recensement admissibles tirés du questionnaire détaillé ont été classés selon l’identité autochtone de la personne d’après le recensement, ainsi que ses données géographiques, plutôt qu’en fonction de la province ayant soumis le dossier d’hospitalisation. Ainsi, on a pu déclarer les hospitalisations dans une province autre que la province de résidence du répondant au moment du Recensement de 2006.

Diagnostic principal

Chaque dossier de congé du patient comprend jusqu’à 25 diagnostics et 20 codes d’intervention fondés sur la Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, 10e révision, Canada (CIM-10-CA)Note 32. Le « diagnostic principal », qui désigne le problème de santé diagnostiqué le plus important et(ou) expliquant la durée de séjour la plus longue, a servi à répartir les dossiers d’hospitalisation en chapitres, en fonction d’une maladie ou d’un traumatisme particulier, de l’étiologie de la maladie, de problèmes de santé propres aux systèmes de l’organisme, ou de problèmes de santé et situations représentant des facteurs de risque pour la santéNote 33. Pour chacun des principaux diagnostics, les trois premiers caractères du code ont servi à classer les hospitalisations selon le chapitre (tableau B en annexe).

Une procédure de classement hiérarchique a été appliquée à tous les dossiers recensement–BDCP couplés compris dans le champ de l’étude, afin de déterminer les diagnostics les plus courants. Les codes de chapitre dans la partie supérieure de la hiérarchie, ainsi que les hospitalisations pour tous les chapitres combinés, y compris avec et sans les hospitalisations liées à la grossesse et à l’accouchement, ont été sélectionnés en vue de calculer les taux d’hospitalisation pour chaque groupe d’identité autochtone et pour les non-Autochtones.

Techniques d’analyse

Des taux d’hospitalisation (pour 100 000 habitants) normalisés selon l’âge (THNA), des rapports de taux (RT) et des intervalles de confiance à 95 % ont été calculés selon le groupe d’identité autochtone. Afin de réduire la variation éventuellement attribuable aux petits chiffres, on a totalisé les hospitalisations en soins de courte durée en combinant les dossiers de congé des patients pour les trois exercices visés qui avaient été couplés aux enregistrements tirés du questionnaire détaillé du Recensement de 2006.

Pour calculer les THNA, on a pris comme numérateur la somme des dossiers d’hospitalisation ayant fait l’objet d’un couplage qui se rapportaient à un groupe d’identité autochtone donné, divisée par le dénominateur, c’est-à-dire le nombre non pondéré de personnes dans la cohorte d’étude du recensement appartenant au même groupe d’identité, puis on a multiplié ce chiffre par trois (nombre d’années de la BDCP). Aux fins de la normalisation selon l’âge, on a utilisé la méthode directe, sur la base de la structure par âge de la population autochtone nationale d’après le Recensement de 2006. On a défini les groupes d’âge suivants : 0 à 9 ans; 10 à 19 ans; 20 à 29 ans; 30 à 39 ans; 40 à 49 ans; et 50 ans et plus.

On a construit des intervalles de confiance à 95 % normalisés selon l’âge autour des THNA et des RT au moyen de la méthode de SpiegelmanNote 34. Dans le cas des RT, la population non autochtone est la population de référence.

Résultats

Hospitalisations toutes causes confondues

Les taux normalisés selon l’âge d’hospitalisation toutes causes confondues dans les hôpitaux de soins de courte durée étaient uniformément plus élevés chez les Autochtones que chez les non-Autochtones (tableaux 1 et 2). Dans le cas des Premières Nations vivant dans les réserves, les THNA étaient 2,6 fois plus élevés que pour la population non autochtone (17 042 pour 100 000, comparativement à 6 459). Les THNA étaient légèrement plus faibles parmi les Premières Nations vivant à l’extérieur des réserves (11 190) et les Métis (9 535), mais ils demeuraient bien supérieurs à ceux observés pour les non-Autochtones (RT = 1,7 et 1,5, respectivement). Parmi les Inuits, les taux normalisés selon l’âge d’hospitalisation toutes causes confondues étaient deux fois plus élevés (13 227) que chez les non-Autochtones. Ces tendances étaient similaires, même lorsqu’on excluait des calculs les congés liés à la grossesse et à l’accouchement.

