Robert H. Coats : de bâtisseur à bâtiment

28 septembre 2018

Au début, les statistiques au Canada avaient des airs du Far West.

Les statistiques ne manquaient pas. Des ministères de tous les ordres de gouvernement ont consacré de sérieux efforts au fil des ans pour en apprendre davantage au sujet des conditions économiques et sociales de leurs électeurs, de leur situation d'emploi et des types de biens ou de services qu'ils produisaient et vendaient.

Mais ces efforts de collecte de données étaient souvent sporadiques et désordonnés. Les données étaient difficiles à trouver. On retrouvait des lacunes évidentes et des dédoublements inutiles. Une fois les données voulues enfin trouvées, il y avait souvent une réticence à les communiquer.

La question la plus importante, cependant, était : « peut-on considérer ces données comme fiables? ».

L'homme chargé de mettre de l'ordre dans ce chaos statistique et d'y apporter de la crédibilité était Robert H. Coats.

Journaliste de profession, il est devenu le premier statisticien en chef du Canada grâce à son excellent travail d'écriture sur les statistiques liées au travail et, finalement, grâce à sa contribution à les produire, à la demande de divers ministères fédéraux au début du 20e siècle.

À la tête de l'organisme pendant le premier quart de siècle de sa fondation, M. Coats a aidé à façonner l'organisme que nous connaissons aujourd'hui. En repensant à sa carrière, M. Coats a reconnu qu'il s'appuyait sur les efforts de ses prédécesseurs, affirmant que le Bureau fédéral de la statistique était «  un produit de l'évolution plutôt que de la création  ».

À la suite de l'adoption de la Loi sur la statistique en 1918, toutefois, M. Coats a finalement obtenu l'autorité dont il avait besoin pour collaborer avec d'autres ministères, les provinces et l'industrie afin de produire des données plus fiables sur le plan méthodologique, plus précises et plus comparables.

M. Coats a réuni une équipe de 123 employés à temps plein, répartis en 11 divisions. Ils ont utilisé des technologies de pointe, comme des perforatrices de cartes et des tabulatrices électriques, pour les aider à exécuter leurs calculs. Les salaires ont été parmi les premiers éléments à être représentés sous forme de graphiques, les hommes gagnant en moyenne 22,78  $ par semaine en 1919, et les femmes, 11,59  $. Le Bureau fédéral de la statistique a aussi été l'un des premiers organismes statistiques à dénombrer les téléphones; en 1920, on comptait 9,8 téléphones pour 100 personnes au Canada.

La valeur des données est clairement illustrée par le nombre de fois que l'organisme a dû déménager ses bureaux au cours des premières années afin d'accueillir un nombre croissant d'employés. De meilleures données ont aidé le gouvernement à mieux comprendre les répercussions sociales et économiques de la Crise de 1929, ainsi que celles de la sécheresse sur l'économie du Canada au cours des années 1930. M. Coats a différé sa retraite jusqu'en 1942 afin de s'assurer que le gouvernement disposait des renseignements nécessaires pour poursuivre la guerre.

M. Coats était non seulement en faveur de la centralisation des statistiques au Canada, mais il a aussi communiqué son message à l'étranger, collaborant étroitement avec la Société des Nations et l'Institut international de statistique afin d'améliorer la collecte de données dans le monde entier. Les efforts de M. Coats sur la scène mondiale aboutissent pendant les années 1930 alors qu'il devient membre de la nouvelle Commission mondiale de la statistique.

Même si l'on se souvient plus de lui comme statisticien, M. Coats était aussi un journaliste respecté. Un bon journaliste recueille les faits et les rapporte de façon précise et impartiale. M. Coats a adopté cette philosophie et l'a appliquée aux statistiques. Il ne s'intéressait pas seulement à la production de statistiques «  sèches  » disponibles seulement à certaines personnes privilégiées; il souhaitait communiquer au grand public les histoires racontées par nos données.

Cela voulait dire écrire une histoire au sujet des statistiques qui serait à la portée du Canadien moyen.

La radio était une nouvelle technologie populaire dans les années 1930 et M. Coats y a fait valoir le Bureau fédéral de la statistique en présentant une émission quotidienne de deux minutes intitulée «  A Fact a Day About Canada  » (un fait par jour au sujet du Canada), qui s'est avérée un grand succès auprès des enseignants et des étudiants de partout au pays.

Reflétant davantage son caractère de journaliste, Le Quotidien a été créé en 1932 pour annoncer la publication de nouvelles statistiques et pour raconter une histoire courte et précise au sujet de nos données. Publié sans faute chaque jour ouvrable depuis ce temps, Le Quotidien est passé de quelques pages polycopiées à un journal dactylographié posté à un petit nombre de journalistes, à une publication électronique essentielle lue tous les jours par des milliers de personnes partout dans le monde.

Lorsque M. Coats examinait des statistiques, il n'y voyait pas des nombres; il y voyait des gens et les activités des Canadiens.

«  La statistique apparaît à plusieurs comme une science sèche et rébarbative. […] De fait, les statistiques d'un pays sont l'expression quantitative du caractère et des activités de sa population, et on ne saurait en sous-estimer l'importance.  » (traduction)

En reconnaissance de ses travaux dans la création de l'organisme, l'administration centrale de Statistique Canada a été nommée en l'honneur de Robert H. Coats. Les travaux menés dans cet immeuble aujourd'hui sont un témoignage des hommes et des femmes qui, comme M. Coats, ont osé innover pour faire de Statistique Canada l'organisme chef de file mondial qu'il est aujourd'hui.

Pour en apprendre davantage sur le programme d'activités de Statistique Canada visant à marquer son centenaire, consultez la page Cent ans bien comptés.

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