Causes principales

Chez les Premières Nations vivant dans les réserves, les THNA les plus élevés ont été observés à l’égard des problèmes de santé liés à la catégorie de diagnostics « grossesse, accouchement et puerpéralité » (tableau 1). Les « maladies de l’appareil digestif », bien que présentant des taux beaucoup moins élevés, arrivaient au deuxième rang, suivies par les « lésions traumatiques, empoisonnements et certaines autres conséquences de causes externes », les « maladies de l’appareil respiratoire » et les « maladies de l’appareil circulatoire ». Les « troubles mentaux et du comportement » et les « maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques » arrivaient aux sixième et septième rangs des THNA les plus élevés chez les Premières Nations vivant dans les réserves.

Étant donné que l’ordre de classement des causes principales variait légèrement en fonction de l’identité autochtone, il en allait de même pour les RT élevés. Les causes comportant les RT les plus élevés chez les Premières Nations vivant dans les réserves correspondaient aux catégories de diagnostics « maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques » (RT = 4,9), « troubles mentaux et du comportement » (RT = 3,6), « maladies de l’appareil respiratoire » (RT = 3,3), et « lésions traumatiques, empoisonnements et certaines autres conséquences de causes externes » (RT = 3,2) (tableau 2, figure 1). En outre, les THNA relatifs aux catégories « grossesse, accouchement et puerpéralité » et « maladies de l’appareil digestif » étaient plus de deux fois plus élevés que ceux observés dans le cas des non-Autochtones.

Chez les Premières Nations vivant à l’extérieur des réserves, le classement des THNA a dégagé les mêmes causes principales d’hospitalisation dans les établissements de soins de courte durée que chez les Premières Nations vivant dans les réserves. Les RT les plus élevés parmi les Premières Nations vivant à l’extérieur des réserves s’observaient à l’égard des « troubles mentaux et du comportement » (RT = 2,7) et des « maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques » (RT = 2,7). Par ailleurs, les RT pour les catégories de diagnostics « lésions traumatiques, empoisonnements et certaines autres conséquences de causes externes » (RT = 2,1) et « maladies de l’appareil respiratoire » (RT = 2,1) correspondaient à des THNA au moins deux fois ceux observés pour la population non autochtone.

Parmi les Métis, l’ordre de classement des THNA obtenus pour les causes principales était le même que pour les Premières Nations. En outre, pour toutes les causes principales, les RT montraient des THNA élevés parmi les Métis par rapport aux non-Autochtones. Les RT les plus élevés ressortaient pour les « troubles mentaux et du comportement » (RT = 2,1), les « maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques » (RT = 2,1) et les « maladies de l’appareil respiratoire » (RT = 1,9).

Parmi les Inuits, les causes principales d’hospitalisation étaient les mêmes que chez les autres groupes d’identité autochtone, mais l’ordre de classement des THNA était différent (sauf celui des THNA liés aux naissances, qui arrivaient au premier rang). La catégorie de diagnostics « lésions traumatiques, empoisonnements et certaines autres conséquences de causes externes » représentait la deuxième cause d’hospitalisations, suivie des « maladies de l’appareil digestif » et des « maladies de l’appareil respiratoire ». Par rapport à la population non autochtone, les Inuits présentaient le RT le plus élevé à l’égard des causes liées aux « troubles mentaux et du comportement » (RT = 3,3). Les RT obtenus pour les hospitalisations attribuables aux catégories « maladies de l’appareil respiratoire » et « lésions traumatiques, empoisonnements et certaines autres conséquences de causes externes » correspondaient à des THNA environ deux fois et demie plus élevés que pour les non-Autochtones (RT = 2,7 et RT = 2,5, respectivement).

Discussion

Les résultats du couplage d’enregistrements du Recensement de 2006 avec ceux de la BDCP révèlent que les causes principales d’hospitalisation dans les établissements de soins de courte durée étaient les mêmes chez les Premières Nations, les Métis, les Inuits et la population non autochtone. Toutefois, les THNA chez les Autochtones étaient presque invariablement plus élevés (souvent le double ou le triple) que ceux observés à l’égard de la population non autochtone. L’ordre de classement des causes d’hospitalisation les plus fréquentes après la cause principale (diagnostics liés à la grossesse) variait légèrement d’un groupe d’identité autochtone à l’autre, ce qui fait ressortir l’importance d’examiner l’hospitalisation séparément pour les Premières Nations vivant dans les réserves et à l’extérieur des réserves, les Métis et les Inuits.

Les résultats correspondent aux tendances provinciales de l’hospitalisation pour les Premières Nations dans l’Ouest du CanadaNote 2, particulièrement pour ce qui est des lésions traumatiques, des maladies de l’appareil digestif et des maladies de l’appareil respiratoire. Les résultats s’harmonisent également aux taux pour les Premières Nations inscrites du ManitobaNote 1, les Métis vivant avec le diabète en OntarioNote 35, et les enfants inuits ayant des infections des voies respiratoires inférieuresNote 36Note 37. En outre, les résultats sont similaires à ceux ressortant d’études de la mortalité prématurée fondées sur la région géographiqueNote 18Note 19 ou sur la personneNote 13Note 14Note 15Note 16. Les THNA élevés qui se dégagent chez les Inuits pour les catégories de diagnostics « lésions traumatiques, empoisonnements et certaines autres conséquences de causes externes » et « maladies de l’appareil respiratoire » étaient prévus, car ils s’accordent avec ceux d’analyses menées antérieurement sur l’hospitalisation selon la région géographique et sur la mortalité au niveau de la personneNote 9Note 18Note 22Note 36Note 37.

En raison de la normalisation des taux selon l’âge, on ne peut attribuer les disparités de THNA entre les Autochtones et les non-Autochtones aux variations de la structure par âge des populations. Dans une large mesure, les THNA élevés rendent compte de l’état de santé des deux populations, notamment de la prévalence élevée d’un mauvais état de santéNote 4, de problèmes de santé chroniquesNote 5Note 6Note 8Note 9Note 36Note 37 et de blessures non intentionnellesNote 10Note 12Note 13, ainsi que de l’espérance de vie plus courte, chez les AutochtonesNote 14Note 15Note 16Note 17Note 18. Les RT élevés pour certaines causes d’hospitalisation étaient prévisibles, compte tenu de la forte prévalence de problèmes de santé chroniques particuliers dans la population autochtone, comme le diabète sucréNote 4Note 6, l’asthmeNote 8Note 9 et les calculs biliairesNote 38Note 39.

Les THNA élevés dans les populations autochtones pourraient tenir à d’autres facteurs également, notamment des déterminants d’ordre socioéconomique ou des déterminants qui influent sur la santé, parmi lesquels ont figuré les processus de colonisation dans d’autres analysesNote 40Note 41. Un rajustement supplémentaire ou une analyse multidimensionnelle qui tient compte du rôle d’autres facteurs pourrait préciser les associations suggérées entre les taux d’hospitalisation élevés et l’identité autochtone.

D’autres chercheurs sont d’avis que les THNA élevés chez les Autochtones reflètent peut-être un accès moindre aux services de soins primairesNote 42. Les Premières Nations vivant dans les réserves vivent principalement dans des régions rurales. Si les tendances de l’utilisation des soins de santé en milieu rural par rapport à urbain au Canada sont en partie fonction des différences de déterminants de la santéNote 43, la disponibilité des services de santé y est également pour quelque choseNote 44Note 45Note 46.

Limites

Les résultats de la présente étude doivent être interprétés en tenant compte de certaines limites.

Il ne faut pas interpréter les THNA comme représentant des taux de prévalence de problèmes de santé particuliers. Les résultats représentent plutôt les problèmes de santé qui ont nécessité une hospitalisation dans un établissement de soins de courte durée.

Les résultats et les conclusions ne s’appliquent qu’aux groupes d’identité autochtone dont il est question dans la présente analyse. Les personnes non dénombrées lors du Recensement de 2006 en ont été exclues, notamment les habitants de 22 réserves indiennes et établissements indiensNote 47. La validation des fichiers couplés utilisés pour les besoins de l’étude a fait ressortir une couverture plus faible dans les territoires et chez les personnes appartenant aux groupes d’âge les plus jeunes, circonstances typiques chez les AutochtonesNote 25. Les taux d’admissibilité au couplage avec la BDCP étaient les plus faibles parmi les personnes s’identifiant comme Autochtones, les personnes ayant un statut socioéconomique faible, les habitants des régions rurales et des fermes, ainsi que ceux du Nunavut et de la Colombie-Britannique. Par conséquent, les Autochtones sont sous-représentés et leurs THNA sont vraisemblablement sous-estimés. De façon particulière, un biais à la baisse influe sur l’admissibilité au couplage avec la BDCP des Premières Nations vivant dans les réserves en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique (données non présentées). On ferait bien de tenir compte de ce biais dans les comparaisons entre les Premières Nations vivant dans les réserves et celles vivant à l’extérieur des réserves.

Une autre limite importante de l’étude tient au fait que l’on ne disposait pas de données sur les hospitalisations au Québec.

Aucun ajustement n’a été effectué pour tenir compte du décès des membres de la cohorte. Par conséquent, les populations les plus à risque de décès au cours de la période de suivi sont sous-représentées. Par ailleurs, les Autochtones affichent un plus grand risque de mortalité prématurée que les non-AutochtonesNote 15Note 16Note 17Note 18, ce qui fait que les THNA des Autochtones sont peut-être artificiellement bas. Cette « admissibilité » réduite à l’hospitalisation peut avoir introduit un biais à la baisse dans les calculs des taux d’hospitalisation des Autochtones.

L’analyse traite uniquement des hospitalisations dans les établissements de soins de courte durée. Les résultats ne sont pas généralisables à d’autres types d’hospitalisations, comme pour les chirurgies d’un jour et les services psychiatriques, ou à l’utilisation des services de santé en général. En outre, après 2005, les hospitalisations pour des raisons de santé mentale en Ontario n’ont pas été systématiquement incluses dans la BDCP, mais l’ont plutôt été dans le Système d’information ontarien sur la santé mentale. Par conséquent, les hospitalisations liées à la santé mentale dans les établissements de soins de courte durée sont sous-déclarées dans la présente étude.

Une mise en garde s’impose concernant les THNA liés aux « maladies de l’appareil circulatoire », lesquels étaient seulement légèrement élevés chez les Autochtones. Les maladies cardiovasculaires sont reconnues comme concourant de façon importante aux années-personnes de vie perduesNote 14Note 15 et représentant un facteur de risque toujours croissant pour la santé des AutochtonesNote 48Note 49. Cela étant dit, même dans des études publiées antérieurement, les taux d’hospitalisation liés aux maladies de l’appareil circulatoire chez les Premières NationsNote 2 ne sont pas élevés.

Mot de la fin

Le couplage des données du Recensement de 2006 avec des données administratives hospitalières permet de présenter les données relatives à l’hospitalisation en soins de courte durée pour tout le Canada, le Québec non compris, chez les Premières Nations vivant dans les réserves et à l’extérieur de celles-ci, les Métis et les Inuits. Pour chaque groupe d’identité autochtone, les diagnostics qui ont le plus fréquemment entraîné une hospitalisation étaient ceux se rapportant aux naissances, aux maladies de l’appareil digestif, aux lésions traumatiques, aux maladies de l’appareil respiratoire et aux troubles mentaux et du comportement. Les THNA étaient presque toujours plus élevés — souvent deux, voire trois fois plus — chez les Autochtones que chez les non-Autochtones. Toutefois, l’ordre de classement des causes de l’hospitalisation en fonction de la mesure dans laquelle ces taux différaient de ceux des non-Autochtones variait selon le groupe d’identité autochtone.

Ces données sont pertinentes pour la formulation de politiques de santé et la planification de la prestation de services correspondant aux problèmes de santé qui entraînent chez les Autochtones un risque accru d’admission à l’hôpital. Les analyses futures pourraient se servir des données du Recensement de 2006 couplées pour tenir compte de l’effet d’autres variables confusionnelles que l’âge, modéliser les associations entre les caractéristiques démographiques, les caractéristiques socioéconomiques et le lieu de résidence, et expliquer les divergences en matière d’hospitalisation.

Remerciements

La présente étude a été parrainée par la Direction générale de la santé des Premières Nations et des Inuits (DGSPNI) de Santé Canada. Les auteurs remercient la DGSPNI de son soutien financier, de ses suggestions et sa rétroaction concernant la conception et le plan de l’étude, de même que l’analyse et l’interprétation des données, ainsi que pour l’examen des ébauches du manuscrit.

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